Depeche Mode – Some Great Reward 5/10

Pour Depeche Mode, les premiers mois de 1984 ont été passés à Berlin, près du mur qui divisait l’Ouest et l’Est, où ils ont créé leur quatrième album studio, Some Great Reward. Pour le nouvel album, l’écriture de Martin Gore a pris une nouvelle dimension. Citoyen de Berlin depuis un an, la ville semble l’avoir corrompu, et ces nouvelles chansons parlent de domination sexuelle, de jeux de pouvoir, d’égoïsme, mais tout le temps marquées d’une touche d’innocence. Couplé à son image scénique d’un allumeur aux yeux de biche vêtu de cuir, sur cet album, il semblerait qu’il ait finalement trouvé sa vraie voix, comme s’il avait besoin de la ville de Berlin comme muse.

Les biographies disent que le groupe a trouvé l’enregistrement de cet album un moment heureux. Ils enregistraient souvent jusqu’à tard dans la nuit, et dans une ville comme Berlin, on était sûr de trouver des bars et des cafés toujours ouverts jusqu’aux petites heures du matin. Fletch se faisait plaisir en mangeant son snack préféré, “Toast Hawaii”, au café Hansa tous les jours. Et Alan Wilder a finalement eu la chance de jouer des muscles et de laisser son empreinte sur leurs enregistrements.

Encore une fois, c’est un album court, juste neuf chansons (dont quatre se sont retrouvées en singles), et encore une fois, il y a un peu de tout ici. Wilder ne contribue qu’une chanson, l’incroyablement guère sortable If You Want, qui contient probablement les pires paroles de tous leurs albums – “Exercez votre droit de base – nous pouvons construire un site de construction”. Pourquoi voudrait-on construire un site de construction exactement ? La chanson en elle-même est assez mauvaise, un méli-mélo de musique qui s’étale partout, et serait son dernier effort pour le groupe. Toute la musique qu’il a créée après cela trouvera une place sur son projet solo Recoil. La chanson est rangée en fin de la face 2, l’endroit parfait pour un bouche trou.

La face 1 cependant, démarre de manière fantastique, avec Something To Do qui surgit vous prendre à la gorge. On se demande ce que Dave Gahan a pensé quand on lui a tendu les paroles à chanter, ce conte de travestisme et de bottes de cuir. Elle se fond dans Lie To Me, chanson excellente, avec un rythme percutant poussant et des paroles plus intéressante – “Viens t’allonger avec moi, viens mentir avec moi, dis-moi que tu m’aimes, dis que je suis le seul et unique”. Encore une fois, “les sons trouvés” forment une partie important de cette chanson et l’album – le LP inclut même le son d’un désodorisant des toilettes de Hansa. Et puis dans le single, People Are People, un morceau aimable, mais qui rend les paroles d’Alan Wilder excellentes – “les gens sont des gens alors que pourrait-il arriver, toi et moi devrions nous entendre terriblement bien”.

Le morceau suivant, It Doesn’t Matter, est probablement l’une des chansons les plus tendres que Martin Gore n’ait jamais chantée. Chanson fascinante, les paroles parlent de ses pensées sur une histoire d’amour dans laquelle il n’a aucune confiance, une relation qui échouera selon lui, mais qui doit être appréciée pour le moment, peu importe ce que réserve l’avenir. Sa voix est forte et chaude, la musique riche, un vrai morceau qui se détache. Stories Of Old referme la première face, un autre bouche trou avec des paroles épouvantables et des touches de synthé ennuyantes.

La face 2 s’ouvre avec une véritable favorite de fan, encore une fois chantée par Gore. Somebody est une balade d’amour, chantée sur l’excellent arrangement de piano de Wilder sur un fond de sons variés – un train, une cour de récréation d’enfants, et une enchantante boîte à musique à la fin. La chanson suit le rythme d’un battement de cœur également ajouté dans le mix. Pour l’atmosphère, Martin Gore a chanté la chanson nu dans le studio, pour capture l’honnêteté et la fragilité de la chanson. L’ouverture du chanteur se transmet certainement sur ce morceau fragile.

Le morceau suivant est tout son contraire. Master And Servant démarre par un refrain taré et puis le son de Daniel Miller, le patron de  leur label, qui crache en essayant d’incarner un fouet, dans une version légèrement plus longue que la sortie single. C’est une chanson trépidante légèrement schizophrène, qui résonne d’un bout à l’autre, qui a un clip hilarant (c’était non intentionné je suppose) qui vaut le coup d’être recherché (comme celui de People Are People, qui voyait le groupe rôder à bord d’un cuirassé en frappant des choses avec des clés à molette).

Le morceau suivant est celui d’Alan, et puis l’épique fermeture, la maussade Blasphemous Rumours, chanson intelligente lésée par des paroles gauches, dans laquelle Gore explique ses sentiments envers l’existence de Dieu. En aucun cas la chanson est blasphématoire – Gore n’exprime jamais que ses propres visions personnelles, il ne renie pas l’existence de Dieu, et ne condamne pas la chrétienté. Au lieu de cela, la chanson montre ses propres croyances strictement de sa propre pensée, une chanson que les groupes chrétiens ont remarqué pour son honnêteté et sa pensée.

Some Great Reward a mal vieilli depuis les années. Son manque de chansons est évident, surtout que deux d’entre elles sont vraiment horribles. Cependant, il marque la fin d’une certaine époque dans la vie de Depeche Mode, et encore une fois l’évolution est claire. Un chapitre se referme, également évident par le fait que leur prochaine sortie était une compilation de singles, ouvrant la voie pour leur prochain album studio.

Simon Rueben

Traduction – 21 mars 2010