“Nous assumions le fait que nous étions une grosse force culturelle dès le premier jour”

Pour célébrer la sortie de leur best of , Graham Coxon et Alex James de Blur nous parlent au travers de 10 de leurs moments clé. Dont le morceau où “ces connards” ont mis des cuivres sur leurs chansons.
Beetlebums : Mark Beaumont (texte) & Tom Sheenan (photos)

“D’après toi, quel son fait une grenouille ?” dit Graham Coxon, et il touche la grenouille. Vous vous attendez à ce qu’elle émette un “ribbit” effarouché et qu’elle bondisse vers un abri. Mais quand Graham touche la grenouille, elle sort un profond grincement satanique, un hurlement lo-fi épouvantablement tordu. “D’après toi, quel son fait un poussin ?” Graham pouffe et touche le poussin. Le poussin glousse comme une pute qui se fait prendre dans les douches d’une prison par un troupeau de poulets. Graham rit. “Et écoute celui-là, dit-il, le chat est vraiment à flipper”.

Dans une mansarde poussière au sommet des Tours de Coxon à Camden, Graham, Alex James et le Maker sont rassemblés autour des jouets éducatifs de mômes désignés à apprendre à la jeune fille de Graham quels sons feraient divers animaux si Kim Gordon essayait de les jouer. Et, s’étant amusés avec ce jouet des plus Urusei Yatsura-esque, nous nous tournons vers le sac magique de la Blurritude du Maker. Car nous sommes là, à l’occasion de la sortie du Best Of de Blur, pour présenter à Alex et Graham une série d’objets de leur tumultueux passé et se vautrer dans les souvenirs qu’ils ont aiguillonnés vers l’avant. Nerveux, Graham ?

“Pas vraiment, dit-il en se tortillant. J’ai fait face à mon passé”.

Avançons donc vers le baggy…

* * *

1. Première session photo pour la couv’ du Maker (1991)

Réveillé par cette tornade de mentalistes de Colchester en t-shirts My Bloody Valentine, par des jérémiades lasses et par l’épilepsie, nous avons forcé Blur à rentrer dans un studio photo à Londres et nous leur avons demandé de se déshabiller. Les résultats ont effrayé les enfants et les petits chiens dans tout le Royaume Uni, alors que Damon regardait avec des yeux à mi-clos accrochés dans les kiosques comme un proto-Brett dérangé et poilu.

Alex: “Herherherher ! Regarde cette carpette !”

Graham : “Regarde Damon ! N’est-il pas beau ? C’est Damon dans le total look Julian Cope. Merde alors, Alex ! C’est qui cette fille derrière ?”

Alex : “Nous vivions tous dans des squats à l’époque, ainsi nous n’avions probablement qu’une paire de pantalons. Ceux que je porte. Ce n’est pas étonnant que nous avons du enlever nos vêtements, nous n’en avions pas d’autres. C’était des jours innocents, mais nous étions des petits connards arrogants”.

Vous clamiez que vous étiez là pour tuer le baggy, mais nous avons soumis ces photos comme preuve définitive du contraire ! Vous étiez complètement baggy !

Graham : “Tout à fait. Mais c’est juste parce que nous étions si minces. Ce sont des vêtements taille normale”.

Alex : “Nous avions des ambitions puissantes. Comme la plupart des novices, nous voulions complètement démanteler la structure de tout”.

Graham : “J’étais heureux si je ressemblais à n’importe qui comme Colm de My Bloody Valentine. C’était tout ce que je voulais dans la vie. Je veux dire, regarde”.

Si vous pouviez retourner dans le temps et donner des conseils à ces jeunes freluquets, qu’est-ce que vous leur diriez ?

Alex : “Coupe-toi les cheveux, on dirait une fille”.

Graham : “Ne laisse pas ces connards mettre des cuivres sur ta musique”.

2. Le single Popscene (1992)

La première fois que ces connards mirent des cuivres sur la musique de Graham, ils l’ont plutôt bien fait. Le problème était que, juste alors que Blur sortaient leur meilleur single en date, le monde bavait d’admiration devant quelques cons ennuyeux et à la barbe de plusieurs jours qui venaient de Seattle.

Graham : “Waaaaa ! Regarde cela ! Tu ne les vois pas souvent ceux-là. Sens l’odeur du vinyle. Je trouvais que c’était génial”.

Alex : “Nous étions sur le Rollercoaster Tour qui était la collection des pires poivrots du monde”.

Graham : “Je ne m’attendais pas à ce que ce soit si rock’n’roll”.

Alex : “Vous alliez à l’hôtel, Jim et William [Reid, The Jesus And Mary Chain] étaient au bar. Nous allions nager et ils nous trouvaient bizarres. Du bar, on pouvait voir la piscine”.

