“Le journalisme rock, a dit Frank Zappa, ce sont des gens qui ne savent pas écrire qui interviewent des gens qui ne savent pas parler pour des gens qui ne savent pas lire”. Généralement parlant, il avait probablement raison. Mais revenons quelques siècles en arrière vers un autre vieux râleur du nom de Jonathan Swift et voilà une autre maxime dont je me souviens. “Je méprise l’humanité de tout mon cœur mais j’aime profondément Pierre, Jean et les autres”. Mettez les deux ensemble et vous avez un bon résumé de mes sentiments envers l’écriture rock. En général, c’est une profession assez peu honorable, un peu comme vendre des multipropriétés bizarres en Grande Canarie ou l’astrologie, et je suis légèrement embarassé de gagner des bouts de ma croûte grâce à cela depuis, la vache !, dix ans maintenant.

Mais je ne pense pas que Frank Zappa parlait de moi ou des groupes que je connais et que j’aime, ni des lecteurs judicieux et érudits comme vous-même. Néanmoins, le soupçon qu’écrire sur les groupes pop n’était pas un travail respectable pour un adulte m’a toujours gardé de “faire un livre” jusqu’à maintenant, malgré les flatteries de quelques éditeurs. Étant donné que Revolution in the Head de Ian McDonald, et Diary of a Rock And Roll Star de Ian Hunter (les meilleurs livres sur le rock de tous les temps) avaient déjà été écrits, je ne voyais que peu d’intérêt à rajouter sur les étagères ployant sous le poids des livres une promesse de “l’histoire secrète de Ugly Kid Joe” ou de “Tasmin Archer comme vous ne l’avez jamais vue”.

Ce qui m’a fait changer d’avis était l’opportunité d’écrire sur Blur, le groupe pop anglais le plus intéressant de sa génération. (Je dis anglais délibérement, leurs seuls rivaux en terme de fascination, les Manic Street Preachers, sont gallois.) Je ne crierais pas sur les toits pourquoi : tout se trouve dans les centaines de pages à venir. Je me contenterai de dire que je crois que leur histoire raconte quelque chose d’éclairant sur les temps dans lesquels nous avons tous grandi. À l’origine, j’avais des notions très nobles pour le livre et je pouvais entendre les phrases retentissantes des critiques entièrement imaginaires : “Plus qu’une simple biographie pop : une sorte de parabole de cette décennie turbulente…”, “élucide brillament le lien entre la pop et la société. Elle m’a empoigné” etc. etc. Blah blah blah. Ce n’est rien de la sorte bien sûr. Juste l’histoire d’un groupe pop racontée comme j’ai pu. Mais c’est l’histoire d’un groupe pop qui a véritablement formé des aspects de la vie britannique des années 1990, et son histoire, c’est, par définition, une réflexion sur l’histoire d’un pays et de sa culture.

Une autre raison irrésistible d’une biographie à moitié décente de Blur était le faible niveau de ce qui existe actuellement. Il n’y a qu’une exception honorable à cela : Blur the whole story de Martin Roache qui au moins s’est soucié de faire des recherches détaillées. Les fans de Blur devraient y jeter un œil et éviter toutes les autres (excepté celle-là bien évidemment) comme la peste proverbiale.

