The Independent – 8 août 2008

Album : Damon Albarn, Monkey Journey To The West (XL Recordings)

Une série de chansons écrites en utilisant l’échelle pentatonique chinoise et chantées en mandarin pourrait être considérée comme quelque chose qui va mal se vendre, mais avec les animations de Monkey, Pigsy et Sandy par Jamie Hewlett désormais en rotation à la télévision dans les bandes annonces de la diffusion des Jeux Olympiques sur la BBC, Journey To The West semble être en cours de devenir un repère culturel. Justement : il n’y a pas de  nombreux projets multimédia qui soient aussi satisfaisants et divertissants que cette phantasmagorie de mythe, musique et momerie.

À  moins que mes oreilles me trompent, il y a eu des changements à la musique de Damon Albarn entre la première à Manchester en juin dernier et les représentations au Royal Opera House. Enregistrée durant l’année passée à Londres et à Pékin, avec une phalange de musiciens européens et chinois, elle a un caractère plus unifié, les éléments musicaux divers du spectacle original harnaché dans une expérience plus homogène, mais sans sacrifier sa variété de couleur musicale.

Une partie des morceaux les plus courts – les cordes brillantes et la discussion des singes de Iron Rod, les boucles de synthés de Into The Eastern Sea et Out Of The Eastern Sea – de la musique de scène. Les morceaux plus longs en valent beaucoup plus la peine : Heavenly Peach Banquet réunit des harpes étincellantes, des cordes et des rythmes de claviers enfantins en une tranche enchantante de folk-pop chinois délicat, tandis que The Living Sea, mélanche nostalgique de mandoline chinoise, haut-bois et scie musicale, possède l’une des plus belles mélodies que je n’ai entendue cette année.

Tout n’est pas mignon et câlin. tandis que la quête progresse dans des domaines plus sombres, la musique fait de même. Battle In Heaven est l’un des morceaux qui rappelent l’avant-rock des Residents, tandis que Tripitaka’s Curse et Confessions Of A Pig emploient des arrangements de cordes défiants – les gloussements atonaux du premier atteint en quelque sorte une conclusion se pâmant, avant que le mea culpa grogné de Pigsy est porté par les lignes minimalistes oscillantes et la chorale follement élancée du deuxième.

Tout au long, il y a une accommodation subtile entre les traditions chinoises et européennes, une amicale lutte acharnée entre le folk oriental et la musique classique, l’électropop européen et l’avant-garde, nulle part plus dramatiquement que dans le merveilleux Monkey Bee, qui se construit dans la chanson scandée chinoise et les glissandi de claviers glaçiaux en une apogée art-rock martelante. Il y a plus qu’assez qui s’y passe ici pour satisfaire le plus nlasé des palais.

Meilleurs morceaux de l’album :
Heavenly Peach Banquet, The Living Sea, Monkey Bee, Battle In Heaven.

Traduction – 29 mars 2009

Andy Gill

The Guardian – 8 août 2008

CD : Chronique d’opéra pop : Monkey, Journey to the West

Ne vous préoccupez pas des cochons grognants – écoutez l’opéra de Damon Albarn et vous entendrez de la vraie magie musicale 4/5

Ces jours-ci, Damon Albarn semble construire sa carrière à faire des choses qu’il ne devait pas. La moindre preuve historique suggère que c’est une mauvaise idée pour les rock stars de donner dans la world music, ou de former des supergroupes ou de s’impliquer dans le monde du théâtre musical. Il a déjà fait les deux premiers avec une assurance qui frôle l’exaspérant, mais le dernier semble être encore un appel plus pénible. Voici la sombre et traite route où se cache We Will Rock You, Jesus Christ Superstar et l’heureuse union de Catherine Zeta-Jones, Fish de Marillion et Ladysmith Black Mambazo qui arrive sur la comédie musicale Spartacus de Jeff Wayne. On a besoin de beaucoup de culot pour s’y jeter la tête la première, mais, comme on l’a souvent fait remarquer, le culot n’est pas une denrée dont l’ancien leader de Blur manque.

Il est notable que le personnage central de Journey To The West, le roman de la dynastie Ming sur lequel est fondé “l’opéra pop” d’Albarn est un héros particulièrement difficile à aimer. Suffisant, vain, complètement convaincu de sa brillance, Monkey réussit à irriter presque tous ceux qui entrent en contact avec lui, mais néanmoins fini par triompher de l’adversité et se révèle abondamment plus talentueux que ses pairs. Qu’a-t-il pu, on se demande, avoir possiblement attiré le célèbre modèle modeste d’humilité et de charme qu’est Damon Albarn chez un tel personnage ?

