X-Men Origins: Wolverine

Avec : Hugh Jackman, Liev Schreiber
Réalisé par : Gavin Hood

Imaginez que vous êtes dans la chambre de Hugh Jackman à quatre heures du matin. L’alarme du réveil hurle. Il se lève en trébuchant et se dirige vers la cuisine pour engloutir une assiette de blancs d’œuf et de toast sans accompagnement. Hier, à cette heure, il a mangé un poulet. Ce n’est pas un cas de petit creu de minuit. Et l’appel de l’acteur sur le tournage de X-Men Origins: Wolverine n’est pas avant des heures. Mais afin de transformer ses biceps en boules de bowling et le reste de son corps aussi solide que du granite, Jackman a passé des mois à suivre un dur régime pour gagner de la corpulence qui lui demande de se ravitailler toutes les trois heures. Sans exception. “Je voulais ressembler à [Robert] DeNiro quand il retire sa chemise dans les Nerfs à vid et tout le monde a fait Whoa. On se rendait compte que le mec était un monstre”, se souvient Jackman, 40 ans, qui se tenait à un régime triste d’aliments fades pauvres en matières grasses et une séance d’exercices qui le voyait faire de l’haltérophilie tous les jours jusqu’à ce qu’il tombe de fatigue. “Il y avait des moments où je me réveillais complètement endolori et que je disais à ma femme : Je pense savoir ce que c’est que donner la vie à un enfant”.

Une chose est certaine, personne ne peut accuser Jackman de rentrer dans le rôle de Wolverine en somnambulant. Et quand Jackman arrive 15 minutes en avance pour une interview au petit déjeuner près de chez lui à New York, il est clair qu’il veut toujours embrasser, de manière enthousiaste, vivre ce dont la plupart des stars souffrent à contre-cœur. Il a plein de motivation, étant donné que c’est son premier essai à la production d’un majeur montant de tente d’été, un film qui se centre sur un personnage qui a fait de lui une star et qui est toujours la seule manière dont il a fait ses preuves comme atraction au bx office pour le public américain. Bien que ses débuts comme hôte de la cérémonie des Oscars en février a contribué à booster de 13% le taux d’audience par rapport à l’année dernière, personne ne s’est rué pour le voir dans l’épopée romantique de 2008, Australia, ni dans la série comédie musicale de CBS rapidement arrêtée en 2007, Viva Laughlin. Jackman sait que la pression est de garder ses jeunes fans masculins (en tant que Homme le plus Sexy sur Terre régant de People, il a les femmes de tous âges dans la poche) et d’aider à faire de Wolverine un succès qui fait naître une franchise.

Le film, dérivé de la trilogie X-Men, sélectionne le mutant alpha-mâle de l’ensemble des X-Men pour une histoire d’origine entière, tracant comment le supersoldat tempéramental Logan (Jackman) est recruté dans un programme gouvernemental secret par le Colonel Stryker (Danny Huston) et reçoit l’injection d’adamantium qui le transforme en une machine à tuer aux griffes de coutellerie. Constamment en guerre avec sa propre nature animale, Wolverine affronte encore une fois son demi-frère anarchique, Dents-de-Sabre (Liev Schrieber), et une galerie de photographies de repris de justice (voir encadré). “Wolverine est fun et cool, dit Jackman, mais je ne le ferais pas pour la quatrième fois s’il n’y avait pas quelque chose de plus intéressant que juste trancher, couper, fumer un cigare et dire quelques répliques cools”.

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Si Wolverine comprend autant de tournants dramatiques et de moments près de la mort que l’histoire du film peut le clâmer, alors les producteurs n’ont rien à craindre. Le tournage de quatre mois à Sydney a souffert d’une série de complications et de contretemps. D’abord il y avait le soi-disant conflit entre le cinéaste et le studio (le réalisateur Gavin Hood aurait été marginalisé de manière à ce que le plus expérimenté Richard donner pouvait prendre le contrôle créatif – nous y reviendrons plus tard). Puis est venu le choc du 31 mars, quand un workprint non fini du film en entier a leaké en ligne. C’était le leak le plus rapide et entier pour un blockbuster potentiel – et le cauchemar de tout studio. “C’est un désastre”, a dit une source élevée de l’industrie le lendemain où la nouvelle a éclaté, évaluant combien la Fox pourrait perdre en revenus : “C’est dix millions de dollars”.

