Malcolm McLaren, impresario punk, meurt des suites d’un cancer à l’âge de 64 ans.

Le manager des Sex Pistols qui a révolutionné la culture populaire et a apporté l’anarchie au Royaume Uni meurt en Suisse

Malcolm McLaren, l’homme qui a changé de manière irréversible le visage de la musique britannique en tant que manager des Sex Pistols, est décédé hier, à l’âge de 64 ans.

Il souffrait d’un cancer depuis quelques temps et, malgré une récente période de rémission, son état s’était rapidement détérioré ces derniers jours, selon son porte-parole. Il est mort en Suisse hier matin et son corps doit être rapatrié pour être enterré au cimetière Highgate, au Nord de Londres.

Ceux qui lui ont rendu hommage hier incluaient John Lydon, qui a signé de manière poignante sa déclaration au nom de Johnny Rotten, le nom de guerre que l’ancien enfant terrible utilisait durant sa période Sex Pistols.

“Pour moi, Malc était toujours un amuseur et j’espère que vous vous souviendrez de cela, dit-il. Avant tout, c’était un amuseur et il va me manquer comme à vous aussi”.

Young Kim, 38 ans, compagne de McLaren durant ces 12 dernières années, a dit qu’un mésothéliome lui a été diagnostiqué – une rare forme de cancer, en octobre dernier. Elle a expliqué : “Il est mort à l’hôpital en Suisse aujourd’hui, il allait bien jusqu’à récemment, il était lucide, je lui ai parlé hier”.

Le décrivant comme “l’ultime artiste postmoderne”, elle a ajouté : “Je pense que Malcolm a reconnu qu’il avait changé la culture, il a vu qu’il avait changé le monde”.

“Tout le monde demande : Qui était Malcolm McLaren ? Tout ce qu’il a fait a été révolutionnaire, en tant qu’artiste, il a suivi le fil rouge d’Andy Warhol”.

Né dans le Nord de Londres en 1946, McLaren est allé aux Beaux-Arts en centre ville avant d’ouvrir une boutique de vêtements sur la King’s Road de Chelsea à Londres, avec sa compagne de l’époque, Vivienne Westwood.

McLaren a dit plus tard qu’il  a ouvert la boutique, nommée à l’origine Let It Rock, pour “le seul but d’éclater la culture anglaise de la tromperie”. Le duo a commencé à se spécialiser dans les vêtements fétichistes en caoutchouc et cuir, rebaptisant notoirement la boutique “Sex” et définissant la mode punk pour une nouvelle génération.

La couturière, aujourd’hui Dame Vivienne, a dit hier soir qu’ils ne s’étaient pas parlés pendant longtemps mais a ajouté : “Quand nous étions jeunes et que je suis tombée amoureuse de Malcolm, je le trouvais beau et c’est toujours le cas. Je le trouvais très charismatique, spécial et talentueux. La pensée qu’il soit mort est quelque chose de vraiment très triste”.

Dame Vivienne a dit que le fils du couple, Joe Corre, co-fondateur de la marque de lingerie Agent Provocateur, et Ben Westwood, le fils qu’elle a eu de son premier mariage, étaient avec McLaren quand il est mort.

Corre a dit hier soir : “C’était le punk original et il a révolutionné le monde. C’est quelqu’un dont je suis incroyablement fier. C’est une vraie source d’inspiration pour les gens”.

Tandis que le partenariat d’affaire de McLaren avec Westwood allait influencer la culture populaire, c’est son immersion dans le monde de la musique qui a sécurisé sa place dans les annales de l’histoire rock. Durant une visite à New York, où il voulait monter une boutique, il a brièvement été le manager des New York Dolls.

Hier soir, Sylvain Sylvain, l’un des membres originaux, a décrit McLaren comme un “visionnaire”.

“Malcolm était le mec le plus cool que je connaissais. Je suis si triste qu’il soit parti”, a-t-il déclaré.

“Il a donné au monde de la musique incroyable, un style incroyable. On peut aller à Pékin aujourd’hui et voir des boutiques punks, et cela n’aurait pas arrivé sans Malcolm et Vivienne”.

De retour à Londres, McLaren était déterminé à fonder son propre groupe et en 1976, c’était le manager des Sex Pistols, l’entité punk qui a révolutionné la culture populaire et a présenté l’anarchie au grand public.

Le journaliste musical Jon Savage, qui a écrit England’s Dreaming, une histoire du punk et des Sex Pistols, a dit que le mouvement n’aurait pu exister sans McLaren.

“J’espère qu’on se souviendra de lui avec tendresse. C’était un personnage complexe, un personnage contradictoire. Il pouvait être très charmant, il pouvait être très cruel, mais il comptait et il a assemblé quelque chose qui était extraordinaire”.

Bien que les Sex Pistols n’ont pas réussi à obtenir la première place avec God Save The Queen, qui a atteint la seconde place durant le Jubilée d’argent de la Reine Elizabeth II, des paroles comme “God save the queen/She ain’t no human being/And there’s no future/In England’s dreaming” ont assuré que l’outrage soit répandu. Et les cascades de McLaren – comme faire jouer le groupe ses tubes anarchistes sur un bateau qui passait devant le parlement – lui ont assuré d’être toujours sous le feu des projecteurs.

À propos de tourner avec les Sex Pistols, McLaren avait dit : “J’avais créé un sentiment qui était à la fois euphorique et hystérique. Dans ce bus de tournée, on ne pouvait s’empêcher d’avoir conscience d’un énorme éventail de possibilités – que peu importe ce qu’il se passait, cela ne pouvait être prédit, que c’était un mouvement vers un lieu inconnu. Nous avions les moyens désormais de déclencher une révolution du quotidien”.

McLaren, qui a fait signer au groupe son contrat d’enregistrement devant Buckingham Palace, avait “le spectacle dans le sang”, selon le gourou RP Mark Borkowski, qui a travaillé l’impresario depuis la fin des années 1980.

“C’est la fin d’une époque, a-t-il dit hier soir. Malcolm était un fantastique raconteur, à l’esprit créatif brillant et agile. C’était le plus grand demi-agent, demi-comique. Sans lui, ce changement sismique dans la musique n’aurait jamais arrivé”.

Après la séparation des Sex Pistols, McLaren a continué à sortir des morceaux du groupe. Après une guerre à propos des royalties en 1986, le groupe a finalement reçu 1 millions de £ lors d’un accord à l’amiable.

Mais les gens se souviendront de ses exploits, pas de ses éclats publics, déclare Borkowski. “Une très grande partie de ce qu’il a fait était révolutionnaire dans l’art et la mode. Ce que les gens se souviendront, c’est que c’était le dernier grand révolutionnaire de notre époque”.

Ces dernières années, McLaren ne pouvait toujours pas résister à se mettre et se retirer des feux de la rampe, menaçant en 1999 de se porter candidat à la mairie de Londres avec une politique qui incluait la vente de l’alcool dans les bibliothèques publiques.

“Mon effet sur Londres était de créer la meilleure déclaration la plus profonde de protestation utilise qui n’ait existé depuis la fin de la dernière guerre, quelque chose que les médias ont étiqueté punk”, a-t-il déclaré à l’époque. Le porte-parole de McLaren, Les Molloy, a dit que la famille de l’artiste était “dévastée” et “choquée”. Il allait très bien, c’est une triste journée. J’ai parlé à sa compagne”.

Alexandra Topping

Traduction – 9 avril 2010