La fuite de Logan

Wolverine (alias Logan, alias James Howlett) réprésente la franchise solo sur les X-Men de la Fox dans le nouveau film de Gavin Hood, le premier d’une série possible explorant la genèse de nos mutants préférés qui aiment le spandex. Death Ray a parlé à la femme qui mène vraiment la barque de toutes les choses X, la productrice Lauren Shuler Donner…

Les premières choses d’abord : c’est vraiment un titre geek. X-Men Origins: Wolverine joue si directment sur nos besoins de geek pour une franchise actuelle, c’est comme trois titres en un. S’il y a une suite, où mettront-ils le “2” ?

Préquelle de la trilogie de 2000-2006 de la 20th Century Fox, Wolverine est une expérimentation qui, si elle rencontre du succès, pourrait donner vie à d’autres récits OriginMagneto (“Le Pianiste croisé avec X-Men, selon le scénariste Sheldon Turner) est en première ligne, ainsi que X-Men: First Class, qui doit être écrit par Zak Penn et Josh Schwartz. Il y a aussi l’idée de suivre Wolverine au Japon, et une autre de tourner quelques X-personnages mineurs dans leurs propres films, le Deadpool de Ryan Reynolds étant un candidat possible. Comme avec toute bande dessinée qui dure longtemps, il y a beaucoup de récits dont s’inspirer, pourtant ce n’est pas une surprise que la Fox, pour sa première excursion au-delà des héroïques de X-Men, X2 et X-Men: L’affrontement final, s’est décidé pour Logan.

Il est si central à notre amour de cette équipe particulière de superhéros qu’il est difficile d’imaginer l’action X sans lui. Depuis qu’il est apparu dans les années 1970, la vitalité, le statut d’outsider et le pur mystère de Wolverine ont fait de lui l’un des quatre personnages de comics les plus aimés et sur lesquels on a le plus écrit, pas mal pour un courtaud vêtu de spandex jaune qui partage la majeure partie de ses aventures avec une demi-douzaine d’autres mutants aux super pouvoirs.

C’est la quête de Death Ray sur les prochaines pages de découvrir exactement pourquoi, c’est le gars qui a son film, alors on a contacté la femme qui a pris la décision en premier lieu, Lauren Shuler Donner. L’une des producteurs qui travaillent le plus à Hollywood, Donner a été en charge de quatre films durant les douze derniers mois, X-Men Origins: Wolverine parmi eux (elle a aussi la trilogie X, Constantine, St. Elmo’s Fire et les trois Sauvez Willy dans sa filmographie). Mais quant aux raisons derrière l’écrasante popularité de Wolverine, qui dépasse largement celle de ses comparses mutants, elle est loin d’être certaine.

“Il est affreux à bien des niveaux, dit Donner. En partie, c’est ce qui rend tout leader affreux. C’est ce qui distingue certains acteurs. Mel Gibson ou Russell Crowe. C’est l’imprévisibilité. Il est capable de violence brutale, d’avoir une rage de fou. Mais d’un autre côté, il peut être très marrant, et on sait qu’il ne veut pas le montrer mais quelque part à l’intérieur, il y a un cœur. Et je pense que ça attire les hommes et les femmes”.

Death Ray va encore plus loin, et suggère à Donner qu’il y a un aspect sexuel chez Wolverine qui manque aux capés les plus sérieux du monde des comics. Il y a quelque chose d’évidemment charnel dans ce soudain changement en pure rage, n’est-ce pas ? Donner rit. “Et ça veut dire qu’on veut toujours le regarder ! On ne sait pas ce qu’il va faire”.

Et penser de lui comme l’opprimé du monde Marvel – petit, trapu, pas vraiment en contrôle de lui ? “On est très désolés pour lui, acquiesce Donner. L’homme n’a pas de souvenirs, donc il n’a pas de vie. Si on ne se rappelle pas de l’endroit où on est né, de sa mère, de son père, c’est très triste. Il a toujours été un héros tragique ; il a toujours été amoureux de femmes qui soit ne lui retournaient pas l’amour, comme Jean Grey, ou qui se font tuer comme Mariko…”

À la mention de Mariko Yashida, il y a une triste cadence dans la voix de Donner. Soi-disant le véritable amour de Wolverine, notre mutant perturbé a mémorablement tué sa fiançée d’un temps pour la sauver d’une mort douloureuse par empoisonnement de fugu. C’est, je pense, une histoire que donner aimerait raconter…

“Assez honnêtement, Hugh et moi, on voulait faire l’histoire japonaise, mais on ne pouvait pas la faire sans commencer par l’origine”.

