Fanfare pour le terrain communal

BLUR
Parklife (Food / tous formats)

Cette semaine plus que jamais, il a été facile d’oublier quelle chose folle et merveilleuse la pop pouvait être ; la manière dont elle entre comme une flèche dans votre vie et rend le monde plus heureux. Et en 1994, il est facile d’oublier ce qu’est en fait un album, les CD nous ont transformés en surfeurs d’album, sautant les bouches-trous et programmant toujours nos chansons préférées. Nous avons de l’aide avec Parklife, quelque chose qui va nous aider à tous nous rappeler. Mettez le simplement, c’est un Grand Disque de Pop.

Et pour une fois c’est un LP qui mérite d’être joué du début à la fin ; bien sûr qu’il y a des hauts et des bas tout le long du chemin mais pour une raison ou une autre elles font partie du charme. Les quatre premiers morceaux vont vous frapper de côté, et lorsque vous entendez Phil Daniels Brailler « Oi! » dans son rôle d’invité frisquet sur le titre phare turbulent vous saurez que ce n’est pas un LP ordinaire.

C’est un bazar, partout, aucune chanson se mélange facilement avec la suivante, elles ne vont pas ensemble comme n’importe quelle compilation faite maison balancée quand vous êtes bourrés. Et alors un air pop mou comme End Of A Century est suivi par l’attaque punk hérissée de Bank Holiday et ensuite une pointe de musique de poivrots traditionnelle Allemande (The Debt Collector). Sur papier cela sonne comme l’enfer, à l’écoute c’est joyeux – un groupe prêt à rire, à oublier la solennité qui entoure le business de la musique. Parmi le grabuge, cela demande deux écoutes avant que vous ne découvrez les deux vrais joyaux de l’album – l’épopée John Barry/Walkers Brothers To The End et le langoureux Badhead – ce qui est comme découvrir un billet de 5£ dans une veste que vous n’avez pas portée depuis des mois.

Cela commence, comme tout album de pop le devrait, par un tube, Girls & Boys, chanson qui sonne comme si elle était conçue par des robots comme bande son pour des conducteurs d’autos tamponneuses dans les fêtes foraines – pointue, tatillonne, anguleuse, et constamment entraînante, il est bizarre et magnifique que quelque chose de si obtus ait été prise au sein de la nation. Le testament de ce succès est la façon qui a inspiré tant de haine ardente et à ce faire saigner le nez parmi les puritains du rock. Rien comme un point dans l’avance dans la pop pour énerver le Grandad Rock – et les membres de Blur sont des maîtres de cela.

Depuis ses débuts, Blur est monté au nez des gens avec un taux de touche dont beaucoup de groupes complètement opposés peuvent seulement rêver. Pendant le baggy, lorsqu’il était cool de ressembler au cousin le moins attirant de Peter Beardsley, les membres de Blur étaient des pin-ups nullement décontenancées. Plus tard, quand leurs contemporains fixaient leurs tennis et vénéraient l’attitude grunge, ils employaient une section de cuivre et tournaient en rond tels des astronautes. Et comme on cherchait à Seattle une nouvelle langue, Albarn citait Primrose Hill et chantait avec un accent du Sud accentué qui n’avait pas été entendu depuis que des artistes comme Anthony Newley étaient branchés.

Néanmoins, les members de Blur ont été accusés du plus odieux des crimes – monter dans le train en marche. Pourtant ils se sont réinventés, ce n’était pas un stratagème marketing, et ce qu’il y a 18 mois semblait de la précocité rétrograde (défendre la Petite Angleterre alors que la culture US faisait sa dictature à Hertfordshire) n’est maintenant rien d’autre d’un génie dissident.

Parklife est le grand frère de Modern Life Is Rubbish – plus grand, plus audacieux, plus en rogne et plus marrant. Musicalement ils se liguent mieux qu’avant, les idées mal-formées se sont réalisées et lyriquement Blur se retrouve maintenant à la fin d’un héritage qui commence par les Kinks et les Small Faces et qui traverse Madness et les Jam. Pas seulement parce qu’ils sont d’une manière flagrante inspirés par tous les quatre – les comparaisons sont faciles à faire – mais parce qu’ils articulent le monde de tous les jours avec une puissance et un humour égaux. Là où Ray Davies voyait de la beauté dans le ciel au-dessus de Waterloo, Damon Albarn la voit dans la boule à facettes au-dessus d’une piste de danse de Mykonos. Et tandis que des contemporains comme Pulp sont attirés par le glamour miteux du sexe derrière les voilages, Blur voit la banalité et l’ennui de la vie en banlieue.

Bien qu’ils peuvent obtenir la position de garçons de quartiers de logements sociaux (la maquette de la pochette les représente sur la piste des courses de lévriers) les personnages sont délibérément représentés dans Parklife derrière le double vitrage de la petite bourgeoisie. Un monde de Life Is Sweet et Butterflies, de managers ennuyeux et des femmes au foyer névrosées, des voitures japonaises et des rêves de pauses weekend à Eurodisney.

Une partie du charme de Parklife est qu’il sonne comme un album écrit avec une tête fumante, dans la précipitation pour sortir les idées. Par moments les paroles d’Albarn sont très rapides, comme la culture des centres commerciaux du deuxième morceau Tracy Jacks – mélodie céleste après l’exubérance grossière de Girls & Boys – qui emprunte à The Fall And Rise Of Reginald Perrin pour attaquer la suffocation du monde des bureaux. Bank Holiday parle d’une grand-mère qui achète un nouveau dentier pour pouvoir négocier la croûte d’une pizza pepperoni ; Magic America est un rêve de nigaud de vivre avec « toutes les personnes magiques » et Jubilee une attaque parentale contre leur progéniture fainéante: “He’s gone divvy, too much telly”.

Ce qui fait que Parklife se détache du lot, c’est la folie en jeu – de Phil Daniels qui aboie à propos de pigeons au groove robotique de London Loves (complète avec son  bulletin de trafic samplé rapportant des problèmes sur Hanger Lane Gyratory) en passant par Clover Over Dover, exercice dans des rimes super évidentes qui vous met au défi de présumer qu’elle a été écrite en cinq minutes, et un sample du thème de Rhubarb & Custard.

Si souvent rejeté tel une plaisanterie, groupe qui arriverait pour l’ouverture d’une porte si l’invitation comprenant une canette gratuite de Heineken, Blur a fait ce qui sera sans aucun doute le meilleur album de pop de 1994. C’est facile d’oublier que des albums peuvent être aussi fabuleux. (9)

Johnny Dee

Traduction – 1997, révisée le 08.04.2007