Les 100 Meilleurs Albums que nous n’avez jamais entendus

Peut-être était-ce le mauvais endroit, le mauvais moment ; peut-être qu’il ont été éclipsé par l’œuvre la plus célébrée de ses créateurs ; peu importe la raison, ce sont les disques qui languissent au fond des collections de disques, aimés par très peu… jusqu’à maintenant. Avec un peu d’aide de BEAUCOUP de vos musiciens préférés, voici les secrets les mieux gardés de la musique. Bonne écoute !

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NME – 19 juillet 2003

“Jouer live, c’est physique, c’est comme un match de catch”

Black Rebel Motorcycle Club peuvent être familiers au Royaume-Uni, mais ils ont “des affaires à régler” dans leur pays natal. Le NME les retrouve alors que leur retour avidemment attendu à New York descend en un festival de pelotage

Black Rebel Motorcycle Club n’ont pas joué à New York depuis un an. Ne le rappellez pas à Robert Turner cependant.

“Mon Dieu, dit-il en frémissant. Il y a tant de pression. Ne m’y fais pas penser. Je veux juste m’amuser”. Puis il fait quelque chose dont BRMC ne sont pas connus pour cela – il rit. Nerveusement, mais réellement. Est-ce un mauvais présage ?

BRMC ont des raisons pour être inquiets quand nous les rejoignons à leur hôtel quelques heures avant leur concert dans un minuscule club de New York. Leur retour aux États-Unis est grandement attendu, et des rumeurs sur leur second LP à venir, Take Them On, On Your Own, sont à leur comble. Ce qu’on en sait, c’est qu’il est plus crade, plus brute, avec moins de côté noir à la Jesus And Mary Chain et plus de bon rock’n'roll, que B.R.M.C.

Les hommes en noir ont décidé de donner une avant-première de l’album pour les fans dans une série de concerts en intimité durant les prochaines semaines à venir qui sont strictement des concerts sans tickets mais qui marchent sur le système du premier venu premier servi.

“De cette manière, si tu viens tôt, tu es sûr de rentrer, c’est pas une question du môme qui tape vite sur internet. C’est un retour à la vraie manière, là où tout a commencé. On voulait aussi jouer dans des salles aussi petites que possible, parce qu’une fois que la tournée de septembre sera commencée, on aura plus le temps pour ça. Et c’est bien plus marrant de jouer comme ça et que les gens viennent nous voir comme ça, pure et simple”.

Dans deux soirs, ils joueront dans un nouveau club où des “sirènes” topless nagent dans des aquariums géants, mais ce soir le groupe démarre au Bar 13, qui héberge une des soirées les plus influentes de New York, Shout!. La dernière fois où BRMC a joué là est devenu une légende – des corps pressés les uns contre les autres dans l’obscurité absolue, alors que le groupe jouait calé contre un mur.

“J’ai tellement adoré jouer ici, se souvient Robert. Tu joues par terre, pratiquement, il n’y a pas de scène. Il n’y a pas d’espace entre toi et le public et les retours – c’est ça. C’est physique, c’est comme un match de catch, et plus tu agaces les gens, plus ils te poussent. C’est fantastique !”

“Ouais”, dit un Nick Jago extraordinairement vocal avec un hochement de tête. “On aime comment sont les gens dans cette ville. Ils ont toujours été d’un grand soutien et on veut les récompenser, tu comprends ? En plus, cet endroit est toujours plein de belles filles”.

Les États-Unis dans l’ensemble peuvent être imprévisibles, cependant. Pensent-ils que cela va être plus dur ici dans le territoire plus hostile que New York ?

“Non, dit Nick derrière un rideau de cheveux. Je pense que les gens vont être vraiment exités de nous voir, parce que ça fait longtemps. On est quelque chose de nouveau ici. En Grande-Bretagne, je pense qu’on devient un peu trop familier. Je suis impatient que les choses redeviennent une surprise à nouveau, et vraiment folles aussi”.