Graham : “Nous gambadions et nous nous éclaboussions comme des mômes et nous pouffions. Et, assis au bar, ils nous regardaient”.

Alex : “C’était un peu homo-érotique, probablement”.

Graham : “Je jouais au bowling avec Debbie et J Mascis des Valentines et J Mascis tenait le score. C’est ma partie préférée de toute ma vie, cette nuit”.

Alex : “Jim Reid était absolument pété à la vodka et a balancé la boule sans la lancer. Elle l’a emporté avec elle, bang !”

Graham : “Il continuait à dire que cela faisait une bonne scène. C’était la meilleure tournée de toute ma vie”.

Tristement, il y a eu plus de flingues vendus en Irak que des copies de Popscene.

Graham : “Je ne pense pas que nous y faisions attention parce que nous étions si heureux par ce disque et nous faisions de la musique qui ressemblait plus à Seymour”.

Alex : “C’était une véritable reconnaissance, non ?”

3. La vidéo Starshaped (1993)

Ils se sentaient en forme de star, mais ressemblaient à de la merde chaque matin. Avec un concert désastreux qu’ils avaient fait complètement bourrés au Town & Country Club de Londres (aujourd’hui The Forum) et une tournée américaine tendue derrière eux, Blur sorti le chef d’œuvre Modern Life Is Rubbish.

Graham : “Nous avions eu une grosse fête géniale et nous en aimions chaque minute. Les concerts étaient fantastiques parce que nous brûlions comme des fous. Nous étions assez jeunes pour pouvoir continuer notre carrière en nous abusant nous-mêmes et toujours jouer, toujours sauter, toujours s’…”

Alex : “…enthousiasmer à l’infini”.

Graham : “Parce que Damon sautait sur scène autant, on le prenait pour un déjanté et ça le rendait malade et tout. Il ressemblait à un panda”.

Tout le monde est resté perplexe devant Modern Life Is Rubbish au début.

Graham : “Je ne savais pas ce qui se passait à l’époque, parce que je pensais que For Tomorrow marcherait. Nous étions si prolifiques. Nous rentrions en studio et faisions environ six chansons en un jour. Resigned, Oily Water et Miss America, avec deux autres, ont toutes été faites en un jour. Nous les avons faites de tête et je pense que ce sont les meilleures chansons sur l’album, parce qu’il n’y a pas de producteur dessus”.

Alex : “Nous n’avions pas du tout d’argent, c’était une autre motivation pour aller en studio parce que nous recevions à manger”.

4. Le single Girls & Boys (1994)

De la famine à la super célébrité. Avec les têtes du grunge éparpillées sur le mur du garage de l’histoire, la foule est descendue en Grèce en dansant la conga avec nos gars de Blur Mockney et effrontés et prit une sérieuse dose de Britpop.

Alex : “Nous l’avons mise en démo vraiment très peu de temps après que Modern Life Is Rubbish soit sorti, alors nous savions que nous avions un super hit. Nous étions tous confiants parce que nous savions où nous allions. Nous faisions une session photo le jour où elle est montée au numéro 5 et Food nous a envoyé du champagne”.

Graham : “C’était du Moët ? C’était sympa de leur part. C’était quand Dave a arrêté de boire, cette semaine”.

Alex : “C’était quand il dansait sur la table au Portugal avec Siouxsie And The Banshees, non ? C’était la goutte qui a fait déborder le vase”.

Aviez-vous une quelconque idée de l’import culturel que Parklife allait avoir ?

Alex : “Je pense que nous assumions le fait que nous étions une grande force culturelle depuis le premier jour. L’opinion que nous avons de nous-mêmes était… nous étions très arrogants. Mais le succès n’a jamais été une surprise. L’échec est toujours très secouant, mais le succès convient toujours”.

5. Le billet d’Alexandra Palace et la carte du loto de Blur (1994)

Ally Pally était la première réunion du Grand Conseil De La Nouvelle Musique. Anguilles en gelée, cartes de Loto et boules à facettes ? Oh oui, vraiment !

Alex : “Nous sommes allés voir Alexandra Palace et ça ressemblait à cette énorme chose. Mais c’était nous avec Pulp et Supergrass, c’était une très bonne affiche. On sentait que quelque chose se passait à l’époque”.

Graham : “C’était un grand risque pour moi. Je pensais que nous n’arriverions jamais à le remplir et que nous serions idiots. Mais ça allait à la fin. L’euphorie de l’occasion a en quelque sorte dépassé la qualité du son. Tout le monde allait bien après, qu’importe ce qui s’était passé”.