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Et ainsi, nous avons X-Men Origins: Wolverine, l’histoire de son époque avec l’unité d’opération spéciale Équipe X et le terrible jour formateur où son squelette a été lié avec l’invulnérable métal adamantium. Danny Huston joue le plus jeune William Stryker (c’était Brian Cox dans X2) et Liev Schreiber se glisse dans les pas de l’ennemi de Wolverine (et dans cette version des événements, demi-frère) Dents-de-Sabre, alias Victor Creed. Le reste de l’affiche grouille de mutants – nous rencontrons Silver Fox (Lynn Collins), Deadpool (Ryan Reynolds), Gambit (Taylor Kitsch), Kestrel (Will.i.am), Barnell Bohusk (Dominic Monaghan), Emma Frost (Tahyna Tozzi) et Le Blob (Kevin Durand). Wolverine n’est pas un solitaire après tout, alors ? Combien de temps dans le film voyons-nous l’esprit d’équipe, dans l’esprit de ses prédécesseurs ? “C’est un hybride, clarifie Donner. Il y a une équipe. tous ces mutants qu’on présente ont certainement une présence très réelle, et pourtant c’est un film sur Wolverine”.

Reprenant son rôle de l’homme aux griffes, bien sûr, c’est Hugh Jackman. Grand exemple de mauvais casting qui se  révèle bon, l’image saine de Jackman, ses traits de leader, et sa carrure de 1m90 (30 cm de plus que Logan) n’ont pas réussi à diminuer l’image éternellement populaire de Wolverine de brute trapue et en colère (bien qu’intelligent et avec un grand cœur). La chose étonnate est que le casting, une décision de dernière minute en 2000 après que Mission: Impossible II ait gardé Dougray Scott en dehors du projet, a fonctionné à merveille.

“On a essayé de le cacher dans X-Men, admet Donner. On a essayé de mettre tous les autres personnages sur des boîtes pour qu’ils soient plus grands que lui, mais finalement tout le monde l’a juste accepté. À un certain moment, il y a un monde de B.D. et on le visualise. Mais on est un autre monde, et on a besoin de cette liberté dramatique, et c’était le meilleur acteur pour le rôle”.

Bien sûr, le plus jeune Wolverine que nous rencontrons dans le nouveau film est, avant tout, encore plus perturbé et impitoyable que celui que nous connaissons… “Si on doit faire l’histoire correctement, alors elle devrait être sombre, parce que Logan est sombre. C’est plus sérieux, et il est plus tragique, plus sauvage”.

Est-ce que cette vision d’un film qui a du cran et éclairé à la lumière de la lune fait partie du package ? Ou est-ce quelque chose que le réalisateur Gavin Hood (Tsotsi, Rendition) a apporté avec lui quand il a été employé ? c’est un nouveau venu dans les films d’action lourds en effets spéciaux, après tout. “Tout a été donné  à Gavin, dit Donner, et Gavin l’a bien aimé”.

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Cela aurait pu avoir échappé à votre attention, mais pour ceux scotchés à l’internet à la recherche de la simple mention d’adamantium et de l’Arme X, les désaccords créatifs derrière le film ont été publiques de manière inquiétante. Quand deux semaines de retournage à Vancouver ont été annoncées durant l’année, les fans étaient convaincus que la fin du monde était arrivée, ou du moins que Wolverine était devenu une lutte acharnée entre Hood et le studio…

“Il n’y a pas eu de retournages”, dit Donner, essayant d’éclaircir la confusion. “C’était un tournage supplémentaire, que je fais sur chaque film. On avait toujours prévu d’aller à Vancouver – on a aimé tourner en Australie mais le pays ne nous donnait pas le paysage dont on avait besoin dans trois scènes. L’autre raison pour laquelle on a fait ça, c’est que malheureusement avec le planning de Ryan Reynolds, on ne l’avait eu jouant Deadpool pendant une très brève période. On avait un double pour ses cascades, mais on voulait plus l’utiliser et moins le double”.

Des sourcils récriminateurs ont également été levés quand le mari de Donner, Richard – réalisateur du premier film “moderne” de superhéros, Superman, en 1978 – a pris un avion pour le plateau de Wolverine à Sydney. Selon Variety, c’était pour “arranger les choses”.

“Son implication venait en fait de moi, dit donner, parce que je produisais quatre films en même temps. Un était en Caroline du Nord, un à la nouvelle Orléans, un à LA et un à Sydney. Je suis arrivé à un moment où je ne pouvais le faire sur le plan physique. Qui de mieux pour m’aide que Richard ? Il a tant d’expérience dans ce monde, et c’est probablement un meilleur producteur que moi pour cette raison. Alors il a pris ma place de producteur, et comme mentor de Gavin. Il était là pour aider. Mais si vous connaissiez mon mari, vous saurez que c’est un gars extrêmement sensible autour d’autres réalisateurs. Il n’a jamais marché sur les pieds de Gavin”.