Tandis que le studio entrait en mode Defcon-1 limitation des dégâts, le co-président de la Fox Tom Rothman a pris toutes ses responsabilités. “Ultimativement, c’était la responsabilité de la société d’assurer le développement de la postproduction et nous avons échoué, dit-il. Ce qui le différencie [des leaks précédents], c’est que c’est un film entier avec des fans forcenés, et c’est arrivé bien en avance. C’est l’ironie : ce n’est même pas proche d’un film fini”. Le studio note qu’il manquait à la version piratée la plupart des effets spéciaux et plus de 10 inutes d’images additionnelles cruciales qui ont été tournées plus tôt cette année.  “C’est une déformation criminelle de l’œuvre, dit Rothman. Gavin Hood travaille encore beaucoup sur le film. Ce n’est pas une expérience de cinéma de regarder une version foireuse sur son ordinateur”.

Au moment d’aller en presse, l’enquête, une collaboration entre le FBI et la Fox, doit encore déclare une coupable. Rothman insiste sur le fait que l’épreuve ne pouvait venir que de quelqu’un impliqué dans le processus de post-production, et qu’ils sont proches de trouver la source de la fuite, bien que la plupart des employés de l’industrie sont moins optimistes qu’une  arrestation sera faite. “Je ne sais s’ils vont attraper ces gars un de ces jours”, dit un producteur qui a eu un film très en vue récemment piraté. “On ne lit jamais qu’un gars est allé en prison pendant 20 ans”. Encore moins clair, c’est si oui ou non la fuite va vraiment coûté à la Fox “des dizaines de millions” au box office. Le seul précédent comparable est The Hulk de 2003, qui a été illégalement uploadé sur le web deux semaines avant sa sortie. Universal a délcaré ultimativement que l’infraction avait coûté 100 millions de dollars au film (certains disent que le studio cherchait un bouc émissaire aux pauvres critiques du film ; les cadres d’Universal n’avaient pas de commentaire). D’un autre côté, certains dans la place suggèrent que Wolverine pourrait en fait en bénéficier. L’anticipation du film du public a monté en pointe après la fuite.

Dans tous les cas, le studio et Jackman profitent beaucoup du succès de Wolverine – la dernière incarnation d’une des franchises les plus durables et les plus profitables de l’histoire du studio. X-Men a été la toute première B.D. majeure de superhéros de Marvel à être adaptée sur grand écran, et c’est l’une des plus profitables du genre. Chaque suite successive a fait plus que la précédente (157 millions de $ pour X-Men, 215 millions de $ pour X-Men 2, 234 millions de $ pour X-Men 3), une déclaration qu’aucune autre franchise de B.D. de trois films ou plus ne peut faire. Fox a au moins deux autres spin-offs X-Men en développement, dont une histoire d’origine de Magneto et X-Men: First Class, qui suit les mutants adolescents. “Il n’y a pas de propriété plus sacrée pour nous que X-Men”, dit Alex Young, co-président de la production de la Fox. Rothman ajoute : “Nous n’allons pas laisser les bâtards gagner”.

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Wolverine a un penchant pour dire des inepties et avoir des accès aléatoires de rage, qui lui confère une allure confiante et dangereuse qui l’a aidé à en faire le mutant le plus populaire de la franchise X-Men et parmi les superhéros les plus aimés de l’univers Marvel. Après que les fans aient exprimé des plaintes à propos de lui étant devenu un peu doux dans les suites de X-Men, le studio et les producteurs Lauren Shuler Donner et Jackman ont saisi l’opportunité de donner au personnage un film entier dans lequel il pourrait être plus gros et plus méchant qu’il ne l’a jamais été avant. Mettre ces idées en film s’est avéré être immensément compliqué. Young ne divulguera pas le budget du nouveau film mais admet que c’est le plus cher de la franchise (c’est à dire, plus haut que les 165 millions de $ rapportés de X-Men 3). “Il est plus grand en échelle et en taille que n’importe quel autre film X-Men. Il est aussi plus primaire et viscéral. Nous n’avons jamais été aussi proche de ce ton d’intensité et de furie”.

