Meneurs de meute

Black Rebel Motorcycle Club
New York Mercury Lounge

L’horizon sur Manhattan est noir. Il fait 40°C dehors et une crise énergétique s’est emparée de la ville, ainsi les lumières de tous les gratte-ciels sont éteintes. C’est approprié lorsque c’est ce soir que les Californiens de BRMC déboulent en ville. Parce que de tous les groupes qui prennent actuellement vie dans le nouveau revival rock’n’roll, il n’y en a sûrement pas de plus noir.

Leur nom peut évoquer des images d’agression furtives à trois accords et des gars hargneux qui font jouer leurs muscles, mais Black Rebel Motorcycle Club appartient plus à la lignée rêveuse et émotionnellement claustrophobe de Jesus And Mary Chain, Joy Division et Spiritualized. Le guitariste chanteur qui avance au ralenti, Peter Hayes, et le bassiste aux cheveux en forme impressionnante de champignon, Robert Turner, font apparaître des grooves hypnotiques et déformés avec l’assiduité sinistre de sorcières autour d’un chaudron, superposant des parasites atmosphériques enivrants sur la rythmique lugubre du batteur anglais symbolique, Nick Jago.

Ceci n’implique pas que BRMC ne sait pas donner de véritables frissons de bon rock. Whatever Happened To My Rock’n’Roll? est une déclaration emballée d’intention, hérissée de colère, à une armée de prétendants bouchant les ondes hertziennes plus concernés par l’appel de masse que de se mettre à nu. BRMC veut reconquérir une passion perdue depuis longtemps, en forgeant le genre de rock’n’roll qui a à la fois les yeux creux et un cœur qui pleure et en restorant une attitude crade et sexy, le tout appliqué à un genre qui a été châtré par le mercantilisme supra lustré.

Ce n’est peut-être pas aisé de voir leurs visages, mais il est clair que les membres de BRMC sont totalement dévoués au rock’n’roll à la fois en tant que manière de vivre et religion. Au moment où leur deuxième rappel laisse la foule chercher la sortie à tâtons à contrecœur, ils ont gagné l’équivalent de la salle de convertis. Ils peuvent n’être rien d’astucieusement innovant, mais ce soir BRMC n’a pas que simplement exhumé les cadavres de leurs influences flagrantes (le garage des années 1960, le rock sous héroïne des années 1970, l’indé des années 1980 et le shoegazing des années 1990), ils les ont ramenés à la vie.

April Long

Traduction – 16 août 2002