Select – février 2000

“C’est comme le plus grand rappel de tous les temps”

De She’s So High à No Distance Left To Run – Blur célèbre une décennie de singles en jouant toutes les faces A sans en oublier une. Select se pose en catastrophe en backstage afin de poser un petit groupe de questions cruciales : s’ennuyent-ils ensemble ? Qu’est-ce que cela fait de jouer Country House ? Et où en est l’obsession pour les dominos ?

HISTOIRE PAR Steve Lowe PHOTOS Pennie Smith

“Il y avait des histoires d’horreur dans l’avion. Vous savez, ne prenez pas de bains parce que les vers vont ramper dans votre derrière. Ne prenez pas de glaçons. Et ne sortez pas de l’hôtel parce qu’on va vous voler”.

Un Alex James ébouriffé, ses cheveux épais dépassant à des angles de façon plus absurde que débauchée, se souvient de la première tournée de Blur en Amérique du Sud, de laquelle ils sont revenus il y a une semaine.

“Mais nous avons rencontré un des mes amis à Mexico dont l’ami possédait le meilleur bar du monde ! Et nous étions absolument bourrés, il y avait des glaçons dans les boissons, et nous courions dans tous les sens après les gens. Ça allait mieux après ça”.

Plus tard, le groupe est parti faire une petite ballade au petit matin sur l’ancien temple du soleil Maya proche, la colossale Pyramide Teotihuacan – presque deux fois la taille de celles en Egypte – pour voir le lever du soleil. “Alex a couru tout droit au sommet en une fois presque sans s’arrêter”, dit Damon en gloussant et en secouant la tête. “Je ne sais pas comment il a fait cela. Nous devrions laisser cela à l’imagination pour savoir comment il a réussi cela”.

“Nous avons suborné un garde pour y aller, continue Alex. Puis, quand nous sommes arrivés au sommet, nous avons rencontré apparemment le seul flic mexicain qui ne se laissait pas corrompre. Nous avons été arrêtés et les choses sont devenues épouvantables. Nous avons réussi à nous faufiler hors de là, mais ils parlaient tous espagnol, alors je ne sais pas comment”.

Alors Alex, comment as-tu réussi à aller au sommet en une fois, vu que tu n’es pas un phénomène de la forme ?

“Et bien, nous avons bu ces drôles de boissons qui semblaient avoir des épinards dedans. Ou alors c’était juste les anciennes vibrations”.

Les membres de Blur sont supposés être malades d’être ensemble dans un groupe. Ils ont apparemment perdu la volonté de continuer. La rumeur dit que ce n’est plus amusant.

Il se peut, alors, que ces allégations soient fausses.

* * *

Le New Waterfront Venue de Belfast partage un promontoire dans la Mer d’Irlande avec le Belfast Hilton adjacent. Ensemble ils forment un symbole brillant de la prospérité post-cessez-le-feu. Les deux établissements jouent ce soir le rôle d’hôtes de la seconde date du tour d’honneur des Iles Britanniques de cinq dates de Blur nommé Singles Night Out.

Dave Rowntree et Alex ont volé dans l’avion de Dave plus tôt, mais Select est tombé sur les membres non pilotes du groupe à l’enregistrement d’Heathrow. Damon arborait une barbe de plusieurs jours et un ravissant bonnet de Laponie. Graham, portant une casquette de baseball et un bombardier en cuir, portait son skateboard dans les portails de sécurité comme bagage à main. Maintenant, en mi-après-midi, alors que le minibus de l’aéroport de Belfast rentre dans le complexe, un énorme panneau faisant la publicité d’une représentation du Lac des Cygnes paraît. Clairement pas fana de se faire souffler la vedette par un ballet, Damon s’exclame en ronchonnant, “C’est quoi cette merde ?”

Une heure avant le concert, Alex dort paisiblement par terre dans la loge. Il remarque peu les tentatives de réveil, dont une consiste en Graham faisant du skateboard à côté de sa tête. “Si tu refais ça, je balance cette chose par la putain de fenêtre”, grommele-t-il d’un ton menaçant.

Au début, alors, il se peut qu’il ait échappé à votre attention que Blur célèbre cette année leur dixième anniversaire. Après le coffret, le livre, l’exposition et le panégyrique à Melvyn Bragg, viennent les concerts. Tous les singles. Dans l’ordre. Bon truc, on peut penser, mais étant le principal groupe pop des beaux-arts de la nation, Blur essaye d’investir ce festival pop avec l’attitude d’une déclaration d’art.

“C’est une autre expérience. Comme tout ce que nous avons fait”, pense Damon, maintenant malheureusement dépouillé de la barbe et du couvre-chef, entre deux bouchées de salade niçoise dans le bar de l’hôtel.

“C’est quand même très étrange, il continue. C’est assez brutal étant donné que nous revisitons une année pendant trois chansons et puis on avance. Peut-être que cela aura un effet similaire pour les gens qui vont voir ça, marquant des périodes spécifiques dans leurs vies”.

Leur plan initial – fixé alors qu’ils répétaient pour leur performance de Reading – était simplement un concert de Noël à Wembley. “Puis, deux semaines plus tard c’est, On pourrait aussi faire un concert pour s’échauffer”, dit Dave en ricanant, tout frais sorti de son vol agité au-dessus de la mer. “Puis c’est, On ne peut faire Édimbourg et pas faire Birmingham. Et ainsi de suite. Le vieux scénario je-me-faufile-dans-une-tournée-de-manière-déguisée”.

La première performance deux nuits auparavant à Newport a été révélatrice, avec leurs bêtes noires de points faibles se révélant palpitant alors qu’on ne s’y attendait pas. Même Country House fut amusante, surtout après que Damon l’ait présentée en faisant le poirier.

“Celles que j’attendais être vraiment affreuses n’étaient pas mauvaises, déclare Dave. Nous avons bâti Bang depuis des années en cet horrible ogre, mais c’est juste… de la merde inoffensive. Et Country House était comme rencontrer un vieil ami qu’on n’a pas vu depuis l’école primaire. Et qui n’a pas mûri”.

“Je n’avais aucune idée combien nous étions devenus Mickey Mouse durant la période de Country House, s’accorde à dire Alex. Il n’est pas étonnant que nous ayons fait chier ces autres mecs”.

L’humeur courante de vivre-et-laisser-vivre s’étend même jusqu’à Graham – un homme dont l’amour pour les faces A de son groupe connait quelques limites.

“De façon ordinaire j’en ai marre des singles”, grommele-t-il, bien plus détendu que l’écolier agité du South Bank Show. “Mais j’ai décidé de laisser tous ces trucs à l’hôtel. Laisses ton angoisse à la porte. La vie est trop courte pour être en colère. Pour dépasser cela tu dois penser à Noël et aux enfants, vraiment – c’est mon acclamation de Noël cette année. C’est comme le plus grand rappel que nous n’ayons jamais fait, juste un grand rappel”.

Cette même atmosphère de vacances libre et on efface tout et on recommence est évidente à la balance. Ironiquement, les deux chansons qu’ils attaquent avec la sonnette d’urgence sont le duo insulté de Sunday Sunday et Charmless Man – mouton noir maintenant accueilli de nouveau dans le parc. En attendant que le son du clavier de la dernière soit modifié, Graham commence à siffler la mélodie dans le micro. “C’est bien !” crie Damon. “Peut-être pouvons nous faire cela pendant tout le set. Simplement sortir et siffler tous les hits !”

Avec I Know, à l’origine double face A de She’s So High, inaugurant le set, les 23 chansons font passer plus de deux heures de pop à guitare des années 1990 vertigineusement géniale.

“Cela marche définitivement différemment d’un set normal, s’accorde à dire Alex. C’est un peu comme boire trop de Coca, ça donne un peu la nausée”.

Pour les marchands de rumeurs, bien sûr, ces concerts sont trop bons pour être vrais. Tout le concept pourrait indéniablement être lu comme une procédure de liquidation, on exorcise les démons avant de se dissoudre. Le groupe des plus grands singles des années 1990 termine à la fois la décennie et la carrière en réglant les détails qui restent. Mais une telle netteté dans le plan de carrière n’a pas caractérisé le progrès de Blur dans la décennie qu’ils ont mis en musique.

Alors ça sera la dernière fois que vous allez jouer toutes ces chansons ?

“Pas pour moi, pense Dave. Je serai toujours dans le tribute band de Blur. Dave Rowntree’s The Blurs. Dave Rowntree’s Blur Experience. Nous jouerons au Groenland”.

* * *

1999 a été une année de tempo moyen pour Blur. Alors que 13 ne les a pas encore vus sauver le rock, cela voulait dire que ce que Graham a appelé “un album Gong de mauvais trip de culte du Diable” se tenait raisonnablement comme installation semi-permanente dans les charts album.

C’est vrai, pour un groupe qui avait l’habitude de se considérer rois de leur coin du monde, cette position était, par occasions, frustrante. “Je pense que c’est la presse qui était distante, pas le public, affirme Damon. Tous nos albums ont vendu autour des 600 000 exemplaires. D’accord, c’est pas 1 million, mais c’est assez pour moi, tu vois ?”

Woody Allen blague à propos de lui-même dans Stardust Memories, les gens disent qu’ils préfèrent ses films plus anciens et plus marrants. C’est une situation partiellement reflétée par Blur durant l’année. Les apparitions aux festivals de Reading et de Leeds étaient sans doute des triomphes, mais seulement aux frais de leur remontée de leurs sets uniquement 13 pour inclure plus de vieilles chansons mélodieuses. Avant cela, cependant, il y a eu leur performance de T In The Park. Alors que le groupe déclare que l’atmosphère était positive, les critiques qui en résultaient ne l’étaient certainement pas. Et l’événement fut ombragé par les marchandises astucieuses de Mogwai.

“C’était juste du hasard, sorti de nulle part”, dit Damon du dernier set des frappeurs de son groupe du Nord de Watford. “J’ai eu deux T-shirts gratuits, cependant, ainsi je m’en suis bien tiré”.

Une source plus interne de conflits fut la sortie du second single de l’album Coffee + TV. L’idée d’exposer sa vulnérable voix plus loin n’enchantait pas Graham.

“La seule raison pour laquelle j’ai chanté ça était que Damon avait à faire des paroles pour d’autres trucs, dit-il. Il a dit, Toi, tu écris des paroles, alors je suis rentré à la maison et je les ai écrites cette nuit et j’ai fait les vocaux en deux prises. Mais j’avais trop peur de les chanter en live”.

Comment le problème a-il été résolu ?

“[Il renifle] Je devais le faire. Je n’avais pas le choix ! Et ça va de mieux en mieux”.

La principale spéculation des médias parlait d’une phrase inoffensive prononcée sur la scène de Reading – “Nous allons partir pour un moment, puis nous allons faire… autre chose” – fut présentée comme grande évidence de leur split supposé arriver sous peu.

“Les gens ont été beaucoup obsédés par notre fin cette année, mais ça fait partie du mouvement, dit Damon en souriant d’un air narquois. Tu sais, parfois quand tu es devant 80 000 personnes et que le guitariste prend un peu plus de temps pour se préparer pour la prochaine chanson, et que tu n’as plus rien à dire, tu dis simplement la première chose qui te vient à l’esprit”.

Le matériel introspectif et expérimental de 13, déjà connu comme “Le LP de Justine”, n’allait jamais être parfait pour des concerts avec cette atmosphère de fête à Ibiza. En effet, ce qui, en studio, se faisait sentir comme une véritable cathare commença, après un an de promo et de concerts, à devenir un exercice épuisant à remuer un terrain sensible.

“C’est un peu lourd par occasions, s’accorde à dire Damon, mais il n’y a rien à propos de cet album qui n’est pas sincère, ainsi tout ce qui en résultait était bien à mes yeux. Je ne le regrette pas du tout”.

Justine fut, cependant, agacée d’entendre continuellement No Distance Left To Run à sa sortie en single.

“Et bien, c’est juste…” Damon s’arrête utilement. “Ça ne l’a pas arrêtée de me demander de jouer son nouvel album. Alors ça n’a pas du être si agaçant”.

Coïncidant étrangement avec cette période, Damon devint le premier membre du groupe à devenir papa lorsque sa petite amie artiste Susie a donné naissance à une fille, Missy. “Elle est fantastique, dit-il en souriant. Elle a neuf semaines maintenant. C’est charmant. Ça veut dire que je me relève tôt le matin. Ce qui est une bonne chose…”

Ce développement coïncide convenablement avec leur entrée dans ce panthéon de bohême respectable, The South Bank Show. “Je n’aime pas vraiment me voir en vieux garde, dit Damon, mais je suppose qu’une fois que vous avez fait The South Bank Show, vous devez l’accepter d’une manière ou d’une autre”.

Alex a des réservations plus primitives sur l’émission.

“Il y a ce passage où je dis que nous avons eu un contrat de disques parce que nous sommes beaux, dit-il avec honte. Et je ressemble à une putain de patate”.

* * *

La plus grande pièce de munitions pour ceux qui cherchent à enterrer Blur est sans aucun doute l’aveu de Damon que la majeure partie de la musique qu’il produit maintenant ne convient pas à un groupe de quatre personnes. Dans son studio, situé pratiquement à côté de sa maison du West London, Damon dit qu’il fait de la nouvelle musique presque tous les jours. Il ne révèlera pas grand-chose dessus, bien qu’on peut être sûr qu’il n’était pas derrière les récents travaux du S Club 7. Alors que pense le reste du groupe de son aveu qu’une grande partie de ses intérêts s’écarte du groupe Blur ?

“C’est bien, parce que c’est vrai”, dit Graham en affirmant de la tête. “Il y a eu beaucoup de fois où il nous a présenté quelque chose pour travailler dessus et c’est du genre [il tire une tronche triste] Non, merci. Juste des trucs qui auraient été meilleurs avec un autre environnement comme un petit ensemble Stravinsky”.

“Tout le monde a sa propre vie à mener, s’accorde à dire Dave. Ça m’a pris dix ans à avoir un nom de famille. J’ai été Dave de Blur pendant une décennie. C’est bien d’être Dave Rowntree”.

Alex répond de manière moins enthousiaste. “Il dit de la merde comme d’habitude”, dit-il en gloussant, se recalant avec une bouteille de champagne d’après concert.

Alors de quelle manière toutes ces rumeurs de split de l’année dernière étaient fausses ?

“Totalement, dit Graham. Nous avons été assez proches de problèmes, mais pas assez pour splitter”.

“Chaque activité secondaire apporte de l’eau au moulin des rumeurs, croit Dave. Il y a un groupe argentin qui vire les membres du groupe lorsqu’ils atteignent la puberté et ils prennent simplement quelqu’un d’autre. Alors nous avons pensé faire cela, quand quelqu’un devient trop vieux, nous pouvons le virer, et alors avoir un Blur perpétuel. De cette manière nous pourrions toujours être sur le point de splitter. Nous allons splitter un jour”.

L’année prochaine semble certaine pour voir Blur se regroupe pour s’attaquer à du nouveau matériel. Après tout, si Modern Life Is Rubbish, Parklife et The Great Escape composaient la “trilogie British”, on a sûrement besoin d’une autre tranche d’art-noise débraillée pour s’insérer aux côtés de Blur et de 13.

“Il y en aura probablement une, ouais, estime Damon. Mais je pense que Graham et mes goûts musicaux sont si différents en ce moment que ce sera le disque le plus difficile à faire. Mais le fait que ce soit une lutte difficile ne m’inquiète pas”.

“On m’a dit que c’était tous des paires, Blur et 13 étant la dernière, affirme Graham. Je préfère regarder cela comme cela”.

Le prochain LP devra être un saut en avant alors.

“Et bien, si ce n’est pas tellement un saut, alors ça sera la dernière partie d’une trilogie. Et si ça l’est, ça fera partie d’une nouvelle paire !”

Avec Graham qui écoute toujours Sunny Day Real Estate et Mortician, et Damon, suivant l’exemple du projet Buena Vista Social Club, qui développe un intérêt pour la musique latine, un terrain commun se révèlera difficile. Ce qui est certain, cependant, c’est que la “pop” n’est pas au menu. “Il n’y a aucune liberté dedans, dit Graham d’un ton ricaneur. C’est comme un dîner devant la télé, au bout d’un moment, on veut juste faire la cuisine soi-même”.

* * *

Le show de ce soir à Belfast prouve certainement que le concept était sensé. Damon suggère au public qu’il devrait porter un jeu interchangeable de perruques durant le set, expliquant aussi son atroce coupe de cheveux dans le clip de There’s No Other Way. Apparemment, le réalisateur a ordonné qu’on découpe une fenêtre dans sa coupe au bol baggy pour que la caméra puisse voir ses yeux. À l’autre bout du set, Graham s’excuse de sa manière de chanter dans Coffee + TV, se plaignant que “Mes oreilles ont dit au-revoir”.

Entre ces excuses émerge une évocation effrontée de la décennie passée. Deux grands gars valsent ensemble pendant To The End. Aucun acte de sabotage ne se produit, la seule différence notable étant les talents de larynx de Damon améliorés de façon impressionnante.

Finalement, No Distance Left To Run touche une note étouffée à juste titre en guise de fin. Ce que le set révèle, cependant, derrière les montagnes russes et la schizophrénie, ce sont les constantes. Popscene et MOR, disons, ou She’s So High et Beetlebum, s’étendent sur les années pour offrir à Blur ce qu’ils sont supposés avoir toujours manqué : une unité stylistique.

En backstage après, Damon se relaxe avec une cannette de bière, réfléchissant sur l’appel curieux des salauds du canon. “C’est juste la façon dont ça doit être – des verrues et tout ça, il rigole. Elles font partie de ce que nous sommes. Et, tu sais, on ne peut pas polir une verrue…”

Le changement éventuel de la salle à l’hôtel d’à côté nécessite de descendre une rampe vers le parking sous-terrain. Graham descend la pente en skate avant d’exécuter un tournant parfait dans l’ascenseur. Il skate beaucoup, ce Graham.

Au bar de l’hôtel, Alex ouvre en craquant un paquet de dominos de voyage. Select maintient stupidement que c’est  “un jeu de hasard”, avant d’être initié aux couches subtiles de talents impliquées.