“Je ne m’inquiète pas non plus, dit Robert avec un haussement d’épaule. C’est quelque chose qu’on doit faire, comme des affaires à régler. Je veux dire, j’apprécie vraiment combien le Royaume Uni a été bon pour nous, et j’ai passé de bons moments là-bas. Mais toujours au plus profond de toi, tu te demandes comment ça serait si toutes tes racines t’étaient retirées et coupées, et en quelque sorte, on doit faire ça. Mais en réalité, c’était juste pour nous rappeler quelles étaient nos racines, et combien elles sont importantes. En fin de compte, on a senti que c’était pas bien d’avoir débuté en Grande-Bretagne plutôt qu’ici – tu sais, le premier sang doit être versé ici”.

Les problèmes de visa de Nick ont causé des tas de frustations pour BRMC l’année passée – non seulement cela les empêchait de revenir sur les autoroutes américaines, mais cela a aussi engendré une sorte de mania qui a culminé en l’attitude bizarre de Nick au NME Awards en février dernier.

“Être à Londres a vraiment fait ressortir mon côté anglais, dit Nick en riant, ce qui est apparement un peu taré. Ça a vraiment fait ressortir le diable en moi. Je suis devenu un peu fou, mais je pense que j’avais besoin de cette libération, ça m’a aidé à comprendre qui j’étais, d’une façon bizarre. Je pense que j’ai mûri un peu et que je suis devenu plus fort”.

“C’est Peter (Hayes) qui a eu le plus besoin de sortir, songe Robert. Même le peu de temps qu’on a passé à la maison à LA était trop pour lui. Je pouvais le voir dans ses yeux. Il est à nouveau libre, sur la route. Quand il reste tranquille, c’est comme s’il suffocait”.

BRMC semble être arrivé à New York avec une nouvelle précision de résolution et une attitude plus amicale et optimiste. Ils s’excusent même pour leur réputation d’être les sujets d’interview les pires au monde (la dernière fois qu’on s’est vus, ils étaient si maussade et sur la défensive qu’on en est presque venu aux mains).

“On est beaucoup plus relax, je pense”, observe Robert et, même s’il cause toujours dans sa barbe et qu’il a du mal à regarder dans les yeux, c’est vrai. Ils sont plus relâchés, moins crispés. “Tout s’est ouvert, même la façon dont on écrit les chansons. Une grande partie des chansons du nouvel album; comme Six Barrel Shotgun et Stop, sont complètement organiques et branchées, les instruments tirent leur force des autres. On les a beaucoup écrit en live – Peter jete quelques mots pour un refrain et j’en jete quelques-uns pour un couplet et c’est presque ça. C’est vraiment vrai. On s’amuse pas à réfléchir ou a conceptualiser – on le fait, c’est tout.

“Ça va être bizarre de jouer autant de nouvelles chansons que personne ne connait, cependant. Je voulais vraiment graver des copies de Stop avec des faces B spéciales et les distribuer aux concerts, ajoute Robert. On voulait vraiment que les gens puissent partir avec de la nouvelle musique. Mais le label voulait pas. Mon idée, c’était de prendre des tas de CD-R et de graver cette chanson autant de fois que je pouvais en quelques heures et les balancer aux gens pendant le concert. J’aurais eu des problèmes, mais ça en aurait valu la peine. J’ai une folle envie d’avoir ces problèmes. Peut-être que je vais faire ça…”

* * *

Quelques heures plus tard, il y a une queue qui serpente devant le Bar 13 aussi loin que l’œil peut voir. La salle, essentiellement une arrière salle de pub, est très petite. Déjà, la légendaire atmosphère de Shout! est palpable – les gens grimpent sur le bar pour jeter un œil sur le groupe, caché dans un coin derrière un canapé en cuir à moitié obscurci par des amplis et des photographes. Quand finalement il sort furtivement, il est presque une heure du matin et le public est bien imbibé d’alcool. “On vous aime”, aboye un baryton dans le fond. “Sexy Motherfuckers !”