L’opéra s’est ouvert avec des critiques dithyrambiques, mais a posé la question pressante de comment la musique d’Albarn se tient quand elle est séparée de l’opulente mise en scène. Peut-elle réussir sans l’aide des surtitres anglais (les paroles sont en cantonnais), les séquences d’arts martiaux aériennes et la vision éternellement divertissante de demoiselles orientales agiles qui mettent leurs chevilles derrière la tête ?

Le CD 22 titres se passe des arrangements entendus dans le théâtre en faveur d’électronique lo-fi. Les arpèges de synthétiseurs analogiques, le tic-tac d’une boîte à rythmes primitives et les Mondes Martenot – instrument électronique qui ne sonne pas très différemment d’une scie courbée – y figurent lourdement, aux côtés d’un instrument en plexiglas inventé par Albarn, le chef d’orchestre David Coulter et l’artiste Gavin Turk pour recréer le son de klaxons entassés dans les rues embouteillées de Chine. Subitement, il y a des moments où séparer la musique de la mise en scène lui donne vie : il est facile de manquer combien la mélodie de The Living Sea est glorieuse quand vous êtes distraits par l’apparition simultanée d’une femme voltigeant au dessus de la scène en faisant des coups de pieds en ciseau portant un costume d’étoile de mer et des lunettes de soleil agrandies, une crevette géante poussant un caddie remplie de contorsionnistes aux membres en caoutchouc qui font tournoyer des ombrelles et un homme habillé en singe vêtu d’un survêtement qui se frotte vigoureusement les parties intimes.

On est frappé par combien, malgré Albarn qui a dit avoir composé la musique de Monkey en utilisant l’échelle pentatonique de 5 notes que l’on trouve dans le folk chinois, les lignes de mélodies sont si reconnaissables immédiatement comme les siennes : elles suintent de la même sorte de mélancolie langoureuse que l’on retrouve dans les chansons qu’il a écrites pour l’album de The Good, The Bad And The Queen. De manière plus importante, cela ne glisse jamais dans la parodie. On sait très bien qui a écrit la musique, mais on n’a jamais l’impression d’écouter Blur dans une sauce soja : l’un des trucs les plus remarquables d’Albarn, également démontré sur l’album Mali Music de 2002, c’est sa capacité de s’imprimer d’une quelque manière sur la world music modestement. Le résultat est souvent éblouissant, comme sur Heavenly Peach Banquet, cocktail somptueux d’échos électroniques, de harpe, de chants féminins envolés et de samples musicaux rusés de Lovin’ You de Minnie Ripperton – morceau de pop aussi magique qu’on pourrait entendre.

Il y a des moments où on dirait que quelque chose s’est perdu dans la traduction. Sur scène, Confessions Of A Pig fonctionnait parce que le chant staccato et grogné de Pigsy se lamentant sur son mauvais comportement passé allait parfaitement avec les mouvements de l’acteur qui le jouait, suggérant un personnage qui s’apitoie tellement sur lui-même et tellement en sur-poids qu’il était à peine capable de marcher et de parler en même temps. Ici, cela sonne juste comme un mec qui grogne.

On ne peut échapper au fait qu’une partie n’est que musique de scène. On peut passer longtemps sans rencontrer une mélodie, ce qui est moins un problème quand il y a quelque chose à regarder. Mais même durant les longueurs occasionnelles, il est difficile de ne pas s’émerveiller devant ‘ambition exposée ici, difficile de ne pas penser à quelqu’un qui oserait tenter quelque chose de similaire, et impossible d’imaginer quelqu’un d’autre qui réussisse avec plus d’aplomb.

Alex Petridis

Traduction – 29 mars 2009

The Mirror – 14 août 2008

CD de la semaine :Monkey – Journey To The West 4/5

Damon albarn n’a jamais été la star de la Britpop modèle. Même à l’apogée de la guerre Blur contre Oasis, il façonnait des albums concept tels que The Great Escape et Parklife.

Depuis que Blur est en vacances permanentes, il a été le musicien le plus brillant et le plus aventureux de son époque.

Du travail sur une bande originale d’un film, il a fini par incorporer des sons africains avec ses projets Mali Music et African Express.

Le groupe virtuel animé qui gagne des récompenses et vend des millions, Gorillaz, a trouvé Albarn sur une nouvelle frontière, intégrant l’art de Jamie Hewlett avec une distribution de stars, tandis que The Good The Bad And The Queen réclamait l’héritage 2-Tone de la Britpop.

