Farce de dessins animés

Gorillaz
Gorillaz (Parlophone)

Le projet parallèle de Damon Albarn, un paquet varié mais de temps en temps très à la mode.

Le West London est-il un état d’esprit artistique ? Pour ceux qui vivent à Hounslow, c’est une grise réalité tangible. Mais pour les générations de musiciens bohêmes, il a représenté un W11 [le code postal], un nirvana sans genre, où les cultures se mélangeaient, où les coffres des basses grondent et où les blancs de la classe moyenne parlaient dans un patois embarrassant style dub.

On peut facilement retrouver la trace du West London en partant des aventures dub du Clash en passant par la fantaisie Psyence Fiction plus que poussée de UNKLE (en s’arrêtant à des piliers traditionnels de la scène tels que Brand New Heavies ou Jay Kay et en rendant visite à des disciples tels que Massive Attack ou Stereo MC’s), avant de se terminer avec Gorillaz, l’ultime album du West London. Que ses auteurs proviennent de dehors du code postal importe peu. C’est un exemple parfait du genre.

En fait, Gorillaz fait progresser le genre dans une toute nouvelle dimension en n’existant pas. C’est un projet conceptuel que Damon Albarn de Blur et l’illustrateur Jamie Hewlett (le gars derrière Tank Girl, période West London de 1993) ont conçu en utilisant leurs têtes. Waouh. Le parfait groupe du West London : une invention funky multiculturelle tout droit sortie d’une imagination blanche, indée et banlieusarde ; un groupe interactif de personnages animés qui utilise les techniques dub et hip-hop pour créer de la pop bubble-gum douceâtre.

Et c’est une franche partie de rigolade. Plus à faire qu’à écouter, mais c’est déjà mieux que Psyence Fiction, l’album auquel Gorillaz ressemble le plus. C’est parce que Damon a un tel flair pour la pop que même sur les houles des territoires non explorés par Albarn, il reste mélodieusement ancré. Ce ne peut être plus évident que sur le réel triomphe de l’album, le single Clint Eastwood : le meilleur disque indie-dance depuis des années, élevé à ce rang par le rap singulier de Del Tha Funkee Homosapien.

Il a d’autres bons trucs aussi. La majestueuse mélancolie de Tomorrow Comes Today balance entre un mélodica à la Augustus Pablo et un rythme à la Soul II Soul. Mais, mais, mais…

Il bosse en quelque sorte. Il épouse tellement le potentiel illimité de tous ses gadgets musicaux, avec toutes les nouvelles façons de chanter qu’a découvert Damon, avec son éclectisme, qu’il en devient mièvre et fatiguant. Il aurait du être sur Mo’Wax, le label qui a créé cette idée.

Néanmoins, bravo, Damon. Il a vraiment beaucoup de talent et il peut vraiment toucher à beaucoup de types de musique différents. Il peut être le Tom Tom Club tout en étant Pavement et les Kinks. Il peut autant être West London que Essex.

Mais les murmures qui sortent de Parlophone suggèrent que Gorillaz pourrait être la fin de l’expérimentation de Damon : il « veut de nouveau être dans la compétition ». Bonne nouvelle. Toute cette expérimentation excitante tend vers l’écoute morne. (6)

Ted Kessler

Traduction – 23 mars 2001