Les nouvelles chansons sont aussi sensationnelles qu’on le dit – insistentes, brûlantes, brutes et féroces. Whatever Happened To My Rock’n'Roll (Punk Song) est répondue par l’hérissée US Governement et la bruyante Heart And Soul. Robert et Peter avaient l’habitude de se tenir comme des statues, mais maintenant ils se pavanent et tournoyent avec désinvolture (du moins autant qu’ils peuvent sans se lancer des coups de poing dans les côtes). Robert grimpe sur les amplis et dans plusieurs incursions dans le public, étreint des filles et commande des boissons au bar. “On espère qu’on ne lance pas trop de nouvelles choses”, dit-il à un moment et quelqu’un, manifestement un rénégat british, répond, “C’est excellent, putain ! Continuez !”

Et c’est excellent. Les fans en sortent trop exubérants et satisfaits, même si Robert n’a pas eu le temps de faire ces CD-R.

“C’était un show si sexy”, dit-il un large sourire sur le visage, tout en essuyant de la sueur sur son front et en remettant ses cheveux en place. “T’as entendu ceux qui nous criaient Sexy Motherfuckers ! ? Je pense qu’on y a répondu. J’ai donné des suçons à quelques filles quand je suis allé dans le public. J’ai vraiment sucé leurs cous ! Je ne savais pas pourquoi je le faisais jusqu’à temps que je me suis rendu compte qu’on jouait Love Burns et puis tout a eu du sens…”

Il rit à nouveau, et se dirige vers le bar pour une tournée de célébration avec une rare étincelle dans les yeux. “T’as plutôt intérêt de me guêter. Je me sens vraiment bien”.

April Long

Traduction – 7 août 2003

NME – 14 juin 2003

Dedans jusqu’au cou

Comment les habituellement réservés Black Rebel Motorcycle Club défient le climat de paranoïa et de peur créé par le gouvernement américain avec leur nouvel album puissant

La scène au bord de la piscine de l’hôtel d’Hollywood qui en met plein la vue, le Argyle, ne pourrait faire plus LA s’il était le lieu de tournage d’un quelconque sitcom sensationnel. Des clients de l’hôtel bronzés, des portables fixés à leurs têtes tels des crampons, évoluent d’un pas léger sur le légendaire Sunset Strip pour rentrer dans le somptueux hall et son art déco, des grooms en tenue élagante les suivent avec des chariots chargés de bagages Vuitton et Gucci assorties. De faux palmiers et des nymphettes en bikinis pastel acidulé flanquent une piscine encastrée d’un bleu aussi artificiel qu’une eau des toilettes traitée, tandis qu’une vue d’Hollywood de carte postale – parsemée d’infâmes points de repères du Strip tels que le Chateau Marmont Hotel, le Viper Room et la boutique Hustler de Larry Flynt – s’étend aussi loin que le smog le permet.

Près de la piscine sont affalés le guitariste de Black Rebel Motorcycle Club, Peter Hayes, ainsi que le batteur, Nick Jago, on dirait qu’ils viennent juste de se réveiller – même s’il est presque 14h. Chaque centimètre carré de leurs corps est enroulé dans leur tenue noire et chiffonnée requise, malgré la température de 30°. Le bassiste Robert Turner les rejoindra plus tard pour la session photo, quand le photographe du NME les aura soûlés au champagne pour les rendre influencables afin de les persuader de sauter dans la piscine tout habillés. En attendant, ces deux-là fuient tels des vampires le soleil californien. Leur premier ordre est de tirer un énorme parasol au-dessus de notre table afin qu’ils puissent s’étendre dans l’ombre tout en étant interviewés.

L’incroyable nouvel album, Take Them On, On Your Own, est pratiquement terminé, il ne reste plus que l’ordre des chansons et la pochette à finir, et les faces B ainsi que le clip à faire. Le groupe est occupé.

