2 Ars Gratia Artis

Alex James, on pourrait dire, a grandi dans une ville où les gens viennent mourir. Il ne le dirait pas… et en effet, ce serait une chose facile et blessante à dire de la station balnéaire du Dorset, Bournemouth. Mais, voilà, nous l’avons maintenant dit. Et il y a un tout petit grain de vérité là dedans. Étant une île, la Grande Bretagne possède un riche littoral et chaque bras de mer, chaque promontoire et chaque cap a sa propre identité, fait qui sera plus tard célébré dans le péan psychédélique de Blur à la côté britannique, This Is A Low. Ainsi, Blackpool est effrontée, vulgaire et amusante, Skegness tonifiante, Brighton pauvre mais digne ; il y a des ports en activité comme Hull et Grimsby, Swansea et Aberdeen et les mystérieux et oubliés Silloths, Zennars et Flamborough Heads.

De cette manière, nous pourrions caractériser Bournemouth de présentable, d’attirante ou de bien élevée mais avec, qui sait, des profondeurs cachées – une sorte de Carol Vordeman du bord de mer. C’est une ville relativement jeune, qui s’est développée à partir d’une résidence d’été construite par un riche châtelain du Dorset, Lewis Tregonwell, en 1810. En 1841, il n’y avait toujours que 26 bâtiments dans la ville mais par la suite, avec l’arrivée du chemin de fer en 1870, Bournemouth s’est rapidement aggrandie. Les landes sablonneuses et les fôrets de pin qui s’étendent derrière les falaises du Poole couvertes de maisons et la ville s’est aggrandie à proprement parler autour de l’embouchure du fleuve où le Bourne se jette dans la mer [d’où le nom de Bournemouth, “embouchure du Bourne”].

Les étés doux et les hivers tempérés de la côte Sud ainsi que la plaisante position géographique de la ville a voulu qu’elle se développe en lieu de vacances. Ce même climat hospitalier a voulu que Bournemouth devienne la Mecque des retraités. Il est cruel de dire qu’ils y vont y mourir mais ils y vont certainement pour finir leurs jours dans une brume très anglaise de jardins fleuris, de promenades et de golf. Mais c’était aussi, selon Alex James : “Un endroit génial où grandir”.

Il est né au Boscombe Hospital aujourd’hui démoli le 21 novembre 1968 tandis que les étudiants et les troupes soviétiques se battaient dans les rues de Prague. Bournemouth était considérablement plus calme. Il avait une sœur, de deux ans sa cadette – tous les membres de Blur, les psychologues amateurs devraient noter, ont une sœur – et la famille vivait à Strouden Park en banlieue de la ville, mélange de prospérité de classe moyenne et d’HLM tentaculaires. Ses origines sociales, pense-t-il, étaient tout aussi mélangées. “Mes grand-parents étaient assez ouvriers, mais mon père a pris l’ascenseur social et pourrait être classé petit bourgeois”. Alex, cependant, décrit son éducation comme “extrêmement banlieusarde – zone résidentielle sympa, terrain de golf”. Son père avait été dans la marine mais était désormais employé comme représentant qui vendait des chariots élévateurs pour une société basée à Coventry, où il se rendait souvent pour les affaires. “Coventry Climax, ils s’appelaient. Un peu coquin. Mais on était dans les années 1970”.

Plus tard, le père d’Alex allait monter sa propre société de compactage d’ordure mais entretemps, le grand-père d’Alex est décédé, leur laissant une imposante pension de famille dans le centre ville, dans laquelle ils ont emménagé avec leur ménagerie dont des cochons d’inde, des tortues et Sparky le chien. “Quand mon père a dit qu’on devait déménager, aucun d’entre nous voulait. Tous mes potes étaient au coin de la rue mais à la fin, c’était la meilleure chose qu’on n’ait jamais faite. C’était une putain de grande maison au centre de la ville avec un énorme sous-sol où on jouait plus tard quand je faisais partie de groupes. Absolument géniale. Ma mère et mon père ont essayé de la tenir comme pension de famille mais ça a failli se terminer en divorce alors on y a simplement vécu”.

Alex était, au dire de tous, un jeune sociable et populaire. Il était bon en sport, le football en particulier, et, du moins au collège, excellent élève, obtenant 13 O’Levels. “J’ai trouvé ça facile vraiment mais tout ce qui me préoccupait, c’était être bon au foot. Je n’ai pas étudié l’art ou la musique – c’était ce qu’on faisait quand on ne pouvait prendre la physique-chimie”. En dehors de l’école, Alex se souvient de Bournemouth, avec ses longues plages qui allaient de Sandbanks à Hengistbury Head, commen d’un bon endroit pour traverser lentement l’adolescence.

ALEX JAMES : La jetée, c’était là où on traînait. En été, elle est bondée, mais en hiver, il n’y a personne et c’est aussi sympa. Notre pension de famille était près de la mer alors j’y descendais pratiquement tous les soirs, c’était balayé par le vent et romantique. Et j’ai rapidement découvert que si on emmenait une fille avec une bouteille de vin, c’était très atmosphèrique et on pouvait leur rouler une pelle. Alors grandir au bord de la mer, c’était génial. Mais en tant qu’endroit, c’est étouffant ; il n’y a pas d’ambition. Je suis allé au lycée où on était encouragés à croire qu’on n’avait rien de spécial et qu’il faudra bosser dur pour faire quelque chose de sa vie, ce qui est un message vraiment mauvais à transmettre aux mômes. La plupart des habitants de Bournemouth pensent qu’ils vont devoir passer leurs vies à faire quelque chose de merdique parce qu’il n’y a aucune opportunité là-bas mais alors tu t’installes à Londres et tu te rends compte que tu peux faire ce que tu veux dans ta putain de vie.

Contrairement à la plupart des rumeurs, la scolarité d’Alex ne s’est pas déroulée sans difficultés. Ses études se passaient, dans ses propres termes, “de manière catastrophique”. “Je n’en faisais qu’à ma tête, j’avais découvert l’alcool et les filles, ce genre de trucs”. Même s’il avait été accepté au Goldsmiths College de Londres, il a pris une année sabbatique durant laquelle il s’est amusé de diverses façons. Il a travaillé à la fromagerie de Safeway et comme manœuvre sur le chantier de construction de la centrale nucléaire de Winfrith. “J’ai renversé de l’acide lors de mon premier jour”, se souvient-il avec froideur pour les écologistes. Il la décrit désormais comme “une année passée à moitié endormi” : tomber amoureux de Justine Andrews – avec qui il vit toujours – et s’installer dans une maison avec elle et son ami Charlie Bloor pas très loin à Charminster où Charlie et Alex passaient des heures à jouer de la guitare et à rêver d’aller à Londres pour devenir des pop stars.

Alex n’a jamais étudié la musique à l’école parce que, comme nous l’avons appris, cela semblait intellectuellement léger et, comme il l’a plus tard expliqué : “Parce que le prof de musique était un lèche cul”. Son chemin vers la musique est passé par des détours.

