Damon Albarn de Blur réfléchit aux problèmes importants d’aujourd’hui.

Quelle importance a Blur ?
Blur est… eh bien, tout dépend du conditionnement individuel de chacun, mais en terme général Blur est (pause) … complètement insignifiant. Pour moi, je vis ma vie de Damon, membre de Blur, et ensuite je vis le reste de ma vie comme une réaction négative à cette expérience. Négative d’une manière photographique, je ne parle pas de noir et blanc, je parle du renversement, mais pas de l’opposé. Ma vie consiste en une sélection d’incidents, de surprises et de regrets, et je dors durant l’autre partie de ma vie avec des incidents, des surprises et des regrets négatifs. Et mis ensemble c’est ma vie. Blur c’est tout ça. C’est ce que je suis.

Est-ce-que tu aimes ta personne ?
Seulement quand je suis conscient de moi et capable de dériver toutes mes décisions de mon moi intérieur. Mais à part ça, non je ne m’aime pas. Même pas quand je suis sur scène. C’est plus une bataille constante de garder quelques ressemblances avec toi-même et lutter contre une sorte de morale et des voix nostalgiques dans ta tête. Je suis beaucoup plus heureux maintenant que je ne l’ai été depuis un bon moment, mais ça ne veut pas dire que tu t’aimes plus. S’aimer n’est pas la base du bon humanisme, qui est ce qu’on devrait tous s’efforcer à faire. C’est mieux d’aimer les autres. Je ne sonne pas comme Jésus !

Est-ce-que c’est vrai que tu n’as pas de disques dans ta maison, juste des bouquins ?
C’était vrai jusqu’à il y a un an et demi, quand j’ai rencontré ma copine. Elle avait des tas de disques et je les ai écoutés tous et ensuite j’en ai acheté. Ainsi j’en ai des centaines maintenant. Mes livres me manquent, ils sont chez mes parents, mais en ce qui concerne la musique, je suis un personnage reformé. Avant ça, tout ce que j’écoutais vraiment, c’était Kurt Weill, Ravi Shankar et Abba. Tu vois, venant de mon milieu (Le père de Damon a été brièvement le manager du groupe de rock progressif artistique de la fin des années 1960 Soft Machine) ma seule source de rébellion c’était d’ignorer cette culture. (Rire) Je suis juste devenu très conventionnel maintenant.

J’ai écouté mes premiers disques de Kevin Ayers et je peux rentrer chez moi et en parler avec mes parents maintenant, parce que mon père a été leur manager. C’est marrant que ça m’a pris tout ce temps, mais j’y suis venu d’une manière naturelle, je n’y ai pas été forcé. Tu dois trouver tes propres raisons, tes propres motivations. Tu dois détruire ta propre inertie, ce n’est pas aux autres personnes de le faire pour toi.

Qui t’impressionne ?
Um. Euh. Je ne sais pas. Les vieilles personnes qui ont réussi à conserver cette envie de vivre, des personnes de 90 ans qui continuent à chanter ou grimper des montagnes. Ils m’impressionnent… Je me sens très à l’aise avec eux. Boire une tasse de thé avec un morceau de cake aux fruits un dimanche après-midi chez mes parents m’impressionne aussi. Quant aux personnes qui m’impressionnent de désir – les femmes d’Europe de l’Est noires. En fait, je suis constamment impressionné. Condamné à être inconstant.

Qui détestes-tu ?
(Soupire). Les adultes qui malicieusement foutent en l’air la vie de leurs enfants dans toutes les formes possibles. Ça ne m’est pas arrivé personnellement mais je connais pleins de gens à qui c’est arrivé. Et je hais les Nazis. J’étais récemment en Allemagne et il y avait, je ne sais pas, plein de personnes mélangées là-bas. Les gens aux concerts étaient super, vraiment charmantes, mais il y a un goût sinistre dans l’air. Je ne pense pas que cette nouvelle Allemagne unifiée est saine. C’est juste un vague sentiment que j’ai à propos de ça. J’ai détesté quelques uns de mes profs d’écoles. C’est tout.

Es-tu amoureux ?
Oui. C’est un processus dans lequel tous tes extérieurs disparaissent doucement. Je pense. Que révèlent-ils? Ils révèlent juste ce que tu veux qu’ils révèlent vraiment. J’aime être amoureux. Je suis amoureux depuis que j’ai rencontré pour la première fois ma copine, depuis la première fois que je l’ai vu. Je ne peux pas en parler, parce que c’est trop personnel, mais je vais écrire un livre sur ça. Je ne vais pas te dire son nom mais j’aime qui elle est, elle est incroyablement belle et je suis son esclave. Je suis un esclave de l’amour.

Combien d’argent as-tu en banque ?
(Immédiatement) 140£. Je n’ai jamais eu beaucoup d’argent, je le garde sous mon oreiller ou dans ma poche. La plupart des groupes reçoivent en fait les profits quand ils remboursent l’argent qu’il leur avait été avancé. On a remboursé maintenant, alors c’est génial.

