(Blur) NME (Original) – 24 août 1991 – Leisure

Rendez-vous à l’évidence. Nous sommes en train de nous noyer dans un océan de suffisance. Tout le monde est si heureux aujourd’hui – tous nos potes sont Énormes aux Etats-Unis, Énormes au Japon, Top 40 et tout à coup, c’est siiii chiants. Nous célébrons la médiocrité parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. Et puis il y a ce monde peu passionnant qui obtient sans effort des huit sur dix et qui commence et se termine dans un club merdique en sous-sol nommé Syndrome situé sur Oxford Street dans lequel nous (la presse), nous nous donnons des claques dans le dos de chacun jusqu’à ce que nos poignets nous fassent mal, alors que eux (les groupes), forment un cercle et que vous (les mômes), vous vous demandez pourquoi le club ne désemplit pas. Il est plein parce que minuscule et personne ne rentre chez lui bouleversé, alors il est grand temps que quelqu’un tire une ligne dans cette boîte de pilules renversées.

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(Blur) NME – 16 septembre 1995 : Complot footballistique

C’est officiel, Blur sont au sommet de la pop et font de leur mieux pour remettre le meilleur dans la pop britannique. Cette semaine, nous coinçons Damon au pub et Dave dans son avion pour discuter toutes les “choses de mec”. (À venir, les deux autres Alex et Graham.) Steve Sutherland discute avec Damon, le prétendu architecte du music-hall post-moderne, à propos du foot, des classes, de l’amour et du prochain round – l’imminente Bataille de Bournmouth !

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Les 100 Meilleurs Albums que nous n’avez jamais entendus

Peut-être était-ce le mauvais endroit, le mauvais moment ; peut-être qu’il ont été éclipsé par l’œuvre la plus célébrée de ses créateurs ; peu importe la raison, ce sont les disques qui languissent au fond des collections de disques, aimés par très peu… jusqu’à maintenant. Avec un peu d’aide de BEAUCOUP de vos musiciens préférés, voici les secrets les mieux gardés de la musique. Bonne écoute !

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Lambretta d’Amérique

L’Amérique a rendu Blur dingue il y a deux ans, le groupe ayant failli se désintégrer dans la psychose alcoolique. Mais deux ans plus tard, avec un album numéro un derrière eux, ils ont une vue plus saine du pays de McDonald maintenant que le succès de ce côté là de l’Atlantique n’est plus vital à leur stratégie. Keith Cameron les rencontre à Los Angeles et découvre que la vie moderne n’est pas merdique.

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NME Blog – 21 avril 2010

Pourquoi les projets de Hooky d’hommage à Ian Curtis semblent incorrects

Rick Martin

Cela fait 30 ans que l’homme de Joy Division est décédé, mais le Mancunien de service du NME Rick Martin pense que des mémoriaux mal conçus sont en danger de devenir indignes.

La légende, l’importance et l’influence de Ian Curtis surgit tellement dans ma ville natale de Manchester – et l’indé en général – que “célébrer” l’anniversaire de son suicide tous les cinq ans semble un peu inutile. Mais avec le 18 mai qui doit marquer le 30ème anniversaire du décès du chanteur de Joy Division, le déluge de ressorties, d’hommages et de camelote est assez inévitable.

Justement, c’est naturel que les fans veulent se souvenir d’un génie extraordinairement talentueux – et tout aussi torturé – en tirant les rideaux et se plonger dans Unknown Pleasures, ou en regardant l’excellent biopic de 2007, Control, voire en faisant un pèlerinage sur sa pierre mémoriale à Macclesfield.

Mais un hommage qui m’inquiète particulièrement, c’est l’ancien collègue de Curtis, Peter Hook, jouant Unknown Pleasures en live en entier dans son nouveau club thémé sur l’Haçienda, FAC 251.

Non parce que le concert verra sans aucun doute la sortie du tout vieux Manchester, mais aussi parce qu’on dirait un exercice de nostalgie comme détestait Curtis – on sent que son héritage mérité plus que les inévitables reprises en chœur une bière en main.

Écoutez, j’aime bien les hommages les yeux mouillés – un hommage anniversaire par ci, une réévaluation d’un disque par là – autant que j’aime découvrir un nouveau groupe. Et il est certain que le cœur de Hooky est au bon endroit, une opportunité pour lui de lever un toast à son collègue qui lui manque tant avec ses amis et ses fans.