ALEX JAMES : À l’école primaire; ils ont fait passer une note qui disait que les enfants devaient prendre des leçons de piano et ma mère a dit : “Oh, tu dois apprendre à jouer du violon. Apprendre à jouer d’un instrument serait merveilleux”. Alors je l’ai fait parce qu’elle le voulait même si je n’étais intéressé que par le foot et le violon est l’instrument le plus stupide qu’on puisse donner à un enfant puisqu’il est très difficile d’en jouer. Le son est affreux et on a besoin de vingt leçons pour faire un son décent. Plus il y avait la flûte à bec qui est une chose vraiment affreuse et on ne joue que Pease Pudding Hot et The Old Grey Goose Is Dead alors on m’a flanqué à la porte du cours de flûte à bec parce que je n’étais pas intéressé. Mais alors le tournant est arrivé quand mon vieux a acheté ce piano à 100£ quand j’avais douze ans et qu’il l’a mis dans la chambre d’amis. Un jour, il s’y est assis, a levé un sourcil et a commencé à jouer du twelve bar blues et Blue Moon, dont je n’avais aucune idée qu’il savait faire ça, et j’ai demandé à ce qu’il me montre comment le faire. J’ai attrapé le virus et après ça, j’ai passé beaucoup de temps assis au piano à essayer de jouer des chansons de Human League et Are Friends Electric.

Le premier groupe d’Alex, The Age Of Consent, était plus une farce subterfuge situationniste qu’un groupe. Dans la chambre de son compagnon de conspiration Jay Birtsmail, ils ont collé une intro de leur propre invention sur le classique AOR de Fleetwood Mac, The Chain, célèbre thème de la couverture des Grands Prix sur la BBC et sans aucun doute une favorie certaine chez Clarkson. Ils transbalutaient la démo monstrueuse qui s’en est résulté dans les fêtes, en espérant impressionner les filles, jusqu’au soir où ils se sont mis à dos quelqu’un qui connaissait l’original, humiliation qui n’était sûrement pas rare dans le Bournemouth suburbain de la fin des années 1970. À seize ans, Alex était désespéré d’être dans un vrai groupe – surtout comme moyen de rencontrer des filles – et était impatient d’étendre ses capacités rudimentaires au clavier. “Mais les claviers valaient 600£, les basses 50 et Papa et Maman ne pensaient pas que j’allais prendre ça très au sérieux alors pour mes seize ans, j’ai eu une copie de Fender Precision de chez Columbus achetée à South Bournemouth Exchange and Mart, magasin qui existe toujours aujourd’hui. J’ai dû attendre Noël pour avoir l’ampli, cependant”.

Son groupe “virtuel” avec Jay Birtsmail et d’autres est progressivement devenu réalité aussi lentement que tous les gens qui n’avaient pas d’instruments étaient mis à la porte. Un batteur qui savait maîtriser Whole Lotta Lovea été recruté et grâce à lui Don White, le hippy classe, qui a apporté son ampli Vox décrépit dans la cave de James où les répétitions – “on déconnait en fait” – avaient lieu. Dès que le vénérable amplificateur antique a été branché, cependant, la nouvelle recrue “s’est pris 240 volts dans le bras et s’est mis à crier Putain !, c’est alors que ma mère est apparue en haut des escaliers en hurlant : Je ne tolèrerais aucun juron dans ma maison. C’est ainsi que s’est passée mon introduction au monde du vrai rock’n’roll ; des jurons, des cris, de la musique à fond et de la fumée partout”.

(Note : La mère d’Alex, comme ses collègues, le connaissait sous le nom de Steven à l’époque. Ce n’est qu’une fois qu’il s’est aventuré à Londres qu’il a changé pour son deuxième prénom, Alex. “Comme Bunbury dans l’Importance d’être constant, blague Dave Rowntree aujourd’hui. Alex en ville et Steven à Bournemouth”.)

Le reste du temps d’Alex sur la côte sud est un spectacle pompeux de groupes aux compétences diverses. L’un a sombré sous les coups de poing et l’acrimonie après qu’il ait été pris la main dans le sac avec la petite amie du batteur. Il y avait un groupe scolaire, The Rising, qui était “épouvantable… mais être dans un groupe signifie qu’on est les personnes les plus cool de l’école et c’est ce qui nous intéressait”. Puis est arrivé Mr Pang’s Big Bangs, nommé d’après leur propriétaire de Charminster qui avait une fois atteint une petite célébrité avec des apparitions pour l’équipe de football Southampton Reserves. “On avait cette chanson intitukée The Neighbours Are Coming Around (les voisins débarquent), qui commençait tout calmement et puis le son montait jusqu’à ce que les voisins débarquent. C’était une grosse connerie expérimentale effrontée”. Alex a également joué de la guitare et de la basse au sein des Victorians, qui étaient “assez bons – Gemma de ce groupe travaille avec les Propellerheads aujourd’hui”. Mais désormais, l’année sabbatique géniale et dilatoire d’Alex arrivait à sa fin. Armé de A Levels en physique, français et chimie, les lumières vives et trottoirs dorés de Londres faisaient signe. Curieusement, étant donné son aptitude pour les sciences, il avait choisi de faire une licence de français, et ainsi il était temps de dire “au revoir” à la côte du Dorset.

* * *

L’incursion de Damon Albarn dans la capitale, commençée dans un optimisme similaire, s’était écroulée tristement. Il avait démarré son cursus à East 15, l’école d’art dramatique connue, en septembre 1986. Alison Steadman et bien d’autres acteurs que Damon et Graham avaient fini par admirer au travers leur travail dans les examens sinistrement satiriques semi-improvisés des mœurs britanniques de Mike Leigh étaient issus de cette école.

L’école faisait grand cas de la Méthode épousée par le professeur d’art dramatique russe Constantin Stanislavski dans des œuvres telles que la Formation de l’acteur. Au sein de “la méthode”, les acteurs sont encouragés à faire appel à leur propre mémoire émotionnelle et à s’immerger complètement dans leur rôle. Même si votre rôle est une femme de chambre, dit Stanislavski, dont le rôle consiste simplement à traverser la scène pour répondre au téléphone et puis la quitter pour aller chercher le maître des lieux, rappelez-vous que la fille a une histoire – un passé compris d’amours et de déceptions comme les nôtres.

On s’est souvent moqué de la Méthode dans sa forme la plus pure pour ses excès : quand le disciple de la Méthode Dustin Hoffman a dit à sa co-star de Marathon Man Laurence Olivier qu’il pensait se faire percer la dent pour comprendre le traumatisme de la fameuse scène du fauteuil du dentiste, Larry a répondu : “T’as déjà essayé de jouer la comédie, Dusty ?” Mais il n’y a aucun doute que les principes appliqués par l’Actors Studio de Lee Strasberg dans le New York des années 1950 a apporté beaucoup de bonnes choses à la scène mondiale, en particulier le jeune Marlon Brando.

Pour le jeune Damon Albarn, les techniques théâtrales impliquaient un trimestre mal à l’aise d’“expérimentations”, comme passer deux mois en tant que clochard – jamais difficile pour un étudiant – et incarner une prostituée de Londres ou l’Ayatollah Khomeini. Des camarades comme Eddie Deedigan, trois ans plus âgé que Damon mais également un première année qui allait rapidement devenir un complice musical, déclarent publiquement qu’Albarn rayonnait et parlent “d’une immence personnalité” et “d’un aura étonnant”. Ils se souviennent de travaux bien accueillis qui impliquaient des rôles comme des Indiens d’Amérique et des gitans médiévaux. Les propres souvenirs de Damon de cette période parlent d’un moment moins profondément satisfaisant, cependant.

DAMON ALBARN : Aller à Londres et East 15, c’était censé être une vraie aventure et ça a un peu mal tourné. À ce moment, Graham était bien plus branché par tout le truc étudiant que moi et s’amusait bien plus. Il savourait vraiment être étudiant en art là où mon père était dirlo, adorait la vie étudiante et s’était réellement attelé à la tâche. Mais je me sentais… désespéré… vraiment malheureux et peu satisfait de ce que je faisais. J’étais très plouque tout le temps et je me sentais très frustré. Je n’étais pas concentré, incertain de ce que je faisais la plupart du temps. J’étais très arrêté dans mes opinions, j’avais des idées et des théories, mais je ne faisais pas grand chose. Ainsi, j’avais le cafard la plupart du temps. Je ne ressentais aucun lien avec l’école.