Je n’ai jamais eu de dettes dans ma vie, je n’ai jamais eu un découvert, jamais eu une carte de crédit. Je n’aime pas les banques, et elles ne m’aiment pas. Alors maintenant je n’ai plus de compte bancaire, j’ai juste un compte dans une société de bâtiment. Les banques ne m’aiment pas parce que je n’y mets jamais beaucoup d’argent et que je n’ai jamais été à découvert, je suis incroyablement ennuyeux et ils s’endorment quand ils regardent mon compte.

As-tu eu une enfance inhabituelle?
Elle n’était pas inhabituelle pour moi, mais je suppose qu’elle l’était pour les autres. C’était une famille très heureuse et d’une certaine manière c’était inhabituel. Mon père est écrivain, il écrit sur le langage des dessins. Les bouquins sont des tomes de la fin des années 1960 sur le lien entre la nature, les dessins et la vie. Mon père a un esprit assez large dans ce domaine. Et c’est le directeur d’une université d’art. Il a seulement été manager de Soft Machine pendant une courte période mais il faisait partie de l’art pop psychédélique, une sorte de hippy. Ma mère était assez hippy. C’est une artiste du papier mâché. Elle fait des choses à partir de papier mâché. On a traversé toute l’Europe quand j’étais jeune. Je n’étais pas éloigné de l’école, mais j’en étais très détaché quand même. Habituellement endormi en cours, j’ai raté pratiquement tous mes examens. Même ceux de musique.

Mon enfance était très arty, en gros un environnement complet d’expression de soi-même. Pas de tabous, on parlait de tout. Très libre mais pas autant pour en perdre mes racines et mon identité.

Es-tu un comédien frustré ?
Je suis un sacré comédien horrible, je suis allé à l’école d’art dramatique à cause du manque d’autres choses à faire. Evidemment je suis monté sur les planches parce que c’est ce que je fais maintenant, mais je n’étais pas désespéré à réciter Oscar Wilde. J’étais beaucoup plus intéressé par mes propres idées que celles des autres. (Rire)

Est-ce-que ta maison est une porcherie ?
Ouais, c’est l’est un peu en fait. On a des puces, des chats, des poils et de la cire de bougies partout. Notre maison est très chaude et spacieuse… en fait je ne devrais pas dire notre, ce n’est pas du tout ma maison. Je suis un ambulant. Un sympa cependant. J’ai plus de valeurs que la télé du moins – on l’a jetée. La chose la plus sympa dans la maison, c’est la fenêtre qui donne sur le jardin. Il y a une aiguille d’église et un grand arbre et du ciel bleu parfois…

Lis-tu tes propres critiques ?
Oui, mais je ne me vexe plus. C’était un mensonge. Oui. N’est-ce pas pathétique? Je ne me vexe pas trop pour le prendre au sérieux mais je me vexe. Les gens sont bizarres et particuliers, il ne faut pas considérer ça comme admis. Parfois les gens te détestent parce que tu as le pouvoir sur eux parce qu’ils t’aiment beaucoup. C’est pour cette raison que les gens détestent les autres. Ce n’est pas quelque chose que j’encourage ou dont j’abuse.

Est-il impossible de faire un disque pop original en 1992 ?
Non. Tous les disques qui ont été fait sont entièrement originaux, c’est juste un cas de savoir s’il a oui ou non a la pertinence du moment. Les pires disques qui ont été produit à l’époque, avec un recul de 20 ans, peuvent sonner complètement originaux. C’est un concept fou qu’on a en occident que tout doit être original. Mais je ferais certainement mon possible pour produire de la musique qui soit originale du moins dans son attitude.

On fait les meilleurs albums pop du moment, bien sûr. Les autres… (très longue pause)… chais pas. Le dernier album vraiment original que j’ai écouté a été le premier album de My Bloody Valentine. Et Bummed des Happy Mondays. Les derniers disques que j’ai achetés étaient The Only Ones, Peel Sessions, le premier album de Violent Femmes et une compil’ de Kevin Ayers.

Y aura-t-il une bataille d’ego sur le Rollercoaster Tour ?
Je n’espère sincèrement pas. Si ça commence ça deviendra vraiment horrible. Je connais les personnes qui y seront mais seulement vaguement. Celui que je connais le plus, c’est Jim de Jesus & Mary Chain, mais je ne le connais pas vraiment, je l’ai juste rencontré quelques fois. C’est l’événement le plus important de la musique pop britannique depuis dix ans je pense. Ça l’est. Tous ceux qui n’y seront pas seront exclus de… je n’appelerais pas ça une célébration avant son début.

Quelque chose d’autre à dire ?
Euh. Lisez The Savage God de Alvare. Et aussi Ghost In The Machine. Non ne lisez pas ça, lisez Siddharta de Herman Hesse. Et ensuite faites ce que vous voulez. (Rire)

Traduction – 1998, révisée le 26 mars 2007