Le coup de théâtre d’Albarn

Le spectacle de Gorillaz est de bonne augure pour le nouveau festival des arts de Manchester

Gorillaz
Manchester Opera House

Avons-nous vraiment besoin d’un autre festival des arts et de la culture, quand nous avons le gigantesque Edimbourg, un Glastonbury de plus en plus divers et Liverpoool capitale européenne de la culture en 2008 ? Selon Alex Poots, directeur du premier Manchester International Festival, qui va se tenir durant l’été 2007, c’est le cas.

Le festival de Manchester sera le seul événement mondial consacré à présenter en exclusivité des œuvres nouvellement commissionnées. Poots, dont la nouvelle position a mis fin à son poste de directeur des arts contemporains de l’Opéra National Anglais (ENO), a un CV impressionnant de revitalisation de la commission et programmation des arts.

Son ambitieux “opéra ragga” sur la vie du Colonel Kadaffi, écrit par des membres de Asian Dub Foundation, sera mis en scène à l’ENO l’année prochaine, et il compare l’expérience de son coup où il a amené le compositeur vénéré de bandes originales de film, Ennio Morricone, à Londres pour jouer sur la scène du Barbican en 2001 comme “un film de Fellini”.

Présent à l’événement Morricone était le chanteur de Blur, Damon Albarn, dont la première collaboration musicale avec son ami, le dessinateur Jamie Hewlett, allait sortir sous le nom de Gorillaz. Il ne pouvait savoir que son groupe mystérieux de personnages animés éclipserait la célébrité de Blur en dehors de la Grande Bretagne, vendant six millions d’exemplaires de leur premier album éponyme, et, à ce jour, quatre millions de Demon Days, son successeur de cette année.

Tout juste alors que Poots a accepté le poste à Manchester, Albarn a appelé le directeur pour avoir ses conseils à proppos de la mise en scène d’un spectacle live de Gorillaz. Non seulement c’était le germe d’une idée qui deviendra l’énévement de lancement “pionnier” du Manchester International Festival la semaine dernière, mais, comme Poots l’a révélé au deuxième des cinq soirs de Gorillaz à l’Opera House de la ville, Albarn et Hewlett font partie des premiers artistes à être commissionnés pour l’événement de 2007, pour une nouvelle œuvre impliquant des musiciens traditionnnels de Chine.

En faisant ainsi, Albarn s’est révélé être le seul musicien britannique au grand profil qui semble vaguement intéressé par incorporer les vastes richesses de la world music dans sa propre œuvre.

Cette combinaison puissante d’Albarn et de Hewlett, le remarquable Demon Days (qu’ils ont joué dans son intégralité), et l’ambition de Poots, combinés à la confiance en soi et la volonté hérissées de Manchester, n’allait jamais échoué.

Il y a quelques occasions où, quand on regarde un concert de rock conventionnel, on sent qu’on regarde une performance qui tiendrait dans le spectre grand à petit, sublime à ridicule de l’art, mais c’était le cas de celui-ci.

Peu importe si le concert a commencé avec des marionnettes en 3D des membres de Gorillaz Murdoc et 2D qui répétaient des phrases comiques. Le fait qu’elles étaient là, un chœur de marionnettes jetant du popcorn de la box royale, était assez hilarant.

Avec eux, nous avons été les témoins de l’arrivée et du départ de 87 musiciens et chanteurs sur la scène en l’espace d’une heure, dont Neneh Cherry (paraissant maigre d’une manière désarmante tandis qu’elle se déhanche sur le grondant Kids With Guns), Ika Turner (resplendissant dans un costume en peau de lézard orange); Roots Manuva sa capuche en fourrure et la Manchester Community Choir qui glousse sans arrêt.

Albarn restait assis les genoux fixés sous un piano, dirigeant toute l’affaire avec une succession de signaux de main impatients à son groupe, étayés avec une énergie impitoyable du batteur Cass Browne.

Sous sa direction, le mouvement mélancolique de la forme enregistrée de Demon Days a été transformée en un son live plus agressif qui résonne dans vos os, levant le public, leurs mains et portables en l’air.

Le clou de la soirée a été lorsque le plus petit membre du chœur d’enfats, constitué d’élèves de l’école primaire de Wythenshawe, est sorti des rangs durant Dirty Harry pour faire une démonstration de pas de danse les plus terribles depuis le premier moonwalk de Michael Jackson. L’Opera House aurait pu s’envoler sous le grondement du public.

Du plus petit gars à l’agité Albarn enchanté, le collectif de Gorillaz semblait dire : regardez ce qu’on peut faire si on travaille ensemble.

Lynsey Hanley

Traduction – 10 mai 2008