“C’est comme le plus grand rappel de tous les temps”

De She’s So High à No Distance Left To Run – Blur célèbre une décennie de singles en jouant toutes les faces A sans en oublier une. Select se pose en catastrophe en backstage afin de poser un petit groupe de questions cruciales : s’ennuyent-ils ensemble ? Qu’est-ce que cela fait de jouer Country House ? Et où en est l’obsession pour les dominos ?

HISTOIRE PAR Steve Lowe PHOTOS Pennie Smith

“Il y avait des histoires d’horreur dans l’avion. Vous savez, ne prenez pas de bains parce que les vers vont ramper dans votre derrière. Ne prenez pas de glaçons. Et ne sortez pas de l’hôtel parce qu’on va vous voler”.

Un Alex James ébouriffé, ses cheveux épais dépassant à des angles de façon plus absurde que débauchée, se souvient de la première tournée de Blur en Amérique du Sud, de laquelle ils sont revenus il y a une semaine.

“Mais nous avons rencontré un des mes amis à Mexico dont l’ami possédait le meilleur bar du monde ! Et nous étions absolument bourrés, il y avait des glaçons dans les boissons, et nous courions dans tous les sens après les gens. Ça allait mieux après ça”.

Plus tard, le groupe est parti faire une petite ballade au petit matin sur l’ancien temple du soleil Maya proche, la colossale Pyramide Teotihuacan – presque deux fois la taille de celles en Egypte – pour voir le lever du soleil. “Alex a couru tout droit au sommet en une fois presque sans s’arrêter”, dit Damon en gloussant et en secouant la tête. “Je ne sais pas comment il a fait cela. Nous devrions laisser cela à l’imagination pour savoir comment il a réussi cela”.

“Nous avons suborné un garde pour y aller, continue Alex. Puis, quand nous sommes arrivés au sommet, nous avons rencontré apparemment le seul flic mexicain qui ne se laissait pas corrompre. Nous avons été arrêtés et les choses sont devenues épouvantables. Nous avons réussi à nous faufiler hors de là, mais ils parlaient tous espagnol, alors je ne sais pas comment”.

Alors Alex, comment as-tu réussi à aller au sommet en une fois, vu que tu n’es pas un phénomène de la forme ?

“Et bien, nous avons bu ces drôles de boissons qui semblaient avoir des épinards dedans. Ou alors c’était juste les anciennes vibrations”.

Les membres de Blur sont supposés être malades d’être ensemble dans un groupe. Ils ont apparemment perdu la volonté de continuer. La rumeur dit que ce n’est plus amusant.

Il se peut, alors, que ces allégations soient fausses.

* * *

Le New Waterfront Venue de Belfast partage un promontoire dans la Mer d’Irlande avec le Belfast Hilton adjacent. Ensemble ils forment un symbole brillant de la prospérité post-cessez-le-feu. Les deux établissements jouent ce soir le rôle d’hôtes de la seconde date du tour d’honneur des Iles Britanniques de cinq dates de Blur nommé Singles Night Out.

Dave Rowntree et Alex ont volé dans l’avion de Dave plus tôt, mais Select est tombé sur les membres non pilotes du groupe à l’enregistrement d’Heathrow. Damon arborait une barbe de plusieurs jours et un ravissant bonnet de Laponie. Graham, portant une casquette de baseball et un bombardier en cuir, portait son skateboard dans les portails de sécurité comme bagage à main. Maintenant, en mi-après-midi, alors que le minibus de l’aéroport de Belfast rentre dans le complexe, un énorme panneau faisant la publicité d’une représentation du Lac des Cygnes paraît. Clairement pas fana de se faire souffler la vedette par un ballet, Damon s’exclame en ronchonnant, “C’est quoi cette merde ?”

Une heure avant le concert, Alex dort paisiblement par terre dans la loge. Il remarque peu les tentatives de réveil, dont une consiste en Graham faisant du skateboard à côté de sa tête. “Si tu refais ça, je balance cette chose par la putain de fenêtre”, grommele-t-il d’un ton menaçant.

