Bourrage de graphismes

Gorillaz
London King’s Cross Scala

Alors c’était comment pour vous ? Les célébrités et les singes médiatiques rassemblés (Helena Christensen, Sadie’n’Jude, Ant’n’Dec) ne peuvent se décider. Était-ce un véritable Happening artistique ou une escroquerie ? En confrontant autant les attentes, le premier concert du groupe virtuel Gorillaz doit être décrit comme un succès non qualifié, même s’il y a un air certain d’arnaque derrière cela.

Alors voici ce que le public du Scala a vu : un vaste écran, étendu d’un bout à l’autre de la scène, sur lequel Murdoc, 2D, Noodle et Russel apparaissent dans divers scénarios, dont certains sont déjà familiers grâce au site web de Gorillaz et deux clips. Des slogans annoncent que ce que nous entendons est du “hip hop zombie” et de la “pop sombre” ; pendant ce temps, les personnes qui font effectivement la musique sont cachés derrière l’écran, bien que des astucieux rétro éclairages montrent de temps en temps leurs silhouettes. Et même de ceci seul, il est évident qu’ils en donnent des tas. Le dub et le hip hop qui fabrique la nourriture musicale de base de Gorillaz sont interprétés avec du mordant et du panache véritables (pas d’exploit mesquin pour une musique basée fondamentalement au studio), tandis que la vague silhouette de Damon Albarn, casquette vissée sur la tête et tambourin en main, chante et danse avec un plaisir abandonné.

Son plaisir semble venir du complet défi de Gorillaz du concept de la performance. Qu’importe le génie du groupe (et il est réel) il y a une barrière large de 3 mètres et demi sur 9 entre le public et son appréciation. Et les personnages de dessin animés sur l’écran ne jouent pas de façon conventionnelle : ils prennent des poses de rock stars, galopent dans Londres et y zooment d’un bout à l’autre. Parfois, ils n’apparaissent pas du tout ; Man Research est accompagné d’un tournage plutôt cochon d’un ménage lesbien S&M saignant, tandis que des sections de Nosferatu illustrent Dracula. Et c’est à des moments comme ceux-là que tout cela semble plutôt blasé et on se demande pourquoi Gorillaz s’est pris la peine de jouer en live. N’aurait-il pas eu plus de sens diffusé sur Channel 4 dans la tranche “arts mortuaires” ?

La performance se conclut avec Punk, Gorillaz dévisage maussadement derrière l’écran. (Aucun humain n’est apparu de toute la soirée ; ni avant, ni pendant, ni après) Puis, quelque chose de plutôt merveilleux s’est passé. Les lumières restent allumées, et le mix garage de Ed Case de Clint Eastwood commence. Sur un balcon, loin au-dessus de nos têtes, la légende du reggae Sweetie Irie chante la chanson avec quatre danseurs ragga, jetant des billets de 20£ personnalisés, excellent. De Damon est seule présente sa voix sur la platine de fond du DJ, mais c’est complètement juste. Bien que sa réputation de l’archétype cul branché de la pop fera que certains craindront Gorillaz, leur meilleure œuvre est un rejet triomphant de l’ego de superstars. Super, babouin !

Alex Needham

Traduction – 31 mars 2001