C’était l’aube de la Britpop : Le Mouvement.

Alex : “Je suppose que c’était le début des années 1990”.

Graham : “C’était quand j’allais tout le temps à Blow Up. J’adorais Blow Up. Je remarquais des gens à Blow Up qui devenaient un mélange de casual et de mod, Adidas avec des cravates. Des groupes comme Echobelly et Menswear”.

Et The Weekenders et Sleeper et Catch – vous avez inventé pleins de groupes merdiques, non ?

Graham : “Ouais, mais c’est ça la Britpop, un tas de merde”.

Alex : “Je me rappelle être allé dans le bureau de notre éditeur et de lui avoir joué notre single Girls & Boys, le nouveau single de Suede et le nouveau Primal Scream et nous lui avons demandé, Lequel est le meilleur ? Il ne savait pas, mais il a dit : D’accord, voici une démo d’un nouveau groupe que je vais signer et il nous a joués la démo d’Oasis. Nous avons rétorqué : Nooon ! À quoi ils ressemblent ? Et il a sorti : Un d’entre eux est mignon”.

6. Le billet et la setlist de Mile End et un sous-bock de Blur (1995)

Le concert de Blur à Mile End était l’élévation de Blur en première division et le lancement de la Britpop : Le Phénomène.

Graham : “Regarde ce sous-bock. Nous célébrions la bière. Terrible. Et quelle est la longueur de cette setlist ? Ah la vache, 23 chansons ?!? Non ! C’est bien 23 chansons !”

Alex : “C’était si grandiose. Pour beaucoup, c’était leur premier concert. La gloire. Merveilleux”.

Graham : “Je me rappelle que je ressemblais à un joueur de fléchettes et on m’avait prit en photo et dans le journal, on disait que j’étais l’homme le plus bizarre de la pop. Je me rappelle que Damon est arrivé sur scène habillé en vieil homme durant Debt Collector. Je ne me rappelle plus de l’air de celle-ci”.

Alex : “C’était une grosse vieille production. Je ne pense pas que nous nous sommes fait du blé là-dessus. Mais nous nous sommes bien amusés. À ce moment, on nous poursuivait dans la rue, assaillis partout. C’était débile”.

Graham : “Nous étions les rois”.

Alex : “Mais après nous avons dû partir jouer dans un pub aux États-Unis deux jours après cela”.

7. Le filofax de Blur (1995)

Un agenda-carnet-d’adresses-carton incroyablement moche attifé de poupées de Blur, le filofax de Blur est un totem à la folie qui a suivi la connerie Blur contre Oasis.

Graham : “C’est génial ! Où peut-on encore écrire ? Oh ouais, sur Dave. Oh, et sur moi. Nous n’aurions pas du faire des poupées. Nous devrons les faire maintenant, mais comme sommes maintenant, vieux. C’est Boyzone, ça”.

Cela reflète la mocheté de tout le méli-mélo Country House.

Graham : “La tournée des côtes ! Nous nous enfermions à l’époque, à faire des tours des côtes et célébrer la crème glacée et les beignets et à aller dans des endroits un peu chiants”.

Alex : “Nous prenions le bus pour aller dans une toute petite ville, nous sortions et disions, Allez ! et tout le monde devenait fou ! Mais que faisions-nous pour promouvoir Country House aux States ? C’était dément ! Rien que de l’optimiste aveugle. Ahah ! Ça n’allait jamais arriver, non ?”

Est-ce que vous voyez encore Damon commençant la rivalité Blur/Oasis et voulez-vous lui casser la gueule ?

Alex : “Et bien, nous devions réencherir. C’était génial – faisons une guerre des disques !”

Graham : “Je devais traiter avec toute cette merde au Mixer. C’était des grosses conneries. Mais je pensais que Roll With It était une blague. Et bien que j’aimais Country House comme morceau d’album, je n’en voulais pas comme single. Ça a trop d’esprit, mais le flonflon… dès que nous y avons mis des cuivres, c’était du Chas’N’Dave. Oasis avait absolument raison”.

Il semblait que c’était l’arrogance ultime.

Graham : “On leur demandait qui était les Stones et qui était les Beatles et ils ont dit qu’ils étaient les Stones et les Beatles. Hahaha ! C’était du genre, Non, vous, vous êtes juste ELO !”

8. La couv’ de Blur s’attaquant aux États-Unis (1997)

Barricadant les portes du studio contre ces connards et leurs cuivres, Graham prit les rennes pour Blur, gros crépitement sale de grunge et de grondement. La Grande Bretagne, pour sa part, a dit, “Euuuh ! C’est quoi ce boucan ?!?”