Plus tard, Alex extirpera un jeu de cartes de la poche de la jambe de son pantalon et fera l’intéressant avec ses derniers trucs avant d’entraîner l’ensemble dans un endroit de Newmarket, avec les paris commençant à juste une livre anglaise. Avant cela, cependant, Select coince chaque membre de Blur tout seul pour leur demander simplement qui – après toute cette réflexion du style c’est du passé – est leur membre préféré de Blur ?

Damon : “Qui est mon membre préféré de Blur ? Quelle question singulière… Et bien, celui sur lequel on peut compter, c’est Dave”.

Graham : “[Longue pause] Ce sont tous des gens effrayants, je pense. Je suppose qu’il est très facile d’aborder Alex. Damon et Dave sont d’intenses individus. Je ne sais pas ce qu’ils pensent de moi… Si Alex ne dit pas que je suis son préféré, je serai très surpris. Il est toujours en train de dire, Oh oui, Graham, j’aime Graham. Je les aime tous, vraiment.

"C’est bizarre d’être ensemble depuis si longtemps. C’est comme des frères. C’est la vie, cependant, vraiment. Blur avance simplement comme cette chose qui est quelque fois dure et parfois facile. Et la vie se complique à mesure que tu vieillis. Mais Blur est une grosse chose relax maintenant. Un crocodile docile. C’est plutôt sympa en fait”.

Alex : “[Instantanément] Graham, ça a toujours été Graham. Je pourrais dire n’importe quoi à Graham. Je suppose que c’est mon meilleur ami”.

Dave : “[Choqué et épouvanté] J’en n’ai aucune idée ! Je m’entends avec tout le monde en ce moment, nous nous entendons tous épouvantablement bien. Tout le monde a installé ses différences et nous sommes tous heureux ensemble. [Pause pour l'effet] Et si vous croyez cela, vous croirez n’importe quoi…”

*

Le cours des singles

Dix ans de singles de Blur – au travers les yeux du groupe lui-même. Nous commençons en 1990…

She’s So High / I Know (Octobre 1990, No 48)
Pop floue sexy et droguée à la Syd Barrett. Renforcé, en forme de double face A, de la chanson baggy la plus générique de tous les temps.
Graham : “Les gens pensent que She’s So High aurait pu être la première chanson d’Oasis, mais je l’aime assez”.

There’s No Other Way (Avril 1991, No 8)
Le baggy va au lycée et Blur dans le Top Ten. Les boîtes indées furent changées à tout jamais.
Alex : “Je me rappelle de l’entendre sur Radio One et de penser, Nous sommes à la radio ? Cela semblait très généreux que ce genre de chose pouvait arriver”.

Bang (Juillet 1991, No 24)
Légère par réputation, mais a un certain charme générique.
Damon : “C’est très bizarre de jouer cela. Nous ne l’avons pas joué depuis 1991. Très naïve, pas très au point. Dans le sens nostalgique. C’est définitivement une des pires chansons que je n’ai jamais écrites”.

Popscene (Mars 1992, No 32)
La chanson de Blur du fan de Blur et inventeur de la Britpop. Le single le plus enragé jusqu’à Song 2.
Dave : “Elle a toujours été présente. C’est probablement la chanson que nous avons le plus jouée. C’était certainement avant son époque, celle qui séparait les fans des garçons”.

For Tomorrow (Avril 1993, No 28)
Aria londonienne variable et charmante. Première chanson de Blur à véritablement résonner de la vie des années 1990 comme elle était vécue.
Damon : “J’ai toujours aimé cette chanson. C’était une chanson très personnelle à l’époque. Et je vis toujours sous la façon de l’Ouest, alors rien n’a changé là-bas”.

Chemical World (Juin 1993, No 28)
Un mini-opéra adolescent humaniste avec un texte sous-jacent sur la drogue. A la fois lamentatif et euphorique, ce qui est étrange. Intro géniale, aussi.
Alex : “Cette chanson me rappelle de jouer dans la Lotte Valley, dans un bar vide dans la ville où ils faisaient du Champagne”.

Sunday Sunday (Octobre 1993, No 26)
“Farce effrontée” genre music-hall à la quintessence British, etc. Vraiment irritant en fait.
Dave : “J’avais oublié combien elle pouvait nous faire taper du pied. Et j’ai utilisé deux pédales de grosse caisse au milieu, c’est ma déclaration à la célébrité rock”.

Girls And Boys (Mars 1994, No 5)
Voyeurisme de beaux-arts disco qui a inauguré le grand succès de Blur. Moqueur et joyeux. Un des meilleurs singles de la décennie.
Alex : “C’est une vieille chanson sympa. Elle a vraiment une sorte de sale air fanfaron, n’est-ce pas ? C’est excellent”.

To The End (Mai 1994, No 16)
Hommage à Barry / Gainsbourg. Un morceau préféré de quiconque ayant déjà été amoureux.
Graham : “Je ne me sens jamais vêtu avec l’élégance requise pour la jouer. Quand nous l’avons fait à Top Of The Pops j’avais un blazer et mes cheveux étaient bien coiffés”.

Parklife (Août 1994, No 10)
La nation enivrée par un commentaire étranger vraiment bizarre. Du voyeurisme, mais maintenant de la perspective de la rue. A convaincu Phil Daniels qu’il était devenu le “cinquième Blur”.
Dave : “Quatre Brits contre le monde. Nous pensions que nous étions invincibles”.

End Of A Century (Novembre 1994, No 19)
Infestation de fourmis, télé, allusion au sexe oral. L’ennui d’un couple d’une vingtaine d’années en face d’un classique pop crémeux.
Damon : “Je l’ai toujours estimé. C’est très classique. J’ai sorti mon livre des Kinks pour cela”.

Country House (Août 1995, No 1)
Blur revient en conservant les affectations “bamboulesques” de Parklife, mais son âme est bizarrement rejetée. C’est pas de la merde, mais c’est pas terrible.
Damon : “Dans la lumière de ce qui s’est passé, que c’est irrémédiablement lié à Oasis, c’est assez marrant, vraiment. C’est une bonne chanson”.

The Universal (Novembre 1995, No 5)
Les références (karaoké, télé par satellite) dataient déjà mais c’est musicalement magnifique. Le seul morceau de The Great Escape à ne jamais bannir.
Dave : “J’aime le clip. Nous n’en avons pas fait beaucoup de bien, mais celui-là a définitivement marché”.

Stereotypes (Février 1996, No 7)
De la New Wave emballée sous vide faisant astucieusement le portrait de la banlieue vue au travers les yeux d’un auteur d’un sitcom des années 1970 de merde. Pas une de leurs meilleures, franchement.
Alex : “De la grosse basse sexy ! J’aime bien celle-là, j’aime bien les arrêts”.

Charmless Man (Avril 1996, No 5)
Un ennui de club privé supprimé. “Et alors ?” demande justement le public. Guitares sympas cependant.
Damon : “Je pensais que je ne la rejouerai jamais, mais quand nous l’avons fait je l’ai aimé. J’ai pensé que c’était une bonne chanson pop – pour la première fois en quatre ans”.

Beetlebum (Janvier 1997, No 1)
C’est le rock teton des Beatles ! Un chant langoureux et sombre à propos de l’héroïne, des femmes et des femmes sur l’héroïne.
Graham : “Nos singles de retour sont toujours Numéros Uns – ou essayent si Britney Spears n’est pas dans les parages – et je pense que c’est bien d’avoir des Numéros Uns”.

Song 2 (Avril 1997, No 2)
Ils ont toujours été intelligents en étant bêtes. Mais jamais aussi intelligents. Ou aussi bêtes. Oui s’il vous plait, a dit l’Amérique…
Dave : “C’est bien [à contrecœur]. C’est beaucoup plus lent à jouer qu’à écouter. Le public l’apprécie plus”.

On Your Own (Juin 1997, No 5)
Un autre hymne à l’homme commun aimant les gradins, mais maintenant avec une interférence de guitare qui explore le cerveau.
Damon : “C’est venu d’une boîte à rythmes que j’ai allumée et ce rythme à la Happy Mondays a commencé. J’ai écrit la chanson autour de cela”.

MOR (Septembre 1997, No 15)
Martèlement mécanisé avec la ligne “Toi, moi, ça marche” interprétée de façon plutôt poignante. Bowie les a poursuivis en justice.
Graham : “Les singles sont un peu comme des soldats. MOR était comme Private Pile de Full Metal Jacket. Il ne pouvait pas la manipuler”.

Tender (Février 1999, No 2)
C’est la marmotte des Beatles ! Un exploit que seul Blur pouvait réaliser. Long et génial, évidemment.
Alex : “Ça a un son de basse tellement énorme. Si tu joues un Ré bémol, ça fait brrr, cette grosse chose qui vibre et résonne. Voyons ce que les filles en disent…”

Coffee + TV (Juillet 1999, No 11)
Le guitariste bizarre et abstrait s’approche du micro pour la chanson la moins bizarre et abstraite de 13.
Graham : “Je l’aime toujours. J’ai simplement écrit les paroles et je les ai chantées. Damon a écrit la mélodie et les changements d’accord. J’aurais aimé que ce soit moi qui aie tout écrit”.

No Distance Left To Run (Novembre 1999, No 14)
Un chant cinglé sur des guitares chaudes. Ce n’est pas ce que préfère Justine. Les paroles “It’s over” (“C’est fini”) n’a en aucune façon rapport à l’histoire du groupe.
Damon : “Nous sommes assez puristes, alors nous la jouerons en dernier. Les gens ne devraient rien voir en ça”.

Traduction – 10 février 2000

Select – août 1995

Voilà, je vous l’avais dit…

Le mois dernier, l’histoire complète de Blur dans Select avait laissé le groupe avec un album que personne ne voulait tant qu’il ne mettait pas de single dessus. Ce mois-ci, la deuxième partie retrouve les membres du groupe au moment où ils se transforment en ces "dieux Mod" superstars collectionneurs de Brit Awars qu’ils menaçaient de devenir depuis longtemps…

51. The Wassailing Song
(Single 45 tours face unique "sorti" le 16/12/92. Produit par Blur.)
En décembre 92, tandis que les lumières de Noël illuminaient la Grande Bretagne, Blur vivait son heure la plus sombre. Food refusait de sortir son second LP étant donné qu’il ne contenait aucun single évident. Pendant ce temps, le climat musical de Grande Bretagne subissait un coup de froid aussi glacial que le temps, et le seul truc sensationnel était le grunge américain importé. Vus ivres à plus d’une reprise, les membres de Blur n’étaient pris au sérieux pas plus en tant que musiciens qu’en tant que personnes.

Contre l’avis de Food, Blur a joué un concert le 16 décembre à l’Hibernian, club irlandais de Fulham à 200 mètres du studio Maison Rouge. Cinq cents exemplaires de ce single 45 tours enregistré durant une pause dans les sessions de Modern Life Is Rubbish, ont été distribués au public. The Wassailing Song était un chant de Noël médiéval que Damon et Graham chantaient enfants dans la chorale du collège Stanway Comprehensive (un “wassail” est un bol en bois dans lequel on verse du punch chaud). Les couplets sont chantés par chaque membre de Blur tour à tour (Damon, Graham, Dave et Alex) sur un fond de percussions et d’accords de clavier accordéonesques. La chanson a plus tard accompagné la visite à Stonehenge dans la vidéo de Blur, Star Shaped.

52. For Tomorrow
(Single, sorti le 19/4/93. Également sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Stephen Street.)
For Tomorrow a été écrite dans la nuit de Noël 1992 chez les parents de Damon à Colchester. Son père Keith l’a plus tard réprimandé pour l’avoir tenu éveillé toute la nuit. (Il a écrit One Born Every Minute durant les mêmes vacances, qu’il décrit comme “la chanson des Kinks que Ray Davies n’a jamais écrite” et insiste sur le fait qu’elle verra le jour à un moment). Il était évident dès la démo initiale de Damon que c’était potentiellement une chanson capable de changer une carrière, en particulier grâce à l’universalité de son refrain “la la”. “Tout le monde, où qu’il soit dans le monde, sait ce que veut dire la la la”, explique Graham.

Damon a demandé – et a eu – des choristes femmes, auxquelles Street a demandé de chanter comme Thunderthighs sur les singles classiques de Mott The Hoople. Le groupe a également utilisé une section à cordes pour la première fois, le Duke String Quartet, dirigé par le joueur d’alto John Metcalfe que Street connaissait depuis la période Duritti Column. En raison des structures pop à la ELO de la chanson, Jeff Lynne a été considéré comme producteur à un moment.

La chanson finie était probablement la meilleure réalisation de Blur en date, un tour de force radical au côté opéra qui retient l’attention dès le premier accord staccato en si majeur (qui apparaît dès lors à chaque première et troisième ligne des couplets avec de plus en plus de vigueur). Les couplets et les refrains sont parfaitement complémentaires, les premiers imposants et majestueux, les deuxièmes une vignette Tommy Steele nonchalante. Damon reconnaît l’influence lyrique de l’album Well At Least It’s British par le compositeur des années 1950 Alan Klein, qui comprend la chanson He’s A 20th Century Englishman. L’expression “Modern Life Is Rubbish” a été empruntée à un graffiti légendaire peint au pochoir (aujourd’hui nettoyé) sur un mur de la Bayswater Road près de Marble Arch.

Deux autres versions de la chanson existent sur deux CD et un maxi 45 tours et, tandis que la version acoustique est inessentielle, la version Visit To Primrose Hill est grandement recommandée pour sa section centrale de cuivres baritons, qui comprend les Kick Horns, dans laquelle la chanson se défait et se refait de manière fascinante.

53. When The Cows Come Home
(Face B de For Tomorrow, CD2, sorti le 26/4/93. Produit par Stephen Street.)
Commençant avec une fioriture enjouée de cuivres jouée par les Kick Horns, When The Cows… rappelle beaucoup un pastiche de music hall des Beatles période 1967 (par exemple Your Mother Should Know). Effectivement, Damon décrit la chanson comme du “music hall futuriste”. Produit par Street et prévu pour Modern Life Is Rubbish, ce morceau n’y est pas arrivé. Graham : “C’était horrible d’essayer de fourrer les morceaux… ça aurait pu être un album avec 18 morceaux”. La chanson parlait de Dave Balfe et de son attitude envers la finance ; on pense que Balfe s’en est rendu compte et était donc hostile à la chanson. Il n’y a pas de basse avant le troisième couplet et Alex la trouve “un peu trop flonflon pour plaire à grand-monde”. C’est, cependant, une favorite de la mère de Damon, Hazel Albarn.

54. Chemical World
(Single, sorti le 5/7/93. Également sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Stephen Street.)
Avec l’avénement de For Tomorrow, Food – et leurs distributeurs EMI – étaient heureux de reprendre les procédures de la sortie de l’album retardé. Mais le label américain de Blur, SBK, exprimait maintenant des inquiètudes. Il n’y avait, d’après eux, aucun tube américain sur le LP. Trop las pour dire quoi que ce soit, Damon a accepté d’écrire encore une autre chanson pour cet album sans fin.

Mis en démo par le groupe (sous le titre provisoire sarcastique de Americana) aux studios Roundhouse à Chalk Farm, Chemical World a été enregistrée par un Stephen Street stoïque lors d’une dernière session pour l’album à la fin du mois de février 1993.

Alors que les paroles ne faisaient aucune concession aux marchés américains, Street s’est efforcé de rendre Chemical World puissante sur le plan sonore. Les résultats ont enchanté le PDG de SBK qui, d’après certains, aurait remarqué que Chemical World sonnait “tout comme les Beatles”. En fait, il est difficile de discerner une similarité avec n’importe quelle chanson de Lennon & McCartney, à part que “they’re putting the holes in” se fait légèrement écho de l’image de Lennon de “four thousand holes in Blackburn, Lancashire” sur A Day In The Life.

Sorte de lamentation écologique, Chemical World s’attaque au côté sordide de la vie citadine dans une série d’images frappantes. Dans ses deux couplets, nous faisons la rencontre d’une caissière au bout du rouleau, d’un voyeur minable et de la femme qu’il espionne de l’autre côté de la rue. L’écriture est tendue, rapide et colorée de désillusion (“these townies, they never speak to you” – “ces citadins, ils ne te causent jamais”). La tournée anglaise d’octobre de Blur s’intitulait le Sugary Tea, d’après une ligne du second couplet.

Andy Ross, le phlegmatique lieutenant de Dave Balfe, pensait que les gars de SBK avaient été plus qu’apaisés. For Tomorrow et Chemical World étaient, déclare-t-il aujourd’hui, “un chevalier en armure chatoyante et la Septième Cavalerie, respectivement”. Les historiens feront remarquer que, bien qu’incontestablement valeureuse, la Septième Cavalerie (sous la direction du chevaleresque Général Custer) a presque été entièrement anéantie par les Sioux et les Cheyennes en 1876 durant la bataille de Little Bighorn. Même avec Chemical World, Blur n’avait pas gagné la guerre. En Grande Bretagne, il s’est placé à la décevante 28ème position.

Aux États-Unis, un extraordinaire demi-tour s’est passé chez SBK. Croyant désormais que la démo originale de Blur était supérieure à l’enregistrement de Street, SBK a placé la démo sur les exemplaires américains de Modern Life Is Rubbish, faisant échouer l’objet d’enregistrer une chanson de rock lourde en premier lieu. En Angleterre, un autre enregistrement a été fait – avec les anciens producteurs de Madness Clive Langer et Alan Winstanley – qui restait fidèle à la démo du groupe. Il est paru sur l’un des CD du single Chemical World.

Avec une profonde incrédulité, le groupe dit que SBK leur a demandé de réenregistrer Modern Life Is Rubbish avec Butch Vig. Cependant, le légendaire album était désormais estimé fini – il avait pris 15 mois – et est sorti le 10 mai 1993. Succès critique mérité, il a grimpé à la 15ème place des charts et reste un album passionnant (et par moments superlatif).