Au début, alors, il se peut qu’il ait échappé à votre attention que Blur célèbre cette année leur dixième anniversaire. Après le coffret, le livre, l’exposition et le panégyrique à Melvyn Bragg, viennent les concerts. Tous les singles. Dans l’ordre. Bon truc, on peut penser, mais étant le principal groupe pop des beaux-arts de la nation, Blur essaye d’investir ce festival pop avec l’attitude d’une déclaration d’art.

“C’est une autre expérience. Comme tout ce que nous avons fait”, pense Damon, maintenant malheureusement dépouillé de la barbe et du couvre-chef, entre deux bouchées de salade niçoise dans le bar de l’hôtel.

“C’est quand même très étrange, il continue. C’est assez brutal étant donné que nous revisitons une année pendant trois chansons et puis on avance. Peut-être que cela aura un effet similaire pour les gens qui vont voir ça, marquant des périodes spécifiques dans leurs vies”.

Leur plan initial – fixé alors qu’ils répétaient pour leur performance de Reading – était simplement un concert de Noël à Wembley. “Puis, deux semaines plus tard c’est, On pourrait aussi faire un concert pour s’échauffer”, dit Dave en ricanant, tout frais sorti de son vol agité au-dessus de la mer. “Puis c’est, On ne peut faire Édimbourg et pas faire Birmingham. Et ainsi de suite. Le vieux scénario je-me-faufile-dans-une-tournée-de-manière-déguisée”.

La première performance deux nuits auparavant à Newport a été révélatrice, avec leurs bêtes noires de points faibles se révélant palpitant alors qu’on ne s’y attendait pas. Même Country House fut amusante, surtout après que Damon l’ait présentée en faisant le poirier.

“Celles que j’attendais être vraiment affreuses n’étaient pas mauvaises, déclare Dave. Nous avons bâti Bang depuis des années en cet horrible ogre, mais c’est juste… de la merde inoffensive. Et Country House était comme rencontrer un vieil ami qu’on n’a pas vu depuis l’école primaire. Et qui n’a pas mûri”.

“Je n’avais aucune idée combien nous étions devenus Mickey Mouse durant la période de Country House, s’accorde à dire Alex. Il n’est pas étonnant que nous ayons fait chier ces autres mecs”.

L’humeur courante de vivre-et-laisser-vivre s’étend même jusqu’à Graham – un homme dont l’amour pour les faces A de son groupe connait quelques limites.

“De façon ordinaire j’en ai marre des singles”, grommele-t-il, bien plus détendu que l’écolier agité du South Bank Show. “Mais j’ai décidé de laisser tous ces trucs à l’hôtel. Laisses ton angoisse à la porte. La vie est trop courte pour être en colère. Pour dépasser cela tu dois penser à Noël et aux enfants, vraiment – c’est mon acclamation de Noël cette année. C’est comme le plus grand rappel que nous n’ayons jamais fait, juste un grand rappel”.

Cette même atmosphère de vacances libre et on efface tout et on recommence est évidente à la balance. Ironiquement, les deux chansons qu’ils attaquent avec la sonnette d’urgence sont le duo insulté de Sunday Sunday et Charmless Man – mouton noir maintenant accueilli de nouveau dans le parc. En attendant que le son du clavier de la dernière soit modifié, Graham commence à siffler la mélodie dans le micro. “C’est bien !” crie Damon. “Peut-être pouvons nous faire cela pendant tout le set. Simplement sortir et siffler tous les hits !”

Avec I Know, à l’origine double face A de She’s So High, inaugurant le set, les 23 chansons font passer plus de deux heures de pop à guitare des années 1990 vertigineusement géniale.

“Cela marche définitivement différemment d’un set normal, s’accorde à dire Alex. C’est un peu comme boire trop de Coca, ça donne un peu la nausée”.

Pour les marchands de rumeurs, bien sûr, ces concerts sont trop bons pour être vrais. Tout le concept pourrait indéniablement être lu comme une procédure de liquidation, on exorcise les démons avant de se dissoudre. Le groupe des plus grands singles des années 1990 termine à la fois la décennie et la carrière en réglant les détails qui restent. Mais une telle netteté dans le plan de carrière n’a pas caractérisé le progrès de Blur dans la décennie qu’ils ont mis en musique.