BRMC sont de retour à Los Angeles depuis environ une semaine (ou peut-être “trois semaines ou un truc comme ça – j’ai pas vraiment compté”, songe Peter, maintenant ainsi la tradition de longue date de BRMC de donner la réponse à plus vague possible même à la plus simple des questions). Alors que la ville ne semble pas être exactement d’accord avec eux – Nick éternue et renifle bruyamment tout le long de l’interview, ses allergies aggravées par les vents Santa Ana notoires du climat sec – Peter insiste : “On est heureux d’être de retour. On n’est pas nécessairement heureux d’être de retour ici, dans cette ville, mais heureux d’être de retour aux États-Unis. Peu importe la ville”.

Ils devraient être habitués à leur vie nomade maintenant. Après avoir déménagé de San Francisco à LA en 1999 et avoir tourné presque non-stop pendant deux ans pour promouvoir leur premier album éponyme d’une brillance flagrante sorti en 2001, le trio a été forcé de déménager à Londres pour près d’un an une fois que Nick, d’origine britannique, qui vivait illégalement aux États-Unis depuis des années, a été impliqué dans des problèmes d’immigration. Ainsi il est normal qu’ils ne ressentent aucune allégeance pour une ville en particulier.

“Je suis impatient de repartir en tournée, dit Nick. On a l’impression de planer quand on tourne. Tu sors et tu… planes”.

Alors LA ne leur manquait pas ? Ni San Francisco ? Ni Londres ? Peter secoue la tête. “Seulement la route”, il répond. Alors si BRMC entretiennent aucune loyauté envers aucun foyer aux États-Unis, à quoi bon revenir ? Après tout, ici aux States ils sont toujours pratiquement inconnus, alors qu’en Angleterre, ce sont de véritables célébrités avec plus de 300 000 albums vendus. Pourquoi ne pas rester en Grande-Bretagne, où ils sont appréciés ?

“La seule raison de revenir ici, c’était uniquement pour le faire, parce que avant, on pouvait pas, dit Peter en haussant les épaules. Les États-Unis étaient devenus quelque chose d’inaccessible pour nous – on ne pouvait pas revenir aux États-Unis, on ne pouvait pas jouer notre musique aux Américains. Alors uniquement être capable de dépasser tout ça et venir ici… c’était le but”.

Et dépasser ça, ils l’ont fait, même si pendant un moment, il semblait que Nick devait se marier à n’importe quelle citoyenne américaine consentante pour obtenir sa carte verte.

“J’ai essayé de ne pas me stresser, j’ai toujours su que tout allait s’arranger, mais le seul point de stress a été quand on m’a mis la pression pour que je me marie – avec n’importe qui, au hasard”, se souvient Nick.

Alors est-ce que les groupies de BRMC ont fait la queue pour devenir Mme Jago ?

“En fait, je me suis porté volontaire !” déclare Peter, démontrant la même loyauté éternelle à ses collègues de groupe que celle qui l’a poussé à traverser le monde entier l’année dernière.

Heureusement, de tels scénarios de mariages forcés homosexuels ont été évités après que – telle est la rumeur – le premier ambassadeur du rock’n'roll, Bono, ait écrit une lettre personnelle au gouvernement américain en lui demandant d’accorder à Nick un permis de travail sur l’ordre d’un ancien collègue de U2 qui travaille désormais avec BRMC. Cependant, quand on leur pose la question, Peter et Nick ne déserrent pas les lèvres à ce propos.

“On n’en parle pas, dit Peter sombrement. Bono n’a rien à voir avec ça. Des gens nous ont aidés. C’est tout ce qu’on va dire sur ça”.

Maintenant, leur notoriété d’être si renfrognés et maussades pendant les interviews apparaît au grand jour…

“On ne sait pas comment faire ça, admet Peter d’un air penaud. C’est dur de parler de toi tout le temps – aucun de nous n’est aussi égocentrique. Je pense que c’est marrant notre réputation d’être la pire interview du moment”.

Tu préfères parler de quoi alors ?