Aujourd’hui arrive Monkey, inspiré par une adaptation à la télé dans les années 1980 d’un roman chinois du XVIème siècle.

Il a déjà été mis en scène comme un opéra de cirque moderne, mais cet album est plus que la bande sonore de la production théâtrale.

Sans aucun besoin d’adhérer à la narration scénique, Albarn installe audacieusement une vision musicale qui ne traite pas avec condescendance ni ne rabaisse ses sources d’inspiration chinoises.

Le clash des cultures entre l’Orient et l’Occident est délibérément respectueux, sans renoncer au penchant créatif d’Albarn curieux et espiègle.

Les chansons sont inspirées par des voyages que lui et Hewlett ont faits dans la région sur une période de trois ans et une grande partie de l’album a été enregistrée à Pékin.

On peut dire sans risque que les résultats sont différents des autres albums pop mainstream que vous allez entendre cette année.

Utilisant un orchestre de 50 personnes, des chœurs, des samples, des accents de pop, funk, heavy metal plus des voix émotives et animées, ce disque est drôle, vivant et sans peur.

C’est une aventure tourbillonnante et un hommage à la fois au talent d’organisation d’Albarn et sa capacité à se détacher de genres.

Les chances que Noel Gallagher montre une ambition similaire et produise quelques chose d’aussi inventif ? Minces, je suppose.

Traduction – 22 mars 2009

The Sunday Times – 24 août 2008

Notre homme en Chine : Damon Albarn

Le leader de Blur, dont l’opéra Monkey est devenu un motif olympique, dit que nous n’avons pas le droit d’intimider la Chine.

Seul Damon Albarn s’est éloigné à grands pas avec triomphe des ruines du Cool Britannia de Tony Blair. Les groupes rock ont disparu, le Dome du Millénaire est un fiasco et même Blair est désormais de l’histoire. Mais Albarn, autrefois le leader de Blur, le meilleur des Britpoppers – est désormais en phase de devenir un trésor national.

Blur s’est séparé, comme tous les meilleurs groupes, après avoir produit une partie des chansons Britpop les plus astucieusement sophistiquées – Parklife, Country House, Girls & Boys. Albarn a formé Gorillaz qui a eu encore plus de succès, groupe B.D. dessiné par l’animateur Jamie Hewlett. Puis les deux, en collaboration avec le metteur en scène chinois Chen Shi-Zheng, ont fait Monkey: Journey To The West, opéra fondé sur un roman chinois du XVIème siècle. Il a eu tellement de succès qu’il a fait d’Albarn notre homme en Chine. Il avait les images et les sons alors, assez naturellement, c’est un dessin animé Monkey d’Albarn-Hewlett qui a ouvert et refermé les diffusions des Jeux Olympiques sur la BBC.

L’année prochaine il fait un ballet. L’année dernière, il y avait eu un autre groupe d’Albarn, The Good, The Bad & The Queen. Il est sur le point de sortir un LP – le vrai vinlye – de bruits de rues chinoises. Il a aussi un projet qui boue en lui dont il refuse de parler : “Je ne veux pas lui donner de nom parce que dès que tu fais ça, ça se retrouve sur internet et ça devient juste un mot, ça devient ton mot”.

Albarn est désormais une industrie. Nous parlons de l’usine son et image qu’il a récemment créée à Kensington dans l’Ouest londonien. C’est un studio/complexe de bureaux plein de machines qu’il ne sait pas faire fonctionner – d’autres le font pour lui. Il préfère s’accrocher aux vieilles technologies familières. C’est probablement la seule rock star qui travaille encore avec des cassettes C90.

À aujourd’hui 40 ans, mais d’une apparence de jeune homme rock star, il porte des jeans qui tombent et un t-shirt blanc. Il fume des roulées. Ses manières sont introspectives et dénigrant lui-même. Il se tourmente à propos de ses paroles, ne souhaitant pas être classé ni défini. À propos de la Chine, cependant, il est plus défini. Il voit l’engagement avec cette nation comme l’un de nos obligations les plus vitales.

“Cette chose en Chine, dit-il avec passion, on peut en parler ? Si on ne fait pas ça, on ne va jamais se voir les yeux dans les yeux et ils vont nous faire foirer”. Il est impatient avec nos critiques nobles de la Chine.