55. Young And Lovely
(Face B de Chemical World, CD1. Produit par Stephen Street.)
L’un des grands mystères de la carrière de Blur, c’est pourquoi cette merveilleuse chanson n’a pas réussi à atterir sur Modern Life. Enregistrée à Maison Rouge durant la même session que Chemical World (voir 54), Young And Lovely a beaucoup de qualités en sa faveur : les jolies modulations d’accord du couplet (sol à fa à la à la bémol à fa dièse mineur pour finalement revenir au sol), la performance vocale pleine de bravoure de Damon et, le meilleur, le jeu de guitare de Graham qui se concentre autour d’un motif fixe de hammer-on (faire une note et rapidement placer le doigt sur une frette plus haute pour produire un son de corde pincée roulant et folky). Elle culmine dans le solo circulaire à 2.24.

Les principales influences semblent être Nick Drake et Scott Walker, dont Graham s’imbibait de leur musique durant des nuits passées à boire. Durant une conversation au beau milieu de la nuit avec Justine et Damon, Graham a choisi son jeu de guitare sur Young And Lovely comme la musique la plus poignante qu’il n’a enregistrée. Et au mariage de Dave, Bob Stanley de St Etienne a demandé à Blur pourquoi Young And Lovely n’était pas sur le LP. Il ne semblait pas y avoir de réponse satisfaisante. Food voulait qu’elle y soit, mais pensait qu’il y avait d’autres chats à fouetter. Si Food y tenait, il est possible que le groupe l’ait exclue juste pour faire chier son monde. Avec le recul, Damon est d’accord : “Elle aurait due être sur le LP. Mais ce n’a pas été le cas et cette putain de Turn It Up s’y est retrouvée à sa place”.

56. Substitute
(Sur Who Covers Who. 1993. Produit par Blur.)
Enregistré live à Matric en février 1993, Subsitute est un tube de 1966 des Who qu’on a demandé à Blur de reprendre pour le tribute album Who Covers Who. Hélas, le groupe avait une bonne gueule de bois le jour en question et a passé beaucoup de temps à discuter. Graham a refusé d’apprendre la chanson à Alex. La performance qui s’en est ensuit est d’un casse-cou compromettant. Entrant impétueusement à 0.06, Dave accélère la chanson d’environ 150 pour cents – Graham essaye de la ralentir à 1.59, sans résultat – et Damon rate plusieurs paroles de Pete Townshend, dont certaines connues dans le monde entier. Pour couronner le débâcle, CM Discs a trouuvé le moyen d’omettre le premier accord de guitare de Graham de l’introduction de la chanson. Damon traite Substitute de la pire performance de Blur sur disque, et refuse d’avoir un exemplaire de l’album chez lui.

57. Oliver’s Army
(Sur le LP Peace Together, sorti en 1993. Produit par Blur et John Smith.)
L’album Peace Together de Island Records a réuni en 1993 des reprises interprétées par Therapy?, Lou Reed et Carter USM en faveur de la paix en Irlande du Nord. On a donné à Blur une liste de morceaux qu’ils pouvaient contribuer ; le seul qu’ils aimaient tous était le tube de 1979 de Elvis Costello, Oliver’s Army. Leur version franchement, n’a pas grand-chose pour elle. La voix chantée de Damon est le parfait opposé de l’accent américain traînant de Costello et le résultat est peu convaincant. La performance terne est, le croit Andy Ross, due à plusieurs voyages démoralisants aux États-Unis. “Quel est l’intérêt d’essayer d’améliorer quelque chose que tu aimes déjà ? demande Alex. De plus, tu ne touches que la moitié de l’argent”. “C’est un désastre, conclut damon. Une des pires choses qu’on n’ait faites”.

58. Es Schmecht
(Face B de Chemical World 12" et CD1. Produit par Blur.)
Es Schmecht est une mauvaise orthographe de “es schmeckt”, expression allemande qui signifie “cela a bon goût”. Cette face B expérimentale mais qui vaut la peine d’être écoutée, avec ses grands coups de guitare staccato et ses notes jetées de saxophone dérivé d’un clavier, a été écrite par Damon en mai 93 lors d’un voyage en Allemagne avec Alex pour promouvoir Modern Life Is Rubbish. Elle a été enregistrée aux studios de répétition Ritz à Putney plus tard le même mois sur un huit pistes que Damon avait acheté à Andy Partridge (voir 44). L’ingénieur du son était Dave Rowntree.

Damon : “C’est la chose la plus sommaire qu’on n’ait jamais faite, mais je l’aimais bien. C’est un morceau étrange influencé par Can”. Le jeu de basse d’Alex, en particulier, essayer d’imiter le magnifique bassiste de Can, Holger Czukay.

59. Daisy Bell
60. Let’s All Go Down The Strand
(Toutes deux faces B du CD en édition limitée de Sunday Sunday, The Sunday Sunday Popular Community Song CD, sorti le 4/10/93. Produit par Blur.)
Désormais, Blur était résolu à se forger une nouvelle identité fondée sur le dégoût des manières “slacker” et “grunge” – qui élevaient le négligé dans la façon de s’habiller et l’attitude – qui infectaient la musique britannique. Damon venait de s’enchanter pour le music hall, et tous les membres de Blur tenaient à défendre les idiomes culturels britanniques. L’été 93 a aussi été l’apogée de la “folie des formats” qui a vu des labels désespérés de trouver de la musique pour remplir des double CD. Andy Ross a dit : “C’était comme la course aux armes nucléaires. On n’aimait pas ça, mais on n’allait pas s’arrêter alors que tous les autres continuaient”.

Quand on en est arrivés à Sunday Sunday, il a été décidé d’essayer ces vieux standards pour les faces B du CD “en édition limitée” du double pack. Elles ont été enregistrées un dimanche à Maison Rouge, et parmi la bande hétéroclite de chanteurs du studio se trouvait Justine Frischmann. Une troisième chanson, For Old Times Sake, a été enregistrée, mais Damon est venu tôt un jour pour l’effacer de la bande. Poids plume sur le plan musical, ce sont des aperçus intéressants dans le psyché du groupe vers la mi-1993.

61. Parklife
(Single, sorti le 22/8/94. Également sur Parklife, sorti le 25/04/94. Produit par Stephen Street.)
Depuis les enregistrements finaux pour Modern Life, Damon avait écrit de manière prolifique et Blur a commencé à mettre en démo de nouvelles chansons par groupes de deux ou trois. Le 11 août 1993 – cinq mois après que Chemical World (voir 54) soit bouclée – Blur et Street se sont réunis à Maison Rouge pour commencer le prochain album.

Parklife avait été mise en démo en mai avec Es Schmecht (voir 58) et diffusée dans une session Mark Goodier en juillet. Street, sentant un tube, a essayé de rendre la chanson aussi synchro que possible. On a préféré une batterie programmé (Dave a flanqué quelques coups de batterie live sur le fond musical pour donner un effet agréablement vulgaire). Pour simuler le son de verre brisé à 0.05, Dave a fracassé quelques assiettes. Les sons d’enfants et de chiens qui aboyent (0.01-0.15) ont été samplés.

L’accord de guitare de Graham de l’ouverture désormais célèbre est un mi dièse élevé à la 13ème frette – pour plus de tension et de ton – et il résonne comme une cloche polissonne sur les 15 premières secondes de la chanson au désordre audacieux. La ligne de basse (écrite par Damon) utilise un intervalle d’un cinquième augmenté – dans lequel l’intervalle standard d’un cinquième est accru d’un demi-ton – parfois connu comme l’Intervalle du Diable. Dans les régions très chrétiennes de l’Europe au Moyen Âge, certains accords avaient été rendus illégaux par l’Église pour leur son peu orthodoxe (et par association, “démoniaque”). Le fond musical suffisant et rythmé a été embelli par Graham qui joue du saxo (qu’il avait étudié à Stanway Comp – voir 51) pour la première fois sur un disque de Blur.

Damon a tenté la partie du narrateur Cockney, mais s’inquiètait du fait que sa voix sonne forcée et non authentique : “Je crée ces personnages mais je ne peux pas vraiment les incarner. C’est trop difficile”. Parallèlement, il a contacté l’acteur Phil Daniels (Quadrophenia, Meantime) – idole d’enfance de Graham et lui – avec la perspective de lui faire narrer une valse que Damon avait écrite, The Debt Collector. Ayant assuré Daniels que des paroles existaient, Damon a été incapable d’écrire un mot. “Puis j’ai pensé, Merde, il pourrait faire Parklife, dit Damon. Ça a été aussi aléatoire”.

Daniels est arrivé à Maison Rouge loin de la manière dont Blur l’attendait. À la place du look Mod tiré à quatre épingles de Quadrophenia, il y avait une barbe et de longs cheveux en désordre. Daniels tenait le rôle du vagabond, Jigger, dans la comédie musicale Carousel, au Shaftesbury Theatre de Londres. (Il a continué dans Carousel pendant quelques mois. Quand il a interprété Parklife lors des deux soirées de Blur au Shepherd’s Bush Empire en mai qui a suivi, il a dû être transporté d’un bout à l’autre de Londres par courier à moto.) Cependant, sa voix parlée était parfaite. En seulement trois prises, il avait donné vie au cynique et loquace aficionado de Londres la chatoyante que Damon avait créé. Par le plus pur des accidents – l’échec de Damon à écrire des paroles pour The Debt Collector – Blur avait un classique dans la boîte.

62. Jubilee
(Sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
Le protagonniste de Jubilee est un adolescent né l’année marquante du Jubilée 1977, d’où les références à “17”, son âge au moment de Parklife. Alors que la musique a un air fanfaron à la Bowie – et les saxophones montrent une influence Mott The Hoople – les paroles sont pessimistes. C’est peu surprennant, puisqu’elles concernent la pratique de sniffer du butane dans des sacs en plastique. (Damon avait été choqué d’apprendre que des adolescents de sa connaissance étaient des “sniffeurs”). Il y a quelques bonnes tournures, la meilleure étant le sarcastique “rubbish” à 0.21. Le son d’un jeu vidéo (qui entre à 1.46) est, en fait, un jouet portable destiné à destresser les automobilistes coincés dans les embouteillages. La chanson est essentiellement la même qui a été mise en démo à Matrix en juillet 1993 avec les saxos posés très charmants ajoutés plus tard. Jubilee a désormais 18 ans, bien sûr. Damon a l’intention de réécrire sur lui.

63. Bad Head
(Sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
Discrètement, Bad Head est un triomphe majeur. Elle est remplie de plaisirs musicaux comme l’arrangement modal de cor au début (qui réapparait derrière chaque refrain) et la fioriture baroque qui apparaît à 0.28 puis à intervalles réguliers. Même si Blur fait une utilisation extensive du module de clavier Vintage Keys (collection de samples de claviers obsolètes), le Mellotron du pont instrumental est réel. “C’est bon pour une gueule de bois, dit Graham à propos de Bad Head, comme Nick Drake est bon pour une gueule de bois. Il n’y a rien d’abrasif dessus". Alex est d’accord : “Bonne chanson”.

64. Clover Over Dover
(Sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
S’ouvrant sur un chœur de mouettes samplées de l’exemplaire d’un vieil LP de la BBC Sound Effects appartenant à Stephen Street (voir 71, 84), Clover est un superbe arrangement qui soutient une chanson inefficace. Le groupe l’a, à l’origine, testée sur un air ska, mais, comme se souvient Alex : “Ça ressemblait à un croisement entre Nirvana et Doctor Drugs”. Mais le clavecin (joué par Damon) est une touche inspirée et les arpèges de guitare rappelent Johnny Marr. Les paroles désespérément vides peuvent être basées sur les surréelles falaises blanches de Douvres de la fin de Quadrophenia. Mais le thème suicidaire de la chanson ne correspond pas au caractère ultra-confiant de Damon. À cause de sa sophisication de studio, Clover n’a jamais été interprétée sur scène.

65. Girls And Boys
(Single, sorti le 7/3/94.Également sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
Si Popscene a été le single de transition de Blur et For Tomorrow le disque qui a inauguré une nouvelle période productive de Blur, Girls And Boys a été la chanson qui a inspiré tout le pays à acheter des disques de Blur : un rajeunissement de carrière d’un coup. Et ils l’ont fait avec une chanson disco.

Ces dernières années, la dance music commerciale s’était enracinée dans deux vitesses : un bondissant 100 bpm (hip hop, Happy Mondays) ou un frénétique 130 bpm (house). Girls And Boys est intentionnellement à la vitesse oubliée depuis longtemps de 120 bpm (Chic, disco, pop Nouveau Romantique). Presque toute la batterie est mécanique, avec quelques couches de cymbale (“C’était une journée assis-toi-avec-un-livre”, se souvient Dave.) La ligne de basse – de bonds d’octave bouillonnants – est du pur Duran Duran et les paroles sont joliment ambiguës : est-ce que Damon méprise le “troupeau” (“herd”) qui part en vacances ou célèbre-t-il son hédonisme et sa joie de vivre ? L’enthousiasme de Blur pour Girls And Boys a été si grand qu’elle a été mixée immédiatement après avoir été enregistrée – ce qui est rare – et elle est devenue un paquet-cadeau talisman d’inspiration pour le reste de Parklife. Street avait prévenu Andy Ross que Girls And Boys était une chose sûre et Ross a été d’accord quand il l’a entendue. “C’est un tube inventé et c’est flagrant, un baratin publicitaire pour l’album, admet Ross. Et c’était ironique que Balfie quittait alors la maison Food, parce que c’était exactement le genre de disque qu’il voulait qu’ils fassent”. Girls And Boys a été (et est toujours) le plus grand tube de Blur. Les Pet Shop Boys faisaient partie des premiers fans de la chanson et ont entrepris, à leur instigation, de la remixer sans frais. Alex doute des remixes. “C’est comme donner son chien à quelqu’un pour qu’il le promène, dit-il, et quand il le ramène, c’est un chien différent”.

66. Bank Holiday
(Sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
C’était un conga punk ultra rapide qui existait depuis quelques mois. Graham : “La première fois qu’on l’a enregistrée, c’était pour une session de Radio One pour Mark Goodier (juillet 1993 – voir 61). On ne l’avait pas vraiment écrite à proprement dit”. Street a été ébloui par l’agile travail de pédales de Graham – à chaque temps, il y a un accent dans le temps (environ toutes les 1.1 secondes) Graham appuye sur une pédale vibrato sans essouffler une seule fois le rythme. L’allure était si folle que Damon a dû chevaucher deux chants séparés pour contenir tous les mots. Bien qu’il ne doit pas être fait grand cas du caractère bouche-trou de Bank Holiday, elle possède un charme comédique et est presque toujours jouée dans les concerts du groupe.

67. Theme From An Imaginary Film
(Face B de Parklife CD et cassette. Produit par Stephen Street.)
Durant l’été 1993, le dramaturge et l’acteur Steven Berkoff a demandé à son producteur d’approcher Blur pour écrire une nouvelle chanson pour Decadence, film qu’il adaptait de sa pièce du West End à succès des années 1980. Un premier montage du film (avec Berkoff et Joan Collins) a été donné à Damon. Il a proposé une instrumentale, une vive valse (en fait c’est presque en 6/8) avec un arrangement somptueux de cordes, piano et clavecin qui ne ressembait à rien que Blur avait déjà tenté : luxueux et grandiose sur le plan musical. Berkoff a aimé la musique, mais voulait des paroles et du chant.

Avec des paroles et un excellent chant de Damon, la chanson (intitulée à ce moment Decadence) a été enregistrée par Street lors d’une session séparée de Parklife qui a duré quatre jours, en octobre 1993 – juste avant d’embarquer dans une tournée japonaise (voir 66) – dans le studio frère de Matrix, Matrix 2, à Fulham. Berkoff a immédiatement rejeté la version vocale. C’est peut-être facile de voir pourquoi. Les paroles de Damon de romance ternie est grandement propre (“What if I flew like a dove, dear / What if I wooed you in rhyme?” – “Et si je volais comme une colombe, ma chère / Et si je vous courtisais avec des rimes ?”) et sa force réside dans sa poèsie éthérée. Deux mentions du mot “arse” servent à rendre perplexe ; à la première écoute, on dirait un coup de patte formulé à Brett Anderson. Decadence, film sur l’attitude innomable des classes supérieures, demandait clairement de la musique plus fouettante.

68. Trouble In The Message Centre
(Sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
Comme le révèle le livret du CD de Parklife, les paroles de Trouble ont été écrites par Damon peu après avoir réglé sa note au Wellington Hotel de New York le 7 décembre 1993. Les premières sessions de Parklife avaient été conclues en septembre, étant donné que Blur commençait trois mois de tournée en Grande Bretagne, aux États-Unis et au Japon. Ils devaient se réunir à nouveau en décembre.

Les paroles de Damon sont composées d’expressions prises sur les boutons de contact sur le téléphone de la chambre d’hôtel qu’il venait de quitter : “message centre”, “local and direct”, “room to room”. La phrase “strike him softly away from the body” était écrite sur une pochette d’allumettes à côté du téléphone. L’utilisation dans le livret du CD de la facture originale de la chambre d’hôtel de Damon s’est révélée irritante pour le réalisateur de clips Kevin Godley : son numéro de téléphone était l’un de ceux détaillés – le groupe discuttait avec lui du clip de Girls And Boys – et il a été bombardé d’appels anonymes jusqu’à ce qu’il change de numéro.

Stephen Street n’aime pas beaucoup ce morceau ; il trouvait que les couplets “manquaient de mélodie”. Cependant, il est nécessaire, ici, de ne pas être d’accord avec le grand homme. Trouble In The Message Centre est irrésistible, obscure et sombre – agressive mais cérébrale – d’une manière qui singe manifestement l’œuvre du groupe pop avant-gardiste mancunien de la fin des années 1970/début des années 1980, Magazine.

La chanson a un dynamisme irrésistiblement moderne, qui culmine dans l’excellent solo d’apparence simple de Graham (un arpège retardé qui lâche un ton entierà à 2.09. La tactique favorisée de “la la” apparaît immédiatement après. De manière à démonter en quelque sorte, Andy Ross trouve que la chanson “ne vaut pas grand-chose”.

69. Tracy Jacks
(Sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
On a admis que cette chanson parle d’un fonctionnaire qui se travesti. Mais à aucun moment le travestisme n’est mentionné. Il y a, cependant, un croquis au crayon (de Graham) à côté des paroles de Tracy Jacks dans le livret du CD de Parklife qui montre un homme dégarni habillé d’une robe à fleurs qui se prépare à frapper une balle de golf. C’est peut-être ce croquis le coupable.