Pour créer ce genre d’âpreté, Jackman a poussé le studio à employer Hood, vétéran fraîchement récompensé en 2005 de l’Oscar du meilleur film étranger pour son drame sur les gangs, mon Nom est Tsotsi – et qui avait montré un flair pour le conflit grumeleux et l’intensité émotionnelle. Mais le cinéaste sud afraicain, dont le film suivant, Détention secrète, en 2007, fera un fiasco, n’avait aucune expérience en résolution des logistiques emmêlées d’un spectacle d’été poussé par les effets spéciaux comme celui-là. De plus, Hood, qui avait été militaire, a vu Wolverine comme la version superhéros d’un vétérinaire de l’armée souffrant de névrose traumatique – quelqu’un profondément ambivalent sur sa capacité à donner des coups de pied au cul. Cette prise sombre sur le personnage a déclanché un débat intense au sein du studio si oui ou non les adolescents qui vont au cinéma voudront être accablés de thèmes aussi lourds. “Une partie du défi est de garder toutes ces idées dans un environnement 13 ans et plus, dit Hood, 45 ans. Je ne suis pas un réalisateur testé de grands films, et ça a été un processus de comprendre les différents postes des personnes qui ont un intérêt majeur dans le film”.

Tandis que les parties discutaient, un tas d’histoires ont surgi sur internet et ont attisé la contreverse en supposant que Rothman de la Fox avait ordonné à ce qu’un décor soit repeint d’une palette moins lugubre sans l’approbation de Hood – et que Hood avait été remplacé par le mari de Lauren Shuler Donner, le réalisateur Richard Donner (l’Arme fatale). “C’était exagéré”, dit Jackman du degré de conflit, ajoutant que Donner a été amené sur le tournage pour offrir des conseils sur certaines séquences d’actions complexes, rien de plus. “Dick était là dans une sorte de rôle de procédure, juste pour s’assurer qu’on était sur les bons rails”. En deux mots : le môme est resté sur le film. “Est-ce que [le tournage] a été facile ? Non, se souvient Hood. Mais si Tom et moi n’avions pas un respect sain pour chacun, il m’aurait viré, ou je serais parti”. Pour sa part, Rothman insiste qu’il a toujours soutenu la vision de Hood ; sinon, il ne l’aurait pas employé en premier lieu. “Nous savions dans quoi nous nous lançions et l’embrassions, dit Rothman. Ce film est très méchant, et nous savions qu’il pousserait loin la limite de l’interdiction des moins de 13 ans. Mais une fois que Dark Knight est sorti, nous avons vu qu’il n’y avait pas de niveau d’intensité où nous ne pouvions pas aller. Nous pouvions tous les deux avoir ce que nous voulions”. Traduction : Ceux à la tête du studio des quatre coins de la ville cherchaient le prochain Dark Knight, et les cadres de la Fox se sont retrouvés dans la position enviable d’être assis sur un autre film de superhéros avec un personnage central qui ne peut à peine vivre avec lui-même.

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Le 31 mars, le jour où cette fuite fatale est arrivée sur internet, Jackman ne pleurait pas au-dessus de sa bière et ne s’est pas non plus embarqué dans une chasse à l’homme. Au lieu de cela, il menait un concours sur le web invitant les fans à écrire et faire pression pour que l’avant-première de Wolverine ait lieu dans leur ville (le gagnant sera annoncé le 20 avril). Aux dires de tous, Jackman est resté impitoyablement optimiste sur les perspectives du film. Certains attribueraient sa réponse à la panique ou au démenti, mais la positivité de Jackman semble inhabituellement sincère. À la différence de la plupart des hypes créatives, dont la meilleure œuvre est souvent nourrie par l’angoisse, le désespoir et le doute de soi, Jackman semble être poussé par une vraie force de volonté.  “Cette nature affable qu’il a dissimule une concentration professionnelle insensible”, dit le réalisateur Baz Luhrmann, qui a travaillé avec Jackman sur Australia et un montage de comédies musicales aux Oscars. “Qu’il soit sur la scène du Kodak Theatre ou au milieu du vaste désert australien… Je n’ai jamais vu quelqu’un d’une consistence aussi plaisante dans des circonstances difficiles ou extraordinaires que Hugh”.