“On doit arrêter de penser qu’on a le plus haut grade de la morale parce que je ne pense pas que ce soit le cas. J’ai trop lu de notre satanée histoire cynique, tu sais, et n’oublions pas qu’on a vendu de l’opium, qu’on a pris d’Inde via Hong Kong et, du genre, on a bloqué de vastes étendues de la Chine pendant 80 ans… ou quelque chose comme ça.

“C’est une grande blessure à soigner et tu sais qu’ils sont prêts à nous parler dans tous les sens du terme, je pense qu’on doit essayer de se connaître. Et, en tant que musicien, tout ce que tu peux faire, c’est jouer de la musique avec eux”.

Il y a, fais-je remarquer, le fait malheureux que Mao Tse-Tung a tué 70 millions de son propre peuple, record qui éclipse notre trafic d’opium.

“J’ai conscience de ça, mais il y a aussi l’argument d’environ 400 millions de personnes tuées par l’extrême pauvreté”.

Il peut être passionné, mais en même temps, il n’est pas certain mais a conscience de ses limites. Élevé par des parents hautement créatifs et intelligents, il n’a pas excellé à l’école. Il n’a pas réussi son examen d’entrée en 6ème et estime qu’il n’a eu qu’une année vraiment bonne à l’école. Je lui demande s’il regrette de ne pas être allé à l’université. Il y a une pause de mort de 17 secondes.

“Je ne peux pas répondre à ça, personne ne m’a jamais demandé ça. J’étais perdant, je n’ai même pas eu mon bac de musique. C’est frustrant mais c’est juste la vie. Je n’ai pas bien réussi à l’école, mais j’ai eu un fantastique prof de musique et des fantastiques parents. Peut-être que si j’étais allé dans une école un peu meilleure, ils auraient été capables de m’aider et je serais allé à la fac. Je pense vraiment qu’on devrait réessayer le système d’État et donner à tout le monde la même éducation, c’est si important”.

Il a récemment parlé du besoin d’enseigner aux enfants comment lire la musique. Cela est soulevé lorsque je lui demande s’il va passer maintenant, avec un opéra à son crédit, à la composition de musique classique. Il grimace et se tortille : “Non, non, non. Parce que, tu sais, un musicien classique est censé être capable de le jouer aussi. Autour du grade [de piano] 6 ou 7, quand j’avais 14 ou 15 ans, j’ai commencé à ne plus suivre après quelques mesures. Je n’ai pas perdu d’intérêt, j’ai été terriblement diverti”. Ne pas avoir de diplôme a ses avantages, cependant. Comme de nombreuses personnes créatives dont l’éducation a été interrompue, il est mené par un désir de rattraper son retard et par un sentiment continuel qu’il a manqué quelque chose. Il est sensible à ce qu’il ne sait pas, mais en même temps il utilise cela pour justifier une obscurité certainement délibérée. Il pense justement que le mystère est intrinsèque à la musique. C’était Albarn, contre le souhait de tout le monde, qui a forcé la décision de faire Monkey entièrement en mandarin.

“Le metteur en scène voulait le faire en anglais ainsi que tout le monde, mais je savais que ça me ruinerait. Je trouve ça vraiment flippant quand je deviens trop familier avec quoi que ce soit. Je n’aime pas ça. J’aime écouter les trucs quand je ne sais pas ce qui va arriver”.

Les instincts d’Albarn n’ont pas arrêté de le dévoiler. Le passage de Blur à Gorillaz a été vif sur le plan commercial et adepte sur le plan culturel. Tandis que la Britpop s’épuisait, le dessin animé signalait un déplacement vers un style plus agressivement international et théâtral.

Aujourd’hui, il considère la vie rock’n'roll avec une consternation désabusée. Il dit qu’il a été très mauvais en tant que rock star et grimace légèrement en murmurant “Bon Dieu” après que je ramène la vieille époque, quand la soi-disante “Bataille des groupes” – Blur contre Oasis – est devenue l’une des grosses histoires de fond du premier mandat de Blair.

Il se lance dans une analyse atroce et peu concluante de ce que c’était, impliquant les Beatles, les Who, les Sex Pistols, les Kinks et le nouveau Labour avec “leur matériel bizarre et sombre”.

Peut-être, je suggère, c’était simplement que Blur étaient plus satiriques que Oasis : “Eh bien, en colère, une sorte différente de colère. La leur était plus viscérale. J’essaie toujours de trouver cette clarté, je ne peux vraiment pas dire comment je la ressens”.

