Watchmen

5/5 Sortie : Dès maintenant Réalisateur : Zack Snyder Scénaristes : David Hayter & Alex Tse (adapté du roman graphique d’Alan Moore & Dave Gibbons) Avec : Billy Crudup, Matthew Goode, Jackie Earle Haley, Jeffrey Dean Morgan, Patrick Wilson

Au bout de ce qui semble être trente minutes de Watchmen – une incroyable entreprise ambitieuse et épuisante pour laquelle les comparaisons utiles ne viennent pas facilement – nous avons une scène de funérailles. Elle commence avec le gros plan d’une statue du cimetière sous la pluie, et vous pensez deux choses : 1) qu’une image similaire était le premier panneau du deuxième numéro de Watchmen, et que ce film continue à franchir une bonne ligne (mais bien avisée) entre la dévotion servile au matériel original et faire sa propre chose ; et 2) que c’était à l’origine une mini série de comics en 12 numéros. Il y a onze gros morceaux à venir, et si vous ne vous tortillez pas de manière inconfortable dans votre siège à ce moment, vous êtes plus fort que moi.

Deux heures et quart plus tard, Watchmen vous rejette dans le vrai monde légèrement sonné et bourré d’information et d’incident. Durant 163 minutes hypnotisantes et densément remplies, c’est un long voyage – peut-être trop long, mais nous nous plaindrions s’il était plus court. Et oui, c’est une histoire pour adultes, et non pas pour des raisons de complexité. Il est également violent : pas tout du long, mais sous forme de courts chocs vifs – comme dans les Parrain – avec de nombreuses scènes qui semblent être plus brutales que dans les comics. Des membres sont arrachés, des bras découpés, des visages éclatés sur des plans de travail en granite. Des chiens mangent la jambe d’une petite fille tuée. Couplez cela avec le personnage du Dr. Manhattan – le seul héros avec des superpouvoirs véritables – qui passe la plupart du temps nu, sa queue bleue se balançant dans le vent, et vous obtenez un film qui gagne son interdiction aux moins de 18 ans, autant Taxi Driver que c’est Spiderman 2. Il n’y a jamais eu de film de superhéros comme celui-ci.

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Watchmen, le roman graphique, était une chose contrôlée à la vitesse confiante, remplie de ruse de racontage d’histoires. La version de Zack Snyder sur grand écran est à la fois plus réaliste et moins, avec son style – plein d’épisodes comme ceux qu’il a offert dans 300, où l’action entrait et sortait du ralenti en un simple plan – lui donnant une atmosphère onirique. Mais bien que des écrans verts ont été utilisés tout le long, ce n’est pas une de ces choses Sin City où rien ne semble réel, et l’utilisation de véritables lieux et de décors solides fondent l’action de manière utile.

Ce qui fait également retomber les événements à un niveau que l’on peut identifier comme humain, c’est les excellents acteurs de Watchmen, des acteurs qu’on reconnaîtra vaguement, tous travaillant comme des forcenés. Patrick Wilson (un peu costaud, mais pas gros) et Malin Åkerman (aguichante mais endommagée), en tant que personnages que l’on reconnaîtra comme les plus normaux – le superhéros à la Batman à la retraite, le Hibou et le Spectre Soyeux à la Black Canary – tiennent bien le centre. Le film semble à première vue comme un tour de force technique conçu à être admiré plutôt qu’à vous attirer sur le plan émotionnel, mais c’est grâce à eux que ce monde et ses problèmes nous affectent véritablement à environ la moitié.

Autre part, Matthew Goode brille assez dans le rôle difficile du multimillionnaire Adrian Veidt/Ozymandias, l’auto-stylé “homme le plus intelligent du monde”, tandis que le Dr. Manhattan de Billy Crudup – scientifique transformé en super-être bleu aux capacités pratiquement infinies par une expérimentation qui a mal tourné – est encore mieux, un “homme” qui perd rapidement tout intérêt pour la Terre et ses petits problèmes. Dans l’une des séquences les plus impressionnantes de Watchmen, il voyage vers Mars, et y crée un vaste palais de verre flottant. son histoire – son “origine” comics – avance et recule en oscillant dans le temps, comme il convient à un être qui dépasse tout niveau humain de compréhension.