Sur une note plus gaie, alors que l’enthousiasme de Damon pour l’art dramatique déclinait, son appétit et sa propension pour la musique s’épanouissait. Durant cette année-là à East 15 sont venues deux accroches heureuses avec les légendes musicales teutoniques. Tout d’abord, le groupe d’Eddie Deedigan au nom malheureux, The Alternative Car Park, a été engagé pour faire la première partie de la légendaire chnateuse de glace et ancien membre du Velvet Underground, Nico, qui avait désormais perdu la côte et qui promouvait sans grand résultat son album Camera Obscura. Même si Damon n’était pas certain de qui était Nico, quelques écoutes de la musique du Velvet Underground l’ont convaincu de donner un coup de main aux claviers. Lors de ce concert à Golddiggers, club de Chippenham, Damon a dévoilé une composition intitulée The Rain, qui a bien été reçue par le public principalement étudiant.

Damon a également eu la chance de jouer du piano avec l’estimé Berliner Ensemble lors d’une performance de l’Opéra de Quat’ Sous dans le cadre d’une festival Brecht/Weill à Ilford. L’enthousiasme de Damon pour la musique de Weill gradissait progressivement – “une musique d’une articulité écrasante… d’une influence plus profonde sur moi que n’importe quel disque pop”, a-t-il déclaré plus tard – et il a immensément aimé la soirée. “Ça m’a donné un vrai aperçu de l’idée de bien jouer de la bonne musique”. La musique de Brecht et weill a exercé une influence considérable sur les interprètes rock : Alabama Song, La Complainte de Mackie le Surineur et d’autres ont été interprétées par David Bowie, Jim Morrison et Ian McCulloch, avec divers degrés de sympathie et de succès. Plus agréablement, l’opéra Mahagonny a clairement laissé des marques indélébiles sur la msuique des expérimentalistes de San Francisco The Residents. Dans les futures compositions de Damon, l’influence de Kurt Weill allait faire surface pas de manière aussi évidente mais dans les rythmes de valse et les cadences germaniques des instrumentales telles que The Debt Collector et Intermission, que sa petite-amie Justine Frischmann disait détester pour leurs connotations nazies. Bien sûr, la musique n’avait pas de telles connotations : Weill et son librettiste Brecht étaient tous les deux des gauchistes convaincus. Nigel Hildreth et sa femme trouvaient dans le public de cette performance à Ilford et ont offert après à leur ancien élève un curry.

NIGEL HILDRETH : Après les dernières conversations que nous avions eu à Stanway et combien il maintenait catégoriquement que la musique n’allait pas jouer de rôle dans sa vie, j’ai été surpris de le voir assis au piano. Mais ravi d’une certaine manière. Il a très bien joué et il semblait vraiment avoir aimé l’expérience. Je savais probablement alors qu’il y avait clairement encore des ambitions musicales qui brûlaient quelque part.

Désormais, les ambitions musicales étaient en fait les seules qu’avaient conservées Damon. Il s’était progressivement désenchanté du régime de East 15, qu’il décrit comme “pétant plus haut que son cul”, et de la perspective d’une carrière dramatique. Ayant arrivé à la conclusion qu’il était “le pire acteur au monde”, il a décidé de sauver les meubles à la fin de la première année, ainsi que Deedigan. Bien qu’il était sûr qu’une nouvelle direction était nécessaire, la fin de l’année le voyait déprimé.

DAMON ALBARN : Je suis parti après un an en me sentant très désillusionné de tout et je suis rentré à la maison pendant un moment. C’était vraiment un mauvais moment. J’avais le moral très bas, j’étais très déprimé. Je me sentais complètement incertain de tout. D’une manière, le fait que Graham et ma sœur étaient tous les deux aux beaux arts et qu’ils s’amusaient a peut-être empiré les choses. Je veux dire, j’étais content pour eux, je suppose, mais ça me déprimait encore plus. Je me sentais extrêmement mal à l’aise en les fréquentant. D’une manière, ça me faisait me sentir insignifiant ou bon à rien. Ça semble ridicule aujourd’hui, mais j’inventais des choses à dire sur moi pour désespérément tenter de me rendre plus intéressant. Et tout rayon de soleil de quelque chose qui pointe son nez, tout petite lueur de quelque chose qui se passe, était exagéré, embelli et augmenté. C’était une période très frustrante et contrariante pour moi.

En contraste, Graham appréciait son temps passé au North Essex College Of Art, en particulier puisqu’il lui laissait du temps libre pour se développer musicalement, voletant entre divers groupes comme les susmentionnés Hazel Dean And The Carp Enters From Hell, The Curious Band et d’autres. Pour financer sa ronde sociale animée – durant laquelle il avait rencontré Dave Rowntree – il a fait divers petits boulots, comme la mise en rayon, la cueillette de pois et ainsi de suite. À la fin de ses études, il a fait une demande d’inscription pour une licence en arts appliqués au prestigieux Goldsmiths College de Londres.

GRAHAM COXON : Je voulais aller à Goldsmiths parce qu’à l’époque, j’avais absolument besoin d’aller à Londres : c’est là où était Damon, vivant au cœur de l’East End et fréquentant une école d’art dramatique. Je voulais aller là-bas de façon à ce qu’on travaille ensemble musicalement parce que je pense que c’était devenu assez important et je savais qu’on s’entendait bien. Et un pote à moi, Adam Peacock, était allé à Goldsmiths alors c’était bon. Étonnamment, j’ai été accepté : personne ne le pensait. Même Tim le prof de sculpture, qui était mon gourou, ne le pensait pas. Je pense qu’ils avaient confiance mais qu’ils ne voulaient pas me laisser penser que j’y arriverais. C’est une fac sévère et je pense qu’ils voulaient que je comprenne ça.

Ironiquement, alors, comme il s’est avéré, c’était Damon qui allait s’inscrire à un cursus musical à mi-temps à Goldsmiths pour se rapprocher de Graham, qui semblait être sur un chemin plus direct et fructueux à ce moment. Damon, inversement, caressait l’idée d’être un soul boy de l’Essex et flirtait avec la musique de Marvin Gaye, d’Anita Baker et de Mica Paris, tout en faisant divers petits boulots afin de financer ses aspirations musicales. Il a travaillé comme barman au Portobello Hotel de Londres, lieu très fréquenté par les rock stars en tournée, et s’est retrouvé à tendre des bols de cacahouètes à Tina Turner et à faire des slammers pour Ian McCullock. Bono a une fois été très malpolli envers lui – “quelque chose que je ne lui ai pas vraiment pardonné” – même s’il se souvient que The Edge était plus civilisé. Plus tard, il devait travailler à Le Croissant à la gare de Euston. Au milieu de ces besognes se trouvaient diverses périodes au chômage, des jeux peu sévères avec les drogues – “j’ai pris mon premier acide dans un minuscule appart de Lewisham” – et des périodes prolongées de pochetronneries. “À vingt ans, je suis passé par une période de mise sous verrous parce que je buvais comme un trou. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à me transformer lentement en ce que je suis aujourd’hui”.