Pourquoi donc cela semble-t-il faux, voire suspect ?

D’abord, à part l’enterrement de la hache de guerre en quelques semaines, il est peu probable que le reste de Joy Division – certainement pas Bernard Sumner et probablement pas Stephen Morris – sera dans le public.

Comment sonnera Unknown Pleasures sans les coups de poignard guitaristiques reconnaissables entre tous de Sumner ou le jeu de batterie mécanique qui est la marque de fabrique de Morris ? Si les fantômes habituels du passé mancunien sont impliqués – Andy Rourke et Mike Joyce, par exemple – probablement un peu merdique.

Pendant ce temps, le fait que Hooky va aussi faire une soirée de spoken word – An Evening Of Unknown Pleasures – avec le raseur de service Howard Marks ne fait qu’en rajouter au sentiment de malaise.

Ultimativement, on doit remettre en question les véritables raisons de Hooky. Est-ce que l’autobiographie (de l’aveu général très divertissante) How Not To Run a Club a besoin d’être poussée un peu plus après que ses ventes de Noël aient diminuées petit à petit ? Est-ce que FAC 251 a besoin d’argent dans le véritable esprit de l’Haçienda ? Est-ce que tous ceux impliqués sont simplement inconscients de combien cela sonne boiteux ?

Ultimativement, faire la paix avec Sumner et reformer New Order pour un concert de chansons de Joy Division dans une grande salle serait l’hommage le plus approprié – mais c’en est demander bien trop du couple le plus têtu et grincheux de Manchester. Rassembler la nouvelle génération de Manchester, ceux qui ont tous été inspirés à la propre manière par Curtis – les Courteeners, Delphic, Hurts – pour une soirée de reprises serait plus cela. Peu importe, la mémoire de Ian mérite sûrement mieux que cela, non ?

Traduction – 22 mai 2010

NME – 28 février 2003

L’année où on est tous devenus fous

On avait l’habitude que ce soit que Craig Nicholls qui soit un peu allumé, mais aujourd’hui, après les drogues, la boisson, les groupies, les maisons réduites en cendres, la destruction de matériel et l’adoration de serpents domestiques, The Vines sont tous devenus complètement timbrés – comme le témoigne le NME en Australie.

par Paul Moody

Pour The Vines, la folie n’a seulement atteint son maximum quand Craig Nicholls s’est transformé en singe. Tout jusqu’ici n’était qu’eux s’amusant, euh, comme des petits fous : l’effacement par un seul homme de tout le matériel du groupe en direct du plateau du Late Show With David Letterman ; les attaques de kung-fu aléatoires sur son propre groupe ; le moment où Craig a accueilli le président de sa maison de disques américaine les doigts formant une croix en criant : “Jettez ce con hors de mon bus !¨.

Oublions les 18 mois d’alcool, de drogues et de filles qui ont vu le batteur Hamish Rosser si blasé des groupies qu’il a dit au NME qu’il était “dégoûté du sexe à vie”.

Non, on a réellement perdu le contrôle de la folie après que Craig se soit transformé en singe.

“C’était aux concerts de Noël avec Beck et les Flaming Lips“, explique un Hamish bronzé en se remémorant le passé assis à sa bonne place dans un bar du centre de Sydney. “On est montés sur scène pour les rappels tous déguisés en animaux. Je me rappelle juste que Craig était en singe. On a jetté des confettis sur scène, chanté sur Do They Know It’s Christmas, puis on a fait la fête jusqu’à sept heures du mat’. Craig semblait bien allé. À dis heures le lendemain matin, on devait passé au Tonight Show. C’était un gros coup. J’accordais la batterie quand j’ai entendu ce gros fracas et que j’ai vu la guitare de Craig volé en ma direction. Elle a touché ce panneau en verre qui a volé en mille éclats. Puis il m’a envoyé un projo dessus et est sorti du studio en furie. C’était le chaos total. La PR était en pleurs, le producteur de l’émission est devenu absolument fou. Ils nous ont littéralement jetés de l’immeuble”.

Plus tard ce même jour, le manager de The Vines a retrouvé Craig pour lui demander ce qui l’avait poussé dans une telle “défonce”. La réponse était simple. Il avait faim.

