Regardez les Blur voler de leurs propres ailes

Supercherie ? Comme par magie, BLUR se tiennent en équilibre sur la lèvre tremblante de l’immensité grâce au gambit promotionnel de la fille tape à l’œil sur un hippopotame pour leur premier single et maintenant le suivant, There’s No Other Way – de la pop visionnaire retour à l’essentiel pour les gens d’aujourd’hui. SIMON WILLIAMS ajuste ses verres à double foyer.

Les charts anglais sont devenus dingues. C’est officiel. La dernière fois que tant de musique (in)décente a infiltré le courant principal, c’était durant les jours heureux post-punk du début des années 1980.

Non plus satisfaits de se précipiter, fugitivement, dans le cul-de-sac du Fab 40, James, The Wonder Stuff, Ride, The Charlatans et Ned’s Atomic Dustbin se dirigent tout droit vers les plus hauts échelons tel un petit groupe de voyoux de Hackney partis à The Savoy et, incroyablement, ILS SONT AUTORISÉS À ENTRER !

Seul Chesney Hawkes se tient, avec ses grains de beauté, entre le compromis satisfaisant et la domination statistique. Mais, eh, c’est lui qui s’est rabaissé au niveau du Little & Large Show.

Aujourd’hui, c’est le tour de Blur, la nouvelle coqueluche du claustrophobe Camden Falcon. Après la place dans le Top 50 de leur premier single de l’année dernière, She’s So High, tout ce que son rusé successeur, There’s No Other Way, a besoin pour percer plus haut que Nellie The Elephant, c’est un passage tôt dans le Chart Show, une place dans la “A” Playlist de Radio 1 et un soupçon de muscle de EMI. Il a les trois. Il ne peut échouer. Blur va devenir énorme.

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Le meilleur, c’est que Blur le savent. À peu près au milieu de l’interview, le guitariste aux manières douces, Graham Coxon, assis en tailleur sur un canapé d’un studio d’enregistrement de l’Ouest londonien, marmonne quelque chose sur “l’euphorie endormie” et fait mouche sans le savoir.

Blur ne sont pas concernés par les esprits superficiels et les branlettes verbales qui monopolisent les gros titres. Échaudés par l’enthousiasme léthargique, le quartuor va d’un pas tranquille avec l’inévitable célébrité. Pour Blur, le temps n’est pas important. C’est pourquoi cela leur a pris six bons mois pour arriver à sortir leur deuxième single dans un environnement qui encourage activement le génie de la richesse rapide.

“Ça ne nous a pas fait de mal, hein ?” déclare avec un visage épanoui le chanteur Damon Albarn, le blond à la coupe au bol à la Polux. “L’année dernière, c’était pas notre année, vraiment. On commençait, on s’était pas vraiment mis dans la tête ce qu’on jouait et comment on le faisait.

“Maintenant, on a tout réuni, alors on peut se détendre avec tout ce qui se passe pour nous. Et ça se passe maintenant – il n’y a pas de doute là dessus”.

There’s No Other Way est un catalyseur irréfutablement bon pour ce “ce qui se passe” ; single classique au cœur de guitares groovy et une pointe d’accroches irrésistibles. Superficiellement, du moins, c’est une pop song. Pure et simple. Elle n’est peut-être pas d’une originalité éblouissante, mais encore une fois…

“Je ne dis pas qu’on est d’une originalité éblouissante, proteste Damon. Je crois fortement en l’écriture d’excellentes chansons qui ont un message incisif. Je n’aime pas utiliser plus de dix mots dans une chanson si je peux le faire, alors je peux créer une petite balle d’émotion.

“C’est comme Freak Scene de Dinosaur Jr, les seules paroles qui veulent dire quelque chose pour moi, c’est Don’t let me fuck up will you / ‘Cos when I need a friend it’s still you (Ne me laisse pas me foutre dans la merde / Parce que quand j’ai besoin d’un ami, c’est toujours toi) : c’est ce qui rend cette chanson si puissante, et c’est ce que toute chanson devrait avoir, un petit moment où le putain de monde s’ouvre et tout devient complètement… bien”. “Ce groupe, c’est des choses très basiques, et juste jouer avec ces choses basiques – il n’y a rien d’autre chez nous. Et penser : Mon Dieu, quelle maîtrise des mots, quels musiciens incroyables, c’est que de la merde !”