Dans ce qui allait s’avérer être un geste important, un héritage de 3000£ de son grand-père et le remboursement de quelques bons à lots ont été placés dans du matériel et l’enregistrement d’une démo. Damon l’a ammenée aux studios Beat Factory sur Christopher Place, Euston. Il a dit aux propriétaires Graham Holdaway et Maryke Bergkamp qu’il avait choisi leur studio à cause de son excellente réputation. En fait, il l’avait pris dans les Pages Jaunes parce qu’il était près de Le Croissant, son lieu de travail. Bergkamp et Holdaway ont été impressionnés et ont organisé un contrat temporaire avec Damon. Ils le dirigeaient d’une manière qui reste légèrement insondable aux gens extérieurs et lui ont donné les commandes du studio, principalement tard le soir quand il n’était pas occupé. En retour, il travaillait comme homme à tout faire à Beat Factory, tout en fourguant des feulletés emmental aux banlieusards dans le hall de Euston.

DAMON ALBARN : Quand Graham est allé à Goldsmiths, c’était excellent ; une quantité étonnante d’énergie semblait s’ouvrir. Je me suis inscrit à un cursus de musique à mi-temps à Goldsmiths de façon à me sentir un peu moins mal à l’aise quand je traînais avec eux. Il était complètement absorbé par cette chose bohémienne et j’étais celui qui venait de ce milieu, les beaux-arts et tout, et maintenant, j’étais à l’extérieur. Bizarre mais amusant aussi. Puis j’ai commencé à travailler au studio Beat Factory et j’ai monté plusieurs groupes qui étaient tout simplement horribles. graham jouait un peu de saxo avec moi. J’avais les clés d’un studio dirigé par Graham Holdaway et Maryke Bergkamp. J’avais un arrangement avec eux, sorte de relation bizarre. Ils me managaient en quelque sorte. J’étais autorisé à utiliser le studio et je passais des heures à jouer au piano, en y mettant un peu de reverb, en chantant. Je n’étais pas du tout concentré et j’ai écrit beaucoup de musique pourrie avant de ne commencer à obtenir de bonnes choses. C’était un tas de dure labeur. Ça m’a donné une telle concentration parce que j’ai fait toutes les erreurs. Je trouve la musique si facile maintenant, tellement plus connectée à ma voix et mon jeu de piano ; ce sont des choses que j’aime vraiment maintenant. Mais je ne l’ai jamais compris à l’époque – pourquoi je voulais chanter. Je savais juste que je voulais le faire. Je n’avais certainement pas trouvé ma voix à l’époque à Beat Factory. Alors j’ai fait beaucoup de choses embarrassantes. Mon enthousiasme ou mon désir était bien plus fort que mes capacités à articuler les choses alors j’ai tout simplement fait toute cette merde.

Comme on pouvait peut-être s’y attendre, étant donné la nature informe des compositions de Damon à ce moment, Graham Holdaway et sa partenaire Maryke, convaincus du potentiel de Damon, lui ont permis de trouver un partenariat bizarre nommé Two’s A Crowd. Cette association pop synthétique d’Albarn avec un autre client de Beat Factory, Sam Vamplew, est la phase la plus bizarre du développement d’Albarn et celle dont il est le moins enchanté. Il suffit de dire que tout un paquet de chansons – Reck Me, Let’s Get Together, Big Religion, Can’t Live Without You, Since You’ve Been Gone et Running – étaient en travail avant que Damon se retire du projet. “J’étais très enthousiasme et prêt à faire pratiquement n’importe quoi pour réussir”, a-t-il dit plus tard à Adrian Deevoy de Q. “Pas tourner en Boyzone ou n’importe – sans manque de respect envers eux – mais j’ai fait quelques manifestations plutôt alarmantes”.

Dieu merci, Two’s A Crowd est sorti rapidement de la mémoire et Damon a continué ses efforts musicaux. Il est devenu un de ces “musiciens de démo louches” qui alimentent le grand réservoir de Londres. Atrocement pour lui, il a fait du playback sur son œuvre dans le bureau de Dave Ambrose de EMI, l’homme qui avait signé les Sex Pistols et Duran Duran. “Il a marmonné quelque chose à propos de David Bowie et c’est la dernière chose que j’ai entendue. Puis j’ai vu un gars qui a écouté ma cassette un moment, puis a mis l’album de House Of Love et m’a dit dit : C’est ce que tu devrais faire”.

Non découragé, Damon a commencé à travailler à ce qui allait s’avérer un projet de courte durée mais crucial dans l’évolution du Blur naissant. Circus était un groupe formé à l’origine avec l’ami de fac de Chippenham, Tom Aitkenhead, et de Eddie Deedigan, qui préferrait le son plus direct enraciné dans la guitare à l’étrange style cabaret de Two’s A Crowd. Plusieurs autres membres ont été ajoutés : Dave Brolan était un collègue de Dixons de Eddie, alors que Damon Filkins a autrefois été dans l’Alternative Car Park, son départ ouvrant le poste de la première partie de Nico que Damon a pourvu. Même si cette nouvelle aventure n’incluait pas à ce moment Graham, le duo était toujours resté en contact étroit.

GRAHAM COXON : J’ai découvert qu’il avait un contrat là-bas – un espèce de truc avec Graham Holdaway et Maryke, qui était Néerlandise mais on n’aurait pas cru. Il faisait ses chansons là-bas et il avait cette chanson géniale qui s’appelait The Red Club. “Je suis dans le club rouge”, ça faisait, qui voulait dire qu’on était fauché je suppose. Quand je vivais à Colchester, à l’âge de 18 ans, juste avant de commencer à Goldsmiths, je descendais souvent à Londres pour le voir. J’ai joué un peu de saxo sur ces trucs. J’avais développé des ulcères à l’estomac et une anémie assez sérieuse. Mon taux d’hémoglobine était très bas et je n’arrêtais pas de tomber dans les pommes. J’avais peur d’aller à Londres aussi, et dans le métro, mais je descendais quand même. Je me souviens de Graham Holdaway qui disait que je paraissais très malade. J’étais transparent tellement j’étais anémique. J’ai fini dans ce vieil hôpital psychiatrique de Colchester avec tous ces vieux comme le Vieux Stan, qui fumait mes Superkings en cachette.

Juste avant la vraie venue de Circus, Damon, au désespoir de donner un coup de fouet à sa carrière musicale, avait organisé un concert solo au Arts Centre de Colchester. Bien qu’essentiellement un concert de Damon, il était soutenu par Tom Aitkenhead. “J’ai fait ce concert solo au Arts Centre de Colchester. Je ne sais pourquoi. Juste tenter quelque chose, vraiment. Je ne sais combien c’était courageux ; certainement stupide, certainement embarrassant c’était. Mais Graham a emmené Dave – c’était deux des dix personnes du public – et il a manifestement vu quelque chose dans mes maladresses”.

“Il a fait ce petit show avec son pote Tom, raconte Graham. Tout plein de loops de bande, de séquenceurs et de boîtes à rythmes et c’était très courageux vraiment. Mais je savais qu’il avait ça en lui. Je veux dire, je le savais la première fois que je l’ai vu interpréter Gee Officer Krupke dans West Side Story quand il était môme. Le culot manifeste du gars était stupéfiant. C’était un peu un imbécile parfois mais chaque imbécile extroverti va être célèbre à la fin, pantalon de cuir ou pas”.

