Watchmen

Qui nous garde – mais de manière plus cruciale, qui regarde ?

interdit aux moins de 18 ans • 162 mins • déjà sur les écrans
Réalisateur : Zack Snyder
Distribution : Billy Crudup, Malin Ackerman, Jackie Earle Haley, Patrick Wilson
3.5/5

Watchmen de Zack Snyder, c’est comme un ballet de glace inspiré par l’atlas de Londres. On admire le courage mais on remet en question l’intérêt.

Rangé depuis longtemps sous l’étiquette « infilmable », le chef d’œuvre à sensation d’Alan Moore et Dave Gibbons défie les griffes d’Hollywood depuis plus de vingt ans. Trop de couches, trop complexe, sa déconstruction aimante de super hommes masqués a résisté aux talents de liste A aussi divers que Terry Gilliam, Darren Aronofsky et Paul Greengrass.  Le commandant de 300, Snyder, empoche les lauriers pour s’être finalement débattu avec sur grand écran, mais tandis que l’épopée spartiate et musculaire de Frank Miller était un échauffement avec peu d’attentes précieuses, Watchmen se tient comme le Mont Rushmore des romans graphique, énorme et menaçant.

Snyder est clairement, et à juste titre, en adoration. Mais tellement qu’il nous a apporté quelque chose de servile et d’adorant, un geste littéralement lourd en dévotion.

Critiquement, Watchmen disséquait les B.D. dans le vocabulaire unique des livres marrants. Une version sur celluloïde avait besoin d’être aussi espiègle avec le cinéma, interrogeant les clichés et les tropes des croisades sur l’écran – tout de l’émeute affectée du Batman des années 1960 aux films X-Men sombrement teintés. Mais tandis que Snyder ajoute des effets sonores élégamment à bout aux séquences de combat (et son tic ralenti, accéléré ennuie rapidement) ils semblent méjugés. Seul le générique de début – une parade pleine d’esprit sur la musique de Dylan de tableaux historiques avec des caméos de JFK et des Village People – transpose intelligemment la page de B.D. aux possibilités du cinéma. Autre part, le grand écran est étrangement impitoyable. Quand le Hibou original de la B.D. demande « Qu’est-ce qui nous est arrivé ? » Qu’est-ce qui est arrivé au Rêve Américain ? », cela va parfaitement dans le contexte à quatre couleurs. Sur grand écran, dit par un vrai être humain, cela sonne désespérément dans le mille. Et tandis que le besoin de tayer toutes les composantes de la liste donne au film un rythme bizarre qui fonce, l’excision chirurgicale de la sage du Vaisseau Noir et sa métaphore pirate apocalyptique retire le sentiment qui ronge lentement de terreur nucléaire que l’histoire demande.

Ce n’est pas un mauvais film. Il est en fait froidement et techniquement excellent. Et il rend honneur à Moore et Gibbons un peu trop. Mais il est monumental et forme un bloc massif, un exercice de taxidermie filmique,  qui a besoin de coup de foudre pour animer ses parties. Une telle énergie crache dans le Rorschach de Jackie Earle Haley, tout en charisme mortel et coupant, disant ses monologues empoisonnés à la Travis Bickle en grondant et ressemblant à l’enfant bâtard de Dirty Harry et de Johnny Rotten. Ses scènes possèdent un sens démoniaque et plaisant de malice qui fait sembler le reste de cette photocopie bizarre au travers des médiums encore plus solennel et sinistre.

Ultimativement, on est laissés à se sentir comme le blême Dr Manhattan de Billy Crudup, témoin d’une supernova de loin – oui, c’est un spectacle, digne d’un peu d’applaudissements polis, mais d’un certain côté, on est trop distant et détaché pour s’y intéresser. Il est aisé d’admirer le film, il est très difficile de l’aimer.

Nick Setchfield

♦ Carla Gugino et Malin Ackerman jouent les Spectres Soyeux mère et fille, mais dans la vraie vie, Gugino n’a que sept ans de plus que Ackerman.

Traduction – 14 mars 2010