Ce qui soulève une question très évidemment (et pardonnez-nous, chers lecteurs, si Death Ray sonne un peu crétin ici). que faites-vous, exactement, vous les producteurs ? Les crédits de l’IMDb donnent pas moins de huit d’entre vous produisant Wolverine, dont un certain Stan Lee…

“Vraiment, il y a Ralph Winter, moi-même, Hugh [Jackman] et John Palermo. Ralph est plus le producteur des détails techniques. Il est là jour après jour, s’assurant qu’il n’y a pas trop d’empoignes…  C’est aussi un magicien des effets visuels. Il est plus porté sur le budget. Je suis plus le producteur créatif. Je développe le scénario, et travaille avec le studio, décide du réalisateur et travaille avec lui en termes de casting et tout”.

Une partie du travail de Donner est de contenter à la fois le réalisateur et la 20th Century Fox. À moins d’être le cinématographe sur un film de Christian Bale, c’est l’un des films les plus durs de l’industrie, non ?

“Ce sont nos partenaires, dit Donner. On est une équipe. C’est la Fox, nous et et le réalisateur. On n’est pas toujours une équipe unifiée – on a des désaccords créatifs, comme tous les films. Malheureusement, ils sont publics ! Mais on approche le film comme équipe et on en sort comme équipe”.

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Une chose qu’a Wolverine, c’est le côté “sombre” du personnage auquel Donner a fait allusion auparavant. De Bond à Batman, il semble que la meilleure recette du succès ces jours-ci soit de remonter son héros à ses racines traumatisantes, et de le dépeindre sociopathe, voire ignoble. Il y a peu de superhéros plus adéquats pour ce traitement de Wolverine. C’est, par exemple, l’un des tueurs qui rechignent le moins dans les comics américains. Bruce Wayne reculerait devant une partie des choses que fait Logan. D’un autre côté, les X-Men est plus une franchise pour mômes que le meilleur du M16 ou le chevalier de Gotham. Combien avez-vous pu être violents sur ce film ?

“Eh bien, il ne tue que d’autres mutants, dit Donner. Alors c’est un monde rehaussé. On ne va pas voir Wolverine tuer un enfant ou tuer un vrai homme ou n’importe. Et parce qu’on est interdits aux moins de 12 ans, on ne voit pas beaucoup de sang rouge qui gicle. On n’exploiterait jamais la violence. C’est tonal, c’est l’intensité, et c’est aussi des gens avec des superpouvoirs qui se battent contre d’autres gens qui ont des superpouvoirs”.

“Je pense que comme les nouveaux cinéastes ont examiné ces personnages, ils ont dit : On peut traiter ceux-là de manière plus réaliste, et les fans seront avec nous. Les temps sont plus sombres aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Certains créateurs à l’époque où on a grandi quand les choses allaient bien, et maintenant ces gens grandissent avec la guerre en Irak. Le monde est différent…”

Si oui ou non le monde est vraiment un endroit plus sombre – ou si les États-Unis deviennent, en fait, simplement moins puissants et généralement plus inquiets sur le monde – est un débat pour partout ailleurs, nous pensons. Le temps de Death Ray s’écoule, et nous n’avons toujours pas demandé à propos de l’avenir. Comme, quand le film de Gambit doit sortir ?

“On sait que les fans aiment Gambit, et j’ai toujours aimé Gambit”, dit Donner – houra ! “On l’a tenu à distance dans la trilogie parce que son attitude est rusée comme celle de Logan. Il est beau, et son pouvoir est cool. On l’a toujours aimé parce que c’est un personnage si effronté. On est contents de l’avoir”.

Bien sûr, l’univers Marvel est un endroit compliqué – la continuité des comics est notorieusement un champ de mines, mais que sommes-nous pour faire un territoire cinématographique Marvel ? Dans beaucoup de têtes de fans, les X-Men, Spiderman et les Vengeurs occupent la même planète. Mais en termes légaux, ils ne se rencontreront jamais. Sony a l’accès exclusive à Peter Parker, Fox a Wolverine et compagnie, tandis que les studios Marvel sont occupé par le S.H.I.E.L.D. et les Vengeurs. Ce qui signifie qu’on ne verra jamais Logan traîner avec Iron Man, ou Spiderman suivre Hulk dans les escaliers de secours. Ou oui ?

Donner : “Je ne sais pas. Le monde de Spiderman et le monde des X-Men ne se rencontreront probablement pas, bien qu’on ne sait pas ! Seulement dans les comics, pas dans les films…”

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Alors, quel est le prochain ? Wolverine 2 : Les années Tokyo ? “L’histoire d’amour japonaise…” commence Donner, avec nostalgie, avant de se corriger. “L’histoire japonaise, pas l’histoire d’amour ; c’est rempli d’action…”

Votre cœur y est, on peut dire.

“Eh bien, on va s’asseoir – on, c’est à dire le studio et Marvel – et on va réfléchir sur quel film va suivre. On va faire un projet”.

X-Men Origins: Wolverine arrive sur les écrans britanniques le 1er mai, et sera chroniqué dans un futur numéro.

Traduction – 20 novembre 2009