Certaines choses ne changent jamais, cependant : “J’ai vu Oasis y’a à peu près 1 an et demi et c’était la même chose. Je m’entends toujours bien avec Liam Gallagher, mais Noel Gallagher ne me parle pas et me lance des injures de l’autre côté de la pièce”.

Il semble peu vraisemblable que Blur revienne. À la différence de certains – disons, les Spice Girls – Albarn ne semble certainement pas en avoir besoin. Il a son usine, sa liste vertigineuse de projets et une relation stable avec l’artiste Suzi Winstanley. Ils ont une fille de 8 ans, Missy, de laquelle il est tendrement protecteur.

Une autre raison pour ne pas revenir dans Blur, c’est qu’il souffre d’épuisement de rock star. Gorillaz est né en partie d’un dégoût de l’ennui de la pop industrialisé : “Il n’y a rien sur MTV – eh bien, ce n’est pas vrai. J’aime un peu les Cribs et Pimp My Ride, mais ça s’étend et on s’ennuie au bout d’un moment. Pourquoi doit-on répéter tout tellement qu’on se fait chier ?”

Avec une analogie brusquement vive, il compare l’industrie pop avec un souk marocain. Les affaires sont mauvaises dans les souks, rien ne se vend et les rayons se remplissent de babouches et de mini tajines.

“Les gens ne peuvent s’arrêter de fabriquer ces choses parce que c’est comme ça qu’ils sont payés. Bientôt on ne pourra plus rentrer dans le souk, on se battra pour entrer. On doit le garder intéressant, tu sais, de manière à ce que les choses soient vraiment inspirantes. On doit être sélectifs – c’est un mot dangereux. C’est vraiment pourquoi je fais des choses en mandarin et que je ne tourne pas avec un groupe”.

C’est – à la fois dans ce qu’il embrasse et ce qu’il rejette – un homme qui incarne sa génération. Dans les années 1990, il a été, peut-être à contrecœur, recruté dans cette toute nouvelle idée de la Grande Bretagne qui était intrinsèque à la première élection de Blair. Tout juste comme les Beatles dans la Grande Bretagne de Harold Wilson symbolisaient l’amusement loin des années 1940 et 1950 strictes, Blur et Oasis incarnaient le sentiment national de soulagement qui a accompagné la défaite du parti conservateur démoralisé par Blair.

Mais Cool Britannia n’a pas duré longtemps et son échec a laissé la génération d’Albarn avec un problème d’identité. La génération des années 1960 avait toutes sortes d’idéaux pour les rassembler. Les mômes des années 1990 n’avaient rien.

Le milieu d’Albarn l’a juste fait l’homme pour incarner le besoin d’un objectif. Il a longuement réfléchi à cela. Une question sur son éducation produit un long silence réfléchi. L’analyse qui s’ensuit est peu concluante mais révélatrice.

“Honnêtement, je viens de deux familles,  une qui a été décorée de l’ordre de l’Empire britannique pour avoir cultivé la terre – le côté de ma mère – et, du côté de mon père, une chose Quaker légèrement bizarre. Mon père n’a jamais été Quaker mais ça se manifestait en lui par un intérêt pour la transe indienne et le soufisme. C’est comme ça qu’il exprimait cette émotion, et c’est une émotion, et je la canalise dans cette pureté – ce n’est pas chrétien ni islamique, c’est juste l’essence de la magie”.

C’est, bien sûr, cette spiritualité non dirigée et indéfinie qui est le cœur de l’affaire. La génération des années 1960 avait la rébellion et l’alternative ; la génération des années 1990 avait l’aspiration, mais le commercialisme confortable leur a refusé la définition. Ils traînaient et, par occasions, rêvaient. Mais maintenant – et il se peut que ce soit une vérité qui change le monde – ils semblent avoir la Chine pour remplir le vide. Albarn n’arrive pas à s’arrêter de s’enthousiasmer.

“J’aime même le régime alimentaire chinois, il est très équilibré, très nutritif et sain, et ils boivent du thé vert toute la journée. J’aime ça et j’aime la sorte d’empoignade lent de nuages imaginaires chaque matin. C’est si beau. On a vraiment besoin de s’engager avec eux, l’écologie du monde dépend de notre engagement avec eux. C’est là où réside ma politique. Avec ma musique, j’essaie juste de créer de l’intérêt dans l’idée d’apprendre d’autres trucs”.

Et puis le désaveu inévitable du garçon qui a raté son examen d’entrée en 6ème : “Désolé, tout ça sonne très Zoolander”.

Bryan Appleyard

Traduction – 22 mars 2009