L’idée de Tracy Jacks est venue à Damon quand il essayait d’écrire une chanson “à nom” comme David Watts des Kinks (reprise plus tard par les Jam). Les premières lignes auxquelles il ait pensé étaient “he’s a golfing fanatic, but his putt is erratic”. Rapidement, il a trouvé le nom ambigu de Tracy Jacks (il l’écrivait Tracey Jacks à l’époque). Pour le deuxième couplet, dans lequel Jacks court nu le long de la plage de Walton On The Naze sur la côte de l’Essex, Damon s’est inspiré des crédits d’ouverture de The Fall And Rise Of Reginald Perrin, série comique de la BBC dans les années 1970, dans laquelle un homme d’affaires qui n’en pouvait plus a maquillé sa propre mort en laissant ses habits sur une plage.

“Elles me fascinent, toutes ces villes mortes au bord de la mer sur la côte est, explique Damon. Walton On The Naze. Frinton (On Sea). Elles possèdent une pension de famille et elle est condamnée. Il y a quelques quartiers HLM, quelques vieilles maisons et la glaciale, très glaciale Mer du Nord. Ce sont des demi-endroits”.

Street a adoré les harmonies vocales de Graham sur Tracy Jacks et présumait qu’elle sortirait en single. Meilleure encore était la ligne de basse d’Alex sur laquelle tout le monde s’accordait à dire que c’était l’une de ses meilleures. Mais Tracy Jacks n’est pas tant une grande chanson qu’un condensé de moment magiques et éphémères. L’introduction gargouillante et clappotante du clavier en est un, ainsi que le vif accord de guitare qui suit. Les roulements de tambour militaire sur les sections “everyday he got closer” sont ingénieux, comme l’est l’arrangement formel de cordes à 2.17 (“and then it happened…”) le coup de maître est le son de guitare mouette de Graham (à partir de 2.28) qui manipule de façon experte l’écho et le feedback. Même à la fin de ce terrible morceau dérivé du studio, des événements inhabituels se préparent. À 3.50, le Duke String Quartet sonne comme s’il commençait une chanson différente.

70. London Loves
(Sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
Durant la tournée américaine de la fin de l’année 1993, Damon avait acheté un séquenceur portable d’occasion – un Yamaha QY10 – pour 100$ à San Francisco. Cette nuit-là, à l’hôtel Phoenix de la ville, il a embringué un Dave Rowntree à la gueule de bois terrible pour lui apprendre à le programmer. Le processus a pris un certain temps. “C’est une petite machine avec un clavier, une boîte à rythme, un sampler… Dave se souvient. Je pense qu’il y a même une groupie dedans”. Après que Dave soit parti, Damon a tapoté le rythme agité (basé sur les rythmes du début des années 1980 du projet parallèle des Talking Heads, Tom Tom Club) qui ouvre London Loves.

Pour les paroles, Damon s’est tourné vers le personnage repoussant de Keith Talent du roman de Martin Amis paru en 1989, London Fields. Bien que les anti-héros de London Loves et de London Fields s’accordent à ne pas être d’accord sur des affaires de transport (le protagonniste mufle de London Loves conduit une voiture japonaise ; Talent préfère une Cavalier), il y a néanmoins, des moments de symbiose parfaite. L’un de ceux-là est l’expression “shoots like an arrow”. Keith Talent était un champion en herbe de fléchettes. Dans le jargon des fléchettes, les fléchettes sont connues sous le nom de “arrows”. Pendant un moment, le titre provisoire de Parklife a été Magic Arrows. Dites ce que vous voulez de Damon Albarn, il connait ses fléchettes.

Pendant ce temps, au pays de Graham, les choses commençaient à chauffer. Street lui avait vivement conseillé de trouver quelque chose de méchant pour London Loves, alors il a fondé son surprennant solo (1.44) sur le break de guitare du tube de David Bowie de 1990, Fashion (joué par Robert Fripp). En effet, le titre provisoire de London Loves était Fripp. Le bulletin de l’état du trafic (3.16) a été enregistré par Damon sur GLR le matin du mixage de la chanson.

71. Anniversary Waltz
(Face B de Girls And Boys, CD1. Produit par Stephen Street.)
C’est intéressant pour seulement deux raisons. D’abord, Damon parlait désormais (en janvier 1994) d’inclure deux valses sur Parklife, l’autre étant The Debt Collector (voir 73). Anniversary Waltz avait à l’origine été enregistrée comme jingle de l’émission de radio de Simon Mayo, jouée plus tard dans son intégralité (1.21) lors d’une session de Mark Goodier en juillet 1993 (voir 61), à ce moment, elle était lugubrement intitulée Why Is The Time Signature Of 3/4 Obsolete In The Late 20th Century? (“Pourquoi l’indication de mesure en 3/4 est-elle obsolète à la fin du XXème siècle ?”). Finalement, une valse a été trouvée adéquate pour Parklife. L’autre point important est le son d’oies (voir 84) à 1.13. Il a été samplé de l’exemplaire de Stephen Street du LP de la BBC Sound Effects – le même album qui a produit les bruits de vache sur le morceau éponyme de Meat Is Murder des Smiths, que Street a également produit.

“Justine n’aime pas mes valses, dit Damon. Elle dit qu’elles lui rappellent mon côté aryen”.

72. Magpie
(Face B de Girls And Boys, 7", cassette et CD. Produit par Stephen Street.)
Curiosité fascinante, Magpie a été enregistrée en version quasi-instrumentale en décembre 1992, comme candidate possible pour Modern Life Is Rubbish. Blur se souvient que Dave Balfe a été découragé quand il l’a entendue. “Il a dit que les rythmes s’arrêtaient et repartaient, dit Alex. Et qu’elle était déroutante pour les Américains, apparemment”. Réactivée pour les sessions Parklife, Magpie a rendu encore perplexe Damon dans le domaine de l’écriture des paroles, alors il a simplement chanté un poème de William Blake – écrit en 1794 – intitulé The Poison Tree (“I was angry with my friend/I told my wrath/My wrath did end”) extrait de Chants d’innocence et d’expérience. Graham, qui est superbement inventif à la guitare tout le long, pensait que les couplets de Magpie revenaient à l’époque du baggy.

Les couplets ne sont pas très pertinants. C’est le joyeux refrain de Magpie qui la distingue. Assez simples paroles (“and sometimes I see magpie”), il est peut se vanter de possèder un large éventail d’harmonies sur le “I” qui est assez délicieux.

73. The Debt Collector
(Sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
Cette instrumentale légèrement sinistre (voir 61) – qui évoque certaines mises en scène façon Théâtre de l’Absurde de Steptoe And Son – a été enregistrée live, avec les Kick Horns, à Maison Rouge. La prise utilisée était la quatrième. “Je pense qu’on a dû y rajouter une note de basse plus tard”, dit Alex. Graham voulait l’ambiance live d’un morceau de Tom Waits, d’où son audible tappement de pied et de tambourin, style musicien des rues. Son décompte d’ouverture de “one Mississippi, two Mississippi” est destiné à installer le tempo de valse de la chanson (tempo favori du groupe – voir 67, 71, 84).

74. Lot 105
(Sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
Sentant que This Is A Low serait une lourde manière de clore un album, Blur a laissé 12 secondes s’écouler sur Parklife avant Lot 105 – l’équivalent musical, dit Graham, “de Barbara Windsor qui viendrait vous prendre par derrière”. La mélodie de Lot 105 est l’une des nombreuses que Blur joue lors des balances (voir 83, 85). Le “Lot 105” du titre est l’orgue Hammond qui apparaît sur la chanson – acquis par Damon lors d’une enchère pour 150£. Le groupe a été enchanté non seulement par la mélodie, mais aussi par le rythme de samba intégré et agréablement ringard qui ouvre le morceau. Lot 105 a plus tard ouvert les concerts de Blur sur la tournée Parklife. Les paroles beuglées au point culminant du morceau sont – à la suggestion de Graham – “18 times a week, girl, ha ha ha ha ha”.

75. Peter Panic
(Face B de Girls And Boys, CD2. Produit par Stephen Street.)
Dave Rowntree la d’écrit comme avoir été écrite de manière conceptuelle – c’est à dire, discutée en détails par les quatre musiciens avant qu’une seule note ne soit jouée. Les paroles avaient un vague concept. Peter Panic est un personnage à la Ziggy Stardust, un extra-terrestre bienveillant qui sauve la race humaine en offrant des drogues salutaires pour tous. Remarquable pour un refrain attirant et martelant, Peter Panic a échappé au filet Parklife en dépit d’être une favorie de Street.

76. People In Europe
(Face B de Girls And Boys, CD2. Produit par Stephen Street.)
Essentiellement compagne Euro-disco de Girls And Boys, People In Europe est constituée d’expressions étrangères aléatoires résultat d’un brain-storming du groupe. Graham suggère que les couplets auraient pu être inspirés par Peter Hammill de Van Der Graaf Generator, dont Graham considère la musique discordante et grinçante comme responsable en partie de ses ulcères de la fin de son adolescence. People In Europe n’a jamais été une possibilité pour Parklife.

77. To The End
(Single, sorti le 31/5/94. Également sur Parklife. Produit par Stephen Hague, John Smith et Blur.)
Désormais, il était clair que Blur était un groupe pop accompli. Il pouvait parader. Il pouvait cajoler. Il pouvait faire rire l’auditeur, le faire taper du pied et même lui faire faire un trip hallucinatoire de substitution. To The End a révélé une autre facette de son talent bourgeonnant : il pouvait, presque sans effort, vous briser le cœur. Si This Is A Low (voir 80) est le chef-d’œuvre de Parklife, To The End suit désespérément de près. Quand le groupe a entendu pour la première fois Damon la jouer au piano, tous ont été convaincus de son génie. Une démo a été enregistrée à Matrix, avec Justine Frischmann qui chantait les parties françaises.

Pour créer un sentiment élancé et épique, Stephen Hague (Pet Shop Boys, New Order) a été utilisé plutôt que Street. To The End a été enregistrée aux studios RAK lors d’un sabbath de trois jours de Maison Rouge. À vrai dire, la démo du groupe était si bonne que Hague en a gardé la majeure partie, dont 95 pour cents du chant de Damon. La section à cordes n’est pas les fidèles Dukes, mais la section à cordes de Audrey Riley (This Mortal Coil, Marc Almond). La batterie est mise en boucle, le vibraphone est très réel et l’ambiance sinueuse de la chanson est peut-être dûe à la barre de mesure d’une longueur inattendue (cinq mesures en 4/4). Hague joue de l’accordéon, même s’il n’est à peine audible dans le mix définitif. Pour les parties murmurées “jusqu’à la fin”, diverses chanteuses ont été suggérées, dont Charlotte Gainsbourg et Françoise Hardy (avec laquelle une version a plus tard été enregistrée à Abbey Road et sortie en single limitée à la France) avant que le groupe se décide pour Laetitia Sadier de Stereolab.

Exceptionnelle sur le plan musical, To The End peut également se vanter de possèder l’une des meilleures performances – et paroles – de Damon qui a enregistré le chant soûl, on ne le dirait pas. Pour les paroles, il se sépare de ses mécanismes habituels de narration et d’étude de personnage et opte pour une réflection humaine sur une relation. Mais il y a toujours une ambiguïté cruciale : “la fin” est-elle la conclusion d’une relation ? Ou la fin attendue depuis longtemps d’une certaine période d’épreuves et de difficultés ? Ou autre chose ? C’est difficile de le dire. L’humeur est douloureusement romantique mais infiniment triste. “Dirty words” (“sales mots”),“collapsing in love” (“écrasés par l’amour”), “drinking far too much” (“boire beaucoup trop”) et “neither of us mean what we say” (“aucun de nous ne sait ce qu’il dit”) sont des inversions hypnotisantes des sentiments standards d’une chanson d’amour. Indéniablement excellent, To The End survivra à la plupart des pop songs de cette décennie. Quand Alex a entendu le mix définitif, il a pleuré – réponse que beaucoup de fans comprendront.

78. Magic America
(Sur
Parklife. Produit par Stephen Street.)
Blur pouvait encore être très caustique au sujet des États-Unis (voir 32, 42). “Tout ça fait partie de Blur, dit Graham. Les parcs à thème, c’est la mort. Les centres commerciaux, c’est la mort”. À plusieurs reprises durant l’enregistrement de Parklife, la conversation a effleuré l’épouvantable tournée américaine de 1992. Le thème de Magic America était celui d’un propriétaire myope de Barratt Home (nommé Bill Barratt, pour plus d’impact) qui rêve bêtement du soi-disant glamour et faste de l’Amérique. Cruellement, on révèle que Barratt n’a jamais été aux États-Unis ; “Magic America” est le nom d’une chaîne porno italienne située à Milan et est donc un symbole de fantasme de part le monde.

Magic America a un solo de clavier dément et jacassant (à 2.02) joué par Damon, que Graham a comparé au thème du vieux dessin animé de la BBC, Roobarb. Les autres moments importants sont les gazouillements à 0.01, que l’assistant de Blur, Jason Cox (voir 43), a enregistrés à la télé, et le maniéré “mm-mmm” (1.54) dans le mélange des chants enlassés.

79. End Of A Century
(Single, sorti le 7/11/94. Également sur
Parklife. Produit par Stephen Street.)
Cette excellente chanson, que Street a vu comme preuve que “Damon comprennait vraiment l’art du songwriting” est, d’après son auteur, sur “la manière dont les couples prennent l’habitude de rester chez eux à se regarder dans les yeux. Seulement au lieu de la lumière des bougies, c’est la lumière de la télé”. La phrase d’ouverture se réfère à une infestation de fourmis dont Justine et lui ont souffert dans leur maison de l’époque à Kensington. Damon considère que la chanson est presque identique à sa démo originale. Graham réplique avec regret : “S’il veut penser ça, je ne vais pas le contrarier”.

Les harmonies vocales les plus hautes viennent du petit génie doué en tous genres qu’est Graham. Street dit des chœurs du guitariste : “Il fait des choses parfois qui sonnent comme un chat mais alors il ajoute une autre harmonie et c’est du pur Blur”. L’un des meilleurs moments de la chanson est le bref et lyrique solo de trombonne (1.26) de Richard Edwards des Kick Horns, qui précède un bref retour aux doux accords de l’intro. Street a filmé les performances de Blur avec son camescope.

Bien que beaucoup aimée, End Of A Century a été un échec en single. Andy Ross commente : “Elle est sortie en single, This Is A Low ne l’a pas été. On aurait peut-être dû faire l’inverse”.

80. This Is A Low
(Sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
Chanson pénible à enregistrer, This Is A Low est le meilleur de la musique de Blur en date, et aussi proche de la perfection autant qu’ils ont pu. Derrière sa pâleur, son mystique et son électricité, il réside, avec justesse, une histoire de cartes et de légendes. Elle est née sous le nom de “we are the low” – quatre mots, rien de plus – qui peut ou pas parler de prise d’héroïne. Selon Alex, elle parlait de “gens qui prennaient du smack”. Graham se souvient de l’avoir trouvée un peu sinistre : “Je pensais que c’était une chanson évidée”.

En plein milieu des sessions de Parklife – avec toujours quatre mots pour support – Blur a enregistré le fond musical dans son intégralité : Damon qui joue sur un Hammond chaud et ronronnant, une boucle de Dave qui joue de la batterie retournée et jouée à l’envers – avec Dave qui joue par-dessus pour donner un effet de sifflement et de bizarreté. Dans la section du solo émotionnel de guitare, Graham a joué trois solos, dont un de lui assis devant son ampli, le volume tourné au maximum. Cette chanson allait clairement devenir une épopée, une finale.

Mais Damon ne pouvait pas proposer des paroles, ni même une mélodie pour les couplets. Les autres – et Street – l’ont harcelé pour qu’il écrive des paroles. Les sessions Parklife ont alors été interrompues pour Noël. Pendant ces voyages, Damon a séjourné dans un cottage en Cornouailles avec ses parents, écoutant inlassablement la musique de la chanson sur son Walkman tandis qu’il se promenait sur les falaises des Cornouailles la nuit. Il commençait peut-être à faire le rapport dans sa tête entre le mot “low” (“dépression”) et la météorologie.

À Maison Rouge après Noël, l’idée était de laisser le chant jusqu’à la fin des sessions. Damon a saboté cela en disant que, étant donné qu’il était incapable de finir les paroles, la chanson n’irait pas sur l’album. Les deux camps n’ont pas lâché pied. Le 4 février 1994 – avant-dernier jour officiel d’enregistrement – Damon a dû aller à l’hôpital se faire opérer d’une hernie. Street l’a persécuté, lui disant qu’il devait trouver des paroles.

Damon a trouvé les paroles entre minuit et 1 heure du matin la veille de son entrée à l’hôpital. Elles ont été écrites à partir d’un cadeau de Noël offert par Alex – un mouchoir représentant une carte de la Grande Bretagne et de ses régions maritimes (acheté à Stanfords Map & Travel Bookshop à Covent Garden). “On a toujours trouvé les prévisions maritimes apaisantes, explique Alex. On les écoutait souvent quand on était aux États-Unis pour nous rappeler la maison. C’est très bon pour une gueule de bois. C’est une bonne cure pour l’insomnie, aussi”.

Damon a commencé à un coin du mouchoir – le golfe de Gascogne – et a avancé le long de la côte, citant les noms comme cela lui chantait et suivant la rime. Damon : “J’avais cette ligne – And into the sea go pretty England and me – depuis longtemps. Alors j’ai commencé au golfe de Gascogne. De retour pour le thé. Tea rime avec me. Et puis est venu Hit traffic on the Dogger Bank. Bankrank – alors up the Thames to find a taxi rank. Et j’ai tout simplement tourné”. Et le mieux, c’était que le refrain avait désormais un sens : “low” comme le front dépressionnaire ou comme la dépression nerveuse. Après tout, dans l’Angleterre battue par la pluie, l’humeur et la météorologie ont toujours été inextricablement liées. Et en le faisant suivre par la douce ligne “but it won’t hurt you” (“mais ce ne va pas te blesser”), Damon – même s’il n’y croit pas vraiment – prévoit le retour du soleil.

