Aujourd’hui, plus que jamais
NOUS AIMONS BLUR
Et vous aussi, quand vous entendrez ce disque
Interview exclusive de Michael Odell

L’art et la manière de faire son chef-d’œuvre

Se rencontrer il y a vingt ans, redéfinir le paysage pop, investir énormément dans les bénéfices du succès, perdre un membre, se retirer au Maroc avec Norman Cook et enregistrer les vocaux couché par terre en regardant les étoiles. Cela a marché pour le « foyer brisé » de Blur.
Think Tank est le meilleur disque qu’ils aient fait.

PAR MICHAEL ODELL

Damon Albarn s’est attendu à avoir des problèmes au Texas pendant toute la semaine. Avec Blur qui se manisfeste pour un set surprise au sein du festival South By Southwest à Austin, Albarn, avec sa position anti-guerre, s’est imaginé que l’accueil des péquenauds dans le jardin du président serait brusque, impliquerait pêut-être du flegme ou un mec au premier rang qui regarderait tout en tripotant dangereusement un holster. En tant que retour, showcase de nouvelles chansons de Blur en quatre ans, il semblerait que les Gallagher ne pourraient rassembler l’itinéraire avec plus de méchanceté.

Albarn se tracassait à propos de cela avant même que son nouveau choriste ne découvre qu’il ne pourrait obtenir de visa avant que le groupe ne quitte Londres. Et ensuite 48 heures avant le départ, le même sort est arrivé au bassiste Alex James. Mais encore, il y a 24 heures, Blur est allé au Texas, les membres originaires Albarn et Rowntree dépassés par du nouveau personnel à sept contre deux. Avec des choristes, un percussionniste et un clavier, il y a Simon Tong de The Verve remplaçant Graham Coxon qui est parti, c’est un personnage menu et a grosse touffe de cheveux qui, lors d’interactions sociales, a tendance à chercher les réponses dans ses chaussures. Puis il y a le remplaçant de James, Chris Traynor, qui a précédemment fait partie de groupes hardcore comme Helmet et Rival Schools, apparemment déniché dans une agence de sosies d’Alex James : mec grand et maigre, cheveux foncés qui tombe dans les yeux et très envie de faire de son apparation dans Blur un succès. James était affolé à l’idée d’être remplacé et a suggéré à Albarn que Graham Coxon devrait être invité pour jouer de la basse pour la courte tournée. “Ouais, l’idée d’Alex, dit Albarn en haussant les épaules. Je ne veux pas insulter le gars”.

Mais l’expérience texane de Blur a été payante. On peut le dire par la façon dont Damon Albarn, fraîchement arrivé dans un hôtel de New York, s’est déguisé en péquenauds en hommage. C’est samedi soir mais, alors que tout le monde semble porter des marques italiennes coûtant minimum 5000$, Albarn donne l’impression de se relaxer après une dure journée de boulot à réparer des équipements agricoles dans un jardin en Géorgie : casquette avec ce qui semble être un logo d’engrais dessus, une salopette bleue, un t-shirt avec Keep On Truckin’ (“Continuez de Camionner”) dessus, un tatouage où on lit “Mum” dessus. Mais il y a de subtils hommages vestimentaires à sa promiscuité culturelle n’importe où : à son poignet gauche un bracelet du Mali, à sa main gauche un chevalière en or avec trois lions dessus, alors que ses baskets non attachées et la façon dont son caleçon bleu remonte au-dessus de sa ceinture parle des flirts avec le street wear de son projet parallèle Gorillaz. Mais ce soir, on parle de Blur, le business fondamental de Albarn et pourtant la plus pénible de ses trois carrières simultanées. South By Southwest semble indiquer que les présages sont bons mais encore ce n’était qu’un échauffement non annoncé de six chansons. Demain soir à la Bowery Ballroom de New York sera leur première vraie tête d’affiche en quatre ans.

Mais il y a d’autres événements. Ils sont sur le point de sortir Think Tank, leur premier album depuis celui paru en 1999, 13, et le premier sans le guitarist Graham Coxon, le suprêmement talentueux guitariste perturbé qui est parti l’année dernière après avoir manqué de se montrer aux sessions d’enregistement. De plus, voilà une décennie que Albarn a écrit l’album Parklife qui établira Blur comme champions d’une nouvelle offensive de rock anglais. À ce moment-là, Albarn était parfaitement inconscient que l’album viendrait étayer le mouvement qui est devenu par la suite la Britpop. Il essayait simplement d’écrire une fournée de chansons qui sauverait la carrière en perte de vitesse de Blur. “Le territoire semble en quelque sorte familier maintenant”, dit-il dans un sourire. En fait, Albarn voulait appeler le nouvel album Darklife mais des avertis l’ont persuadé de changer le nom en Think Tank. Sur papier, ça devrait être un désastre, un accessoire confus dans le CV rock déjà diffus d’Albarn ; un salut d’adieu à Coxon et peut-être une éxécution de contrat fait pour la forme pour James et le batteur Rowntree. Mais ce n’est pas le cas. On est même très loin de ça. “Je ne vois pas qu’on puisse faire beaucoup de débat, déclare Rowntree. On doit uniquement écouter la chose. C’est de loin le meilleur disque qu’on ait fait”. Du funk frémissant à l’électronica tournoyante, une distincte atmosphère africo-arabe, et les surprennants hommages au Clash ainsi que quelques ballades magnifiques, il montre Blur dans leur commande impétueuse et taquine du critère de la pop. Quelqu’un au bar dit que c’est leur London Calling ou leur Sandinista! et… personne ne rit. Peu importe ce qu’il est, Blur est revenu de l’amputation de Coxon avec une étrange nouvelle démarche séduisante.