Graham : “C’est exactement ce que nous voulions qu’ils pensent. Je ne voulais plus que les gens nous aiment. Je voulais qu’ils nous laissent tranquilles afin que nous puissions faire ce que nous voulions. Je ne voulais pas m’embourber dans le British Standard. Ma guitare essayait de perdre des fans”.

Et puis Song 2 vous a fait plus grands que jamais. Quelle moquerie, hein, Gra ?

Graham : “Mais pour une bonne raison. C’est une pop song bien meilleure que Country House parce qu’elle n’est pas pénible, vous ne pouvez que sauter sur celle-ci”.

Alex : “C’était très important de faire quelque chose aux États-Unis à cette période, parce que tout le monde avait dit que nous ne ferions rien aux States, et ils avaient raison, pas avec Country House. Beetlebum et On Your Own étaient aussi de grands singles”.

Quelle est votre position par rapport à cela ?

Alex : “La béatitude”.

9. La couv’ de Reading (1999)

Cinquante mille livres sterling par concert et ils continuaient à jouer presque l’intégralité de leur nouvel album, 13, et Damon a laissé entendre sur scène que Blur pourrait bientôt splitter. Manœuvre pour plaire à la foule ? Comme le napalm.

Graham : “Je pense que Damon est si nerveux à propos de la merde qu’il doit faire entre les chansons pour essayer de garder le public. Il se met dans le pétrin et dit des choses folles puis il essaye de s’en dégager et c’est pire”.

Alex : “Le truc de la séparation était juste de la pure spéculation. C’était génial l’été dernier. Tu dois te rappeler, en 1991, nous nous frappions ! J’avais des yeux au beurre noir à un moment !”

Vous n’étiez pas fâchés, alors ?

Graham : “Cette interne qui travaille pour notre label américain, elle n’avait qu’environ 18 ans, a du traiter avec nous en train de se battre dans sa voiture ! Nous nous battions sur un parking et puis elle a réussi à nous séparer et nous mettre dans sa voiture et nous avons passé un trajet de deux heures à nous battre dans la voiture. Elle a du être terrorisée. Avant le spectacle, tout le monde était si heureux et joyeux et elle nous a sortis pour acheter des Converses. Puis après le spectacle, nous avons liquidé soudainement pleins de boissons et nous nous battions en pleurant ! Pauvre fille ! Désolé !”

13 était regardé largement comme votre album le plus léger.

Graham : “William Orbit a dit que quand nous avons sorti Tender, Robbie Williams se flanquait des coups pour ne pas avoir sorti quelque chose comme cela. Il a du pleurer jusqu’à ce que fatigue s’ensuive”.

Alex : “Hurhurhurhur !!! Il faisait Song 2 dans ses spectacles sur scène ! Il se produisait avant nous et finissait avec. Connard”.

Graham : “En quelle manière est-ce effronté ? Danseur. C’est probablement notre album le plus léger, mais c’en est un sacrement bon”.

10. L’album Best Of (2000)

Ce qui nous amène aujourd’hui, le Best Of et le nouveau single funkadélique genre mutant Beta Band Music Is My Radar. Vous nous faites un Radiohead ?

Graham : “Nous étions sur le point de le faire, mais ils l’ont fait en premier. Il y a probablement des bouts qui vont dans cette direction mais nous sommes plutôt dans l’intensité sympa de créer de la musique et la capturer et de jouer avec, plutôt que de s’affairer et de mettre les choses en ordre”.

Avez-vous pété plus haut que vos culs ?

Graham : “Oh ouais. Je pense que nous avons pété plus haut que nos culs il y a longtemps de cela, mais là, ça monte encore plus haut”.

Et ne sous-estimez jamais les capacités à changer de musique d’un homme qui peut faire sonner une grenouille comme un psychopathe.

L’ALBUM THE BEST OF BLUR SORT LE 30 OCTOBRE SUR FOOD

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BLUR-RADIO.COM
(http://www.blur-radio.com)

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Une autre étape vers l’aube de ce jour glorieux de science-fiction où on pourra transmettre directement dans votre cerveau un hologramme de Damon Albarn en train de faire une danse du ventre dans un costume d’autruche pour votre plus grand plaisir pervers, blur-radio.com vous laisse jouer certains de leurs concerts les plus mémorables (Ally Pally en 1994, les fandangos de faces B et Singles Night l’année dernière et le show du Royal Festival Hall cette année), vous laisse farfouiller dans les archives de la BBC aux côtés de « Oncle » Steve Lamacq et vous rappeler combien Dave était beurré en 1992. Et c’est plus de variété de musique que Chris Moyles. Allez-y ! MB

Traduction – 12 novembre 2000