Immédiatement, This Is A Low était de retour sur le LP, Damon aussi enthousiaste que les autres. Street a été transporté par les paroles et aussi par son chant, qui faisait bonne utilisation de ses “s” sifflants (par exemple “and the radio says”) qui est un trait de sa voix parlée. Graham a chanté les hautes notes touchantes du refrain.

Damon n’a aucun souvenir de cela, mais les autres se souviennent de lui qui a téléphoné à Maison Rouge de son lit d’hôpital, à peine réveillé de son anesthésie et faisant de lucides instructions quant à la manière dont il voulait que la chanson soit mixée. C’est une chanson pareille qui peut faire cela – même à son auteur. Même si This Is A Low a failli ne pas être sur Parklife, il est impossible d’envisager une apogée alternative. Cette chanson, c’est cinq minutes et quatre secondes de bonheur absolu.

81. Far Out
(Sur Parklife. Produit par Stephen Street.)
Deux semaines après que This Is A Low ait été finie, Blur est retourné tranquillement à Matrix voir si on pouvait faire quelque chose de cette chanson d’Alex. Far Out (première chanson à être créditée à un seul membre de Blur) avait été enregistrée l’automne précédent à Maison Rouge dans une version électrique plus longue, plus lourde. Elle ressemblait à Astronomy Dominé de Pink Floyd – liste planante de planètes et de galaxies que Syd Barrett avait écrite en 1967 – mais Damon avait de graves doutes. Rapidement Graham en a eu aussi. Dans cette nouvelle version, Damon a ajouté des accords réguliers sur un clavier et Dave a joué des congas. Elle a été enregistrée et mixée en un jour. Elle n’a aucune fin définie, alors Street l’a terminée sur le pont (“sun, sun, sun”), l’a mis en écho et amis un filtre d’écho sur la voix d’Alex de manière à ce qu’elle perde son éclat tandis que la chanson s’éteint. La chanson est amusante, charmante et légèrement timbrée – un peu comme l’homme qui l’a écrite.

82. Threadneedle Street
(Face B de
To The End CD et cassette. Produit par Blur.)
Au printemps 94, Blur était de retour à Matrix pour enregistrer une quantité de faces B pour les quatre singles qui allaient être extraits de Parklife. La qualité de ces faces B allaient se détériorer de façon alarmante ; le groupe pensait déjà à l’album suivant et était peu disposé à piocher dans les réserves pour les faces B. Threadneedle Street est, à la première écoute, une chanson désolée qui utilise radicalement la terminologie des affaires (“softs” – “faibles devises”, “futures” – “marchés à terme”, etc.) pour commenter l’austérité de la vie en dehors de la City. Cependant, on peut maintenant exposer la chanson comme étant une idée bricolée à la hâte en moins d’une demi-heure, avec Damon qui citait abondamment un exemplaire du Financial Times.

83. Supa Shoppa
(Face B de Parklife 12", cassette et CD1. Produit par Blur et John Smith.)
Dévoilée sur la scène de l’Alexandra Palace en novembre 94, c’est le son d’un groupe qui, selon les termes de Damon, “aime à penser qu’on peut faire tout ce que les autres peuvent”. Dans ce cas, c’est de l’acid jazz et cela fonctionne remarquablement bien. Graham a un ami nommé Biffo qui travaille à Our Price à Watford. Biffo rapporte que des personnes avec des boucs venaient lui demander qu’elle était cette musique géniale. La mélodie n’a l’air de rien mais elle montre l’extraordinaire variété de talents de Blur – “c’est comme regarder l’équipe d’Italie qui tape dans la balle” comme Andy Ross le décrit. L’orgue Hammond est à nouveau le Lot 105. Les flutes sont synthétisées. “On ne s’emmerde pas avec un vrai flûtiste sur une face B”, dit Alex.

84. Got Yer!
(Face B de To The End CD1. Produit par Blur.)
Pensée après coup terrifiante et obscure, Got Yer! rappelle la célèbre chanson de John Entwistle pour les Who, Boris The Spider. Damon, qui fait les deux voix sur Got Yer!, revisite même le grognement guttural de Entwistle pour son personnage du vieil homme qui écrase une mouche et décide : “It’s the ooze of life” (“C’est la vie !”). Encore une autre valse d’Albarn, Got Yer! déconcerte un peu en virant vers l’indication de mesure maladroite en 5/3 en plein milieu. Du côté des effets sonores, la mouche est écrasée et tuée à 1.17, les oies viennent de l’album BBC de Street (voir 71) et le son du coup de feu est un sample de caisse claire de Dave Rowntree, accéléré. Andy Ross, qui pouvait désormais se permettre de céder aux délires entêtés de Blur sur face B, n’a pas du tout été impressionné, comme on pouvait s’y attendre.

85. Beard
(Face B de Parklife 12" et CD2. Produit par Blur et John Smith.)
Le dédain de la clientèle et du staff des studios de répétition The Premises à Hackney – lieu jazz utilisé par Blur au début de sa carrière – avait inspiré un morceau favori de stupidité de répétition. “Du pseudo jazz à trois balles, dit Alex. Des gammes chromatiques avec des notes jouées au hasard. Ça les énervait vraiment (le staff)”. À la recherche de faces B, le groupe l’a enregistrée pour rire. Collection de solos gratuits et bancals, seule l’inclusion d’applaudissements préenregistrés après chaque effort aurait pu l’améliorer. Il est certain que Blur y a pensé. Le titre – suggestion de Dave – se réfère à la théorie extrêmement injuste que tous les aficionados de jazz portent une barbe. Mais comme Graham le dit : “On aurait pu l’appeller Pipe. Ou Beret”.

86. Red Necks
(Face B de End Of A Century tous formats. Produit par Blur.)
Graham avait écrit les paroles d’une chanson de Blur à une occasion précédente (voir 1). 85 chansons plus tard, il a écrit cette chanson country comique sur des routiers américains. La mélodie a été jouée par Damon – qui était sous l’influence d’hashish puissant – sur un clavier qui appartenait à Donna Matthews de Elastica. Alex, lui-même distinctement intoxiqué, fournit des interruptions vocales indirectes tandis que Graham – dans un imitation étonnamment réaliste de Johnny Cash – chante des couplets tour à tour drôles et débiles sur des Yankees intolérants (“sure is damn thumpage in that waitress’ ass” – “y’a du lourd dans le cul de cette serveuse”). Le seul membre de Blur qui n’a pas été impliqué était Dave, qui emmenait son chat Chevy au vétérinaire.

La version originale durait plus de 30 minutes. Elle était destinée sans enthousiasme à être diffusée dans l’Evening Session de Radio One, mais sagement oubliée quand tout le monde a repris ses esprits.

87. Alex’s Song
(Face B de End Of A Century CD. Produit par Blur.)
La seconde entreprise de songwriting d’Alex était voulue comme une composition sérieuse “à mi-chemin entre Manhattan Transfer et Prince”. À un moment, l’action a été modifiée. “Ils m’ont obligé à le faire ! prétend Alex. Ils se sont amusés avec un harmoniser Eventide (l’appareil qui monte la voix d’Alex de deux octaves) dans un moment d’ennui et ont rendu ma voix toute comme Pinky et Perky. Ce n’est pas fini. Ça aurait pu être bien mieux. Des conneries! Les connards !”

88-96. Blur a enregistré neuf chansons – à divers états d’achèvement – qui ne sont jamais sorties : I Love Her (période Seymour, enregistrée à Diorama sur la Great Portland Street en 1991) ; Close (produit par Stephen Street pour les sessions Leisure en 1991) ; Seven Days (produit par Andy Partridge pour les sessions abandonnées de Modern Life Is Rubbish – voir 44) ; Death Of A Party ; Singular Charm ; Pleasant Education ; Bleached Whale ; Pap Pop et One Born Every Minute (voir 52). Seven Days a été enregistrée pour une session de Mark Goodier sur Radio One le 11 avril 1992, mixée par Martin Colley et diffusée le 5 mai 1992.

Le nouvel album de Blur doit sortir en septembre. Il n’a pas encore de titre.

MERCI À BLUR, STEPHEN STREET, ANDY ROSS ET ELLIE CHEZ FOOD.

Traduction – 17 janvier 2006

Select – juillet 1995

MAIS COMMENT FONT-ILS ÇA ?

On les a tous vu se faire démolir dans les journaux et squatter les Brits. Mais comment fonctionne Blur ? Dans la lignée de l’étude de Ian MacDonald sur les chansons des Beatles Revolution In The Head, Select présente Le Blur Complet, de There’s No Other Way à Parklife en passant par Modern Life Is Rubbish. Ouvrez grand les yeux pour voir le génie, le désespoir, des histoires inédites, pleines de bière et la première partie qui va vous éclairer sur le meilleur groupe britannique depuis les Smiths.

L’histoire que vous êtes sur le point de lire est l’histoire cachée de Blur. C’est l’histoire de quatre hommes, 96 chansons, deux albums perdus et un film qui n’a jamais vu le jour. C’est l’histoire de chaque morceau qu’ils aient sortis, et certains ne l’ont pas été. Elle vous dit qui a fait quoi et quand, qui a joué de la perçeuse Black & Decker et qui a traité les fruits des sessions de “branlette artistique”. On sait tous ce que fait Blur la nuit. Mais que font-ils la journée ? Où vont-ils ? Est-ce que quelqu’un peut regarder ? Qui prend les décisions ? Et comment la musique est- elle arrivée là ?

Aussi, cette histoire ne parle pas des Brit Awards et des coulisses de Glastonbury. C’est le soir. Elle parle de ce qui se passe plus tôt. Elle parle de studios nommés Matrix, Battery et Maison Rouge, et des salles de répétitions Beat Factory et The Premises, où Blur a conçu et donné naissance à ces 96 chansons les après-midi en privé. Elle parle d’inspiration soudaine, de totale résignation, elle parle du fait de s’asseoir devant la télévision pendant deux heures avec un dictaphone en attendant que quelqu’un sur la chaîne du Télé Achat dise : “Food processors are great!”

Ces deux parties spéciales vous racontent comment ils font cela. Elles vous disent le nom de la meilleure chanson de Blur jamais enregistrée – et pourquoi – et la pire au monde. En chemin, vous croiserez toute l’histoire de Modern Life Is Rubbish – et de l’album qui aurait dû sortir un an auparavant. En 1989, Damon Albarn était préposé au thé dans un studio. Le 5 février 1994, dans un studio différent, lui et Blur finissait un album, Parklife, qui est entré dans les charts à la première place. C’est l’histoire de ces cinq ans en studio…

* * *

Toutes les citations qui suivent sont extraites de très longues interviews tenues en mai 1995 avec Damon Albarn, Graham Coxon, Alex James, Dave Rowntree, Stephen Street, Dave Balfe et Andy Ross. Les chansons apparaissent dans l’ordre dans lesquelles elles ont été enregistrées, non pas dans celui dans lequel elles ont été sorties. Par exemple, une chanson de Blur typique de la fin 1991 début 1992 pouvait rester dans les caves pendant une ou deux années avant qu’on lui trouve une place en face B d’un single 45 tours ou CD. Merci à Mike Smith et John Smith pour leurs conseils chronologiques.

* * *

DAVID CAVANAGH et STUART MACONIE sont les deux journalistes qui ont suivi de plus près les six ans de carrière de Blur. C’est Cavanagh qui a insisté pour que Select mette le groupe en couverture en 1991 quand la plupart autour de lui partageait “l’avis de Balfe” – et il a eu raison. Le souvenir éternel de Blur pour Maconie est d’avoir partager un taxi à Tokyo avec eux, Dave Rowntree endormi sur lui et Damon qui criait après les passants avec un mégaphone. Maconie fait désormais partie du duo de Radio One Collins & Maconie. Lui et Cavanagh écrivent aujourd’hui principalement pour Q.

Tell Me, Tell Me, Long Legged, Mixed Up, Dizzy, Fried, Shimmer (Faces B de Sunday Sunday 45 tours, 33 tours et CD. Produit par Graeme Holdaway.)
Ces chansons ne sont pas, à strictement parler, des chansons de Blur. Destinées à être des démos capable d’ouvrir l’oreille sur la carrière stagnante de Seymour, première incarnation de Blur, elles ont été enregistrées à Beat Factory sur la Euston Road (où Damon travaillait comme préposé au thé) à un moment en 1989 où, comme Alex le présente si bien, “J’apprenais le Français la journée, Graham mettait des téléphones dans des cuvettes et Dave conduisait une Ford Escort break marron dans Colchester et travaillait pour le conseil municipal”. Le travail de Damon avait pour avantage qu’il pouvait utiliser le studio en dehors des horaires d’ouvertures. “C’est pourquoi je les ai rejoints, déclare Alex. Je trouvais que Damon était un petit branleur mais il avait les clés d’un studio d’enregistrement”.

Finalement sorties en Octobre 1993 en faces B de Sunday Sunday, ces chansons décrivent une pâle représentation du Blur naissant. Elles évoquent doucement par moments James période Factory, et sont par instants d’un désordre irritant à la Cardiacs et mettent à l’épreuve à la fois la patience et l’oreille. Graham Coxon dit de leur sortie de 1993: “Je pense qu’on s’est rendu compte que Seymour était encore en nous et que c’était dommage de le laisser enfermé. On voulait le libérer”.

1. She’s So High
(Single, sorti le 15.10.1990. Également sur Leisure, sorti le 27.08.91. Produit par Steve Lovell et Steve Power.)
Rebaptisés Blur en novembre 1989 pendant un dîner avec Dave Balfe et Andy Ross de Food Records à la Soho Pizzeria, le groupe a signé chez Food en mars suivant. Pour leur premier single ils ont repris la première chanson qu’ils avaient écrite ensemble. She’s So High a été conçue en mars 1988 comme un libre jam de répétition basé autour d’une séquence de quatre accords proposée par Alex James, le dernier membre à s’être joint. La séquence – la même pour les couplets et le refrain – a été simplifiée par Graham qui a aussi écrit quelques paroles des couplets alors que Damon était en Espagne. She’s So High demeure la chanson du groupe écrite le plus démocratiquement. Surveillés par l’ancien producteur de Julian Cope Steve Lovell et son collègue Steve Power, ils l’ont enregistrée aux Battery Studios à Willesden en juin 1990 pendant la coupe du monde.

Cela progressait lentement. La boucle de basse a pris deux jours. La batterie une semaine. Lovell et Power doutaient de leur compétence musicale – celle d’Alex en particulier – et insistaient à faire des boucles autant que possible, répétant machinalement la même ligne de basse d’une ou deux mesures tout au long de la chanson. Mais Blur était ravi d’être dans le même studio que les Stone Roses avaient utilisé pour Fool’s Gold. Et Alex était convaincu que She’s So Highétait destiné à la première position.

Bien que les paroles sont négligeables – une plainte commune à beaucoup de leurs premières chansons – She’s So High est à la fois un début magistral et une preuve formelle que les émotions dans les chansons pop n’ont pas besoin de compter sur le vocabulaire de l’auteur. Simple et ingénue, elle a une mélodie spectrale et un tempo audacieusement lent – le seul son énergique étant la basse – et dans sa longue section centrale, annoncée par la guitare joué à l’envers de Graham (2.24), la chanson éclate en un passage de six secondes d’une beauté inconsolable (3.32-3.38). Avant que la guitare ne sorte – 90 bonnes secondes plus tard – cela emporte la chanson dans une excursion quasiment psychédélique sans qu’une seule petite note ne soit gaspillée ou que l’attention de l’auditeur vacille.

Quoique que calme en termes matériels – elle n’a atteint que la 48ème position – le charme ingénu et la popularité de la chanson réservent une place pour elle dans le set live de Blur même aujourd’hui.

2. I Know
(Face B de She’s So High. Produit par Steve Lovell et Steve Power.)
Enregistrée durant la même session que She’s So High, cette chanson de la période Seymour a été brièvement considérée comme une possible face A. On comprend facilement pourquoi. À la différence de l’autre face introspective, I Know est une production effrontée d’“indie dance” (surtout la version extended sur le maxi 45 tours et le CD). Volontairement groovy, elle s’agrippe aux basques du plus grand phénomène musical de 1990 – les beats dance de Manchester qui traînent les pieds. Graham avoue maintenant, “Manifestement, on a utilisé ça comme tremplin pour se faire remarquer”. Malgré ses harmonies vocales plaisantes, la chanson est fade, notamment pour ceux qui ne peuvent pas supporter beaucoup de guitares jouées à l’envers. Grand fan de Pink Floyd période Syd Barrett, la variété de talents de Graham en tant que guitariste a joué un rôle important dans la mutation du punk brut de Seymour vers un son plus psychédélique. Pendant l’année suivante, cependant, les paroles de Damon ont esquivé la léthargie et la mélancolie de façon de plus en plus banale, trompant la musicalité du groupe et laissant entendre n’avait rien dans la tête excepté le silence radio.

3. Sing
(Face B de She’s So High maxi 45 tours. Également sur l’album Leisure. Produit par Blur.)
Quand on le laisse se débrouiller tout seul, Blur pouvait souvent sonner comme un groupe différent. Sing, un des morceaux les plus matures sur Leisure, provenait de la période Seymour quand ça a été, Damon se rappelle, “la première fois, depuis qu’on existait en tant que groupe, que j’ai pensé qu’on avait vraiment quelque chose”. D’après Graham, “Même les gens qui nous détestaient accouraient et disaient, C’est quoi cette chanson?” Sing est un exercice de mélancolie style mantra construit en grande partie autour d’énormes accords en mineur plaintifs en Mi, en Fa# et en Do. Il y a deux motifs de basse mis en boucle et la partie percussion consiste en un grand coup de caisse claire samplé et répété pendant la quasi-totalité des six minutes de la chanson. Sing est une démo produite par le groupe (et enregistrée par un Irlandais nommé Leo dont le nom de famille est perdu dans la postérité) à The Roundhouse, Chalk Farm, qui a été jugée assez bonne pour être sortie comme elle était.

