“Jouer live, c’est physique, c’est comme un match de catch”

Black Rebel Motorcycle Club peuvent être familiers au Royaume-Uni, mais ils ont “des affaires à régler” dans leur pays natal. Le NME les retrouve alors que leur retour avidemment attendu à New York descend en un festival de pelotage

Black Rebel Motorcycle Club n’ont pas joué à New York depuis un an. Ne le rappellez pas à Robert Turner cependant.

“Mon Dieu, dit-il en frémissant. Il y a tant de pression. Ne m’y fais pas penser. Je veux juste m’amuser”. Puis il fait quelque chose dont BRMC ne sont pas connus pour cela – il rit. Nerveusement, mais réellement. Est-ce un mauvais présage ?

BRMC ont des raisons pour être inquiets quand nous les rejoignons à leur hôtel quelques heures avant leur concert dans un minuscule club de New York. Leur retour aux États-Unis est grandement attendu, et des rumeurs sur leur second LP à venir, Take Them On, On Your Own, sont à leur comble. Ce qu’on en sait, c’est qu’il est plus crade, plus brute, avec moins de côté noir à la Jesus And Mary Chain et plus de bon rock’n’roll, que B.R.M.C.

Les hommes en noir ont décidé de donner une avant-première de l’album pour les fans dans une série de concerts en intimité durant les prochaines semaines à venir qui sont strictement des concerts sans tickets mais qui marchent sur le système du premier venu premier servi.

“De cette manière, si tu viens tôt, tu es sûr de rentrer, c’est pas une question du môme qui tape vite sur internet. C’est un retour à la vraie manière, là où tout a commencé. On voulait aussi jouer dans des salles aussi petites que possible, parce qu’une fois que la tournée de septembre sera commencée, on aura plus le temps pour ça. Et c’est bien plus marrant de jouer comme ça et que les gens viennent nous voir comme ça, pure et simple”.

Dans deux soirs, ils joueront dans un nouveau club où des “sirènes” topless nagent dans des aquariums géants, mais ce soir le groupe démarre au Bar 13, qui héberge une des soirées les plus influentes de New York, Shout!. La dernière fois où BRMC a joué là est devenu une légende – des corps pressés les uns contre les autres dans l’obscurité absolue, alors que le groupe jouait calé contre un mur.

“J’ai tellement adoré jouer ici, se souvient Robert. Tu joues par terre, pratiquement, il n’y a pas de scène. Il n’y a pas d’espace entre toi et le public et les retours – c’est ça. C’est physique, c’est comme un match de catch, et plus tu agaces les gens, plus ils te poussent. C’est fantastique !”

“Ouais”, dit un Nick Jago extraordinairement vocal avec un hochement de tête. “On aime comment sont les gens dans cette ville. Ils ont toujours été d’un grand soutien et on veut les récompenser, tu comprends ? En plus, cet endroit est toujours plein de belles filles”.

Les États-Unis dans l’ensemble peuvent être imprévisibles, cependant. Pensent-ils que cela va être plus dur ici dans le territoire plus hostile que New York ?

“Non, dit Nick derrière un rideau de cheveux. Je pense que les gens vont être vraiment exités de nous voir, parce que ça fait longtemps. On est quelque chose de nouveau ici. En Grande-Bretagne, je pense qu’on devient un peu trop familier. Je suis impatient que les choses redeviennent une surprise à nouveau, et vraiment folles aussi”.

“Je ne m’inquiète pas non plus, dit Robert avec un haussement d’épaule. C’est quelque chose qu’on doit faire, comme des affaires à régler. Je veux dire, j’apprécie vraiment combien le Royaume Uni a été bon pour nous, et j’ai passé de bons moments là-bas. Mais toujours au plus profond de toi, tu te demandes comment ça serait si toutes tes racines t’étaient retirées et coupées, et en quelque sorte, on doit faire ça. Mais en réalité, c’était juste pour nous rappeler quelles étaient nos racines, et combien elles sont importantes. En fin de compte, on a senti que c’était pas bien d’avoir débuté en Grande-Bretagne plutôt qu’ici – tu sais, le premier sang doit être versé ici”.

Les problèmes de visa de Nick ont causé des tas de frustations pour BRMC l’année passée – non seulement cela les empêchait de revenir sur les autoroutes américaines, mais cela a aussi engendré une sorte de mania qui a culminé en l’attitude bizarre de Nick au NME Awards en février dernier.