* * *

Si vous êtes dans un groupe qui s’appelle The Vines, les choses sont obligées de s’embrouiller de temps à l’autre. Mais peu de groupes se sont aussi mis dans une telle pagaïe héroïque que ces troubadours australiens à la photogénie déconcertante. Leur ascension a été étonnante. Propulsés par le succès dans le Top Trois de leur premier album Highly Evolved au Royaume Uni en 2002, le quatuor qui n’a pas les pieds sur terre s’est embarqué dans une mission d’aspiration de cash au cœur des ténèbres du rock’n'roll qui ferait même faire des cauchemars à Frodon Sacquet.

Les faits ne racontent que la moitié de l’histoire : un million et demi d’albums vendus aux États-Unis uniquement (l’album est rentré dans les charts du Billboard à la onzième place) ; premier groupe australien à paraître en couverture de Rolling Stone depuis 20 ans (le dernier était, euh, Men At Work en 1983) ; une performance devant un milliard de téléspectateurs de part le monde aux MTV Video Music Awards. Mais il y a une autre face, plus sombre, du succès de The Vines.

“Ils sont tous devenus fous à leur manière, confesse quelqu’un qui connaît le groupe. Ils sont pas cons, mais ça affecte les gens différement. Patrick est devenu fou d’alcool, Ryan fou de drogue, Hamish fou de pompes. Craig est tout simplement fou”.

En janvier 2003, l’apparition du groupe au Big Day Out en Australie a été marquée par la nouvelle que la maison de Patrick et Ryan à Sydney (surnommée “The Fun House”) était réduite en cendres. Les deux ont simplement haussé les épaules. “Je ne pouvais prendre ça au sérieux”, a confirmé Patrick plus tard. Ryan – qui a perdu toutes ses possessions matérielles dans l’incendie – a été soulagé de savoir que ses serpents domestiques Sonny et Lucy avaient survécu. Dans la même journée Craig a détruit le dictaphone du NME quand on lui a demandé s’il pensait que le groupe était sur le point de splitter.

Quand le groupe est apparu à Later… With Jools Holland en mai de l’année dernière, la performance de Craig était d’une folie si spectaculaire – il a fracassé la batterie, un pied de micro et sa guitare durant leur première chanson – qu’un Lou Reed spectateur a déclaré : “Ça me fait du bien de voir ça. L’esprit n’est pas mort !”

La légende de The Vines ne se finit pas là. La dernière fois que le NME devait les rencontrer à la fin de leur “tour d’honneur” du Royaume Uni, ils ne se sont même pas pointé. Titubant après un aftershow à l’Astoria impliquant de la poudre MDMA, un petit réservoir de boissons alcoolisées et, dans le cas de Craig, quelques somnifères prescrits, le groupe n’était même pas conscient qu’il avait manqué quelque chose. Le signe n’était pas pas assez visible en gros néons clignotants. Après 18 mois de folie qui les ont vus passés d’inconnus de Sydney à un des groupes préférés de la planet, The Vines s’effondraient en public.

Même aujourd’hui, les répercussions de la dernière tournée grommèlent. Le manager Andy Kelly blague à moitié quand il annonce qu’une des ambitions qui lui restent dans la vie est de “ne jamais prendre un avion avec The Vines à nouveau”, alors que la nature imprévisible de leur leader qui ne boit pas mais qui aime le fast food assombrit toujours leurs moindres gestes.

Le talent d’humeur changeante de Craig Nicholls, semble-t-il, apporte avec lui toutes sortes de complications. Sur l’itinéraire du voyage du NME vers Sydney, on trouve ces mots : “Lundi : Interview (si permis)”, ce qui à la suite des rencontres précédentes du NME avec Craig (une corvée de quatre heures dans des toilettes ; un dictaphone fracassé ; une fois où il n’est pas venu) est quelque chose de redouté. Il est alors temps pour le NME de découvrir l’état d’esprit actuel de Nicholls, examiner les derniers développements dans le monde de The Vines et de découvrir si les rumeurs selon lesquelles le deuxième album Winning Days est meilleur que leur premier sont vraies. Et quel meilleur endroit pour cela qu’un festival australien ?

