Coraline

4/5 Sortie : Dès maintenant Réalisateur : Henry Selick Scénaristes : Henry Selick (adapté du roman de Neil Gaiman) Avec : Dakota Fanning, Teri Hatcher, John Hodgman, Ian McShane, Keith David, Robert Bailey Jr., Jennifer Saunders, Dawn French

Coraline de Neil Gaiman est l’argument parfait de pourquoi c’est une bonne idée de faire peur aux mômes. Habitant le même espace littéraire qu’Alice au pays des merveilles, son héroïne pleine de cran et de courage est le parfait exemple de la braverie contre plus fort que soi, et le roman nous montre, comme le dit G.K. Chesterton (et comme Gaiman le cite dans le frontispice de son livre), que “les contes de fées sont plus que réels ; non pas parce qu’ils nous disent que les dragons existent, mais parce qu’ils nous disent que les dragons peuvent être battus”. Coraline apprend aux mômes – et aux adultes – que le pire qu’on puise imaginer peut ne pas être du tout aussi terrible que cela ; qu’avec la bonne attitude et un peu d’aide, tout peut être, si non surmonté, alors au moins regardé droit dans les yeux et qu’on peut lui tenir tête.

Il parle, bien sûr, de la jeune Coraline Jones, une fille de 11 ans qui, venant de s’installer dans une nouvelle maison étrange où habitent des voisins excentriques, s’ennuie et est négligée par ses parents distraits. Elle trouve une porte murée qui mène à un appartement alternatif dans lequel réside son Autre Mère, qui est tout ce que Coraline recherche chez une mère – excepté qu’elle a des boutons à la place des yeux. Naturellement, ses intentions sont bien plus sinistres que Coraline l’imagine au début.

C’est un livre de merveille et de terreur, et la merveille et la terreur est que votre propre imagination fait tout le travail. Nous évoquons toutes nos propres vision de ce que nous lisons, et pour moi, le roman original de Gaiman est une chose poussièreuse, gothique et avec des toiles d’araignées. En comparaison, la splendide adaptation de P. Craig Russell trouve la terreur dans une vision plus banale – son image de l’Autre Mère est terrifiante simplement parce qu’elle semble être une femme normale qui s’avère avoir juste des boutons à la place des yeux. À bien des égards, Russell capture parfaitement ce que Gauman fait si bien – la présence du fantastique dans le quotidien. Mais Henry Selick, qui a réalisé cette adaptation du roman… eh bien, il voit une version entièrement différente de Coraline, et c’est étonnant. C’est aussi possiblement le meilleur argument depuis le Seigneur des anneaux pour adapter une œuvre littéraire en film, étant, telles que sont les choses, aussi incroyablement fidèle et pourtant presque entièrement changé pour s’adapter au médium du film.

La Coraline de Selick est une émeute de couleur et d’invention, qui est parfaitement sensée en termes de film familial – le monde de l’Autre Mère devrait sembler être une merveille de conte de fées dans lequel l’Autre Père de Coraline jardine sur une géante mante religieuse mécanique et un public de scotch-terriers regardent miss Spink et Miss Forcible réciter du Shakespeare tandis qu’elles se balancent sur le trapèze. C’est peut-être fantastique au point de la surcharge, mais l’ampleur et la profondeur surprenantes de l’imagination exposée ici, couplée à la prise franchement miraculeuse de Selick et de son équipe de l’animation image par image en fait un spectacle visuel sans comparaisons. Et en 3D, il devient une chose entièrement différente. C’est une histoire de conte de fées dans laquelle on se perd complètement, inondée de décors et de scènes étonnants. C’est une cascade de merveille.

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Et pourtant, il y a de la lumière et de la nuance à la psychédélie rampante. Le vrai monde, bien que stylisé et fascinant, est sourd et soumis comparé à l’Autre Monde, et c’est, avant tout, les personnages qui transparaissent, et une mention spéciale doit aller à la voix de John Hodgman en tant que père de Coraline. Dans un film dans lequel les voix et les modèles concordent de manière spectaculaire, c’est un clou particulier.

S’il y a quelque chose de mauvais chez Coraline le film, ce n’est pas l’ajout qui tourmente les puristes du copain de Coraline, Wybie, qui, au moins, arrête le film d’en être un dans lequel une petite fille se balade en se parlant beaucoup. Ni l’ajout du happy ending (enfin, plus heureux), qui ajoute un doux cado délicieux aux événements qui le précèdent. Non, c’est que, malgré toutes les envolées vertigineuses et qui font tressaillir de fantaisie et de peur, Coraline ne semble jamais vraiment se remettre en question. Nous la voyons pleurer, brièvement, à deux occasions, mais sinon elle semble marcher à grands pas audacieux au travers du film. D’un côté, c’est un exemple entièrement salutaire de mettre une fille de 11 ans partout, mais de l’autre, nous perdons un peu en route de menace, de risque et de conséquence. Mais c’est une plainte petite et pédantique, parce que sinon Coraline est l’un des films familiaux les plus impressionnants, les plus imaginateurs et les plus divertissants que nous n’avions pas vu depuis longtemps.

Jes Bickham

LE SAVIEZ-VOUS ?
Neil Gaiman a commencé à écrire Coraline comme histoire pour sa fille Holly, quand elle avait cinq ans. Le livre a pris plus de dix ans à se finir, cependant, et a été fini pour la cadette de Gaiman, Maddy – Gaiman a fini le livre en écrivant 50-100 mots avant de dormir chaque soir. À l’origine, Coraline allait être une histoire qui devait faire cinq à dix pages de long, selon Gaiman.

FAIT : Il y a 248 scotch-terriers dans le public quand Coraline et Wybie regardent la performance de Miss Spink et Miss Forcible.

Traduction – 23 octobre 2009