Depeche Mode. Construction Time Again. 6/10

1983 était une année importante pour Alan Wilder, l’année où on l’a finalement permis de rentrer en studio avec Depeche Mode. À Noël 1982, il a été annoncé qu’il rejoignait le groupe comme membre à part entière, après une année à jouer sur scène avec le groupe. Le multi-instrumentaliste de 23 ans avait joué dans des groupes et travaillé en studio depuis des années. Son milieu de classe moyenne, pensait-il, signifiait qu’il ne s’est jamais senti comme faisant partie du “gang” que les garçons de Basildon avaient formé, mais il a beaucoup apporté au son de Depeche Mode, comme le montre leur troisième album.

La première visite de Wilder en studio a été pour le single, Get The Balance Right, senti par certains comme le premier vrai enregistrement de house music. Ce morceau de pop galopait, avec sa basse contagieuse et ses lignes de clavier mélodieuses (bien que pas tout le monde n’était d’accord, des années plus tard, Martin Gore déclarera que c’est leur pire single). En fait, Alan Wilder a contribué la face B, The Great Outdoors, la première de la poignée seulement qu’il donnera au groupe. Deux autres de ses chansons formaient la base de Construction Time Again, Martin Gore fournissant sept autres.

C’était sur cet album que le groupe a commencé à explorer les possibilités d’utiliser “les sons trouvés”. Avec le producteur Gareth Jones dans un studio de Shoreditch, le groupe a parcouru le quartier de l’Est londonien armé de magnétophones, cherchant des choses qu’ils pouvaient frapper, cogner et enregistrer. Utilisant son premier sampler, le Synclavier, ces sons étaient injectés dans la musique, fournissant un tableau original de son loin des présélections de clavier qu’utilisaient les autres groupes. Béton cogné avec des marteaux, de vieilles voitures battues avec des tuyaux en métal, tout sur quoi ils pouvaient tomber était gratté, écrasé et roué de coups à la recherche de bruits intéressants. Cette technique paie sur le morceau Pipeline, chanson fabriquée presque entièrement de bruits samplés, une douche de tapotement et de martèlement sur une douce ligne de clavier et un chant frais de Martin Gore.

L’ouverture de l’album est le second single, le sifflant Love In Itself, bonne chanson légèrement gâchée par une mauvaise production. Elle finit avec un énervant solo de trompette, mais comprend un joli chant de Dave Gahan. Cela se mélange en More Than A Party, morceau frénétique, plein d’excitation et de sons tournoyants. Encore une fois cependant, c’est les paroles qui font défaut à cet album, toutes les chansons sur la première face comprend des rimes épouvantables, le pire sur le premier single Everything Counts, qui réussit à faire rimer “career” avec “Korea”. À part cela, Everything Counts est un excellent morceau. Superbement construit, il comprend le son d’un “shawn” samplé, un hautbois chinois qui ajoute beaucoup à un morceau déjà bon.

La deuxième face est très distincte de la première, et semble suivre un thème – les chansons sont pleines de pensées, d’idées et de déclarations politiques sur une variété de questions – de l’environnement, à la religion en passant par la bonne idéologie “pourquoi on ne s’entend pas”. Cependant, les paroles font défaut à ces chansons. Le premier morceau est Two Minute Warning de Alan Wilder ; pratiquement indistinguable de l’écriture de Gore, elle avant en marmonnant, avec un fort chant de Gahan sur le refrain et beaucoup de cognage métallique vers la fin.

Le prochain morceau est Shame, préféré des fans, rempli de sons intéressants tandis qu’il avance en grattant et en glissant, plus de tambour militaire injecté dans le mix. The Landscape Is Changing est la seconde chanson d’Alan Wilder et s’ouvre avec une énervante ligne de synthé, et puis descend dans des paroles évidentes horribles sur l’environnement, le refrain d’une horreur pratiquement insupportable : “Je m’en fiche si tu vas nulle part, occupe toi simplement bien du monde”. Ce sont en fait les paroles les meilleures – la chanson entière prend un ton très supérieur et menace d’aliéner l’auditeur. On trouve de meilleures paroles dans Told You So, morceau complètement dingue où des Chrétiens condescendants se font bien tirer les oreilles. Ce morceau sonne comme s’il était sympa à enregistrer, plein d’idées originales et souvent tout simplement bizarre.

La dernière chanson est …And Then de Martin Gore, excellent chanson, mais encore une fois pleine de paroles vraiment mauvaises. Ce contre de paix et d’harmonie n’a pas du tout de sens, les paroles se contredisant tout du long – “Tout ce que nous avons besoin au départ, la Révolution Universelle (c’est tout), puis si nous faisons confiance avec nos cœurs, nous trouverons la solution”. Quelqu’un ? Et peut-être ma préférée – “Je suis monté dans un avion, de part le monde, et je suis monté dans une voiture – et quand j’ai atteint ma destination, je ne suis pas allé loin” – juste parce que, je suspecte, “far” rimait avec “car”. Cependant, elle a une jolie mélodie, et si nous refermez votre cerveau aux paroles, c’est une très bonne chanson. L’album se referme ensuite avec une bonne reprise de Everything Counts, certaine d’envoyer des musiciens en herbe saborder leurs claviers pour voir s’ils pourraient le jouer eux-mêmes.

Cet album est le meilleur des quatre premiers albums de Depeche Mode, et serait une recommandation si vous voulez entendre l’œuvre de leurs débuts. Je pense qu’il fonctionne vraiment bien en tant qu’album “sur écouteurs”, la sorte de musique à écouter si vous marchez dans le ville ou voyagez en train. Le mix est très bon, les sons (à part le premier morceau) très bien équilibrés et faciles à écouter. Ce n’est pas un classique, ni un désastre complet. À la place, c’est le son d’un groupe qui se développe vraiment, une grande amélioration de leur second album. Il les voit prendre confiance et découvrir ce à quoi ils sont bons, en faisant de la musique ensemble.

Simon Rueben

Traduction – 12 avril 2009