C’est une biographie autorisée, réalisée avec la bénédiction et la participation du groupe, l’excellent titre, par exemple – la période entre la toute première réunion du groupe et la publication de ce livre – était leur suggestion. Les biographies autorisées souffrent souvent d’être de simples hagiographies ou d’interminables massages d’ego. Je me suis efforcé à garder celle-ci honnête et sincère. Le groupe ne mérite pas moins. Ceci dit, c’est la participation du groupe qui, je crois, lui donne ce petit plus par rapport à tout ce qui a été écrit sur eux jusqu’à maintenant. Bien que Karen Johnson de EMI m’ait fourni toutes les coupures sur le groupe qui ne se soient jamais retrouvées en kiosque, ce n’est pas essentiellement une biographie fondée sur elles ou un montage à coups de ciseaux, comme on le appelle méchamment. Chaque membre du groupe a été interviewé individuellement et fort longuement, comme la pile vacillante de cassettes à côté de l’ordinateur le témoigne. Cette profondeur et étendue d’accès m’a poussé à utliser, là où c’était approprié, la technique de citation entre parenthèses attribuée (les paragraphes en retrait avec les noms) chapardée sans honte à l’excellente biographie de Paul McCartney par Barry Miles, Many Years from Now. Si vous l’avez, affichez la, je dis. Et j’ai environ 26 cassettes de 90 minutes de trucs, non seulement du groupe mais de nombreux associées clés. Elles forments la base du livre.

Les membres du groupe eux-mêmes alors – Damon Albarn, Graham Coxon, Alex James et Dave Rowntree par ordre alphabétique – doivent être les premiers de toute liste de remerciements. Ils ont donné des portions généreuses de leur temps alors qu’ils enregistraient et préparaient la sortie de l’album 13. Les mérites du livre sont les leurs, ses fautes les miennes.

Je suis aussi redevable à Andy Ross, David Balfe, Nigel Hildreth, Mike Smith, Chris Morrison, Stephen Street et bien d’autres pour avoir fourni des heures de bandes d’interviews. J’aimerai y ajouter Karen Johnson qui non seulement a partagé ses souvenirs mais a aussi transmis toutes sortes de données inestimables dans des taxis noirs londoniens. Simon Blackmore de Parlophone a aussi contribué une grosse partie du travail. Niamh de CMO était immanquablement généreuse, accomodante et courtoise à un moment où la dernière chose dont elle avait besoin était un journaleux importunant. Il en va de même pour Selina de la même organisation et Justine Andrew. La Stanway School de Colchester et le Goldsmiths College de Londres m’ont énormément aidé, tout comme Martin et tous ceux du Blur FC, un fan club qui fait honte à la plupart des autres.

Certains collègues du journalisme musical ont été de grandes bénédictions de manières différentes. John Aizlewood et Andrew Collins ont ajusté leur calendrier social et offert la camaraderie de l’auteur hanté par la date limite. Danny Eccleston m’a permis de piocher dans des transcriptions non publiées de ses interviews de Blur pour le magazine Q au début de l’année 1999. Dave Cavanagh a co-écrit avec moi une discographie critique exhaustive du groupe en plusieurs parties pour le magazine Select au milieu des années 1990. J’ai sans honte emprunté des choses de cela et j’ai dû bien emprunté des expressions de “Cav”, puisque, avec le temps, je n’arrive pas à me rappeler qui a écrit quoi. Andy Fyfe a pris du temps sur son agenda déjà rempli pour dénicher ces travaux et me les fournir. David Quantick m’a amené d’inestimables archives. Mon éditeur, Ian Gittins, a été de bonne raison, et je lui en suis reconnaissant.

Dans l’entourage de Blur, je devrais remercier de bons amis depuis des années : Biffo, Smoggy, Dave Byers – Ifan, où qu’il soit – et le reste. Aussi, sincères remerciements au moniteur de vol Tony pour cette journée mémorable. Sur une note personnelle, pour toutes sortes de soutien, je devrais mentionner les très patients Treatmenters, Ali, tous ceux à 62 et 31 et mes amis du Nord, en particulier Colin, moi-même de Porlock.

Si vous avez été oublié, cela est dû à des facultés défaillantes plutôt qu’à une offense intentionnelle. Mes excuses néanmoins. Je pense que les dédicaces littéraires ont une odeur de maquereau induis en erreur et alors je ne m’en soucierais pas mais je dirais que Leo Finlay sera amèrement regreté lors de la fête de lancement. Il y aura bien une fête de lancement, non ?

Traduction – 5 avril 2005