“Chais pas, répond Peter. Allez, parlons du premier concert de j’ai vu depuis que je me suis réinstallé à LA. C’était June Carter Cash (la femme de Johnny récemment décédée). J’ai été vraiment attristé quand elle est morte, mais en même temps, c’est une de ces morts qui te font penser, que si tu crois en Dieu – et j’y crois, d’une manière ou d’une autre – alors tu dois croire qu’elle est dans un endroit carrément bien. Je veux dire, June semblait tellement être une bonne âme, il ne se peut pas qu’elle n’aille pas quelque part de cool. Alors c’est triste, mais aussi très beau”.

* * *

Black Rebel ont enregistré Take Them On, On Your Own à Londres, aux studios Fortress de Clerkenwell, durant leur année de déplacement quand Nick s’est retrouvé sans visa et quand ses collègues se sont pratiquement retrouvé sans batteur (ils ont brièvement tourné avec l’ancien batteur de The Verve Pete Salisbury sur le siège de Nick, mais l’alchimie n’était pas la même). Enregistrer dans de telles circonstances a dû être stressant. Des dépressions nerveuses en studio à rapporter ?

“On est toujours dans le processus de dépression”, dit Peter en gloussant ; il est difficile de dire s’il blague ou pas. “Mais musicalement, des changements sont arrivés juste à cause de tous nos mouvements depuis les deux dernières années. Les choses se passent vite, alors la musique va plus vite. Avec notre premier album, on n’avait pas vraiment l’expérience de jouer autant sur scène et de voir les réactions des gens. Quand il y a 2000 people dans une pièce, toutes dans la même tournure d’esprit, l’énergie est assez condensée – et ça fait du bien de donner à ces gens ce qu’ils veulent, parce que si tu es dans ton monde sur scène sans penser du tout à eux, c’est égoïste, et ça ne marche pas très bien. Si tu pètes plus haut que ton cul, tu… disparais. Alors ça a changé un peu la musique”.

“Écoute l’album, c’est tout”, jete brusquement Nick, sans avoir l’air de rien. Il a raison. C’est tout ce qui compte. Le titre éponyme est narcotique, il ne sera pas sur l’album, mais apparaîtra en face B. Les morceaux plus rapides (Stop, Six Barrel Shotgun, US Governement) sont de véritables coups de sang – urgents, enivrants, pleins de feu, de furie, de dynamisme et de muscle.

Une chanson dont Peter veut bien discuter, c’est US Governement. Il est sûr qu’elle va faire sourciller dans le foyer nouvellement réadopté de BRMC, qui est devenu si réactionnaire et hyper-patriotique qu’une désinvolte remarque anti-présidentielle a tranformé les filles bien américaines, les Dixie Chicks, en ennemis publics numéro un. Il est certain que le label de BRMC a exercé d’énormes pressions sur eux pour enlever une chanson comme US Government de l’album.

“Oui, des tonnes ! affirme Peter. Cette chanson a en fait été écrite il y a longtemps – elle n’avait rien à voir avec ce qui ce passe en ce moment, et pourtant en même temps, ça a tout à voir avec ce qui se passe maintenant – et il y a eu des tonnes de pression pour pas qu’elle se retrouve sur le premier album aussi. Mais c’est normal pour quelqu’un d’une maison de disque de penser ça. L’horrible vérité, c’est que le gouvernement américain a rendu tout le monde trop parano pour parler du gouvernement. Tous ces artistes ont trop peur ; ils pensent : On peut pas dire ceci ou cela, parce que regarde ce qui est arrivé au Dixie Chicks. La prochaine fois, ils vont tuer pour ça.

“Mais le putain intérêt de l’art, c’est de remettre en question ce qui se passe ! Et c’était respecté avant, comme don à la société. C’est la finalité de l’art, et les artistes ont le droit de faire ça, putain. Mais d’une quelconque manière, aujourd’hui ça a atteint un point où même les putains de Dixie Chicks ne peuvent pas en parler ! Alors si cette chanson débouche sur une conversation à propos de ce qu’on traverse aujourd’hui, alors je pense que c’est une bonne chose”.

