Star Trek

5/5 Sortie : Maintenant Réalisateur : J.J. Abrams Scénaristes : Roberto Roci, Alex Kurtzman Avec : Chris Pine, Zachary Quinto, Eric Bana, Simon Pegg, Karl Urban, Zoë Saldana, John Cho, Anton Yelchin, Winona Ryder, Leonard Nimoy

DANGER ! MASSIFS SPOILERS DROIT DEVANT !
Réamorcer l’une des plus grosses franchises de la SF a été une entreprise risquée, mais J.J. Abrams l’a fait, et l’a fait avec aplomb. Kirk et compagnie sont de retour. C’est aussi simple que cela. De plus, nous devons remercier le voyage dans le temps, et c’est quelque chose que nous pensions ne jamais dire.

Le voyage dans le temps a toujours fait partie de Trek, que nous possédons librement, mais une partie. Durant les récentes années, il est venu à dominer, au point que le terne Enterprise n’était que cela. (Cela nous irrite : ils auraient dû l’appeler Time Trek.) Ici nous sommes forcés à admettre que se mêler des courants temporels était probablement la seule manière dont ce film aurait pu fonctionner, et c’est le cas. Via le voyage temporel, Star Trek réussit à être fidèle à son aïeul, incluant et reconnaissant deux siècles de continuité Trek, pourtant il réussit quand même;à faire sa propre chose entièrement. Si nous étions dans les années 1950, nous lèverons notre chapeau avec respect.

Voici l’intrigue : J.J Abrams menace l’univers post-Nouvelle génération par la destruction d’une supernova (pourquoi cette supernova est aussi dévastatrice, nous ne le savons pas). Spock et les Vulcains trament un plan pour aspirer ses énergies en créant un trou noir artificiel avec une mystérieuse “substance rouge”. Mais ils arrivent trop tard, et même si Spock sauve la galaxie, Romulus est détruite. Spock et un vaisseau minier romulien sont renvoyés dans le passé en effet secondaire du trou noir. Rendu fou par le chagrin, le capitaine Nero du vaisseau décide de détruire les planètes fondatrices de la Fédération afin de sauver son foyer, en commençant par Vulcain. La présence de Nero dans la passé modifie l’espace temps. À son arrivée, il détruit l’USS Kelvin, causant la mort prématurée du père de Kirk, déclenchant ainsi une cascade de changements et établissant un tout nouvel espace temps. Mais ne vous inquiètez-pas : certains événements semblent fixés, et nos célèbres équipiers sont destinés à servir ensemble…

Une grande partie de cette information nécessaire est pauvrement livrée dans une fusion mentale lourde en exposés entre le vieux Spock et le jeune Kirk. C’est plutôt vide, mais c’est l’un des rares défauts du film.

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Cette machination aurait pu avoir été abordée par le front, mais Abrams et son équipe sont adeptes du mystère et du suspense, et ils réservent le moment pré-titre pour la destruction de l’USS Kelvin dans une séquence qui est la plus puissante ouverture d’un film SF depuis ces récentes années, une remplie d’action tandis que le Kelvin désespérément dépassé s’attaque à un vaisseau de 150 ans d’avance. Avec Jim Kirk né au milieu des flammes, son brave père allant noblement à sa mort tandis qu’il discute avec sa femme à la radio de combien leur fils est beau, il n’y a pas un seul œil sec dans la salle le jour où je l’ai vu. Ce n’est qu’à peine suprenant, vraiment, avec toute cette émotion au-dessus de la pure joie de voir Trek à nouveau sur grand écran.

Et la vitesse n’est pas perdue. Si vous vous attendez à un film sur les farces de fraternité de Kirk & Co., laissez tomber – ce n’est pas un film de la Starfleet Academy. Il y a la scène de tricherie au Kobayashi Maru qui plaira aux geeks, mais les scénaristes sont toujours assez malins pour ne pas s’attarder sur l’école, et les acteurs ne sont même pas à l’académie en même temps – Spock est déjà diplômé, Bones est un home plus âgé poussé vers Starfleet par un divorce écrasant, Scotty n’est même pas sur Terre. On a la jeunnesse de Kirk et Spock par bouts, puis Pike persuadant Kirk de s’engager, puis c’est “Trois Ans Plus Tard” et retour à l’action.