4. Berserk
(Face B de Bang CD, sorti le 05.08.91. Produit par Blur.)
Développant son admiration pour Syd Barrett, Graham a été à l’origine de cette partie de came instrumentale de 6.50 minutes qui combine des éléments de quatre chansons (No Good Trying, No Man’s Land, Baby Lemonade et Late Night) extraites des deux albums solos de Barrett de 1970. Bourdonnement de guitare bruyante et d’orgue, Graham y est présent avec une guitare lourdement désaccordée, jouée à l’envers – un son qu’il compare à “une guêpe bourdonnant tout le long” – mais aussi jouant une des deux boucles de batterie (Dave joue l’autre). Les auditeurs qui tiennent la distance souffrent de chocs auditifs répétés alors que Graham redouble d’une guitare additionnelle à un terrible volume (particulièrement sévère à 4.49 et 6.06), et après que la cacophonie se soit calmée la chanson parait distinctement partir en fumée. Les réactions sont mitigées. “Ça sera le son de l’album solo de Graham”, dit Alex. “Ce n’est pas la peine de s’étendre dessus”, dit Andy Ross. Incontestablement le plus dingue des premiers enregistrements de Blur.

5. I’m Fine
(Face B de Popscene maxi 45 tours, sorti le 30.03.92. Produit par Blur.)
Air figé de la période Seymour enregistré pendant les mêmes sessions que Sing. Blur (en particulier Damon) sont maintenant contrariés par lui, en autres à cause de ses sentiments jovialement stupides qu’Alex avait caractérisés comme “un petit Jason Donovan”. Ce pastiche passable des années 1960 arbore une basse à la McCartney et un riff principal à la Townshend. Graham venait juste d’acquérir une nouvelle guitare douze cordes, d’où sa proéminence.

6. I’m All Over
(Face B de There’s No Other Way maxi 45 tours et CD, sorti le 15.04.91. Produit par Blur.)
Chanson du set live de Blur du début 1990, I’m All Over est un court (1.57 minutes) mais sympathique sprint sur le sujet de l’indifférence, avec la voix de Graham qui s’harmonise librement pendant les refrains avec celle de Damon qui est plutôt dans le style du REM des débuts. L’inspiration pour le motif crépitant et secouant de la batterie et des cymbales de Dave a étéWhere Are You Baby? par Betty Boo, que Graham lui avait ordonné de copier. Graham n’est pas très fier de cette chanson, il traite I’m All Over de “chanson ridicule avec des percussions atroces et synthétiques”.

7. Won’t Do It
(Face B de There’s No Other Way maxi 45 tours remix, sorti le 29.04.91. Produit par Blur.)
Une autre chanson de la période Seymour, typiquement frénétique et puérile. Alex: “L’idée était d’écrire un refrain autour d’une note”. Tandis que la section centrale aspire à un groove dance supersonique, la chanson se distingue peu d’autre matériel de Seymour frénétique et puéril mis en démo l’année précédente. Graham contredit cela, conservant un faible pour des chansons énergiques et bruyantes telles que celle-là et Day Upon Day. “Tout était très confus, déclare-t-il, mais je pense que si j’avais joué tout le long, les chansons tiendraient encore vraiment debout”.

8. Explain
(Face B de Bang maxi 45 tours et CD. Produit par Stephen Street.)
Aujourd’hui on parle beaucoup de la soi-disant antipathie de Blur envers la musique américaine. Leurs goûts, cependant, ont souvent démenti cela. Explain, vieille chanson de Seymour écrite pendant les nuits déjantées à The Beat Factory, reflète une des obsessions de l’époque du groupe : les Pixies. (“Le dernier grand groupe américain. Ils pissent sur Nirvana” – Alex.) Le groupe a toujours parlé de la chanson avec le titre Can’t Explain, titre du premier single des Who en février 1965. La chanson domine encore l’affection du groupe. Comme Damon le fait remarquer, “On ne voulait pas se débarrasser des chansons de Seymour parce qu’elles font partie de ce qu’on est”. Explain a été enregistrée avec Stephen Street pendant la même session de mai 1991 à Maison Rouge qui a produit High Cool.

9. Down
(Face B de She’s So High. Produit par Blur.)
Peut-être la première chanson écrite par Blur – par opposition à Seymour. C’était une tentative délibérée de sortir de la diversité folle de Seymour et d’être une chanson rock de son époque. Damon, alors fan de Julian Cope, en savait peu sur les tendances actuelles. Graham, cependant, était plongé dans les paysages sonores de guitares abstraites trouvés sur l’album de 1988 de My Bloody Valentine Isn’t Anything. “Mais j’étais très grossier et simpliste à l’époque”, ajoute-t-il. Néanmoins, l’influence de MBV et d’autres lumières indie du jour peut être entendue dans la langueur éreintée de Down. Les estimations de la valeur de la chanson différent. Andy Ross pense que “Down est une chanson vraiment bonne mais qu’elle appartient à une autre incarnation”. Moins charitablement, Alex la voit comme “banale”.

10. Mr Briggs
(Face B de There’s No Other Way maxi 45 tours et CD. Produit par Blur.)
Blur prenait maintenant ses faces B au sérieux. Le business demandait beaucoup de chansons nouvelles (ou inédites) pour des formats multiples, et bien que dans leur for intérieur ils étaient gênés par la moralité d’une telle arnaque, Blur a décidé de rendre chacune de leurs faces B uniques. Ils se sont aussi rendu compte que la vraie liberté se trouvait en elles. Enregistrant “live” dans des petits studios, sans producteur et loin des séquenceurs et de Balfe, Blur a pris des risques, essayé des expériences musicales et ont poussé du coude le Graal banlieusard et brûmeux de Syd Barrett.

Mr Briggs est leur première chanson qui raconte une histoire. L’apathique Briggs est basé sur un Damon liverpoolien rencontré début 1990 tandis qu’il vivait dans un studio de Greenwich. Rejetée comme “une démo de Pink Floyd merdique” par la petite amie de Graham de l’époque, Mr Briggs ne s’éloigne pas tant que cela, thématiquement, des chansons “à personnages” de Pink Floyd telles que Arnold Layne et Corporal Clegg, et une note à la Barrett est sonnée avec les paroles monotones: “He has a three-bar heater but it don’t keep him warm/If he bought another, then he’d have three more”. (“Il a un chauffage à trois bars mais il ne le réchauffe pas/S’il en avait acheté un autre, alors il en aurait trois autres”) Les pistes à trois guitares de Graham montrent la triple étendue du Blur de 1990 : des arrangements agiles et bluesy ; des hurlements à la MBV ; et une espièglerie hasardeuse et minable.

“On n’avait pas encore accepter la nouveauté de se faire payer pour aller enregistrer en studios”, dit Alex.

11. Day Upon Day
(Face B de There’s No Other Way maxi 45 tours remix. Enregistré par Drac.)
La première sortie de Blur d’une chanson live a été enregistrée au Moles de Bath le 19 Décembre 1990 par leur tour manager de l’époque, Drac, sur la tournée de promotion de She’s So High. La chanson – qui terminait le set de Blur chaque soir – est admirablement frénétique et tient bien avec surprise ; plus tôt durant le concert, le nez de Damon a été accidentellement cassé par les mécaniques de la basse d’Alex qu’il faisait tourner de manière folle. Tourner dans les provinces était mouvementé. “On a fait un concert au Duchess Of York à Leeds, se rappelle Graham, et Damon a dit, On vient de Londres. Et quelqu’un a répliqué : Ouais, foutez le camp là-bas, espèces de connards”.

12. There’s No Other Way
(Single. Également sur Leisure. Produit par Stephen Street.)
Le deuxième single prévu de Blur, Bad Day, avait été mis en sommeil après une malheureuse session qui a vu Graham jouer de la basse à la place d’Alex, sur l’ordre du producteur Steve Power. Les beats défoncés et “baggy” étaient dominants, et l’autre genre principal de l’époque, le “shoegazing” (un terme inventé par Andy Ross), bien que commercialement superflu comparé à Madchester, a été un fondement célèbre dans la mafia musicale basée à Londres, et dans les établissements "indies" comme le club tenu le mardi soir à Syndrome sur Oxford Street.

Pour rivaliser, Blur a été poussé dans un mouvement à mi-chemin entre Madchester et shoegazing – où ils pouvaient entendre les deux tranchées mais sans rien voir – et encouragés à y aller mollo avec leurs penchants des beaux-arts, choississant à la place l’électeur indécis avec leurs chansons “indie dance” optimistes. There’s No Other Way était un single qui unissait à la fois les factions dance et indie. Bien que Blur était, en réalité, aligné à aucune des deux.

La première session d’enregistrement du groupe avec l’ex-producteur des Smiths Stephen Street (qui est encore le producteur de choix de Blur) a eu lieu aux Studios Maison Rouge à Fulham dans la première semaine de janvier 1991. La session a aussi produit Come Together, qu’ils ont reportée pour le premier album. There’s No Other Way a été écrit rapidement par Damon et mis en démo par le groupe comme un prototype assez bon à jeter, pas sensass du tout – jusqu’à ce que Street soutienne Dave Rowntree avec un loop à la Funky Drummer.

Malgré n’être qu’un simple morceau dance-pop avec des paroles dénuées de sens, There’s No Other Way est agréablement sotte. Vocalement, elle rappelle Syd Barrett quand il s’amusait encore, vers See Emily Play, 1967. Comme Barrett sur cette chanson, les voix mariées de Damon et Graham sourient presque dans les refrains, comme dans une blague de drogué secrète. (La fascination des jeunes groupes pour Roger “Syd” Barrett, 49 ans et solitaire est facilement expliquée. Barrett – fondateur des Pink Floyd, chanteur-auteur et guitariste – était un génie attrayant qui perdu la raison en 1967, âgé de 21 ans. Il est par conséquent un modèle à émuler sexy et un peu dangereux pour les Anglais faciles à vivre, artistes, bien-éduqués et blancs. Aussi, la musique planante à la Barrett est marrante à écrire et à jouer.)

Autant que dans l’intro saisissante et géniale, Graham donne un autre solo de guitare à l’envers, pour planer encore plus, et Damon ajoute un morceau d’orgue de deux notes. Alex, dédaigneux du rôle qu’a le bassiste à coller à la racine de l’accord de référence, s’élance dans un contrepoint et s’amuse énormément.

There’s No Other Way a atteint la 8ème position, mais maintenant sa vie est finie. Elle ne sera jamais rejouée live par Blur. Le vocabulaire d’écriture prosaïque de Damon, le coupable clé ici, sera cruellement exposé plus tard dans l’année dans la pochette intérieure de Leisure. En 12 chansons, le mot “you” apparaissait 82 fois; il a utilisé les rimes “day”/“say”/“play” à 35 occasions effrontées. Ses pensées vagues, paresseuses et nihilistes ont été prononcées dans un nasillement genre Syd ou dans un murmure à la Ian Brown plat et mis à l’accent du Sud. Quant à leurs performances sur There’s No Other Way, bien qu’ils ne se déshonoraient en aucun cas, Blur était sur le point de se marginaliser dangereusement avec la corne “baggy”/pédales FX. Avec leur single suivant Bang, ils viendront à être perçus comme superficiels et limités. En réalité, ils étaient tout sauf cela.

13. Come Together
(Sur Leisure et également sur la cassette donnée gratuitement avec Select en juin 1991 Parlophone Tape. Produit par Stephen Street. Version live de Glastonbury.)
Issue de la même session de Stephen Street qui a produit There’s No Other Way, Come Together de 1990 deviendra bientôt un clou frénétique de leur set live. La version enregistrée est plus sage, et Graham aurait préféré qu’elle contienne plus “de laisser-aller”. À plusieurs reprises il courbe une note d’un troisième mineur vers un majeur, dont l’étrangeté audible a poussé Street à demander se qu’il pouvait bien faire. “Il la fait merder”, a répliqué Alex, ce que Street trouva “subtil”. Street se rappelle de Graham, à l’origine terriblement intimidé par l’ancien producteur des Smiths, qui a doucement gagné de la confiance et pris plus de décisions à propos de ses sons de guitares à l’époque. C’est alors que ceci est venu à l’esprit de Street: “J’ai rencontré le meilleur guitariste avec qui j’ai travaillé depuis Johnny Marr”.

14. Inertia
(Face B de There’s No Other Way 45 tours, maxi 45 tours, CD et cassette. Produit par Stephen Street.)
Comme High Cool (voir 24), Inertia a vu le jour durant des répétitions à The Premises sur la Hackney Road, un studio jazz mémorablement hautain envers ce jeune groupe de rock. Inertia partage l’ambiance planante de Slow Down mais elle a eu beaucoup plus de succès. Ce morceau, enregistré aux Studios Matrix dans la Little Russell Street début 1991 en même temps que Luminous et Uncle Love, a marqué la première collaboration de Blur avec l’ingénieur John Smith, une oreille sympathique qui travaille encore avec eux aujourd’hui. Smith s’est présenté avec des nouveaux sons et des structures inhabituelles. Tout le groupe aurait souhaité maintenant que Inertia, Mr Briggs, Luminous et Uncle Love auraient été incorporé sur Leisure.

Damon: “En fait le lien entre Seymour et Modern Life Is Rubbish aurait été plus compréhensible”. Bizarrement, Inertia a été choisie pour ouvrir le set de Blur quand ils ont fait la première partie de Lush à The Venue en 1990.

15. Luminous
(Face B de Bang (tous formats) Produit par Blur.)
Luminous vient de la première session avec John Smith à Matrix. Enregistrée “bourrés et stone” (comme le dit Alex), elle apparait sur les copies japonaises de Leisure. Encore une fois, tout le groupe fait grand cas de cette chanson. (“J’aime cette chanson, il y a un sentiment charmant dessus”, dit Damon). Ils ont essayé d’inclure Luminous dans le set live mais ont été déconcertés par les problèmes de Graham qui devait jouer et chanter simultanément, et par recréer un cauchemar d’effets de studios. Bien qu’elle a été tenté en live, les résultats ont souvent été embarrassants. Luminous, chanson séduisante et succulente en avance de quelques minutes sur leurs séances d’entraînement baggy, est un zénith de cette phase psychédélique. La mélodie vocale rappelle aussi Far Out, la chanson d’Alex sur Parklife.

16. Uncle Love
(Face B de Bang maxi 45 tours. Produit par Blur.)
Uncle Love a été écrite et enregistrée un mardi soir entre regarder Top Of The Pops et partir pour Syndrome (voir 12). Mignonne, vibrante et immédiatement attachante, hautement économique et bien arrangée, cela a été une des meilleures choses que le groupe n’avait jusqu’à là produit. Pourtant elle a été enfouie en face B du maxi 45 tours de Bang. Graham a décrit la chanson comme si “J Mascis était sous Prozac”, mais les comparaisons au lugubre Dinosaur Jr ne fait pas justice à ce morceau, beaucoup plus dans la tradition des études des personnages Cockney hallucinogènes de Bowie et de Barrett.

17. Fool
(Sur Leisure. Produit par Mike Thorne.)
Après There’s No Other Way, Stephen Street s’est dirigé vers New York pour produire ce qui allait être le dernier album des Psychedelic Furs, World Outside. Mike Thorne (“Un enculé lunatique et bohême par réputation” – Andy Ross) avait produit Wire à la fin des années 1970. Il a été introduit pour enregistrer le matériel le moins générique indie que l’on considérait pour le premier album de Blur. “Il ressemblait à Billy Bibbit de Vol Au-dessus D’un Nid De Coucou, se rappelle Graham. Un mec très sympa. Il revenait chez lui en faisant du jogging après les sessions chaque soir et il se perdait”.

Thorne a produit quatre morceaux: Come Together, Wear Me Down, une version de Repetition qui a été jetée, et ce vieil air de Seymour. La plus faible chanson sur Leisure, Fool s’excuse dès la première ligne (“Sorry, but I don’t understand” – “Désolé, mais je ne comprends pas”), un défaut répété sur Come Together. “C’est Damon qui essaye d’être Morrissey”, dit Alex. La section centrale chaotique de la chanson (commençant à 1.30) est intelligente, mais c’est une imitation directe d’une chanson de My Bloody Valentine Nothing Much To Lose (sur l’album de 1988 Isn’t Anything, que Graham avait alors absorbé jusqu’au point de l’obsession). Graham joue de la batterie, non crédité, dans ce bref passage de Fool.

18. Birthday
(Sur Leisure. Produit par Mike Thorne.)
Andy Ross et Dave Balfe ont tous les deux été impressionnées par Birthday, entres autres par sa différence avec le style live habituellement énergique de Blur. Produite par Mike Thorne, elle est principalement constituée de piano, de guitare jouée à l’envers, de tambourin et d’harmonies vocales à plusieurs pistes, bien qu’il y a une explosion grunge plutôt inutile de bruits d’ensemble à 2.42 – quelque chose à propos de quoi Damon eu des doutes bien-fondés. Écrit par Damon au piano et reflètant ses sensibilités non-rock, cet air limpide et disloqué contraste avec pratiquement tout sur Leisure. Graham était envieux, et pensait qu’elle était “une des plus grandes petites chansons que je n’ai jamais entendu”. Elle remonte à l’époque où Graham et Alex étaient dans des résidences universitaires à Camberwell et Damon vivait dans East Ham. Elle a été écrit le lendemain matin d’une légendaire soirée. Alex, Graham et un ami avaient assisté à un vernissage annuel à la Slade School Of Art et, armés d’une carde de crédit volée, avaient été frappés. “On se roulait par terre, s’emballait et criait, On est de l’Art !” Par la suite, Alex s’est endormi dans un bus de nuit et est arrivé à Thamesmead (15 km plus loin). Graham a terminé au lit avec son meilleur ami et la petite copine de ce dernier. Damon a passé la nuit dans les cellules du commissariat de Holborn avec un Gurkha. En revenant à la maison le lendemain, il a écrit Birthday.

19. Wear Me Down
(Sur Leisure. Produit par Mike Thorne.)
Balfe avait pensé que la production de Mike Thorne pourrait compléter les chansons les plus sombres dans le canon de Blur. Thorne a été mis au travail sur Wear Me Down, morceau populaire en live. “Un producteur très zen, qui plane toujours”, d’après Graham, Thorne avait demandé au groupe de jouer la chanson aussi lentement – et puis aussi rapidement – qu’humainement possible. Ils se sont décidé pour un tempo moyen, pourtant de loin plus rapide que la manière dont ils la jouaient live. Il y a une surabondance de crashs de cymbales forts et non-contrôlés, quelque chose que le plus minutieux Street n’auraient pas sanctionné. Thorne maintenait catégoriquement que la chanson, qui se battait pour laisser la monotonie derrière, devrait être un single, évidence de ses points de vue non-commerciaux. Le morceau a été enregistré par l’Américain Fernando Kral, avec qui le groupe ne s’est jamais entendu, mais qui s’est révélé être une source inestimable d’anecdotes sur Prince.