Il y a d’autres paroles, extraite de In Like The Rose, qui jaillit des haut-parleurs avec plus de puissance que le reste, même plus que les vers fout la merde de US Government. Alors que la voix de Peter, sèche comme un vent de Santa Ana, ne cesse d’entoner “I’m in love with something I can’t see”, l’ambiguité désespérée du vers résume toute la mystique de Black Rebel Motorcycle Club. Les fans de BRMC sont effectivement amoureux de quelque chose qu’ils ne peuvent pas vraiment voir ou comprendre. À en juger de la manière avec laquelle le groupe se cache en concert, couvrant la scène d’un brouillard opaque de neige carbonique, et la manière avec laquelle ils esquivent les questions pendant les interviews, BRMC semblent déterminés à garder leurs distances de ceux qui aiment leur musique.

“On a peut-être développé cette mystique ou n’importe, reconnait Peter. Mais vraiment, on est arrivés sur scène y’a deux ou trois ans, et on s’épanouissait – expliquant ce qu’on a fait et ce qu’on a traversé – c’est pour plus tard, quand on a eu plus de temps. On est toujours au commencement, et il ne semble pas avoir de raison pour en parler maintenant. Je pense qu’il y a un temps pour ça. Alors… on en parlera plus tard”.

Le NME sera là. Pour s’attaquer à BRMC, tout seul.

Lyndsey Parker

Traduction – 1er août 2003

NME – 1er février 2001

Meneurs de meute

Black Rebel Motorcycle Club
New York Mercury Lounge

L’horizon sur Manhattan est noir. Il fait 40°C dehors et une crise énergétique s’est emparée de la ville, ainsi les lumières de tous les gratte-ciels sont éteintes. C’est approprié lorsque c’est ce soir que les Californiens de BRMC déboulent en ville. Parce que de tous les groupes qui prennent actuellement vie dans le nouveau revival rock’n'roll, il n’y en a sûrement pas de plus noir.

Leur nom peut évoquer des images d’agression furtives à trois accords et des gars hargneux qui font jouer leurs muscles, mais Black Rebel Motorcycle Club appartient plus à la lignée rêveuse et émotionnellement claustrophobe de Jesus And Mary Chain, Joy Division et Spiritualized. Le guitariste chanteur qui avance au ralenti, Peter Hayes, et le bassiste aux cheveux en forme impressionnante de champignon, Robert Turner, font apparaître des grooves hypnotiques et déformés avec l’assiduité sinistre de sorcières autour d’un chaudron, superposant des parasites atmosphériques enivrants sur la rythmique lugubre du batteur anglais symbolique, Nick Jago.

Ceci n’implique pas que BRMC ne sait pas donner de véritables frissons de bon rock. Whatever Happened To My Rock’n'Roll? est une déclaration emballée d’intention, hérissée de colère, à une armée de prétendants bouchant les ondes hertziennes plus concernés par l’appel de masse que de se mettre à nu. BRMC veut reconquérir une passion perdue depuis longtemps, en forgeant le genre de rock’n'roll qui a à la fois les yeux creux et un cœur qui pleure et en restorant une attitude crade et sexy, le tout appliqué à un genre qui a été châtré par le mercantilisme supra lustré.

Ce n’est peut-être pas aisé de voir leurs visages, mais il est clair que les membres de BRMC sont totalement dévoués au rock’n'roll à la fois en tant que manière de vivre et religion. Au moment où leur deuxième rappel laisse la foule chercher la sortie à tâtons à contrecœur, ils ont gagné l’équivalent de la salle de convertis. Ils peuvent n’être rien d’astucieusement innovant, mais ce soir BRMC n’a pas que simplement exhumé les cadavres de leurs influences flagrantes (le garage des années 1960, le rock sous héroïne des années 1970, l’indé des années 1980 et le shoegazing des années 1990), ils les ont ramenés à la vie.

April Long

Traduction – 16 août 2002