Jeudi au Annandale Hotel, Sydney, 21h
Le Annandale Hotel de Sydney est la sorte de bouge pas très propre qui sera un jour jumelé avec le Barfly de Camden. Ceci étant l’Australie, un restaurant chinois en essor tourne dans le jardin et les dimanches sont consacrés au “striptease”. Ce soir, cependant, l’Annandale est l’hôte d’un concert secret de Forgone Conclusion. Gros fans de The Office, The Vines ont pris le nom du groupe infortuné de David Brent pour, détecte-t-on, envoyer un coup de griffe aux connaisseurs rock de Sydney. Malgré des ventes saines de 150 000 exemplaires chez eux (dans un climat dominé par Delta Goodrem), la presse australienne – irritée par le profile international de The Vines – refuse de prendre le groupe aussi sérieusement que leurs héros qui payent leurs droits Silverchair et The Superjesus.

En conséquence, aucun des médias locaux n’a été invité. Non pas que cela importe à Craig Nicholls, suspecte-t-on. Tout d’abord aperçu en train de regarder avec passion le groupe de première partie Youth Group du côté de la scène, Nicholls parait, peut-être, encore plus jeune qu’il ne le paraissait la première fois que le NME l’a vu deux ans auparavant. Il dit bonjour en hochant la tête et disparait dans la loge en citant un rendez-vous urgent avec le dernier CD de Suede. Ce qui laisse Patrick pousser sa mémoire dans le renfermé de ces derniers mois et nous mettre au courant de l’état d’esprit actuel de The Vines.

Quel est son regard sur l’année qui vient de s’écouler ?

“Eh bien, les choses se sont corsées à partir du dernier soir de la tournée irlandaise, reconnait-il. Craig était malade. C’est un des pires shows qu’on n’ait jamais faits. Destruction. J’ai fait tournoyé ma basse au-dessus de ma tête, ce que je n’aurais jamais dû faire. C’était une autre chose à la con dans une longue liste”.

Pense-t-il qu’ils ont changé à la suite de cela ?

“Les vrais changements sont durs à voir. Tout le monde a vieilli, mais c’est à moitié grâce à nous si Craig semble plutôt plus jeune qu’avant. Le truc avec Craig, c’est qu’il a beaucoup de potentiel. Il peut super bien chanter, mais il a ses hauts et ses bas. Y’a des soirs où il va chanter à la perfection et d’autres on on sait pas ce qu’on va avoir”.

NME parle alors avec le guitar tech du groupe, Tony. Vétéran des caprices des virtuoses de la guitare (il a été une fois roadie de Brian May), Tony est connu pour rapiècer différentes guitares en plein concert durant les frénésies fracassantes de Craig. Ayant déjà saccagé 150 guitares pendant tout autant de concerts, il est occupé. La plus précieuses des guitares actuelles de Craig, comprend-t-on, est un modèle nouvellement acquis des États-Unis avec des micros customisés.

“Je lui donne la bonne guitare au bon moment, dit-il avec sagesse. J’aime pas les voir bousillées, mais je sais pourquoi il fait ça”.

Sur scène, 21h45
Le concert est génial. Avec Ryan Griffiths nouvellement promu guitariste rythmique à temps plein et Craig au centre de la scène, The Vines ressemblent enfin au groupe rock classique qu’ils ont toujours été sur disque. Si les vieilles chansons ont acquis des muscles cogneurs alors les nouvelles chansons sont des bêtes plus complexes, tirées de quelques réserves plus profondes du psyché de Nicholls. Une onirique Amnesia (“I cannot remember/My own sanity” – “Je ne me rappelle pas/De ma santé mentale”) est une sublime cousine à Mary Jane alors qu’une féroce Animal Machine réalise la synthèse jusqu’alors impossible de Suede et de Nirvana. Les guitares ne sont pas bousillées. Par la suite, on s’accorde tous sur le faits que c’est le meilleur concert que n’aient fait The Vines. Après, les trois quarts du groupe appliquent leur concentration maximum à l’art d’être bourré. Au petit matin, Ryan dévoile que le groupe a changé de conduite et qu’ils ont répété massivement pendant les deux derniers mois. Les concerts chaotiques du passé, laisse-t-il entendre, peuvent être derrière eux.

Samedi au Homebake Festival, Royal Botanic Gardens, Sydney, 17h
Pattrick Matthews a abandonné ses études de médecine pour devenir une vigne il y a deux ans. Même aujourdh’ui, il conserve toujours un air de jeune docteur affairé sur le diagnostic d’un patient difficile (Nicholls, eut-être). Cependant, dans les coulisses du Homebake – équivalent australien de Reading – il est saisi par un état médical plus facile à définir : la nervosité.