20. Bang
(Single, sorti le 29.07.91. Également sur Leisure. Produit par Stephen Street.)
Street est revenu de New York au printemps et a été embauché pour produire la moitié restante du premier album. Bangétait suggéré par Food comme le troisième single de Blur. Elle a été écrite en un temps record – Alex suggère 15 minutes – à The Premises (voir 14). Vient l’heure à Maison Rouge, vient le rythme traînant redouté utilisé par presque tous les groupes pop anglais – de Northside à Ned’s Atomic Dustbin – en 1991. Une chanson horrible, Bang est mieux prise comme une vitrine pour le jeu de basse inventif d’Alex. Ou pour citer Damon: "Il y a juste quelque chose à propos de Bang qui est merdique". Atteignant la place maximum à la 24ème dans les charts, Bang a été une sous-performance après There’s No Other Way. “C’est bien, discute Andy Ross. Un bon clip. Un son d’été. Ce n’était pas un propre but mais ça n’a pas fait aussi bien que ça ne le devrait”. “Ils l’appellent   encore à grands cris en Italie”, confie Alex. Bang sera exclu d’un futur album de Greatest Hits…

21. Slow Down
(Sur Leisure. Produit par Stephen Street.)
Même plus que Down (voir 9), Slow Down révèle l’engouement de l’époque de Blur pour My Bloody Valentine. En effet, pendant des fêtes au Paramount Hotel après le premier concert à New York de Blur le 1er Novembre, Alex et Damon ont rencontré le chanteur-guitariste de MBV Kevin Shields, qui les a ravis en se déclarant lui-même un fan de Slow Down. La forte envie de Graham à imiter le monde sonore rudimentaire et kaléidoscopique de MBV contrastait directement avec les ordres de Balfe à Street selon lesquels le groupe devrait utiliser des séquenceurs et des beats métronomiques (pour de possibles remixes). À la fin, ils sont arrivés à un compromis. Graham, cependant, a commençé à réquisitionner le groupe à ce moment, chose visible dans le penchant à la heavy guitare de Leisure. Damon pense que cela a gâché l’album. “Graham a des obsessions, dit-il très patiemment. En ce moment c’est le hardcore Américain. Elles durent de six à huit mois, et c’est très dur pour lui de voir autre chose”. Graham admet, “J’ai bien eu une obsession pour les guitares fortes, mais c’est la manière dont ces chansons étaient écrites. C’était l’excitation d’être en studio. Être joyeux”.

22. Repetition
(Sur Leisure. Produit par Stephen Street.)
Seule chanson de Leisure tentée à la fois par Street et Thorne, Repetition était dans le set live depuis l’époque de Seymour. Son crochet était une trouvaille fascinante de Graham : plier une corde de guitare vers la haut, la frapper, et passer d’un micro à l’autre (un complètement éteint, l’autre monté fort) de telle façon à ce que le son passe du silence au bruit. “C’était un vieux truc de Pete Townshend”. Des deux versions de Repetition, ils ont préféré celle de Street sur la précédente de Thorne, bien qu’à ce jour Alex n’en aime aucune.

23. Bad Day
(Sur Leisure. Produit par Stephen Street.)
Bad Day a écrite par Damon pendant qu’il souffrait d’une infection virale streptococcique et qu’il se terrait dans un appart de Hampstead qu’il a gardé seulement pour la durée des quinze jours de sa maladie. Bonne plutôt que géniale, la chanson commence brillamment, avec le thème joué par Damon sur un mélodica (un croisement entre un harmonica et un petit clavier, beaucoup apprécié de New Order) avant de passer aux guitares wah-wah désaccordées. Elle est dans l’indication de la mesure inhabituelle de 6/4 et met en vedette une harmonie vocale forte de Graham et Damon. “Il y a trois choses qui rentrent en jeu ici, pense Damon. Essayer d’écrire un bon air. Essayer de sonner comme les Beatles d’un côté. Et comme My Bloody Valentine de l’autre”. Bad Day a une histoire avec des hauts et des bas dans d’autres incarnations. Elle a été tentée comme successeur de She’s So High (voir 1, 12). Elle est apparue plus tard, avec High Cool, sur un maxi 45 tours non-disponible commercialement de Food qui vaut maintenant des sommes extravagantes. Andy Ross a demandé à un membre d’un groupe appelé Nixon (maintenant séparé) de faire quelques travaux d’exploration sur le morceau et il a, sans la permission de personne, remixé le morceau en morceau pour les clubs pour le marché Japonais. Ceci, aussi, est maintenant un collector.

24. High Cool
(Sur Leisure. Produit par Stephen Street.)
Air médiocre dans le moule de There’s No Other Way, High Cool tient son nom de la mise en place de l’air conditionné à The Premises (voir 14). Alex considère cette chanson comme l’apogée de la phase “vide” de Blur. La ligne de basse est modelée sur les excentricités de Mountains de Prince sur l’album Parade.

25. Oily Water
(Sur Volume 2, publié en novembre 1991. Également sur Modern Life Is Rubbish, sorti le 10.05.93. Produit par Blur et John Smith.)
Plus heureux de leurs faces B que de leur album numéro 7 dans les charts, Leisure, Blur s’est dirigé à nouveau vers Matrix (voir 14) pour commencer à faire des démos pour le second album. Avec le sympathique John Smith au son, ils ont livré une salve de quatre chansons qui ont horrifié autant de personnes qu’elles les ont électrifiés. La prétention d’être un groupe heureux était partie. Le nouveau matériel – Oily Water, Bone Bag et Resigned, avec Turn It Up comme seule chanson rapide – était malaiguisé, défaitiste et sonnait mal. Ironiquement, ils s’amusaient. “On sentait qu’on pouvait se détendre maintenant parce que Balfe n’était plus derrière notre dos pendant un moment”, se rappelle Damon. Dans la pièce de Blur, on donne souvent le rôle du méchant au propriétaire de Food, Balfe, ancien membre de Teardrop Explodes. Il insiste sur le fait que ses intentions étaient bonnes : “Je voulais qu’ils conquièrent le globe. C’est plus interressant que de faire des couvertures du NME et de Select”.

Oily Water, la première des quatre chanson à être sortie au public, a été incluse dans sa forme de démo sur Issue 2 du CD-magazine Volume. Elle confirmait ce que Luminous et Inertia avaient laisser entendre, qu’un son de Blur plus sombre et plus visqueux se créait. L’aspect le plus impressionnant de l’étonnant Oily Water est le grand pas que Damon a fait dans la qualité de sa façon d’écrire. Il n’aurait jamais mis une image aussi forte que “In a sense of self in decline / Growing fat on sound” sur Leisure. Tout le long, la chanson est aussi polluée que son titre. Désarccordée, hurlante, anarchique, Oily Water est la première des chansons “gueule-de-bois” de Blur – dissertations litérales sur des gorges acides, des mains tremblantes et des têtes lourdes – et une fenêtre graisseuse sur un monde post-“baggy”.

Depuis le son de guitare d’ouverture – Graham “qui fait des claquettes” sur ses pédales FX – au final de musique, surchargé de hurlements, la chanson déconcerte et bat l’air. Graham chante les longs passages (“ooh-ooh-ooh”) et joue de la guitare avec toutes les cordes en mi, utilisant des wah-wah et de la réverbération pour créer un son cacophonique, surnaturel, ressemblant à une sirène. Damon chante les couplets à travers un mégaphone. “C’est gratuitement désagréable et du pur My Bloody Valentine”, dit Alex fièrement. Grandement acclamée à l’époque, Oily Water est parue, comme prévu, sur le deuxième album de Blur – 19 mois après sa conception. Et comme toutes les chansons ultérieures de Blur portant l’étiquette “produit par Blur et John Smith”, Oily Water était une démo jugée assez bonne pour être sortie sans bricole supplémentaire.

26. Resigned
(Sur le Rollercoaster EP et Modern Life Is Rubbish. Produit par Blur et John Smith.)
Malgré n’avoir été enregistrée qu’une seule fois, le groupe a tiré le meilleur de ce morceau posé avec John Smith à Matrix durant la même session que Oily Water (voir 25). Elle a été disponible sur une cassette limitée à 2000 exemplaires donnée aux fêtards de la Food Christmas Party à la Brixton Academy le 14 Décembre 1991. (Andy Ross avait dit au public que seulement 1000 étaient disponible pour les encourager à arriver à l’heure pour les premières parties. Tous les bénéfices de la fête sont allés au Great Ormond St Children’s Hospital.) En février, elle est apparue sur un EP pour la promotion du Rollercoaster, un festival itinérant indie-noise avec Jesus & Mary Chain, My Bloody Valentine, Dinosaur Jr et Blur (voir 35, 39, 49). Deux ans plus tard, cette excellente chanson avec son changement en ré-mineur 7 aigre-doux, a refait surface sur l’album Modern Life Is Rubbish.

27. Bone Bag
(Face B de For Tomorrow, CD1, sorti le 19.04.93. Produit par Blur et John Smith.)
Une merveille largement inconnue des mêmes sessions d’octobre 1991 que Oily Water (25) et Resigned (26), Bone Bag a traîné pendant 18 mois en attendant d’être sortie. L’effet percutant que l’on peut entendre au départ est un sample de tabla indienne. Dave a programmé les rythmes et est allé au pub. Il est revenu en trouvant la chanson finie. Deux guitares trémolos légèrement déphasées produisent une ambiance endormie et disloquée. Graham dit des paroles tendres, “J’aime bien quand Damon devient fleur bleue mais parfois il est gêné”.

28. Badgeman Brown
(Face B de Popscene CD. Produit par Blur.)
Plus grande dette de Blur à Syd Barrett, Badgeman Brown a valu le total mépris de Balfe envers le groupe en décembre 1991, et Andy Ross la déteste encore. “Si jamais Blur devenait trop sûr d’eux ou si jamais on commençait à penser trop du bien d’eux, dit-il, on écoutait Badgeman Brown pour nous rappeler – et eux aussi – qu’ils étaient, en fait, humains”. Le type même de l’émulation de Syd Barrett, Badgeman Brown emprunte ses idées de riffs lourds qui se dissolvent dans des murmures d’écho (Vegetable Man) et de déflations de temps parfaitement jugées ((Scream Thy Last Scream) Old Woman In A Casket), et transmet une sensation à la Syd que quelque chose ne va pas bien.

“C’était une sorte de mélodie vague remontée avec des cris à travers un mégaphone, suggère Graham. C’est un chant assez terrifiant”. Beaucoup calomniée, Badgeman Brown est une petite chanson géniale destinée à l’origine pour une B.O. que Blur avait l’intention de composer pour un film réalisé par Storm Thorgeson – la moitié du duo responsable du légendaire design de la pochette de l’album Hipgnosis et un vieil ami de Cambridge du susmentionné Syd. Quant au film… “C’était une grande idée à propos d’un homme qui sort de sa maison et qui disparaît, se souvient vaguement Alex. Mais le truc c’était un château en Espagne”. Food, confrontés une B.O. non-voulue comme successeur de Leisure, se sont rebiffés. Andy Ross a insisté sur le fait que l’album ne remplirait aucune obligation contractuelle. Il leur a aussi rappelé que les deux B.O. composées par Pink Floyd se sont très mal vendues.

29. Beachcoma
(Face B de For Tomorrow CD2, sorti le 26.04.93. Produit par Blur et John Smith.)
Intitulée à l’origine Hole (comme dans “sitting in a hole/going round and round”, “assis dans un trou/à tourner et tourner” – ligne qui a causé à tous les membres de Blur beaucoup d’hilarité), elle a été écrite fin 1990, juste après There’s No Other Way – moment où Blur ne connaissaient pas Courtney Love et son groupe. Mise en démo sous le nom de Beachcoma en décembre 1991 (avec l’inédit Seven Days), l’inoffensif Hole a été réarrangé en petite perle de Blur douce et nébuleuse. Tellement de guitares ont été couchées par Graham que “je devais visuellement sortir une carte de la chanson parce qu’il y avait tant de choses qui se passaient”. La voix de Damon typiquement languissante, à la Barrett, de la fin 1991 chuchote sur les guitares délicatement couchées. Si les paroles auraient été meilleures, il aurait fait pression pour qu’elle soit inclue sur Modern Life Is Rubbish. Même si Street n’aurait sans aucun doute pas été d’accord, les puristes d’entre nous disent que Beachcoma possède la batterie la plus parfaitement enregistrée de toutes les chansons de Blur – des cymbales profondes et distantes, des coups durs de caisse claire et des toms à la Ringo.

30. Hanging Over
(Face B de For Tomorrow maxi 45 tours et cassette. Produit par Blur et John Smith.)
Morceau de Matrix sympathique mais inessentiel que Ross voulait inclure sur Modern Life…. Le traitement étrange de la voix de Damon le fait sonner différemment de la normale. La chanson, explicitement à propos d’une gueule-de-bois, date de la période Bang, quand Damon et Justine Frischmann établissaient une relation. Graham : “On s’amusait simplement. On était cinglés la plupart du temps”.

31. My Ark
(Face B de Chemical World maxi 45 tours et CD, sorti le 05.07.93. Produit par Blur.)
Chant lugubre mal aimé mis en démo à peu près en même temps que Popscene (voir 39) en octobre 1991. Pendant une famine de face B en 1993, My Ark est apparu sur quelques formats de Chemical World. Conduit par une vitesse ascendante que Damon compare aux raseurs rock West Coast de la fin des sixities, Blue Cheer, son atmosphère transatlantique désagréable est rejetée par Dave comme “Lenny Kravitz buvant une tasse de thé”. “C’est un peu monotone”, est l’estimation de Graham.

32. Miss America
(Sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Blur et John Smith.)
Le 10 décembre 1991, Blur a été à The Plough (voir 38) à côté de Matrix avec le publisher Mike Smith, qui célébrait son transfert de MCA vers EMI Publishing (où Blur l’a rejoint depuis). Graham est retourné à Matrix pour ajouter des parties de guitares sur Miss America tandis que les autres sont allés avec Smith voir Pulp jouer à la Polytechnic Of North London. À leur retour ils ont trouvé un Graham très soûl qui frappait sur un pied de chaise – ce qui peut être entendu clairement tout le long du morceau. Voyant Smith entrer dans le studio, Graham crie la reconnaissance (“Michael!”) qui peut être entendu au début du morceau. Les rumeurs sur Internet que le cri extrait de Entretien Avec Un Vampire sont fausses. Smith, à propos, est l’homme qui se tient à la gauche de la tête de Graham au dos de la pochette de Parklife. Dave ne joue pas sur Miss America et est crédité sur la pochette de Modern Life Is Rubbish comme étant à The Plough. Blur venaient juste de finir leur première tournée américaine (voir 21) et leurs expériences désagréables contribuent à l’humeur massacrante de la chanson.

33. Garden Central
(Face B de Popscene maxi 45 tours. Produit par Blur.)
Instrumentale de janvier 1992 dégagée de beaucoup de guitares de Graham Coxon, Garden Central (née Garden Centre) a pris vie à partir de sa séquence d’accord mystérieusement cacophonique. Lui et Damon gémissent des parties inquiétantes et incompréhensibles tout le long de la chanson. Épique et trance, elle reste inconnue pour la plupart des fans de Blur mais est puissante, richement texturée et fascinante – comme si les Byrds jouaient la seconde face de A Saucerful Of Secrets de Pink Floyd sur des guitares 12 cordes noircies et fondantes. Les Beastie Boys, qui chroniquaient les singles dans le NME ont démoli le single de l’époque de Blur, Popscene (voir 39), et ont déclaré que Garden Central aurait dû être la face A.

34. Peach
(Face B de For Tomorrow CD1. Produit par Blur et John Smith.)
Enregistrée en janvier 1992 en même temps que Mace (36), cette ballade spectrale est devenue une préférée sur les college radios américaines. Inhabituellement, elle contient un harmonium (antique clavier actionné par une pompe à pied souvent utilisé dans les églises et sur les albums de Nico) que Damon avait acheté à Clapham. “Il a coûté à peu près cinq livres et il en a alors dépensé à peu près un millier pour le remettre à neuf”, se rappelle Alex. Dave le décrit comme “l’idée victorienne d’un clavier portable. On a essayé de l’utiliser quelques fois sur scène mais ça ressemblait à un homme sur un vélo d’enfant”. Le son anarchique et qui se désintègre de la chanson reflète l’humeur du groupe à l’époque, mais elle reste une préférée pour Damon : “Je la joue encore à moi-même sur une guitare acoustique pour m’amuser”. La fin imite un disque qui saute.

35. Into Another
(Face B de For Tomorrow maxi 45 tours et cassette. Produit par Blur et John Smith.)
À l’origine appelée Head, et par la suite Headist. Elle était dans le set de Blur en tant que Headist quand ils ont joué à Glastonbury en 1992. Lourdement influencé par Wire, elle commence avec un clavinet joué par Damon. Dans ce chapitre largement inconnu de la carrière de Blur au cours duquel les démos se sont enchaînées à une vitesse folle, Damon a commençé à jouer de plus en plus de clavier. Écrite et enregistrée vers janvier 1992, Head était une autre chanson “gueule-de-bois”. Graham buvait une bouteille de vodka par soir pendant le Rollercoaster Tour (voir 26, 39, 49) et l’humeur du groupe en était une de mélancolie et de rejet.

Toutes les chansons pour leur deuxième album avait été alors mises en démo à Matrix. D’une manière optimiste, ils s’imaginaient une sortie pour le printemps 1992. La tracklisting incluait Oily Water, Mace, Badgeman Brown, Popscene, Resigned, Garden Central, Hanging Over, Into Another (alias Headist), Peach, Bone Bag, Never Clever, Coping, My Ark et Pressure On Julian. Avec le recul, les ombres lugubres de cette musique auraient à coup sûr forcé les gens à ré-évaluer Blur. Mais Dave Balfe détestait presque toutes les chansons. Cet album n’a jamais été fait et ne peut seulement être reconstitué qu’à partir des faces B.