Alors ça sera la dernière fois que vous allez jouer toutes ces chansons ?

“Pas pour moi, pense Dave. Je serai toujours dans le tribute band de Blur. Dave Rowntree’s The Blurs. Dave Rowntree’s Blur Experience. Nous jouerons au Groenland”.

* * *

1999 a été une année de tempo moyen pour Blur. Alors que 13 ne les a pas encore vus sauver le rock, cela voulait dire que ce que Graham a appelé “un album Gong de mauvais trip de culte du Diable” se tenait raisonnablement comme installation semi-permanente dans les charts album.

C’est vrai, pour un groupe qui avait l’habitude de se considérer rois de leur coin du monde, cette position était, par occasions, frustrante. “Je pense que c’est la presse qui était distante, pas le public, affirme Damon. Tous nos albums ont vendu autour des 600 000 exemplaires. D’accord, c’est pas 1 million, mais c’est assez pour moi, tu vois ?”

Woody Allen blague à propos de lui-même dans Stardust Memories, les gens disent qu’ils préfèrent ses films plus anciens et plus marrants. C’est une situation partiellement reflétée par Blur durant l’année. Les apparitions aux festivals de Reading et de Leeds étaient sans doute des triomphes, mais seulement aux frais de leur remontée de leurs sets uniquement 13 pour inclure plus de vieilles chansons mélodieuses. Avant cela, cependant, il y a eu leur performance de T In The Park. Alors que le groupe déclare que l’atmosphère était positive, les critiques qui en résultaient ne l’étaient certainement pas. Et l’événement fut ombragé par les marchandises astucieuses de Mogwai.

“C’était juste du hasard, sorti de nulle part”, dit Damon du dernier set des frappeurs de son groupe du Nord de Watford. “J’ai eu deux T-shirts gratuits, cependant, ainsi je m’en suis bien tiré”.

Une source plus interne de conflits fut la sortie du second single de l’album Coffee + TV. L’idée d’exposer sa vulnérable voix plus loin n’enchantait pas Graham.

“La seule raison pour laquelle j’ai chanté ça était que Damon avait à faire des paroles pour d’autres trucs, dit-il. Il a dit, Toi, tu écris des paroles, alors je suis rentré à la maison et je les ai écrites cette nuit et j’ai fait les vocaux en deux prises. Mais j’avais trop peur de les chanter en live”.

Comment le problème a-il été résolu ?

“[Il renifle] Je devais le faire. Je n’avais pas le choix ! Et ça va de mieux en mieux”.

La principale spéculation des médias parlait d’une phrase inoffensive prononcée sur la scène de Reading – “Nous allons partir pour un moment, puis nous allons faire… autre chose” – fut présentée comme grande évidence de leur split supposé arriver sous peu.

“Les gens ont été beaucoup obsédés par notre fin cette année, mais ça fait partie du mouvement, dit Damon en souriant d’un air narquois. Tu sais, parfois quand tu es devant 80 000 personnes et que le guitariste prend un peu plus de temps pour se préparer pour la prochaine chanson, et que tu n’as plus rien à dire, tu dis simplement la première chose qui te vient à l’esprit”.

Le matériel introspectif et expérimental de 13, déjà connu comme “Le LP de Justine”, n’allait jamais être parfait pour des concerts avec cette atmosphère de fête à Ibiza. En effet, ce qui, en studio, se faisait sentir comme une véritable cathare commença, après un an de promo et de concerts, à devenir un exercice épuisant à remuer un terrain sensible.

“C’est un peu lourd par occasions, s’accorde à dire Damon, mais il n’y a rien à propos de cet album qui n’est pas sincère, ainsi tout ce qui en résultait était bien à mes yeux. Je ne le regrette pas du tout”.

Justine fut, cependant, agacée d’entendre continuellement No Distance Left To Run à sa sortie en single.