“Je vais seulement boire deux verres avant le concert, dit-il les dents serrées. Mais après…”

Hamish est moins affecté par le trac. Surfer résident de Bondi Beach qui, quand il était jeune, ne pensait à rien d’autre qu’escalader le Sydney Harbour Bridge pour faire une virée nocturne, il semble immunisé à presque tout. Avec 30 000 fans dehors devant la scène et le corps entier de la presse australienne rassemblé au bar en coulisses, cependant, même Hamish est un peu agité. Comme pour composer avec l’humeur sinistre, des chauve-souris tournent en cercle dans le ciel et des nuages d’orage se concentrent au-dessus du site alors que l’après-mide avance lentement. Il va se passer quelque chose.

Sur scène, 19h30
Le concert passe dans le chaos total. Caché dans les profondeurs de la loge depuis son arrivée, Craig arpente la scène et se déchaîne. Habillé d’un jean déchiré, d’un t-shirt de Jane’s Addiction et d’un gilet noir miteux, il fait tout mais détone. Durant l’ouverture Highly Evolved, il crie de façon incohérente, envoye le micro par terre et se contorsionne dans tous les sens dans un enchevêtrement de câbles. Alors que Tony grimace, Craig fracasse sa guitare customisée flambant neuve durant la seconde chanson Ride, se balance au-dessus d’un retour et fait hurler les bouches bées du premier rang largement féminin dans un mélange d’horreur et de délectation. Le Craig “malade mental” d’autrefois est de retour pour de bon.

“Vous le voulez, vous êtes heureux ?” crie-t-il avant une féroce Fuck The World, avant de bousiller la batterie d’Hamish sous des hurlements d’approbation. Cela rappelle de façon renversante la capacité de The Vines de défier la convention à tout instant.

En coulisses, après que l’Ouragan Craig soit passé, le reste du groupe tombe dans leur manie respective. Patrick disparaît à la recherche d’un “sérieux alcool”. Quand il revient une demi-heure plus tard, il est complètement rond et tient une bouteille de Tequila au trois quarts vide. Il ne se calme qu’après ce qu’une rencontre de catch avec Ryan se termine par le doux guitariste ryhtmique envoyant une série de coups du lapin bien visés dans les reins. Craig est tranquillement assis au milieu de tout cela dans un coin à écouter sagement Muse dans son Walkman. C’est trop bizarre à décrire. La soirée de Hamish se terminera à l’aftershow, où, insensible à cause de l’alcool, il tombera à plat sur le dos aux pieds de la sensuelle chanteuse des légendes du rock australien The Superjesus. Alors que le jour se lève, il est clair que la réputation de The Vines parmi leurs paires est restée intacte.

Dimanche dans la chambre 305, Kirketon Hotel, Sydney
Notons bien cela : The Vines ne se sont pas tourné les pouces durant les sept mois où ils se sont éloignés. Ayant été aux Bearville Studios de Woodstock dans l’état de New York en mai dernier, ils ont passé les trois mois suivants à enregistrer leur deuxième album avec le producteur de Highly Evolved Rob Schnapf. Ayant reçu une copie de l’album le lendemain du Homebake, c’est le devoir sacré du NME de rapporter que les résultats sont vraiment surprennants. Oublions toutes notions d’une charpente à la Room On Fire ou, comme Patrick l’a déclaré au NME, un “album métal de fête”, c’est la réflexion parfaite que leurs concerts schizophrènes. Enregistré dans des tons dépouillés et – à la différence du premier album où ils avaient fait appel à des musiciens extérieurs – joué entièrement par les quatre, Winning Days est à tour de rôle plus lourd et plus doux que son prédécesseur, et avec Autumn Shade II, la chanson titre et une Sun Child légèrement retapée, il contient certaines chansons les plus sublimes que vous entendrez cette année. Le premier single Ride, pendant ce temps, sonne comme Get Free enregistré dans un courant d’air alors que Fuck The World, très appréciée en live, sonne comme si le ciel était tombé sur Seatle. Les ados pourris de puberté et les trentenaires amateurs de rock “classique” vont l’adoré en masse.

“Dès que j’ai vu Craig, j’ai pensé que c’était un croisement entre Sid Vicious et Lennon post-Beatles et les chansons, plus que jamais, reflètent ça”, confie Andy Kelly dans un café pas loin de l’hôtel. “Les extrêmes sont si complets. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme lui, et toi ?”