“Être à Londres a vraiment fait ressortir mon côté anglais, dit Nick en riant, ce qui est apparement un peu taré. Ça a vraiment fait ressortir le diable en moi. Je suis devenu un peu fou, mais je pense que j’avais besoin de cette libération, ça m’a aidé à comprendre qui j’étais, d’une façon bizarre. Je pense que j’ai mûri un peu et que je suis devenu plus fort”.

“C’est Peter (Hayes) qui a eu le plus besoin de sortir, songe Robert. Même le peu de temps qu’on a passé à la maison à LA était trop pour lui. Je pouvais le voir dans ses yeux. Il est à nouveau libre, sur la route. Quand il reste tranquille, c’est comme s’il suffocait”.

BRMC semble être arrivé à New York avec une nouvelle précision de résolution et une attitude plus amicale et optimiste. Ils s’excusent même pour leur réputation d’être les sujets d’interview les pires au monde (la dernière fois qu’on s’est vus, ils étaient si maussade et sur la défensive qu’on en est presque venu aux mains).

“On est beaucoup plus relax, je pense”, observe Robert et, même s’il cause toujours dans sa barbe et qu’il a du mal à regarder dans les yeux, c’est vrai. Ils sont plus relâchés, moins crispés. “Tout s’est ouvert, même la façon dont on écrit les chansons. Une grande partie des chansons du nouvel album; comme Six Barrel Shotgun et Stop, sont complètement organiques et branchées, les instruments tirent leur force des autres. On les a beaucoup écrit en live – Peter jete quelques mots pour un refrain et j’en jete quelques-uns pour un couplet et c’est presque ça. C’est vraiment vrai. On s’amuse pas à réfléchir ou a conceptualiser – on le fait, c’est tout.

“Ça va être bizarre de jouer autant de nouvelles chansons que personne ne connait, cependant. Je voulais vraiment graver des copies de Stop avec des faces B spéciales et les distribuer aux concerts, ajoute Robert. On voulait vraiment que les gens puissent partir avec de la nouvelle musique. Mais le label voulait pas. Mon idée, c’était de prendre des tas de CD-R et de graver cette chanson autant de fois que je pouvais en quelques heures et les balancer aux gens pendant le concert. J’aurais eu des problèmes, mais ça en aurait valu la peine. J’ai une folle envie d’avoir ces problèmes. Peut-être que je vais faire ça…”

* * *

Quelques heures plus tard, il y a une queue qui serpente devant le Bar 13 aussi loin que l’œil peut voir. La salle, essentiellement une arrière salle de pub, est très petite. Déjà, la légendaire atmosphère de Shout! est palpable – les gens grimpent sur le bar pour jeter un œil sur le groupe, caché dans un coin derrière un canapé en cuir à moitié obscurci par des amplis et des photographes. Quand finalement il sort furtivement, il est presque une heure du matin et le public est bien imbibé d’alcool. “On vous aime”, aboye un baryton dans le fond. “Sexy Motherfuckers !”

Les nouvelles chansons sont aussi sensationnelles qu’on le dit – insistentes, brûlantes, brutes et féroces. Whatever Happened To My Rock’n’Roll (Punk Song) est répondue par l’hérissée US Governement et la bruyante Heart And Soul. Robert et Peter avaient l’habitude de se tenir comme des statues, mais maintenant ils se pavanent et tournoyent avec désinvolture (du moins autant qu’ils peuvent sans se lancer des coups de poing dans les côtes). Robert grimpe sur les amplis et dans plusieurs incursions dans le public, étreint des filles et commande des boissons au bar. “On espère qu’on ne lance pas trop de nouvelles choses”, dit-il à un moment et quelqu’un, manifestement un rénégat british, répond, “C’est excellent, putain ! Continuez !”

Et c’est excellent. Les fans en sortent trop exubérants et satisfaits, même si Robert n’a pas eu le temps de faire ces CD-R.

“C’était un show si sexy”, dit-il un large sourire sur le visage, tout en essuyant de la sueur sur son front et en remettant ses cheveux en place. “T’as entendu ceux qui nous criaient Sexy Motherfuckers ! ? Je pense qu’on y a répondu. J’ai donné des suçons à quelques filles quand je suis allé dans le public. J’ai vraiment sucé leurs cous ! Je ne savais pas pourquoi je le faisais jusqu’à temps que je me suis rendu compte qu’on jouait Love Burns et puis tout a eu du sens…”

Il rit à nouveau, et se dirige vers le bar pour une tournée de célébration avec une rare étincelle dans les yeux. “T’as plutôt intérêt de me guêter. Je me sens vraiment bien”.

April Long

Traduction – 7 août 2003