“Et bien, c’est juste…” Damon s’arrête utilement. “Ça ne l’a pas arrêtée de me demander de jouer son nouvel album. Alors ça n’a pas du être si agaçant”.

Coïncidant étrangement avec cette période, Damon devint le premier membre du groupe à devenir papa lorsque sa petite amie artiste Susie a donné naissance à une fille, Missy. “Elle est fantastique, dit-il en souriant. Elle a neuf semaines maintenant. C’est charmant. Ça veut dire que je me relève tôt le matin. Ce qui est une bonne chose…”

Ce développement coïncide convenablement avec leur entrée dans ce panthéon de bohême respectable, The South Bank Show. “Je n’aime pas vraiment me voir en vieux garde, dit Damon, mais je suppose qu’une fois que vous avez fait The South Bank Show, vous devez l’accepter d’une manière ou d’une autre”.

Alex a des réservations plus primitives sur l’émission.

“Il y a ce passage où je dis que nous avons eu un contrat de disques parce que nous sommes beaux, dit-il avec honte. Et je ressemble à une putain de patate”.

* * *

La plus grande pièce de munitions pour ceux qui cherchent à enterrer Blur est sans aucun doute l’aveu de Damon que la majeure partie de la musique qu’il produit maintenant ne convient pas à un groupe de quatre personnes. Dans son studio, situé pratiquement à côté de sa maison du West London, Damon dit qu’il fait de la nouvelle musique presque tous les jours. Il ne révèlera pas grand-chose dessus, bien qu’on peut être sûr qu’il n’était pas derrière les récents travaux du S Club 7. Alors que pense le reste du groupe de son aveu qu’une grande partie de ses intérêts s’écarte du groupe Blur ?

“C’est bien, parce que c’est vrai”, dit Graham en affirmant de la tête. “Il y a eu beaucoup de fois où il nous a présenté quelque chose pour travailler dessus et c’est du genre [il tire une tronche triste] Non, merci. Juste des trucs qui auraient été meilleurs avec un autre environnement comme un petit ensemble Stravinsky”.

“Tout le monde a sa propre vie à mener, s’accorde à dire Dave. Ça m’a pris dix ans à avoir un nom de famille. J’ai été Dave de Blur pendant une décennie. C’est bien d’être Dave Rowntree”.

Alex répond de manière moins enthousiaste. “Il dit de la merde comme d’habitude”, dit-il en gloussant, se recalant avec une bouteille de champagne d’après concert.

Alors de quelle manière toutes ces rumeurs de split de l’année dernière étaient fausses ?

“Totalement, dit Graham. Nous avons été assez proches de problèmes, mais pas assez pour splitter”.

“Chaque activité secondaire apporte de l’eau au moulin des rumeurs, croit Dave. Il y a un groupe argentin qui vire les membres du groupe lorsqu’ils atteignent la puberté et ils prennent simplement quelqu’un d’autre. Alors nous avons pensé faire cela, quand quelqu’un devient trop vieux, nous pouvons le virer, et alors avoir un Blur perpétuel. De cette manière nous pourrions toujours être sur le point de splitter. Nous allons splitter un jour”.

L’année prochaine semble certaine pour voir Blur se regroupe pour s’attaquer à du nouveau matériel. Après tout, si Modern Life Is Rubbish, Parklife et The Great Escape composaient la “trilogie British”, on a sûrement besoin d’une autre tranche d’art-noise débraillée pour s’insérer aux côtés de Blur et de 13.

“Il y en aura probablement une, ouais, estime Damon. Mais je pense que Graham et mes goûts musicaux sont si différents en ce moment que ce sera le disque le plus difficile à faire. Mais le fait que ce soit une lutte difficile ne m’inquiète pas”.

“On m’a dit que c’était tous des paires, Blur et 13 étant la dernière, affirme Graham. Je préfère regarder cela comme cela”.

Le prochain LP devra être un saut en avant alors.

“Et bien, si ce n’est pas tellement un saut, alors ça sera la dernière partie d’une trilogie. Et si ça l’est, ça fera partie d’une nouvelle paire !”

