Watchmen

Oubliez Citizen Kane, c’est le Fight Club des films adaptés des comics

2009, -18. Sortie : déjà dans les bacs

Qui nous garde de nos gardiens ? Pas assez de personnes, si vous êtes cadre chez Warner Bros.. Avec un budget d’approximativement 130 millions de $, le film de Zack Snyder n’a rapporté que 180 millions de $ en date. il n’y a pas de doute que cela a inspiré quelques conversations en salle de conférence assez sinistres, mais étant donné que c’est une adaptation de 2h30 d’un roman graphique culte interdite aux moins de 18 ans qui avance et recule sur une période de 45 ans, qui ne comporte pas de stars, qui consacre plus de temps à débattre de la nature de la moralité au lieu de donner des coups de pieds au cul et qui finit par la mort de millions de personnes, il a plutôt bien marché. Maintenant que le scandale s’est dissipé, il semble se classer entre Fight Club et le Hulk de Ang Lee dans les rangs des faux blockbusters qui réussissent d’une certaine manière à prodiguer une somme énorme d’argent de studio sur ce produit d’une grande rareté : les idées.

Snyder et ses scénaristes, David Hayter et Alex Tse, approchent le roman graphique d’Alan Moore et de Dave Gibbons (à propos d’un groupe de miliciens dispersés dont les chemins se recroisent après que l’un d’entre eux est tué) avec le respect d’érudits talmudiques. Le seul changement drastique, à la fin, est en fait plus logique que le squidus ex machina de l’original. Pour la majeure partie, les meilleures répliques sont celles de Moore et la plupart des meilleures images sont celles de Gibbons – le sang du Comédien assassiné (Jeffrey Dean Morgan) est fait pour couler juste comme il faut sur son badge smiley iconique. De manière plus importante, les cinéastes préservent les thèmes du livre.

Les innovations de Moore ont souvent été mal interprétées comme une excuse pour montrer des superhéros en train de coucher ou de battre des gens pour le plaisir, mais le contenu interdit aux moins de 18 ans est une attraction. Watchmen est une méditation sur ce que cela signifie d’être dans les affaires de superhéros quand la guerre nucléaire menace de rendre tout cela hors de propos. Le Hibou (Patrick Wilson) et le Spectre Soyeux (Malin Akerman) ont une croyance démodée dans les costumes moulants et dans ce qu’un personnage décrit d’un ton ricaneur comme “des héroïques d’écoliers”. Rorschach (Jackie Earle Haley) est un Travis Bickle plus efficace, son dégoût pour les coupables jamais égalé par sa compassion pour les innocents. Ozymandias (Matthew Goode) est un fou d’Alexandre le Grand qui croit en solutions drastiques. Le Comédien pense que les gens sont des salauds alors autant être le plus grand. Et Dr. Manhattan (Billy Crudup) est si éloigné des soucis humains qu’il n’arrive pas à décider si l’espèce est digne d’être préservée.

Tandis que le film progresse, chaque vision du monde est testée jusqu’à ce qu’elle se brise. Les deux seuls capables de liens, le Hibou et le Spectre Soyeux, sont les deux seuls qui ont foi en la nature humaine. Tous les autres se révèlent être profondément seuls, et les visions répétées amplifient le pathétique de Rorschach, hurlant pour sortir de sa mission sans fin et sans joie ; le Comédien, soûl et pleurnicheur sur le lit de son énem juré ; et Ozymandias, abandonné dans son Xanadu Antarctique, sans ami dans le monde qu’il croit avoir sauvé.

Snyder cadre ces idées avec une vigueur pop-art. Le montage générique bravoure, qui établir la chronologie de l’univers parallèle sur les accents de The Times They Are A-Changin’ de Bob Dylan, subvertit une partie des images les plus iconiques du XXème siècle, de l’assassinat de JFK à la foule devant le Studio 54, avec une accroche intuitive de leur puissance iconique – il n’est pas étonnant que Warhol fasse une apparition. Les références du film (Docteur Folamour, Apocalypse Now, l’Homme qui venait d’ailleurs) et les choix de la bande originale (Nat King Cole, Simon & Garfunkel, beaucoup de Dylan) sont tout aussi enjoués et immédiats.

Ce n’est pas exactement Bergman, mais Watchmen évite le vacarme incessant de la convetion des blockbusters, déployant des effets spéciaux pour évoquer la beauté et le respect plutôt que la pure guerre éclair sensorielle. Il y a une somptueuse attention au détail dans la manière dont les flocons de neige dansent dans la lueur azure de Dr. Manhattan, et la séquence centrale dans laquelle l’histoire de Dr. Manhattan glisse entre le passé, le présent et le futur aux sons de Philip Glass est simplement extraordinaire. Malgré jouer l’homme le plus puissant sur Terre et être pratiquement méconnaissable dans son halo d’infographie, Crudup, avec sa tendre voix ironique, est la présence la plus fragile de manière touchante de tout le film.

C’est juste dommage que Snyder perde foi dans la nuance à chaque fois que la bagarre commence. La violence est sadistiquement atroce même quand, dans le cas de la bagarre sanglante du Hibou et du Spectre Soyeux contre des voyoux de la rue, cela va complètement à l’encontre de la nature des personnages. Et la blague sympa du vaisseau du Hibou éjaculant des flammes dans le ciel de la nuit est coulé par la scène de sexe soft étendue qui le précède. On pourrait suspecter des cadres du studio interferrant qui demandent plus de sexe pour leur argent, mais 300 montrait que Snyder ne réchigne pas devant quelques sensations bon marché lui-même.

Ce qui reste dans les mémoires, cependant, ce n’est pas la vue des cuisses de Akerman, ni quelqu’un à qui on a scié les avant-bras, mais les moments plus petits et calmes : Rorschach disant doucement au Hibou qu’il a été un bon ami, ou l’ombre finale de doute qui passe furtivement sur le visage d’Ozymandias. Watchmen, malgré ses défauts, est un film de 130 millions de $ sur la vulnérabilité humaine et les dilemnes moraux insolubles, et il se pourrait qu’il se passe un long moment avant qu’un autre comme cela sorte.

BONUS DU DVD La version un disque comprend un court documentaire qui explique la science du film. La version deux disques comprend une pléthore de documentaires sur tout de la scénogrpahie au masque de Rorschach, plus des vidéos virales, des rapports de journaux et des clips de My Chemical Romance – aucun n’était disponible au moment d’aller à l’imprimerie. Une version Director’s Cut de 186 minutes sera chroniquée dans le prochain numéro.

Dorian Lynskey

Film 4/5

POUR ALLER PLUS LOIN
-> Miracleman La première tentative d’Alan Moore à subvertir la mythologie des superhéros.
-> Desolation Row Le classique dystopien de 1965 de Bob Dylan, repris pour le flm.
-> Nixonland Le récit passionnant de Rick Perlstein sur comment le méchant du vrai monde de Watchmen a changé l’Amérique.
-> Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe La satire définitive sur la bombe A de Stanley Kubrick.

Traduction – 11 octobre 2009