Malcolm McLaren : Repose en bruit

Malcolm McLaren était l’un des grands gourous louches du rock, ces personnages manipulateurs pas vraiment en coulisses, qui voyaient la culture des jeunes comme une sorte de cour de récré personnelle. Il n’a jamais été, honnêtement, motivé par l’argent (à la différence de, disons, le Colonel Tom Parker, le vendeur de choc de Elvis). McLaren était motivé par la malice, la philosophie et le style, par la croyance égoïste qu’ils pouvait implanter sa vision personnelle (et hautement idiosyncratique) sur le monde par l’intermédiaire du talent d’autres personnes. Il était, à cet égard, plus une rock star, un rêveur et un artiste que la plupart des soi-disant musiciens dont il s’est chargé de la carrière (cependant brièvement, et habituellement avec des résultats mitigés), et ce n’était pas une surprise pour les observateurs de McLaren quand il a abandonné le management pour se lancer dans sa propre carrière.

Effectivement, dans ses récentes mémoires Apathy For The Devil, le légendaire critique rock du NME des années1970, Nick Kent, révèle que McLaren a brièvement tenté de lancer sa révolution punk avec lui-même (trentenaire gourou de la mode aux cheveux frisés habillé comme un dandy victorien) comme chanteur des Sex Pistols naissants, un groupe que McLaren avait recruté avec quelques vilains garnements des HLM de l’Ouest de Londres. C’était une idée qui, heureusement, n’a pas duré plus que quelques répétitions, et à la place y a installé un môme bizarre qui traînait dans la boutique de vêtements anarchique que McLaren (et sa femme de l’époque, Vivenne Westwood) tenaient à Chelsea. Il a donné au jeune John Lydon le nom de Johnny Rotten (Jeannot le Pourri) à cause de ses vilaines dents, l’a habillé avec les t-shirts déchirés et les pantalons bondage qu’il concevait avec Westwood, et l’histoire du rock a été changée à jamais.

Le punk aurait pu arriver sans McLaren (en effet, les punks artistiques de New York avanceraient que cela arrivait déjà) mais il n’aurait jamais eu la bile et le style, la pure énergie venimeuse et le désir espiègle de contrarier la convention qui attrapait le monde par le cou et a fait de 1976 l’année zéro pour toute une génération. McLaren était vraiment un visionnaire mais c’était aussi un égoïste régnant et un m’as-tu-vu, dont le désir de contrôler les gens et de former les événements (et être récompensé lui seul) avait tendance à lui exploser au visage. c’était l’homme qui a créé les Sex Pistols et l’homme qui les a détruits, déchirant le cœur musical du groupe quand il a renvoyé le bassiste (et compositeur clé) Glen Matlock et l’a remplacé par Sid Vicious, jeune sociopathe héroïnomane qui ne savait pas jouer.

Les réussites de McLaren avec d’autres musiciens étaient décidément mitigées. Avant les Pistols, il a brièvement dirigé les New York Dolls vers le désastre. Après les Pistols, il a lâché Adam Ant puis a chipé son milieu musical pour le groupe au tube unique Bow Wow wow, tandis que la Fourmi a fini par devenir une sensation pop mondiale. Sa propre carrière musicale, de manière peut-être surprenante (surtout étant donné sa déclaration de manque de talent musical), a eu du succès à la fois sur le plan artistique et commercial, du moins dans son premier flash d’enthousiasme. Sa première adoption des principes copier-coller du hop hop sur le révolutionnaire Buffalo Gals et le clash d’opéra Fans a permis à McLaren de donner libre cours à toute son exubérance et son intelligence naturelle.

Mais si McLaren n’a jamais vraiment construit après ce premier succès avec les Sex Pistols, c’est parce qu’il avait trop d’idées, et possiblement trop peu de discipline et de toute manière, ce qui l’intéressait vraiment, c’était sa propre conception poétique de la culture pop, pas les choses sérieuses de tenir un business rock. C’était un grand excentrique anglais, et on ne peut nier qu’il a laissé son empreinte dans le monde, dans la mode et la musique et la pure force de personnalité. Où qu’il soit parti maintenant, je doute qu’il (ou quiconque à ses côtés) reposera en paix.

Neil McCormick

Traduction – 12 avril 2010