Lundi à Luna Park, Sydney
Le lendemain, devant un parc d’attraction Luna Park, The Vines sont rassemblés pour une session photo du NME. Au soulagement de tous ceux concernés, les démons qui affligeaient Craig au Homebake semblent s’être évaporés. Non pas que que cela le rapproche d’un comportement normal. Dévorant à belles dents une pizza végétarienne et interprêtant une danse élaborée “Morrissey faisant du Tai-Chi”, il semble encore plus loin de la réalité. Surtout quand, en regardant le ciel sur un pied, il gazouille “Aaaaah, le soleil, c’est génial, vraiment génial” à la grande surprise des touristes qui passent. À en juger de ses collègues déphasés, cependant, il est aussi normal que peut l’être Craig Nicholls.

La discussion avance gentiment vers les derniers concerts. Que pense-t-il des deux derniers concerts ?

“C’était sympa. Je pense que j’ai préféré le festival. C’était à Sydney, y’avait des milliers de gens là-bas”.

Est-ce qu’il y a autre chose qui le transporte sur scène ?

“Chais pas. Je me contrôle, mais je me contrôle pas, si ça a du sens. Parfois, y’a de grands moments, des moments déroutants et des moments gênants. Je pense que les gens ne réalisent pas que c’est mon sens de l’humour”.

Avec le recul, est-ce que ces 18 mois sur la route ne l’ont pas rendu légèrement fou ?

“Tu parles du truc chez Jay Leno ? Chais pas. J’ai une mauvaise mémoire. On va dans tous ces endroits et les choses deviennent folles, c’est dur de se rappeller. (Pause) Mais je vais bien à l’idée d’y revenir. Je vais bien. Il n’est pas question de split ou de ne pas tourner”.

Est-ce que son humeur plus joyeuse a à voir avec le fait d’avoir passer sept mois à la maison ?

“Ouais. Tout semble plus simple maintenant. Je n’ai pas la même vision de tout le processus que quand on était en tournée. C’était la folie pour nous. Avec le recul, c’est une chouette expérience mais c’était un peu déroutant. Mais j’avais toujours à l’esprit qu’on devait enregistrer cet album. Quand j’ai enregistré la voix de Amnesia, ça a été le meilleur. C’était comme une prise d’ecstasy. J’étais si soulagé d’avoir enfin pu capturer ça”.

Il y a quelque chose d’à la foi naïve et complètement concentrée chez Nicholls. Tour à tour désespérement détaché de la réalité et pourtant enthousiaste pour parler des questions qui le touchent, il semble avoir peu de contrôle sur ses sautes d’humeur. Est-ce que des paroles comme “I speak like I’m fucking mad” (“Je parle comme si j’étais fou”) dans Autumn Shade II sont une tentative consciente de communiquer ce qu’il ressent sur sa position ?

“Je pense. Être dans le groupe est une manière pour moi de dire des choses que je ne peux expliquer avec des mots. C’est vraiment difficile pour moi de faire ça. J’ai toujours voulu en dire plus. Comme Winning Days parle de la mort d’Aaliyah. J’ai vraiment été bouleversé quand c’est arrivé”.

Beaucoup de personnes peuvent écouter une chanson comme Fuck The World et penser que ses perspectives sont encore plus mornes et mener à ces vieilles questions sur le suicide.

“Ouais. Je vois pourquoi les gens penseraient ça, soupire-t-il. Les gens pourraient prendre cette chanson comme sonnant négative mais ce n’est pas du tout de ça qu’elle parle. Ce que j’essaye de dire, c’est la dernière chose que je ressens, je suis sarcastique. C’est cette sensation qu’on a ado que j’ai toujours, quand on veut plus rien avoir à faire avec rien. Ce vieux cliché. Et à la fin, je dis Fuck the world, don’t (“J’emmerde le monde, non”), c’est la tournure”.

En effet. Alors que toute grande rock star de Bowie à Bono ont adopté des alter-egos pour faire face à la célébrité. Nicholls semble avoir deux personnalités bien distinctes qui co-existent. Ces deux visages (rocker dysfonctionnel ; drogué planant à mille) sont répercutés dans sa conversation. Sur des sujets avec lesquels il se sent à l’aise (Muse, The Kinks, Basement Jaxx), l’accent particulier tombe et on se retrouve en compagnie d’un enthousiaste amateur australien de musique. Sur d’autres, son jargon de psy bien intentionné s’avère proche de l’impénétrable. Bowie a chanté dans Fame qu’elle nous mettait là où les choses sont creuses. Est-ce que son succès l’a rendu plus solitaire ?