Et puis il y a les deux rôles les plus tapageurs : le Comédien et Rorschach. Les deux sont un délice à chaque fois qu’ils sont à l’écran – l’opérateur du gouvernement au sourire narquois et qui engloutit les décors de Jeffrey Dean Morgan pourrait être un violeur, un tueur, un homme qui commet des horreurs, mais on aime sa compagnie. Le Comédien, malgré le fait qu’il meurt dans les quatre premières pages du roman graphique, était une présence tout le long grâce aux flashbacks, et ainsi il est là. Et Rorschach, le milicien clodo obsédé, avec ses manières violentes et sa vision du monde en noir et blanc choquant – l’ultime héros de Steve Ditko inflexible – est juste autant la star qui perce ici qu’il était dans l’original. Le visuel est génial, bien sûr (un imperméable sale à la Philip MArlowe mis en valeur par ce masque blanc vide et ses taches qui ne cessent de bouger), mais c’est ce qui le pousse, et l’imprévisibilité de ses actions, qui rend le personnage si vital. Nous le voyons rarement sans son masque, mais quand c’est le cas – principalement dans les séquences de la prison, où il démontre de manière décisive à une population de gangsters qui est enfermée avec lui – Jackie Earle Haley se révèle avoir un visage tout aussi irrésistible.

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Est-ce que Watchmen reste trop fidèle au roman graphique original pour vraiment décoller ? On le pense occasionnellement, mais alors Snyder sort quelque chose de son sac et on décide que non, ce traitement est parfait. Le premier vol d’“Archie”, le vaisseau du Hibou ; l’évasion de la prison ; Mars : ces choses sont du pur cinéma. La séquence d’ouverture, nouvelle pour le film, établit ce monde de manière élégante aussi : une Terre alternative en 1985, où les superhéros sont réels (mais aujourd’hui interdits), les voitures électriques sont là, et les États-Unis ont “gagné” la guerre du Vietnam grâce à l’intervention du Dr. Manhattan, mais qui est désormais perché de manière précaire au bord de la guerre nucléaire avec l’URSS. C’est une belle séquence, remplie de détails, avec des caméos que l’on risque de manquer si on cligne des yeux de tout le monde de Mick Jagger à Truman Capote.

Certaines choses manquent, bien sûr. On a moins d’investigation de Rorschach (et d’où le fait que la grande révélation de l’intrigue semble venir trop facilement). Le comics-dans-le-comics du Vaisseau Noir est complètement parti, comme l’est l’interaction entre le vendeur de journaux et le môme. On n’a peu de l’obsession de Adrian Veidt pour Alexandre le Grand, et rien des scientifiques sur une île. Et la fin a, bien sûr, changé – pas vraiment en termes de ce qui arrive, mais dans la spécificité du projet, rendu ici plus croyable (pas de calmar de l’espace !) et légèrement plus déroutant.

Cela importe à peine. Watchmen est un exploit remarquable, étonnant à regarder et à écouter, faisant grand usage des chansons de l’époque de The Times They Are A-Changin de Bob Dylan à 99 Luftballons de Nena. C’est un travail fait par plaisir – fascinant, fétichiste, maniéré et intelligent. Ce que ce n’est pas, c’est un film d’aventure irrésistible, dans la manière d’un Die Hard. Ce n’est pas non plus, ultimativement, aussi stylé ou impliqué que The Dark Knight. Et ce que les non-geeks feront de cela est vraiment la devinette de n’importe qui…

Mais malgré tout cela, c’est excellent. Quand allons-nous voir un autre film de superhéros à 100 millions de $ qui dure trois heures, avec peu d’éclats de rire, aucune star et des tonnes de la vieille ultraviolence ? Le fait que Watchmen existe même est une chose étonnante.

Matt Bielby

LE SAVIEZ-VOUS ?

Alors, pensez-vous que le Hibou et Ozymandias diffèrent trop des versions comics ? C’est délibéré : le réalisateur Zack Snyder a pensé, probablement à raison, que sa version du Hibou avait besoin d’être plus intimidante qu’il le semble dans le roman graphique, et le costume du film fait écho aux costumes de Batman des films des années 1980 de Tim Burton, ainsi que ceux des films récents. Pendant ce temps, l’uniforme Ozy fait apparemment allusion aux costumes du Batman & Robin de 1977 de Joel Schumacher souvent moqué. (Dans d’autres termes, c’est délibérément lisse mais un peu merdique.)

FAIT : Une grand partie du look et du caractère de Rorschach vient des “héros” de Steve Ditko comme The Question et l’effrayant Mr. A.

Traduction – 22 novembre 2009