Exemple typique : trente minutes avant que Jackman devait interpréter son numéro d’ouverture aux Oscars en direct à la télé, le producteur de l’émission Bill Condon a trouvé l’acteur dans sa loge avec la porte ouverte, blaguant avec quiconque qui passait. Même maintenant, Jackman insiste sur le fait qu’il ne s’est jamais inquiété qu’il présidait une bombe à la Letterman qui ternit une carrière. “C’est juste relax, dit-il. La première chose que j’ai faite quand je suis monté sur scène, c’était de regarder ma femme, et je savais que même si je me plantais complètement, elle n’allait pas dire : Il n’est plus attirant”.

Jackman applique la philosophie “Quoi, moi inquiet ?” à tout ce qu’il fait. Par exemple, il y a six ans, il savait qu’il risquerait sa carrière naissante d’héros d’action en acceptant le premier rôle dans the Boy From Oz sur Broadway, en tant qu’Australien gay chanteur et danseur Peter Allen. “Je n’oublierai jamais embrasser un mec sur scène et quelqu’un dans le public a crié Ne le fais pas, Wolverine !” se souvient Jackman, qui a deux enfants, Oscar, 8 ans, et Ava, 3 ans, avec sa femme avec qui il est marié depuis 13 ans, l’actrice de télé australienne Deborra-lee Furness. “Je ne perd pas du temps ou de l’énergie avec ça. Je pense qu’on met bien trop d’importance sur la sexualité des gens de toute manière. J’aime le sexe, c’est génial, mais ce n’est pas la mesure de l’amour ou d’une relation. Et que vous aimiez les filles ou les garçons, que vous aimez la lumière allumée ou éteinte : On s’en fout ! J’ai toujours trouvé la sexualité être l’une des choses les moins intéressantes chez quelqu’un”.

Un repas avec Jackman est plein du type d’aperçu à cœur ouvert qui vous font penser qu’il est en avance de quelques chapitres dans la lecture du manuel de comment être un meilleur humain. Mais encore, peut-être que c’est juste qu’il aime divertir les gens autant qu’il le semble, et qu’il n’est pas contrarié par l’attention qui va avec la célébrité. À la fois à l’écran et à la ville, il a plus peur de manquer une opportunité que perdre pied dans la liste A. “Si tout était fini, je le trouverais un peu difficile, sans doute”, dit Jackman, qui a vidé son agenda post-Wolverine pour passer du temps avec sa famille et doit encore aligner sa prochaine gigue. Cependant, il ajoute avec un gros gloussement, “il y aura un moment où je serai sur la liste Oh mon Dieu, regardez ce qui lui est arrivé, ou la liste Il était l’homme le plus sexy sur Terre ?. On ne peut se prendre trop au sérieux”. Même Wolverine doit être d’accord.

Christine Spines

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MUTANT ET MANIAQUES

Wolverine ne travaille pas seul. Il y a d’autres personnes qui avancent dans le film en cassant tout sur leur passage – CS

Dents-de-Sabre / Victor Creed
LIEV SCHREIBER
(les Insurgés)
Doté de sens superhumains et des griffes et des crocs d’un prédateur préhistorique, l’assassin féroce est consommé par une rivalité de toute une vie avec son demi-frère, Wolverine.

William Stryker
DANNY HUSTON
(les Fils de l’homme)
Le colonel de l’armée archi-méchant préside sur le programme d’opérantions sous couverture qui transforme les mutants en machines à tuer. Pourquoi sa vendetta ? Il pense que son fils mutant a poussé sa femme au suicide.

Kayla Silver Fox
LYNN COLLINS
(True Blood)
Le mystérieux véritable amour de Wolverine est une institutrice qui calme ses démons, mais quand elle devient la proie de Dents-de-Sabre, un Wolverine vengereux rejoint le programme Arme X top secret.

Deadpool / Wade Wilson
RYAN REYNOLDS
(un Jour, peut-être)
Initié du programme Arme X avec Wolverine, ce mercenaire qui sort des vannes et qui manie les épées possède aussi la capacité de guérir.

Gambit / Remy LeBeau
TAYLOR KITSCH
(Friday Night Lights)
Le charismatique criminel cajun, favori des fans dans les B.D., peut manipuler l’énergie cinétique pour transformer tout objet en arme fatale – d’un jeu de cartes à son propre poing.

Bradley
DOMINIC MONAGHAN
(Lost)
Ancien membre de la Team X qui peut conduire et générer de l’électricité, ce mutant solitaire reprendre une vie normale comme artiste de cirque après avoir participé à des missions déchirantes.

Traduction – 25 octobre 2009