Avec Graham qui écoute toujours Sunny Day Real Estate et Mortician, et Damon, suivant l’exemple du projet Buena Vista Social Club, qui développe un intérêt pour la musique latine, un terrain commun se révèlera difficile. Ce qui est certain, cependant, c’est que la “pop” n’est pas au menu. “Il n’y a aucune liberté dedans, dit Graham d’un ton ricaneur. C’est comme un dîner devant la télé, au bout d’un moment, on veut juste faire la cuisine soi-même”.

* * *

Le show de ce soir à Belfast prouve certainement que le concept était sensé. Damon suggère au public qu’il devrait porter un jeu interchangeable de perruques durant le set, expliquant aussi son atroce coupe de cheveux dans le clip de There’s No Other Way. Apparemment, le réalisateur a ordonné qu’on découpe une fenêtre dans sa coupe au bol baggy pour que la caméra puisse voir ses yeux. À l’autre bout du set, Graham s’excuse de sa manière de chanter dans Coffee + TV, se plaignant que “Mes oreilles ont dit au-revoir”.

Entre ces excuses émerge une évocation effrontée de la décennie passée. Deux grands gars valsent ensemble pendant To The End. Aucun acte de sabotage ne se produit, la seule différence notable étant les talents de larynx de Damon améliorés de façon impressionnante.

Finalement, No Distance Left To Run touche une note étouffée à juste titre en guise de fin. Ce que le set révèle, cependant, derrière les montagnes russes et la schizophrénie, ce sont les constantes. Popscene et MOR, disons, ou She’s So High et Beetlebum, s’étendent sur les années pour offrir à Blur ce qu’ils sont supposés avoir toujours manqué : une unité stylistique.

En backstage après, Damon se relaxe avec une cannette de bière, réfléchissant sur l’appel curieux des salauds du canon. “C’est juste la façon dont ça doit être – des verrues et tout ça, il rigole. Elles font partie de ce que nous sommes. Et, tu sais, on ne peut pas polir une verrue…”

Le changement éventuel de la salle à l’hôtel d’à côté nécessite de descendre une rampe vers le parking sous-terrain. Graham descend la pente en skate avant d’exécuter un tournant parfait dans l’ascenseur. Il skate beaucoup, ce Graham.

Au bar de l’hôtel, Alex ouvre en craquant un paquet de dominos de voyage. Select maintient stupidement que c’est  “un jeu de hasard”, avant d’être initié aux couches subtiles de talents impliquées.

Plus tard, Alex extirpera un jeu de cartes de la poche de la jambe de son pantalon et fera l’intéressant avec ses derniers trucs avant d’entraîner l’ensemble dans un endroit de Newmarket, avec les paris commençant à juste une livre anglaise. Avant cela, cependant, Select coince chaque membre de Blur tout seul pour leur demander simplement qui – après toute cette réflexion du style c’est du passé – est leur membre préféré de Blur ?

Damon : “Qui est mon membre préféré de Blur ? Quelle question singulière… Et bien, celui sur lequel on peut compter, c’est Dave”.

Graham : “[Longue pause] Ce sont tous des gens effrayants, je pense. Je suppose qu’il est très facile d’aborder Alex. Damon et Dave sont d’intenses individus. Je ne sais pas ce qu’ils pensent de moi… Si Alex ne dit pas que je suis son préféré, je serai très surpris. Il est toujours en train de dire, Oh oui, Graham, j’aime Graham. Je les aime tous, vraiment.

« C’est bizarre d’être ensemble depuis si longtemps. C’est comme des frères. C’est la vie, cependant, vraiment. Blur avance simplement comme cette chose qui est quelque fois dure et parfois facile. Et la vie se complique à mesure que tu vieillis. Mais Blur est une grosse chose relax maintenant. Un crocodile docile. C’est plutôt sympa en fait”.

Alex : “[Instantanément] Graham, ça a toujours été Graham. Je pourrais dire n’importe quoi à Graham. Je suppose que c’est mon meilleur ami”.