Dave Rowntree était désormais bien établi dans son nouveau travail de bureau de cadre au costume lustré, même si c’était un étrange changement de carrière pour l’auto-proclamé “punk de squat, drapeau rouge, marxiste et agit-pop à la crète blonde”. Même si ce n’était pas un monde qu’il avait adopté avec goût, il était certainement heureux du stable et considérable salaire, et au moins il était capable de bricoler sur les ordinateurs. Il se souvient que Graham avait maintenu son amitié et son alliance musicale avec Damon. “Je savais que Graham avait connu Damon à l’école et qu’il voyageait à Londres pour travailler sur le projet qui tenait à cœur de Damon dont je ne savais rien. J’ai vu le spectacle de Damon au Arts Centre de Colchester et j’ai pensé que ça vait quelque chose. Puis un jour Graham est revenu de l’une de ses virées londoniennes avec une cassette que j’ai trouvée géniale et j’ai dit à Graham qu’il pouvait mentionner mon nom à Damon et lui dire de me donner un coup de fil s’il avait besoin d’un batteur”. En fait, tandis que Damon travaillait dur à faire de Circus une affaire en cours avec l’aide d’Eddie Deedigan, un batteur était juste ce dont il avait besoin. Bien au courant du pédigrée musical de Dave grâce au téléphone arabe des musiciens de Colchester, dans un moment de grande prescience, Damon a passé cet appel.

“Et alors, se souvient Dave, une semaine plus tard, j’ai reçu cet appel. C’était Damon qui disait de monter à Londres et de le rencontrer. Il s’est avéré qu’il avait les clés d’un studio d’enregistrement ce qui a fait de lui une personne tout de suite attirante. S’il n’avait pas eu les clés, je serais quand même venu mais avoir les clés signifiait que s’il me faisait écouter un perroquet qui chante, j’aurais toujours été enthousiaste. J’étais véritablement enthousiaste mais un studio d’enregistrement était une très grande affaire”.

Ainsi, en octobre 1988, Dave Rowntree est devenu le batteur de Circus. Pour emprunter une analogie du monde du perçage de coffres-forts, deux des gorges de serrure s’étaient mis en place. Le grand prix s’était brusquement et considérablement rapproché, même si personne ne pouvait dire comment. À cette époque, il semblait plus que probable que c’était les futurs musicaux de Damon et d’Eddie Deedigan, les principaux moteurs créatifs du groupe, qui étaient indissolublement soudés.

Au cours de l’hiver 1988, Circus (désormais quintette) a répété du matériel écrit, indivuduellement, par Damon et Eddie avec la perspective d’enregistrer des morceaux à la nouvelle année ou au début du printemps. L’œuvre de Circus était un curieux salmigondis ; mélange de divers gabarits années 1980 avec une touche de Bowie ou de Morrissey ici et une pointe de Talking Heads, de la pop littérée des Pet Shop Boys ou de The The là. C’était une composition artiste avec l’attention du détail qui allait caractérisé le Blur mature mais sans le charbon ardent de l’individualité ou le mouvement infatigable d’une idée dont le moment était venu. C’était, de manière significative, de la musique qui semblait être créée dans l’isolement de la scène indépendante déchiquetée mais fertile de l’époque, puis réverbant la noise-pop primitive des Pixies et de My Bloody Valentine et l’irrépressible esthétique white-trash défonçée qui commençait à émerger de Manchester.

Les membres de Circus étaient positifs et engagés et les répétitions se passaient bien, les sessions convenues à Beat Factory pour le mini-album qui devait servir de portfolio de grande qualité qui attirerait avec espoir l’intérêt de majors. Cependant, deux jours avant de rentrer en studio pour commencer l’enregistrement, Darren Filkins a annoncé qu’il quittait le groupe. Les autres membres de Circus savaient depuis un certain temps que Darren nourrissait des ambitions d’être photographe professionnel : ce qu’ils ne savaient pas, c’est qu’il était sur le point d’obtenir sa première commission professionnelle. D’un air quelque peu pénaud, il est parti la veille des sessions d’enregistrement projetées.

DAVE ROWNTREE : Graham Holdaway nous avit laissé utiliser le Beat Factory et nous avait donné du temps pour mûrir et bricoler avec la perspective de rassembler des choses vraiment bonnes. On avait toujours su que l’ambition [de Darren] était d’être photographe. Mais on ne savait pas qu’il allait disparaître juste au moment où on allait commencer à enregistrer. Il s’est juste cassé.

La solution à leur dilemne était, bien sûr, évidente. Damon était toujours en contact eégulier avec un musicien doué avec qui lui et Dave avaient joué dans le passé. C’était juste une affaire de l’arracher au demi-monde bohémien de vin bon marché et de mouvements artistiques inventés dans lequel il s’était jeté avec plaisir quelque part dans Londres.

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Goldsmiths College est une ancienne institution indépendante fondée en 1891 par l’honorable compagnie des orfèvres comme centre d’apprentissage technique et d’excellence. Depuis 1989, c’était un collège de l’Université d eLondres, et avait une formidable réputation de rigueur académique et d’innovation artistique. Son département d’arts plastiques est renommé de part le monde et ses expositions, concerts et représentations théâtrames sont célèbres. Situé à New Cross, secteur sale, vivant et distinctement urbain du Sud londonien, la plupart des premières années vivent dans des résidences universitaires. “C’était une fac dans laquelle il était difficle d’entrer, mais elle était cool, se souvient Graham. Tous les profs ressemblaient à des Trotskyistes avec leurs petites lunettes rondes, leurs cheveux gris et leurs vêtements sombres”.

C’est ici, à l’époque, qu’une scène probablement répétée dans de nombreux parkings de campus ce matin d’automne 1987 s’est déroulée. Des voitures arrivent de banlieues conduites par des parents aimant et légèrement anxieux qui amènent leurs bien-aimées ouailles dans leurs universités – de jeunes et gauches Kevin, Simon et Audrey bientôt rebaptisés Dirk, Rocky et Elsinore en s’inventant des vies plus intéressantes concernant des grand-parents qui se sont battus durant la guerre d’Espagne et des maladies sexuelles. Alex James, déjà un peu déconcerté par “une mère pleurante qui courait partout” est encore plus consterné par la vision de Graham Coxon qui émerge du break parental avec sa guitare.

ALEX JAMES : J’ai levé les yeux et Graham arrivait en même temps que moi ; il prenait sa guitare dans le coffre. On est restés plantés là et on s’est regardés de la tête aux pieds. J’étais un peu dégoûté, vraiment. Je pensais qu’il était plus cool que moi et plus beau. Et jusqu’alors, je me sentais assez cool – pantalons baggy, chemise en cachemire, mèche pendante – et puis je vois Graham qui me ressemblait en plus cool et j’ai pensé : l’enfoiré. Je savais tout de suite qu’il allait jouer un grand rôle dans ma vie.

La résidence universitaire dans laquelle ils ont emménagé se trouvait à Camberwell Green, entre Camberwell et Brixton dans le Sud de Londres. Par une autre coïncidence extraordianire, on leur a attribué des chambres directement au-dessus/en dessous de l’autre aux troisième et quatrième étages. Cependant, Graham était inscrit à un diplôme de beaux arts et Alex avait choisi d’étudier le français. “J’avais passé des A Levels en physique, chimie et français et j’étais encore interessé par la physique et la chimir mais le français a été l’option que j’ai prise parce que j’ai décidé que je voulais faire de l’art pas de la science. Le français était le seul diplôme d’art que je pouvais faire, de plus, j’aimais la France. si tu ne sais pas vraiment ce que tu veux faire, prends quelque chose que tu aimes. Et j’ai eu beaucoup de chance de rencontrer les bonnes personnes”. Ce jeune à l’attitude cool déprimante sur le parking était l’une de ces “bonnes personnes”, mais il a encore fallu attendre six à sept semaines avant qu’ils ne se rencontrent à nouveau.