36. Mace
(Face B de Popscene. Produit par Blur et John Smith.)
Même en tant que Seymour, Blur avait le chic pour s’attirer des ennuis à cause de la boisson. Lors d’une première partie du groupe de Manchester aujourd’hui défunt, Too Much Texas, à Dingwalls, ils se sont trouvés mêlés à un incident dans lequel les hommes de la sécurité les ont gazés à la bombe lacrymogène. Temporairement aveuglés et en agonie, ils ont hélé une femme agent de police qui passait dehors dans la rue. Plus tard, aux urgences, une vieille femme a réprimandé le groupe pour avoir bu de la vodka dans la salle d’attente. Mace raconte – indirectement, avec des références à des vélos et à des double-vitrages – cet incident. Musicalement quelconque malgré quelques effets de guitare sympathiques et une basse désaccordée style-Stranglers – aujourd’hui stratagème favori d’Elastica. Alex se réfère à Mace comme un “défoulement après le boulot”.

37. Intermission
(Sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Blur et John Smith.)
À l’origine The Intro (alias The Opening). Seymour avait l’habitude de commencer leurs concerts avec elle en 1989, si la salle avait un piano. The Intro et Commercial Break (alias The Outro) ouvrait et fermait les concerts. “Damon ressemblait à un panda après, se rappelle Graham, et il avait l’habitude de vomir sur scène. On buvait tellement. J’avais une bouteille de vin sous la chaise sur laquelle était mon ampli, et je passais les concerts à en siroter”.

Mise en démo avec John Smith à Matrix en janvier 1992, The Intro a été choisie tout spécialement pour ennuyer Balfe, qui la détestait et était déconcerté par le goût de Blur d’emmerder le monde. La démo de Matrix serait plus tard jugée par Stephen Street assez bonne pour aller sur Modern Life Is Rubbish comme elle était. Balfe la déteste encore.

Le piano enjoué et légèrement mal en point de Damon commence cette instrumentale, qui suit (à 4.04) Chemical World sur Modern Life Is Rubbish. Seule une fioriture de feedback de guitare annonce la violence à venir. Graham entre ensuite avec un motif de guitare rythmique titubante et quasi-ska, accompagné d’une basse grinçante et d’une batterie fouettante. La chanson s’accélère comme si son conducteur appuyait émotionnellement sur des freins qui avaient été cyniquement sabotés. S’éloignant du territoire de Kurt Weill pour s’enfoncer dans de la pure folie punk, l’air éclate alors (à 5.22) dans ce qui sonne comme un solo dément de basse mais c’est, en fait, Graham qui désarcorde la dernière corde de sa guitare avec sa main gauche alors que sa main droite continue de jouer, l’effet de la performance donne l’impression que la musique de Postman Pat est horriblement hors contrôle.

38. Commercial Break
(Sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Blur et John Smith.)
Autrefois The Outro, Commercial Break a été mise en démo dans la même session que Intermission et également incluse sur Modern Life… dans cette forme. Apparaissant à la fin de Resigned (à 5.15), ce final vaguement menaçant se sauve moins d’une minute plus tard (à 6.10). Continuant la tendance établie depuis longtemps par Blur quand ils travaillaient à Matrix, plusieurs bières avaient été prises à The Plough dans la Museum Street d’à côté (voir 32) avant que la procédure d’enregistrement puisse commencer.

39. Popscene
(Single. Produit par Steve Lovell.)
Dévoilée à la Kilburn National Ballroom le 24 octobre 1991, et jouée en live à The Word peu de temps après, Popscene est le grand single oublié de Blur. Attaque mordante au business qu’ils détestaient désormais, et qui les a immanquablement rejetés avec une sentence acerbe, la chanson a subi une mort commerciale honteuse, ce qui les a profondemment blessés. S’attendant pleinement à un tube – qu’ils auraient fait suivre avec Never Clever (voir 41) – Blur a couché Popscene à Matrix en février 1992 avec Steve Lovell (Stephen Street n’avait pas la côte avec Balfe), utilisant des cuivres pour la première fois. Plus tard dans la même journée, ils sont allés au Japon pour leur deuxième tournée.

Popscene commence avec une note répétée de guitare figée et fébrile jouée à travers un flanger, rapidement une basse menaçante et désarcordée entre, et une rythmique de batterie que Graham avait dit à Dave de jouer après avoir entendu le boogie spatial de 14 minutes des Can Mother Sky. La fanfare des Kick Horns est à chaque fois aussi brusques et brutales que les salves saxo-et-trompette obscènes de Bobby Keys et Jim Price sur Loving Cup des Stones. La chanson est punky, arrogante et brillament jouée.

Lorsqu’on lui a dit que Popscene représentait un tournant pour Blur, Andy Ross a répliqué, “Oui – un tournant dans un cul de sac qu’on pense être des champs verts”. Le groupe attribue avec lassitude les raisons de l’échec du single – il a fait le numéro 32 malgré le très en vue Rollercoaster Tour (voir 26, 35, 49) – aux tactiques interventionnistes du rock Americain. “C’était Nirvana signant sur Geffen qui a fait foirer Popscene”, dit Graham. Alex révèle qu’une réédition de Popsceneétait considérée pour faire des bénéfices sur le dos de la mini-sensation New Wave Of The New Wave l’année dernière.

La Grande-Bretagne n’a pas voulu de Popscene, ou Blur – au grand désespoir du groupe. Quand Modern Life Is Rubbish est sorti, en mai 1993, le single a été intentionnellement omis. “On a pensé que si vous n’en avez pas voulu le première fois, vous le ne voudriez pas maintenant”, dit Graham en haussant les épaules. Des problèmes extrêmement pénibles avec un précédent producteur avaient testé leur ressort. Ils ont picolé tout le long du Rollercoaster. Immédiatement après, ils sont allés aux États-Unis pour débuter une tournée qui changerait encore une fois leur musique.

40. Maggie May
(Sur Ruby Trax, sorti en octobre 1992. Également face B de Chemical World 45 tours. Produit par Steve Lovell.)
Enregistré en juin 1992 pour le triple album compilation charicatif Ruby Trax (offert aux lecteurs du NME), Maggie May a été la première reprise de Blur. Ils revenaient, en colère et humiliés, de la tournée américaine (voir 42 et aussi le Select de Juin 1993), et n’étaient pas d’humeur à traiter le single de 1971 de Rod Stewart avec sensibilité ou bienséance. Alex a refusé de jouer pendant cette session, clamant détester Rod Stewart, et la basse a été faite sur un clavier. Produit par Steve Lovell à Matrix, elle a été – incroyablement – suggérée par Food comme single potentiel.

41. Never Clever
(Face B de Chemical World, CD1. Enregistré live à Glastonbury, juin 1992.)
Aujourd’hui une obscurité, on lui avait prévu une carrière plus élevée. Food avait l’intention d’en faire le successeur de Popscene (voir 39). Dans l’autopsie qui a suivi, tous les plans pour le morceau ont été abandonnés et cette chanson robuste n’existe aujourd’hui seulement dans cette version live.

42. Sunday Sunday
(Single, sorti le 04.10.93. Également sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Steve Lovell.)
La tournée américaine de Blur en 1992 a été le type même d’aigreur et de tristesse. Détestant les États-Unis et souvent eux-mêmes (“on avait tous des yeux au beurre noir”, se rappelle Dave) ils ont remis en cause l’utilité de tout cela. Damon a passé un sombre dimanche à regarder le cirque abrutissant d’un centre commercial depuis la fenêtre de sa chambre d’hôtel de Minneapolis. Mais les paroles qu’il a écrites ce jour-là se réfèrent plus à l’héritage plastique de Sabbath en Angleterre. Après l’affaire Andy Partridge (voir 44), Blur était déterminé à faire les choses eux-mêmes. Balfe les a autorisé, mais il était certain qu’ils commettaient un suicide commercial : “Quelle a été la dernière fois où vous avez entendu un hit qui s’accélérait en plein milieu ?” a-t-il demandé. Le résultat est un swing fougueux, animé par les cuivres brillament paroissiaux des Kick Horns, elle a mal résisté à l’usure mais elle laissait prévoir une grande partie des intérêts du Blur d’aujourd’hui. Graham déclare que cela ne le gênerait pas s’ils ne la jouaient plus jamais sur scène. Stephen Street n’avait pas la côte, alors Balfe a délégué Blur à Steve Lovell (voir 1, 2, 39) à titre d’essai pour ça et Villa Rosie.

43. Villa Rosie
(Sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Steve Lovell.)
L’autre chanson enregistrée durant les sessions de Steve Lovell d’octobre 1992, elle parle d’un lieu de boisson imaginaire, un havre, un fabuleux bar. Idéalement, ce devait être un club de gentlemen discret (Alex, avec le temps, déménagera à Soho et deviendra membre de plusieurs d’entre eux) avec les éléments d’un établissement à la Narnia accessible uniquement par une porte dérobée. “Ça me rappelle quand je vivais à Clapham, vers 1987, dit Damon, à cause du vert là-bas (c.à.d. le Common – le terrain communal) et ces sortes de maisons de la fin de l’ère victorienne”. “Je m’inquiète toujours quand Damon commence à parler des banlieues”, dit Alex. Graham: “J’aimais vraiment Villa Rosie. Je pensais qu’il avait un clin d’œil à propos de ça”.

Après ses murmures à la Syd brouillons et discrets de 1991, les vocaux de Damon commençaient désormais (depuis la tournée américaine) à montrer un penchant juvénile, une influence Tommy Steele marquée, une empreinte diamante geezer, une qualité Cockney pas possible qui, avec le temps, s’emparera de l’imagination du public (à ceux qui l’accusent de prendre l’accent, Damon rétorque qu’il est né au Whitechapel Hospital). Villa Rosieétait une des trois chansons à guitares séquencées ensemble sur Modern Life (les autres étant Coping et Turn It Up) et ainsi essaye fortement de se démarquer. “La basse de l’intro est jouée avec un goulot de bouteille pour produire un son foireux, révèle Alex. Dieu seul sait pourquoi. Peut-être on était vraiment foireux à l’époque”. Meilleur est le bref solo de guitare (à 2.38), mais notez les “ooh-ooh” à la XTC des chœurs, ironiques à la lumière de l’affaire Partridge (voir 44). Note technique : Jason Cox, l’assistant de longue date de Blur en studio, est crédité sur la pochette avec “small stone operation” – “une toute petite opération”. Ceci consistait à tourner un bouton de changement de phase sur une des pédales FX de Graham tandis que Graham jouait.

44. Coping
(Sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Stephen Street.)
L’album qui est devenu Modern Life Is Rubbish devait être produit par Andy Partridge de XTC, groupe psychédélique post-punk anglais par essence, que Food et Blur trouvaient idéal. Les sessions étaient convenues se dérouler aux Church Studios à Crouch End à la fin de l’été 1992, après le retour du groupe des États-Unis (voir 42). Les augures étaient mauvais. Damon a dit à Partridge qu’il était un grand fan du vieux tube de XTC Making Plans For Nigel, chanson écrite par le rival de Partridge, le bassiste Colin Moulding. Graham avait des problèmes personnels et – chose rare pour lui – a manqué des sessions ou est arrivé soûl.

Seulement trois chansons ont été enregistrées – Sunday Sunday, Seven Days (qui n’a jamais été sortie sous quelque version que ce soit) et Coping. Au début, le groupe aimait les résultats puis il a dramatiquement changé d’avis. Avec Balfe qui rageait, Blur était de retour à la case départ. Graham est tombé sur Stephen Street à un concert des Cranberries le 1er octobre au Marquee. Street était resté fan de Blur et a dit qu’il voulait retravailler avec eux. Ainsi, le 9 novembre 1992, une autre phase de l’odysée houleux de Blur a commencé. Coping a été enregistrée deux fois avec Street. Du duo de Food, c’est Balfe qui était passionnément anti-Street, alors que Ross pensait que Coping était un sauveur de carrière potentiel. Air frénétique avec une ligne de synthé entraînante et anachroniste, Coping est une chanson et une saga en un.

45. Colin Zeal
(Sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Stephen Street.)
Elle a été écrite aux États-Unis à propos de la vie quotidienne anglaise d’une petit bonhomme imaginaire. En écoutant des cassettes de la période dorée des Kinks (1965-1971), Damon a filtré un œil à la Ray Davies pour le détail acerbe (“he’s an affable man with a carotene tan” – “c’est un homme affable avec un bronzage de carotene”) dans cet air remuant qui emprunte la mélodie vocale de Sleeping Gas de Teardrope Explodes. Graham, dont on a contrecarré l’envie de tremper la chanson avec des guitares à la Sonic Youth, a été autorisé de jouer avec une perceuse Black & Decker doucement à la fin. “Le truc avec Graham, dit Damon, c’est de lui donner l’illusion qu’il fait du boucan”. Les bruitages avant chaque “…and then he…” ont été suggérés par Street. Et pour une chanson seulement, Dave Rowntree a accordé ses toms dans de vraies notes au lieu d’un simple bon son général. Andy Partridge était fou de cette technique. “Plus jamais”, dit Dave.

46. Blue Jeans
(Sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Stephen Street.)
Blur et Street ont fait un excellent travail sur cette charmante chanson à propos d’un shopping un samedi après-midi à Notting Hill. Le magnifique changement d’accord vers un la accompagné d’une basse en fa dièse (sur le “Saturday” du premier couplet et répété par la suite) montre la nature profondément musicale du groupe. Particulèrement puisque Alex avait passé la journée à boire avec le comptable du groupe, Julian Hedley, et a enregistré la ligne de basse “complètement rond”.

47. Advert
(Sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Stephen Street.)
Énergique et rappelant légèrement Seymous, Advert a aidé à cimenter le remariage entre Blur et Street. Le riff de guitare la/sol fracassant ouvrait à l’origine la chanson, jusqu’à ce que la phrase de clavier Toytown ait été introduit. Les bruits de sirènes viennent d’un mégaphone destiné au contrôle des foules que Damon avait eu lors de la première tournée japonaise du groupe. “Food processors are great” (“Les robots ménagers, c’est génial”) a été samplé par Damon sur la chaîne de téléachat à Maison Rouge avec un autre jouet, un clavier Casio SK1 (ou SKI comme il est affectueusement connu) avec un sampler intégré, acheté pour 20$ à Cleveland. La pub est toujours diffusée actuellement.

48. Turn It Up
(Sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Stephen Street.)
Vue comme un morceau entraînant et rapide au début des sessions, Turn It Up a depuis été renié par Damon. Graham dit “Quand on l’a écrite, elle semblait être une bonne chanson pop. Mais elle s’est avérée être une chanson rock MOR. Elle n’avait pas de particularités. Alors on a décroché”.

“Elle est merdique, dit Damon tout net. Je n’en voulais pas sur l’album. Balfe trouvait que c’était la seule chanson qui avait une vague chance de marcher aux États-Unis, alors ils a insisté pour qu’elle soit dessus”. Une réaction sévère, vous pourriez penser, à une chanson à guitare parfaitement bonne avec un refrain violemment Cockney. Laisse tomber, John, etc.

49. Pressure On Julian
(Sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Stephen Street. Également face B de Chemical World, CD1. Version live enregistrée à Glastonbury en juin 1992.)
Une chanson avec une longue histoire pré-enregistrement. Damon aimait se moquer de Balfe avec des références lyriques (et musicales) à Julian Cope parce que “ça le rendait malade”. Écrite vers septembre 1991 et mise en démo à Matrix en janvier, Pressure a été jouée chaque soir sur le Rollercoaster Tour au printemps 1992 (voir 26, 35, 39). Le segment central aurait dû durer deux fois plus longtemps mais c’est sorti de la tête de Dave lors de l’enregistrement et cette version a été jugée assez bonne. Lors d’une session photo pour le Melody Maker près de St Pancras, on a vu un graffiti qui disait : “Magical Transit Children”. Cette phrase a été incorporée aux paroles.

50. Star Shaped
(Sur Modern Life Is Rubbish. Produit par Stephen Street.)
Une fois suggéré comme single, Star Shaped est un énorme pas en avant dans l’écriture de Damon. (Andy Partridge leur avait fait faire un arrangement samba dessus, détesté de tous). L’idée vient d’un sous-titre dans Breakfast Of Champions de Kurt Vonnegut – l’image de l’étoile se réfère à une forme molle sur une plage. Star Shaped veut dire “inconscient”. Ainsi à l’optimiste “I’ve been making plans/for the future” (“J’ai des projets/pour l’avenir”) vient la riposte sarcastique “We don’t think so/you seem star shaped” (“On ne pense pas pareil/tu sembles inconscient”). La section bois et cuivre (cor anglais, oboe, soxophone à 1.38) est jouée par Kate St John, ex collègue de Cope, vers 1983. Stephen Street joue des cymbales à doigt (par exemple 1.34, 2.44, etc.). À la fin, Graham joue une note de synthé Moog d’une hauteur qui monte de plus en plus pour dépasser l’échelle de l’oreille humaine – d’où son crédit “air anti chat et chien”. Même si c’est un des meilleurs moments de Blur, la chanson a donné à Alex plus de maux de tête que les autres. Il luttait pour obtenir une ligne de basse satisfaisante quand Dave Balfe est apparu. Écoutant les chansons enregistrées à ce moment, il a été moins qu’impressionné. Quand Blur a donné le nouvel album à Food et à EMI en décembre 1992, il a été rejeté. Balfe a dit à Damon de retourner en studio et “d’écrire un single”. C’était un autre coup à l’estime de Blur. S’attendant à passer de tranquilles vacances de fin d’année, Blur s’est retrouvé face à un nouveau rejet.

Et cela allait s’empirer avant de s’améliorer.

Le mois prochain : “All the people…”
Est-ce que ce satané album va être un jour fini ? Et comment Parklife a-t-il été fait ? Et que va dire Balfey ? Ces 40 autres chansons de Blur en entier, dont leur meilleur – et leur pire. Seulement dans votre mensuel Select !

Traduction – 1998, révisée le 29 septembre 2003