Dave : “[Choqué et épouvanté] J’en n’ai aucune idée ! Je m’entends avec tout le monde en ce moment, nous nous entendons tous épouvantablement bien. Tout le monde a installé ses différences et nous sommes tous heureux ensemble. [Pause pour l’effet] Et si vous croyez cela, vous croirez n’importe quoi…”

*

Le cours des singles

Dix ans de singles de Blur – au travers les yeux du groupe lui-même. Nous commençons en 1990…

She’s So High / I Know (Octobre 1990, No 48)
Pop floue sexy et droguée à la Syd Barrett. Renforcé, en forme de double face A, de la chanson baggy la plus générique de tous les temps.
Graham : “Les gens pensent que She’s So High aurait pu être la première chanson d’Oasis, mais je l’aime assez”.

There’s No Other Way (Avril 1991, No 8)
Le baggy va au lycée et Blur dans le Top Ten. Les boîtes indées furent changées à tout jamais.
Alex : “Je me rappelle de l’entendre sur Radio One et de penser, Nous sommes à la radio ? Cela semblait très généreux que ce genre de chose pouvait arriver”.

Bang (Juillet 1991, No 24)
Légère par réputation, mais a un certain charme générique.
Damon : “C’est très bizarre de jouer cela. Nous ne l’avons pas joué depuis 1991. Très naïve, pas très au point. Dans le sens nostalgique. C’est définitivement une des pires chansons que je n’ai jamais écrites”.

Popscene (Mars 1992, No 32)
La chanson de Blur du fan de Blur et inventeur de la Britpop. Le single le plus enragé jusqu’à Song 2.
Dave : “Elle a toujours été présente. C’est probablement la chanson que nous avons le plus jouée. C’était certainement avant son époque, celle qui séparait les fans des garçons”.

For Tomorrow (Avril 1993, No 28)
Aria londonienne variable et charmante. Première chanson de Blur à véritablement résonner de la vie des années 1990 comme elle était vécue.
Damon : “J’ai toujours aimé cette chanson. C’était une chanson très personnelle à l’époque. Et je vis toujours sous la façon de l’Ouest, alors rien n’a changé là-bas”.

Chemical World (Juin 1993, No 28)
Un mini-opéra adolescent humaniste avec un texte sous-jacent sur la drogue. A la fois lamentatif et euphorique, ce qui est étrange. Intro géniale, aussi.
Alex : “Cette chanson me rappelle de jouer dans la Lotte Valley, dans un bar vide dans la ville où ils faisaient du Champagne”.

Sunday Sunday (Octobre 1993, No 26)
“Farce effrontée” genre music-hall à la quintessence British, etc. Vraiment irritant en fait.
Dave : “J’avais oublié combien elle pouvait nous faire taper du pied. Et j’ai utilisé deux pédales de grosse caisse au milieu, c’est ma déclaration à la célébrité rock”.

Girls And Boys (Mars 1994, No 5)
Voyeurisme de beaux-arts disco qui a inauguré le grand succès de Blur. Moqueur et joyeux. Un des meilleurs singles de la décennie.
Alex : “C’est une vieille chanson sympa. Elle a vraiment une sorte de sale air fanfaron, n’est-ce pas ? C’est excellent”.

To The End (Mai 1994, No 16)
Hommage à Barry / Gainsbourg. Un morceau préféré de quiconque ayant déjà été amoureux.
Graham : “Je ne me sens jamais vêtu avec l’élégance requise pour la jouer. Quand nous l’avons fait à Top Of The Pops j’avais un blazer et mes cheveux étaient bien coiffés”.

Parklife (Août 1994, No 10)
La nation enivrée par un commentaire étranger vraiment bizarre. Du voyeurisme, mais maintenant de la perspective de la rue. A convaincu Phil Daniels qu’il était devenu le “cinquième Blur”.
Dave : “Quatre Brits contre le monde. Nous pensions que nous étions invincibles”.

End Of A Century (Novembre 1994, No 19)
Infestation de fourmis, télé, allusion au sexe oral. L’ennui d’un couple d’une vingtaine d’années en face d’un classique pop crémeux.
Damon : “Je l’ai toujours estimé. C’est très classique. J’ai sorti mon livre des Kinks pour cela”.