ALEX JAMES : Graham vivait au-dessus de moi, mais durant les deux premiers mois, je n’ai pas eu affaire à lui. Il faisait les beaux arts et je faisais du français. Alors je me sentais un peu inférieur. Il est cool. Il traînait avec des troisième années et avait l’atelier à côté de celui de Damien Hirst même s’il était déjà célèbre et dans une clique différente. Mais il y avait un gars des beaux arts, Paul Hodgson, à notre étage qui est devenu mon ami et qui était la personne la plus intelligente, la plus drôle et la plus inspirante que je n’avais jamais rencontrée jusqu’alors. La grande chose d’aller à l’université, c’est que tu rencontres des gens qui ont grandi dans des villes et qui ont ce sentiment de ce qui est réalisable. Tandis que Bournemouth est un endroit sympa pour s’asseoir et ne rien faire et est très joli et tout, mais il y a cette vibration qui dit que tien n’est possible ; une vibration très restrictive de petite ville. Paul avait grandi à Londres et il disait qu’il travaillerait sur des chantiers afin de favoriser son art et je trouvais ça très inspirant. Alors Paul et moi, on mangeait des sandwichs aux pâtes en se défonçant la gueule et il a dit : “Tu devrais rencontrer Gray”.

GRAHAM COXON : J’aimais ça ; cette première année était géniale. Une grande période de découverte de choses sur la vie et les gens. Tu as dix-neuf ans, tu es ton propre patron, tu vis loin de la maison, tu fumes ce que tu veux quand tu veux, libre, entouré de mômes qui sont juste comme toi. Et ils sont libres aussi alors tu deviens fou furieux. Le monde de l’école d’art est si vague. Ils te donnent un espace de deux mètres par deux pour bosser et tu vas travailler dessus et une fois par semaine un gars venait parler pendant une demi-heure sur ce que tu faisais. Alors vraiment tu apprenais les règles sociales. Tous les jours à onze heures et demi tu pensais : “Bientôt l’heure de manger”, alors tu allais au syndicat étudiant pour manger une demi-pizza et boire quelques Newcastle Brown Ales, et il était très difficile de revenir dans ton studio pour s’asseoir et travailler. Alors on pensait beaucoup au bar du syndicat et on réfléchissait aux belles filles qui sont tout à coup dans ta vie.

Finalement, cependant, par l’entremise de Paul Hodgson, les deux se sont rencontrés. Alex se souvient des premiers mots de Graham. “Il a dit : Tu joues de la gratte depuis combien de temps ? et j’ai répondu environ quatre ans. Et puis on s’est soûlés ensemble et on l’a fait depuis toujours. C’est assez sympa de voir que dès le moment où je l’ai rencontré, on s’est soûlés ensemble. Bien sûr, une bouteille de tequila nous durait une semaine à cette époque”.

“Alex vivait en dessous de moi, explique Graham, et à côté de lui, il y avait cette fille complètement chelou et vieux jeu qui était clairement amoureuse de lui. La porte d’Alex ne fermait pas bien. Tu passais devant sa chambre et il était là endormi, complètement à poil, vautré sur le dos avec ses trucs qui pendaient, à côté de cette excentrique vieux jeu qui était entiché de lui et qui a dû avoir les boules de voir ça. Je descendais le matin pour le bouger pour aller à la fac ou n’importe ou finir la tequila de la veille et sa porte était entrebâillée. Si indécent”.

La paire est rapidement devenue inséparable, entrant dans une phase que Graham décrit joyeusement comme “du Whitnail total… Je portais ces costumes bon marché en tweed et on était obsédés par des frissons à bas prix”. Leur cercle comprenait Paul Hodgson et le troisième année Adam Peacock, qui était dans l’année de Damien Hirst. Alex décrit Adam comme “cet artiste incroyablement intrépide qui ressemblait à George Coburn et qui était comme mon père et celui de Graham”. On trouvait souvent le gang soit à Camberwell Green ou à l’appartement de Peacock à quelques pas de là sur Linnell Road. La vie était une recherche impitoyable de substances liquides et chimiques à peu de frais, la croisade des étudiants depuis Chaucer.

Ils se lançaient dans des sorties et faisaient des descentes dans les autres étages de la résidence universitaire, volant des caisses bon marché de vin dans les cuisines. À défaut, ils avaient recours à des mesures plus désespérées. Paul Hodgson avait donné à Graham un livre intitulé Bières et vins que vous pouvez faire et il a servi de bible à certaines expériences sans succès de brasserie maison. “Il y avait des recettes de divers cidres et punchs et une pour de la bière d’ortie que j’ai toujours voulu essayer mais je ne voulais pas aller à Camden Road pour ramasser les orties parce que les trains passaient à côté et ça semblait dangereux. Il y avait quelque chose qui s’appelait de la bière d’invalide. Spécialement recommandé si ta grand-mère ne se sentait pas bien. Fais des toasts puis brûle les et gratte le carbone dans de l’eau tiède. Ça vous fait du bien, apparemment”.

La bière d’invalide aurait été un bon choix pour le toujours maladif Coxon. Selon Alex : “Graham n’était jamais très bon pour se nourrir. Quand je suis rentré dans sa chambre pour la première fois, il y avait toute cette nourriture que sa mère lui avait donnée qui était empilée ; des bouteilles de lait qu’il avait trop peur de mettre dans le frido au cas où elles seraient fauchées. Tout ce qu’il y avait sur le bord de sa fenêtre pourrissait”.

Graham décrit Alex comme “exactement comme il est maintenant mais ça prend du temps pour devenir ta propre personne, je devine, pour que toutes ces caractéristiques émergent du bloc de pâte à modeler. Je le trouvais très marrant avec un très bon sens de l’humour. Il m’a toujours frappé comme étant un peu plouc : très intelligent, 143 O Levels et tout ça, mais un peu plouc. Un gars typique qui avait abandonné son saleté de lycée privé de la middle. Mais c’était juste un môme et on rigolait bien ensemble”.

Certainement, les souvenirs d’Alex de l’époque sont tendre. “La fac, c’était une putain de partie de rigolade. Tout le monde devrait y aller. On n’avait pas du tout d’argent mais on a rapidement appris qu’on pouvait se bourrer la gueule avec pratiquement pas d’argent. Admettons-le, les gens qui vivent dans la rue y arrivent alors les étudiants le peuvent”. C’est à peu près à la même époque que le duo, avec Paul Hodgson et Jason Brownlee, a conçu l’infâme mouvement Nichtkunst, sorte d’amalgame à prix réduit de situationnisme, de dadaïsme et de Bauhaus, sans manifeste clair à part “rester éveillé toute la nuit, se bourrer la gueule et dire des conneries”, comme se rappelle Alex. “On avait ces longues discussions de fou sur l’art et on imaginait cette philosophie qui impliquait un peu de peinture, ces cascades avec des ballons et jouer aux dadas, comme je m’en souviens”. “Nichtkunst, d’après Graham, c’était nous dans nos résidences universitaires qui essayions d’intellectualiser l’art de la représentation. Les choses revêtent une perspective surréelle si tu restes éveillé très tard. Paul et moi, on a travaillé une représentation artistique qui impliquait lâcher des échaffaudages de très haut dans un hall clos. C’était de l’art, mec, si tu vois ce que je veux dire”. Même s’il était un tantinet stupide, Nichtkunst semblait être une aventure généralement admirable et compréhensible. Car sinon quel est l’intérêt d’être étudiant en art à moins d’inventer tes propres mouvements de temps en temps ? Et, comme n’importe quel mouvement, il avait autant d’influence – c’est à dire aucune – que la New Wave Of New Wave, le Romo et tout autre culte vaporeux que la presse musicale et de mode font apparaître quand les temps sont calmes.

