Depeche Mode – Speak And Spell 5/10

Quand on entend un album comme Speak And Spell, il vous rappelle une époque plus innocente – et vous vous demandez comme quelque chose d’aussi daté ait pu sonner innovateur, comment il a pu jamais sonné “nouveau”. Mais en 1981, Depeche Mode était le côté accessible et pop d’une explosion musicale qui a balayé les charts et a sorti les garçons aux claviers hors de leurs chambres.

Les quatre membres eux-mêmes sont un groupe bizarre. Martin Gore, Andy Fletcher et Vince Clarke étaient tous des amis d’enfance qui se sont rencontrés grâce aux scouts locaux, tandis que Dave Gahan était le petit dur des beaux arts. Au début, seuls Dave et Vince étaient totalement sérieux à propos d’être des pop stars, Martin et Fletch n’ont quitté leurs emplois à la banque que lorsque le second single, New Life, a dépassé les 500 000 exemplaires vendus. Cette première sortie a été enregistrée en trois petites semaines, déborde de charme de tintements et de rythmes collants, a été enregistrée avec l’assistance du patron du label Daniel Miller, fondée sur une collection de chansons qu’ils jouaient live depuis un moment. Onze chansons, neuf écrites par Vince Clarke, deux par Martin Gore. Comment est-il évalué aujourd’hui ?

Eh bien, c’est une question à laquelle il est presque impossible de répondre. Cet album sonne comme une capsule temporelle, mais en même temps, il ne sonne pas comme un autre groupe. Ce qui le distingue, c’est la manière dont les claviers semblent fermement réglés sur “Depeche”, où les sons semblent différents des réglages de clavier qu’utilisaient leurs contemporains. Les claviers résonnent et brillent dans la production métallique, la voix de Dave Gahan sonnant très naturelle au milieu du sifflement.

Quant aux chansons, c’est un groupe mélangé. Les trois premiers singles sont tous présents, mais New Life et Just Can’t Get Enough sont tordues avec des intros plus grosses, la deuxième ayant une fin étendue non nécessaire. Dreaming Of Me, sublime pop song, sonne fraîche et légère au milieu du turgide Puppets et la franchement épouvantable Boys Say Go. L’album dérape avec No Disco et prend une tournure encore pire avec What’s Your Name, candidate possible à la chanson de Depeche Mode la plus embarrassante jamais enregistrée, chanson dont les paroles sont si stupides qu’il serait difficile de l’écouter avec quelqu’un d’autre dans la pièce. Franchement, c’est ce qu’on ressentait en 1981 quand on écoutait ce morceau sur un album pour lequel on avait dépensé son argent de poche durement gagné en suivant la croyance du mendiant. Surtout si on n’avait aucune connaissance de la révélation à venir.

Photographic ne pourrait être plus différente du morceau qu’elle suit. Morceau disco pulsatif et frénétique, ce morceau définit leur premier album – c’est un morceau glorieux de mélodie, une favorite live, et une chanson qui restera dans leurs concerts pendant des années. Elle est ensuite suivie par les chansons de Martin Gore, qui ne montre rien du compositeur qu’il allait devenir. Les deux chansons sont intéressantes, mais un vrai bazar d’idées. Les glapissements de Dave Gahan à la fin de certaines lignes sur Tora Tora Tora sont tout simplement stupides et Big Muff, malgré un titre de génie, est dispersée, une chanson dont Synthesizer Patel serait fier.

L’avant-dernier morceau, Any Second Now, est intéressant, non pas simplement parce que c’est une belle chanson, mais dans la manière dont il sonne comme le Depeche Mode à venir, moins frénétique, avec plus de place pour que la chanson bouge. Et puis c’est le retour sur le dance floor avec une cannette de Top Deck pour la fermeture de l’album.

Il est difficile de dire si Speak and Spell est le début de Depeche Mode ou celui de Vince Clarke. Une grande partie de ce qui est ici a été emmenée dans Yazoo et finalement dans Erasure. Bien qu’intéressant en tant que document d’époque, si Depeche Mode s’étaient arrêtés quand leur compositeur principal est parti, on doute qu’aujourd’hui quelqu’un payerait attention à cet album. Heureusement cependant, ils sont restés, et il y avait tellement de choses meilleures à venir. Pas simplement sur le prochain album.

Simon Rueben

Traduction – 17 octobre 2008