Country House (Août 1995, No 1)
Blur revient en conservant les affectations “bamboulesques” de Parklife, mais son âme est bizarrement rejetée. C’est pas de la merde, mais c’est pas terrible.
Damon : “Dans la lumière de ce qui s’est passé, que c’est irrémédiablement lié à Oasis, c’est assez marrant, vraiment. C’est une bonne chanson”.

The Universal (Novembre 1995, No 5)
Les références (karaoké, télé par satellite) dataient déjà mais c’est musicalement magnifique. Le seul morceau de The Great Escape à ne jamais bannir.
Dave : “J’aime le clip. Nous n’en avons pas fait beaucoup de bien, mais celui-là a définitivement marché”.

Stereotypes (Février 1996, No 7)
De la New Wave emballée sous vide faisant astucieusement le portrait de la banlieue vue au travers les yeux d’un auteur d’un sitcom des années 1970 de merde. Pas une de leurs meilleures, franchement.
Alex : “De la grosse basse sexy ! J’aime bien celle-là, j’aime bien les arrêts”.

Charmless Man (Avril 1996, No 5)
Un ennui de club privé supprimé. “Et alors ?” demande justement le public. Guitares sympas cependant.
Damon : “Je pensais que je ne la rejouerai jamais, mais quand nous l’avons fait je l’ai aimé. J’ai pensé que c’était une bonne chanson pop – pour la première fois en quatre ans”.

Beetlebum (Janvier 1997, No 1)
C’est le rock teton des Beatles ! Un chant langoureux et sombre à propos de l’héroïne, des femmes et des femmes sur l’héroïne.
Graham : “Nos singles de retour sont toujours Numéros Uns – ou essayent si Britney Spears n’est pas dans les parages – et je pense que c’est bien d’avoir des Numéros Uns”.

Song 2 (Avril 1997, No 2)
Ils ont toujours été intelligents en étant bêtes. Mais jamais aussi intelligents. Ou aussi bêtes. Oui s’il vous plait, a dit l’Amérique…
Dave : “C’est bien [à contrecœur]. C’est beaucoup plus lent à jouer qu’à écouter. Le public l’apprécie plus”.

On Your Own (Juin 1997, No 5)
Un autre hymne à l’homme commun aimant les gradins, mais maintenant avec une interférence de guitare qui explore le cerveau.
Damon : “C’est venu d’une boîte à rythmes que j’ai allumée et ce rythme à la Happy Mondays a commencé. J’ai écrit la chanson autour de cela”.

MOR (Septembre 1997, No 15)
Martèlement mécanisé avec la ligne “Toi, moi, ça marche” interprétée de façon plutôt poignante. Bowie les a poursuivis en justice.
Graham : “Les singles sont un peu comme des soldats. MOR était comme Private Pile de Full Metal Jacket. Il ne pouvait pas la manipuler”.

Tender (Février 1999, No 2)
C’est la marmotte des Beatles ! Un exploit que seul Blur pouvait réaliser. Long et génial, évidemment.
Alex : “Ça a un son de basse tellement énorme. Si tu joues un Ré bémol, ça fait brrr, cette grosse chose qui vibre et résonne. Voyons ce que les filles en disent…”

Coffee + TV (Juillet 1999, No 11)
Le guitariste bizarre et abstrait s’approche du micro pour la chanson la moins bizarre et abstraite de 13.
Graham : “Je l’aime toujours. J’ai simplement écrit les paroles et je les ai chantées. Damon a écrit la mélodie et les changements d’accord. J’aurais aimé que ce soit moi qui aie tout écrit”.

No Distance Left To Run (Novembre 1999, No 14)
Un chant cinglé sur des guitares chaudes. Ce n’est pas ce que préfère Justine. Les paroles “It’s over” (“C’est fini”) n’a en aucune façon rapport à l’histoire du groupe.
Damon : “Nous sommes assez puristes, alors nous la jouerons en dernier. Les gens ne devraient rien voir en ça”.

Traduction – 10 février 2000