Blur à Glastonbury 2009

La meilleure tête d’affiche depuis un bon moment ? C’est vraiment, vraiment, vraiment arrivé

5/5

Qui : Blur

Où et quand : Scène Pyramid, 21h50, Dimanche

Code vestimentaire : Damon prend le look geezer de Mike Skinner avec ses chaînes dorées et son polo Fred Perry. Alex James a finalement pris rendez-vous chez le coiffeur et dans la douche. Dave Rowntree semble prendre des congés de son travail juridique pour faire de la batterie avec ses vieux potes d’école (c’est marrant ça…). Et Graham ? C’est toujours le membre de Blur le plus cool de très loin.

Ce qui est arrivé : Et voici ce qui est arrivé. L’homme qui a dirigé de grands opéras chinois. Qui s’est vanté d’écrire des compositions dans l’échelle pentatonique. qui a passé les dix dernières années à s’efforcer d’être remarqué pour son sérieux. Et le voici, à se rouler par terre en criant “woo-hoo!” sur un punk à deux balles crépitant et semblant prendre son pied. Tss ! Il devrait avoir honte ! Est-ce que Blur n’a pas vu le sérieux étudié de Neil Young ? Ne se rappellent-ils pas des leçons du Boss, que toutes les têtes d’affiche de Glastonbury doivent impliquer sept heures de rock robuste tandis que la foule croise les doigts dans l’espoir d’entendre Yawn In the USA ? Je veux dire, qui donc a donné à ces gars la permission de prendre leur pied ?

Parce que, ce soir, Blur fait un doigt d’honneur au rock de papa pour retomber amoureux de l’art bête de jouer de la pop – et de la jouer fort. Girls and Boys vibre littéralement d’énergie sordide, Song 2 voit la foule menacer de pogoter à en bouger l’axe de la Terre, et Parklife transforme chaque homme, femme et anarcho-crustie en geeza cockney.

C’est tube après tube après tube. De She’s So High à The Universal, en passant par Popscene, For Tomorrow et Country House, c’est impitoyable.

Certaines choses n’ont pas changé, bien sûr. Dave est pratiquement anonyme, Graham passe les moments les plus saisissants et frissonnants à fixer sa barre de frètes et Alex monte sur les amplis, désespéré de s’accaparer les feux de la rampe un petit peu plus que ses collègues. Nous ne voudrions pas que cela change.

Mais malgré toute leur énergie, ce sont les chansons tristes qui fonctionnent le mieux : To The End, The Universal, This Is A Low. Le plus bizarre encore, c’est la réaction à Tender, une chanson qui n’a jamais été considérée (du moins pas moi) comme une classique, transformée en chorale joyeuse qui se réverbère dans la foule après le premier rappel et le second.

C’est à ce moment – quand des morceaux précédemment rejetés acquièrent une nouvelle vie – qu’on se rend compte que quelque chose de réellement magique se passe. Parce que la tête d’affiche de ce soir, ce n’est pas que la musique. Ce n’est même pas la nostalgie. C’est l’amitié – et la vision véritablement réconfortante de deux meilleurs amis qui mettent leurs différences de côté et qui recommencent à zéro.

C’est aussi la cerise sur le gâteau d’une tendance qui définit le weekend. Malgré des discutions d’affiche “dad-rock”, Blur s’est assuré que le vrai vainqueur de Glastonbury cette année a été la pop. Ils n’étaient pas seuls, bien sûr. Plus tôt durant le weekend, La Roux a rempli une tente de filles couvertes de paillettes qui voulaient clairement être juste comme elle. Dizzee a créé une frénésie sur la scène Pyramid en lâchant une série de tubes de malade. Et Lady Gaga a démontré qu’un solo de guitare de 20 minutes ne pouvait lutter contre enfourcher une moto et montrer son cul. Les lignes de bataille avaient été formées – c’était les poppeurs qui ont triomphé.

Alors bien sûr, Young a fait un grand concert pour ses fans. Et Springsteen a fait un fantastique spectacle pour les fans du Boss. Mais Damon, Graham, Alex et Dave ? Ils ont fait un spectacle qui a touché tous les cœurs de Pilton.

Qui regarde : Apparemment tout le monde à part les fans les plus obsessifs des Black Eyed Peas. Et nous tombons tous dans les bras de tout le monde.

Meilleur moment : Damon éclatant en larmes après To The End. Le chanteur talentueux mais pas toujours sympathique prouve qu’il est humain après tout.

Pire moment : Juste un minuscule défaut : les auréoles de transpiration d’Alex James.

En bref : Blur : la meilleure tête d’affiche de Glastonbury depuis un bon moment ? C’est vraiment, vraiment, vraiment arrivé.

Tim Jonze

Traduction – 13 avril 2010