“Non. Je me suis toujours senti creux (rit). Je pense que je suis bi-polaire, mais personne me l’a jamais dit donc c’est pas possible. C’est dur pour moi de décrire ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Je peux pas faire la différence, tu comprends ? Je vais pas sur internet, je reste chez moi assis avec mes pensées sur la musique et la peinture. C’est ce que je fais. Si je n’étais pas dans le groupe, je resterais là à rêvasser, et ce n’est pas bon. Je ne peux probablement pas m’empêcher de mentir”.

Quand il disparait dans la direction de la fête foraine, il est difficile d’imaginer que Craig – boitant désormais avec un t-shirt marron accroché autour de la jambe – est le même jeune homme dont les chansons sont d’une qualité qu’aucun de ses paires ne peut toucher. Encore plus alors, quand, ayant descendu une vieille attraction sur une vieux paillasson, il jodle comme un fou tel un jeune coq de basse-cour. Quand il passe la tête au travers d’une attraction victorienne qui le représente comme le bébé d’une famille Vines dysfonctionnelle avec Hamish dans le rôle de la maman, on imagine que même Freud aurait renoncé à la psychanalyse. “Mange tes légumes !” braille Hamish.

Plus tard ce même soir, Patrick confie que son meilleur moment personnel durant l’enregistrement de Winning Days a été le moment où Craig a conduit dans Woodstock au beau milieu de la nuit avec lui et Ryan accroché à la gallerie, soûls comme des Polonais. Le seul problème était que Craig n’avait jamais été derrière un volant de sa vie.

N’était-ce pas un peu dangereux ?

“Oh, Craig est fou, d’accord“, dit-il en riant, pronostic médical complet. “Mais il n’est pas insensé”.

D’accord. Maintenant s’il était déguisé en singe…

Traduction – 28 février 2003

NME – 16 mars 2002

Millésime !

THE VINES
Brighton Freebutt

D’accord, allons droit au but. C’est un des premiers concerts les plus sensationnels que votre correspondant n’ait jamais vu. Le show de ce soir – qui fait partie d’une tournée NME 5.0 avec les Libertines – c’est la toute première fois que The Vines jouent en Angleterre et c’est aussi bon, voire meilleur, que lorsque nous avons vu les Strokes jouer au Camden Monarch il y a juste 12 mois.

Venus de Sydney, en passant par six mois insensés à LA, The Vines n’a sorti dans ce pays jusqu’ici qu’un seul 45 tours – Factory – qui sonnait comme une pique punk-reggae sur les Beatles. Désormais signés sur Heavenly, ils sont sur le point de sortir un premier vrai single – Highly Evolved – qui dure seulement 94 secondes et se présente comme du Nirvana période Nevermind. C’est un début prometteur, mais un qui ne raconte rien de ce concert.

Avec leur leader Craig Nicholls, The Vines ont une véritable superstar. Ce soir, des rumeurs courent selon lesquelles sa seule répétition pour ce show consistait en lui qui éclatait sa guitare et quittant la salle. À 22h, il arrive sur scène avec les cheveux de Echo & The Bunnymen et les manières vocales tendues d’un Kurt Cobain venu des antipodes. Pendant les 60 minutes à venir, il se tient avec les yeux révulsés et ses mains lui cachant le visage.

Musicalement, ce qu’il a à offrir est encore plus saisissant. En gros, on classe ses chansons dans deux parties égales. Il y a le garage punk aiguisé de Outta Tha Way, de Highly Evolved et de Get Free et les épopées plus allumées de Mary Jane et 1965. Cette dernière est tout simplement incroyable, avec une fin dans une ruée de feedback durant laquelle Nicholls joue de la guitare au-dessus et derrière la tête.

Le tout ressemble à une révision millénaire de L’album Blanc – et étant donné qu’ils trouvent aussi le temps de dénicher une version cinglante de Ms Jackson de OutKast, on peut voir qu’ils ont réellement quelque chose.

Ils terminent avec une version chaotique d’une des faces B du premier single, Ain’t No Room. Les yeux de Nicholls reprennent leur place originelle et puis le groupe repart.

The Vines seront sans aucun doute les Strokes de cette année. Quelques autres concerts comme celui de ce soir, cependant, et ils pourraient même se révéler être bien plus.

James Oldham

Traduction – 18 août 2002