Les acteurs clouent absolument leurs performances. Karl Urban et Zachary Quinto sont presque troublants dans leurs représentations respectives de McCoy et Spock (ce ne sont pas de simples imitations, cependant). Chris Pine va plus loin que la performance de Shatner, mais livre un Kirk attachant. Simon Pegg, qui n’a jamais semblé aussi à l’aise au cinéma que maintenant, va tout simplement bien. De plus, le scénario fait quelque chose avec chacun des personnages. C’est un film d’ensemble, amorcé par la télé. Scott est plus effronté et plus non-conformiste, Chekhov est un jeune génie, Sulu est un pilote et un home d’action excellent qui a ses défauts, Uhura est une experte en xeno-linguistique.

L’esthétique originale est merveilleusement mise à jour : c’est une tournure future sur les modes classiques, un revival des années 1960, style XXIIème siècle. C’est un magnifique monde Mathmos et iPod, même si la passerelle de l’Enterprise ressemble un petit peu à l’intérieur d’un frigo hi-tech, et peut-être un poil impratique pour un vaisseau en utilisation.

Jeter 40 ans de continuité par la fenêtre a aussi d’autres bénéfices. La science est moins magique, plus réelle : le parebrise est une fenêtre, la télétransportation est compliquée, il n’y a pas de traducteur universel (l’un des appareils les plus pratiques de la série originale), et les aliens sont plus aliens. La relation entre les Vulcains et les Romuliens est plus logique aussi. Le film n’a pas à faire cela – il est assez excitant pour encaisser du succès sans ranger ni reconnaître sa source – mais nous sommes contents que nous, les fans, ayons été respectés.

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Nimoy brille aussi, son grand rôle et sa présence continuent dans ce nouvel univers tandis que le film finit d’établir que c’est du vrai Trek , pas de bâclage, mêm si cela soulève quelques questions. (Il pourrait avancer la technologie de la Fédération d’un siècle, il pourrait les avertir de Borg, de Pominion ou de Khan… Bien qu’ils peuvent ne pas être de menaces dans ce nouvel espace-temps.) Les acteurs discutent de la nature fraîche de leur réalité, en disant que c’est un tout nouveau jeu, que tout a été changé. Ils s’y réferrent comme un univers parrallèle. À cet égard, Abrams a été très rusé avec Star Trek. Il nous donne une séparation de l’original sans l’invalider. Il y a un récit froid derrière ceci, mais on y trouve aussi le don de faire par hasard des découvertes heureuses.

Aussi, il y a un nouvel univers audacieux à explorer, un plein de différences subtiles qui met la création de Gene Roddenberry à jour. Star Trek est insolent, charmant et plein d’amour. Il plaira aux fans avec ses citations, ses uniformes de l’Enterprise et sa mention du chien de l’amiral Archer, mais il divertissera ceux pour qui Star Trek n’est pas un objet d’obsession, juste une série télé dont on se souvient tendrement. Et c’est le grand truc de Star Trek – il enlève toutes les choses à la surface du vieux Trek, les choses qui le rendent amusant et important sur le plan culturel et quittent la passerelle. De manière étonnante, Abrams a fait plaisir à tout le monde, au moins pendant deux heures.

Guy Haley

LE SAVIEZ-VOUS ?
Il y a un trou facheux dans l’intrigue du film. Après sa rencontre avec Kirk dans une caverne de glace, le vieux Spock lui dit qu’il ne peut informer le jeune Spock que le vieux Spock est ici dans leur espace temps. Pourtant plus tard, Spock semble avoir beaucoup d’informations sur le vaisseau du futur, et sa mission. Il dit même qu’il va “revoler [la matière rouge]”, tout cela sans qu’on lui ait dit. Nous suspectons une scène coupée quelque part. D’autres choses qui énervent sont que Vulcain ne semble pas être une planète de six milliards d’habitants et que la distortion est quasi instantanée. Mais nous cherchons vraiment des poux ici (!).

FAIT : De nombreuses choses arrivent dans le nouvel univers qui reflètent l’ancien – pas exemple, le capitaine Pike finit en chaise roulante, mais pour des raisons complètement différentes…

Traduction – 18 octobre 2009