Tourné dans un manoir georgien tout à fait accueillant, le clip de There’s No Other Way montre Damon, Graham, le bassiste au corps de serpent, Alex James, et le batteur muet, Dave Rowntree, déjeuner dans une famille de l’âge nucléaire. Le meilleur moment, c’est quand la mère sort un gargantuesque diplomate qui pourrait absoudre la famine au milieu d’éclairs sinistres, même si rien de cela n’a de sens. Du moins pour les dix millions de téléspectateurs du Chart Show.

“On aime troubler les gens, admet Damon. Si vous arrivez à nous comprendre, ça vous rend cool et intelligent”. Sous cet extérieur “Waou, on est si basiques !” se cache une petite bête incendiaire, un esprit qui cherche l’attention et qui se manifestait pendant les concerts, quand Damon se jetait sur scène et sur ses collègues comme le tout dernier fou de l’asile. En excellente (c’est-à-dire suicidaire) forme, le chanteur pouvait faire passer Archaos pour le Chipperfield’s Circus.

Il s’est calmé récemment, inquiet que Blur soit perçu comme un simple “groupe acrobatique”, mais cette dangereuse tendance effrontée reste, réjouissant certains tout en en énervant beaucoup.

“C’est parce qu’on est honnêtes, révèle Damon, honnêtemment. On est terriblement honnêtes à propos de tout. C’est comme on est, et c’est ce qui fera que les gens soit nous adorerons ou nous détesterons. On fait juste notre truc – la différence entre nous et les autres groupes, c’est qu’on n’aime pas sonner pareil deux mois de suite.

“On change assez régulièrement, et c’est ce qu’on continuera de faire. Alors il y aura peu de gens dans cette période grise parce qu’on devra avoir des raisons pour nous aimer, à part un Ouais, Blur fait partie de cette scène généralisé.

Damon a peur qu’on écrive du faux sur lui, que ses idées soient déformées par le filtre médiatique. Alex vit dans la peur de Milton Keynes : “Un groupe de gens qui jouent au cricket en intérieur m’a servi du thé dans une tasse en plastique avec du lait en poudre à Milton Keynes ! il se plaint, vertueusement. Mais qu’arrive-t-il à ce pays ?”

Qu’ils énervent les promoteurs et les salles de concert en étant “plus qu’enthousiastes”, irritent les féministes, en collant une nymphette nue sur un hippopotame sur la pochette de leur premier single ou génèrent simplement de la méfiance dans les cercles suspects, qui voient la brusque transformation du groupe de Seymour (tel ils étaient connus) en grands espoirs de Food, Blur se contentent d’essuyer avec insouciance les tempêtes, tel un vacancier soûl vêtu d’un t-shirt résolument inconscient de la pluie. La confiance est une chose dont Blur ne manquent pas.

“Je pense que je suis probablement trop confiant tout le temps, pense Damon. Je ne connais pas encore mes limites, ce qui est probablement dangereux”.

“On ne manque pas vraiment de confiance, acquièse Alex. Mais on n’a pas vraiment la grosse tête”.

Juste un peu alors, Alex ?

“Ouais !”

“Je peux être très grossier, murmure Graham. Je deviens impuissant. Je suis parfaitement charmant et puis au moment où je commence à oublier ce qui arrive, je me soûle et c’est là que je me transforme en horrible salaud. Mais ça ne fait pas de moi une personne grossière. Les gens ont besoin d’espace et de respect – ils ne devraient pas être immédiatement jugés pour tout ce qu’ils font”.

Le jour du jugement de Blur est imminent, c’est certain. Une fois que There’s No Other Way aura fait son travail et aura accroché Blur sur tous les murs adolescents du pays, il y aura un autre temps de battement je-m’en-foutiste avant que l’album – actuellement en enregistrement avec Stephen Street – n’arrive dans les bacs quand les feuilles commençeront à tomber. Puis Damon pourra déclarer avoir encore plus raison qu’il ne l’a déjà, Blur pourront avoir plus de formes subbversives et la pop pourra respirer à fond et se reposer. Sauvée par le gong.

Vous pariez ? Blur sont la célébrité.

Traduction – 10 mars 2005