Les premiers mots que Graham et Alex s’étaient échangés concernaient la musique et la musique formait la base de leur amitié. Ils se rendaient dans la chambre de l’un ou l’autre avec leur butin de vin volé et écoutainet les Beatles, ELO, les Who et Simon And Garfunkel sous l’ordre de Graham, ou possiblement ce qui enthousiasmait Alex – Joy Division, New Order et Prince. Rapidement, cependant, ils ont commencé à aller plus loin que ces favoris pré-Goldsmiths.

GRAHAM COXON : La fin des années 1980 à Londres était une sorte de cours intensif de musique indée et alternative pour moi. On allait en boîte au syndicat étudiant chaque mercredi, Alex et moi avec Adam Peacock et son ami Peter, qui avait un peu de speed, et on écoutait Big Black and the Pastels. Excellent. J’aimais l’album Up For A Bit With the Pastels. Address Book était bon aussi. Aussi, j’allais à la Fountain à Deptford pour voir McCarthy et Tallulak Gosh que j’aimais. Je ne pense pas qu’un seul d’entre nous était complètement sain d’esprit à cette période, cependant. Du pernod, du cidre et du speed, je pense me rappeler, étaient un peu en évidence.

Au sujet de la musique originale, Graham se souvient qu’Alex et lui “on s’asseyait avec nos guitares et on essayait d’inventer ces petites chansons” mais musicalement son lien le plus ferme était encore avec Damon, qui “déprimait horriblement en travaillant dans la boutique Croissant à Euston mais au moins il avait ce job de garçon à tout faire à la Beat Factory”. Alex se rappelle que : “Graham et moi, on se soûlait et il jouait cette chanson intitulée I’ve Lost My Balls Inside My Computer (J’ai perdu mes couilles dans mon ordinateur). Elle faisait : Je ne voulais pas être un grand héros / Je voulais mourir pour cette merde qu’il appelait son pays. De l’horrible angoisse de Colchester, vraiment. Tout le monde l’aimait parce que c’était le meilleur dessinateur et meilleur en musique que les étudiants en musique. S’il y a un génie dans le groupe, c’est Graham. Il n’y a pas de doute là-dessus”.

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À dix kilomètres de l’autre côté de Londres, cloîtré dans la Beat Factory, deux autres fans des capacités de Graham Coxon avaient ce nom au premier plan de leurs pensées. Sur les traces immédiates de la démission choc de Darren Filkins, Deedigan et Brolan avaient complètement été démontés mais Albarn et Rowntree moins, qui voyaient le remplaçant parfait à portée de main. Damon a rapidement contacté Graham – il était toujours en contact régulier avec lui via son cursus partiel à Goldsmiths – et le guitariste a accepté volontiers de descendre à la Beat Factory.

Son effet sur les sessions a été radical à plus d’un titre. Eddie Deedigan a plus tard rappelé dans une interview avec Martin Roache : “Il a joué de la guitare de manière incroyable. On était complètement sur le cul et puis il a dit : Ça va ? Putain, ça allait, très bien. On n’en croyait pas nos oreilles”. L’album a été enregistré et mixé durant une intensive session de quatre jours en janvier 1989. Aucun titre de ces sessions n’existe encore à part une poignée : Salvation, Happy House, Elizabeth et She Said. Manifestement heureux des résultats finaux, le groupe a arrangé une fête de célébration pour leurs amis. Graham a bien sûr invité Paul et Alex, ses copains de Goldsmiths. C’était la première fois que les quatre membres de Blur se trouvaient dans la même pièce. Prophétiquement, la soirée a eu ses moments.

ALEX JAMES : Graham avait souvent parlé de Damon. Il avait dit qu’il était dans Hazel Dean And The Carp Enters From Hell et récemment il avait parlé de Circus et il avait mentionné son pote Damon et Dave et ces noms divers n’arrêtaient pas de revenir. Je suis revenu après la reading week [nom élevé que les universités donnent à l’intersemestre pour contourner le fait qu’ils n’étaient pas censés avoir des cours] – ça devait être au début de l’année 1989, je suppose – et je suis revenu de Bournemouth où Justine vivait toujours et il y avait ce mot sous ma porte qui disait : Je suis allé aux studios Beat Factory pour faire quelques enregistrements. C’était génial. Salut, à plus, Graham. Alors à la fin de cette session, il a dit : Tu dois rencontrer Damon, alors Paul, Graham et moi, on est allés à Euston et Damon avait les clés de ce studio et il a sorti : T’es déjà entré dans un studio d’enregistrement avant ? et j’ai dit non, évidemment. Il m’a fait écouté cette chanson et c’était des conneries à la Brother Beyond. Alors comment ça s’est passé ? Descends sur terre… tu ne me dis rien. C’était vraiment une sale brouille d’école d’art dramatique et il est monté sur ses grands chevaux, on a bu et il ne changeait pas d’avis. Il y avait une fête après et finalement il a dit : Alors, qu’est-ce que tu penses des trucs ? et j’ai répondu : C’est de la merde. Pourquoi tu ne chantes pas les louanges de quelque chose à laquelle tu tiens, quelque chose qui est proche de ton cœur ? Je suis devenu très offensif en gros, mais je pense qu’il a aimé ça.

DAMON ALBARN : Et puis j’ai rencontré Alex. Comment était-il ? Il était… il était… Eh bien, je l’ai trouvé génial. Étonnament arrogant mais génial. Il a écouté tous les trucs qu’on avait faits et qui nous plaisaient et il a dit que c’était de la merde. Comme beaucoup d’autres choses qu’Alex a dit, elles reviennent le hanter. Mais cette fois il avait raison.

Malgré le jugement cinglant d’Alex, Damon et les autres sentaient avoir assez de confiance dans le matériel de Circus pour considérer le vendre au business musicale de Londres. Steve Walters d’EMI était vaguement encourageant mais pensait que le groupe avait besoin d’apprendre son métier et d’affûter ses talents sur scène. Ainsi le seul et unique concert payant de Circus a été organisé par la femme d’Eddie Deedigan au Victoria Hall de Southborough dans le Kent. Pour 2.50 £, le public a été diverti par Circus plus les premières parties Whale Oil et Annie Personne dans le petit public a pu manquer la signification de la toute première collaboration sur scène entre Albarn, Rowntree et Coxon.

Durant une brève pause d’activités de groupe, Alex, Damon et Graham on commencé à cimenter en tant que groupe sociable. Ils étaient toujours présents aux fêtes étudiantes, où on trouvait normalement Graham “allongé par terre tel un paillasson humain”, dans les souvenirs de Damon. Durant la plus célèbre de ces soirées, après avoir fait la bringue à la bière et à la tequila lors d’un vernissage à la Slade School Of Art, Alex est tombé ivre mort dans un bus de nuit et s’est retrouvé dans le rural Thamesmead à 15 kilomètres de là tandis que Damon s’est effondré à la gare d’Euston et a passé une nuit au commissariat de Holborn, en se réveillant pour trouver qu’il partageait sa minuscule et étroite cellule avec un Gurkha népalais.

À désormais 21 ans, Albarn devenait de plus en plus assuré en tant que compositeur. De plus, son œuvre devenait non seulement plus confiante et originale mais plus en accord avec l’époque, bien que d’une manière oblique, grâce à sa curieuse connexion d’influences qui incluaient désormais 2-Tone, Kurt Weill, Vaughan Williams, les Cardiacs (encore plus plus tard) et le meilleur de la récolte actuelle de groupes indés tels que les Pixies, My Bloody Valentine et les Stone Roses. Les deux premiers illustraient un style d’anarchie sensuelle qui séduira Graham Coxon et s’avérera d’être d’une grande influence. Mais les derniers étaient ceux avec le plus d’influence commerciale.

Tandis que les années 1980 se terminaient, les Stone Roses dominaient la pop britannique, ou du moins, son secteur indépendant. En mai, leur premier album était entré à la 32ème place des charts mais y réentrera cinq fois durant l’année à venir, leur annus mirabilis. En novembre, ils avaient piqué une célèbre crise de rage quans ils étaient exaspérés par des difficultés techniques lors d’une apparition au Late Show sur BBC2. Noël 1989 avait apporté Fool’s Gold, dont le funk HLM trompeur et l’éclat fanfaron en ont fait le single de son époque. En 1990, leur apparition à Spike Island à Widnes était le Woodstock de la génération Madchester, Madchester étant le nom donné à l’explosion de talent malsain mais vibrant venant de Manchester. Cool dans les premiers mois de la nouvelle décennie était fondamentellement synonyme des Stone Roses, notion qui ne sera pas perdue pour les futurs membres de Blur, même s’il faut attendre encore un peu avant que l’influence ne devienne facilement apparente.

Pendant ce temps, cependant, le développement musical accéléré de Damon impliquait des changements inévitables au sein de Circus. Dans des testaments ultérieurs, Eddie Deedigan avait attribué son départ du groupe à une aliénation de la nouvelle direction du groupe : “Un jour, on est passés d’un groupe pop mélodique à Dinosaur Jr avec des couches de guitares sur tout… C’était un changement très soudain. Ce n’était pas pour moi… et je devais partir”.

Mais tout le monde, il semblerait, s’en souvient différemment.

DAMON ALBARN : Dave a viré tout le monde. Ça lui prend parfois, tu sais.

ALEX JAMES : Dave a viré Eddie Deedigan et son pote. Une ou deux fois par an, il fera la même chose avec un tour manager ou quelqu’un d’autre.

GRAHAM COXON : Dave était à l’origine de quelques renvois. Il se peut que ça ne lui ressemble pas mais il peut être assez impitoyable. Il n’a pas peur de dire aux gens ce qu’il pense. Il a dit qu’il n’aimait pas une des chansons d’Eddie, l’a insultée d’une certaine manière, et Eddie a répliqué : “Eh bien, je m’en vais alors”, et le pote d’Eddie, Dave, a dit : “Je ne suis là que pour faire les trucs d’Eddie, donc je m’en vais aussi”.

DAVE ROWNTREE : Il y avait deux principaux compositeurs dans le groupe. Eddie et Damon étaient tous les deux compositeurs et il en est venu au point, comme c’est le cas pour tous les groupes, où on doit prendre une décision. J’ai clairement dit que Damon était le compositeur en ce qui me concernait et que c’était l’option Damon que j’avais choisie. Alors Eddie est parti. C’est toujours moi qui fait ces trucs. Je ne dirais pas que j’ai viré le petit Dave mais je pense que j’ai changé ses termes de référence d’une manière qui a rendu sa position intenable.

Ainsi, Circus s’est réduit du jour au lendemain au petit bijou de trio qu’étaient Albarn, Coxon et Rowntree, qui avaient désormais besoin d’un bassiste. Il y avait, bien sûr, un candidat évident, à condition que certains plis du tissu social soient repassés. Comme Graham l’a vu : “Je ne pensais pas qu’Alex aimait vraiment Damon. Ils avaient tous les deux cette réserve, cette arrogance. Ils ont mal commencé parce qu’ils ont tous les deux essayé de se tyranniser mutuellement”.

“On pensait tous qu’Alex était un petit branleur, réfléchit Dave, et on savait que ce n’était pas un grand bassiste mais il était beau et avait une grande attitude. Tu dois mettre ça dans la balance : c’est un branleur qui ne sait pas jouer… mais il est beau et a une attitude. Et après tout, ce n’était que de la pop. C’était l’attitude de tout le monde… dans une certaine mesure Alex aussi. Il est venu un peu comme moi dans le fait qu’il pensait que la musique était merdique à l’origine mais on avait un studio d’enregistrement. Quel putain de groupe de mercenaires, hein ?”

On a beaucoup parlé des soi-disant limitations techniques d’Alex et il est important de les mettre en perspective. Même à ce moment, il se serait bien intégré dans la plupart des groupes pop où un bassiste n’est rien d’autre qu’un métronome humain. Dave fait remarquer que : “Il était bon, pas juste techniquement le meilleur. Je veux dire, nous autres trois, on joue depuis qu’on est mômes. Il ne jouait que depuis son adolescence et venait de commencer à choper des filles, vraiment. Ça l’a rendu très non populaire pendant quelques années jusqu’à ce qu’il se reprenne en main. On a toujours attendu qu’Alex apprenne des choses. Ce groupe a une longue histoire de quelqu’un étant l’étranger pendant un moment. Ça arrive encore maintenant à nous tous, peut-être Damon le moins. Alex retournait toujours ça alors quand dans les interviews on le rejetait comme non musicien, il disait : “Je suis là pour porter des fringues et prendre les sous”, ce qui lui a donné beaucoup de bons points. Il a toujours été le maître de la presse vraiment. Ça a pu être un peu décourageant mais il est tellement imbu de lui-même et il avait une très bonne oreille musicale et sortait toujours de très bons morceaux. Il pouvait mieux penser la musique qu’en jouer. Et maintenant qu’il sait en jouer aussi bien, c’est l’un des meilleurs bassistes au monde”.

Alex est typiquement direct sur le sujet. “Paul McCartney a essayé au maximum d’apprendre à lire la musique et a abandonné quand il s’est rendu compte qu’il luttaut avec les leçons et The Saints Go Marching In quand il avait écrit Eleanor Rigby. Tu n’as pas besoin d’avoir le meilleur vocabulaire pour écrire une bonne histoire. La musique est parlée. Elle n’existe pas sur le papier. Je n’étais pas démonté par le fait qu’ils venaient tous d’un apprentissage classique parce que j’avais la meilleure coupe de cheveux. Et ils étaient merdiques avant que je ne les rejoigne”.

Et il les a effectivement rejoints. Dans les chambres de la résidence universitaire autour de quelques tranches de ce qu’ils avaient baptisé la Pizza du Pauvre – essentiellement des tranches de pain de mie recouvertes de purée de tomate et de fromage légèrement grillées, si vous suivez cela chez vous – Graham Coxon a demandé à Alex James de rejoindre Circus. “Je pense avoir dit : Veux-tu être dans un groupe qui voit du pays ? ou quelque chose dans le genre”.

Alex avait des craintes. Damon Albarn, pensait-il, était une sorte de “reine d’école d’art dramatique”. De Dave, le punk pacifique aux cheveux hérissés, il ne savait que peu de choses à part le fait que c’était “ce con poil de carotte avec une crète qui conduisait une voiture marron, travaillait pour la municipalité et buvait ridiculement”, ajoutant que : “Dave a longtemps été le bouc émissaire. On était horribles avec lui mais il est vraiment rock’n’roll et maintenant je suis vraiment proche de lui”. Graham, il le connaissait et l’aimait. Alors, tout compte fait, sa décision était simple. “Et de plus, ils avaient ce studio d’enregistrement. Ce n’était pas quelque chose devant quoi on pouvait faire le dégoûté”.

Ce n’était pas les Walton. Mais dans cet irritable ragoût mercenaire de soupçons, quelque chose de plutôt spécial était né : un nourrisson qui gémit et qui vomit qui devait se faire une place dans la conscience populaire en gémissant et en vomissant. Comme tous les bébés, il avait besoin d’un nom.

Traduction – 28 juillet 2007