Mais le concert de demain soir à la Bowery prouvera si le nouvel album est un coup de veine de studio ou si le Blur reconstitué peut faire saisir sa signification sur scène. Think Tank est un pétrin structurel avec des poinntes de world, de soul et de hip hop. Il y a quelques moments rock ça et là mais ce n’est pas la sorte de travail un trio peut jouer. C’est peut-être pour cela que pour la première fois depuis des années Rowntree et Albarn admettent être sur les nerfs. Le batteur, qui s’est imposé une prohibition depuis cinq ans, ne peut accepter l’aide de l’équipe du bar et part voir des amis. Albarn, cependant, prend son rôle de seul buveur survivant de Blur sérieusement. “J’ai de considérables records de merdages en ce moment”, dit-il en articulant mal à la fin de la soirée. Comiquement pailleté par l’alcool, il prend l’ascenseur vers sa chambre d’hôtel. Au sixième étage, il sort puis bloque les portes jusqu’à ce que l’alarme se déclenche. “Perdre un membre du groupe, c’est négligeant, déclare-t-il tel un ténor d’opéra, mais en perdre deux, c’est téméraire bordel ! Bonne nuit !”

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Le lendemain soir à la Bowery Ballroom, Blur dévoile son album Think Tank. Les fans commençent leur pied de grue pour des places au premier rang à l’heure du petit-déjeuner, beaucoup de très jeunes Japonais ou de mômes légèrement plus vieux dont le point d’entrée dans le livre de chansons d’Albarn était probablement Song 2. La Bowery Ballroom a un héritage punk distinct mais la scène est modeste. Il y a quelques inquiètudes que dans cet espace confiné le groupe de neuf personnes ressemble à une bande de gars dans un ascenseur plein. Albarn rentre à grands pas sur la scène un portable à la main. “Perdre un membre du groupe, c’est négligeant. En perdre deux, c’est téméraire bordel !” annonce-t-il. (Quand il l’a baraguiné la veille, ça semblait être spontané du à l’alcool. Réentendre ça, mot pour mot, je suis inexplicablement déçu.)

Il prend son portable et appelle Alex James chez lui dans le Gloucestershire et invite le public à dire “Salut”. Mais James n’est pas chez lui. Les 470 personnes du public lui laisse un message sur son répondeur. Avec 24 heures de préparation, le bassiste remplaçant, Chris Traynor, fait une très bon boulot même si sa setlist copiée à la main à la hâte inclut la chanson inconnue de Blur Pub Scene (on suppose que c’est Popscene). Il a appris les lignes de basse par Alex James via le téléphone. Pour Girls & Boys et This Is A Low, Albarn exploite le premier rang comme un artiste de music hall, cours le long de la salle et serre des mains et fait passer effrontément son sourire grandement puissant. Song 2, leur carte de visite aux États-Unis, fait crouler la salle sous les applaudissements. Mais la nouvelle soul haletant de Ambulance et l’épiphanie étonnante de On The Way To The Club sont plus difficile à prendre rapidement. Et il y a plus de défis à l’horizon : l’étouffante prise d’une minute de We’ve Got A File On You s’ouvre avec sa signature arabo-islamique. Albarn s’agenouille dans la direction de la Mecque avec une fausse ferveur religieuse. Aux États-Unis, la veille d’une invasion de l’Iraq, c’est une technique de la scène intéressante, c’est le moins qu’on puisse dire. Pour Moroccan Peoples Revolutionary Bowls Club, le nouveau rôle à plusieurs tâches de Albarn dans l’expérimental Blur sans Coxon est mis en relief . Il doit chanter, jouer de la guitare et puis jongle entre un vocoder et un clavier.

Le public de la Bowery semble aimer le nouveau Blur. Tous sauf un Irlandais bourré qui ne sait probablement pas que la Seconde Guerre Mondiale est finie et qui crie “Oasis !” tout le long du set. Le manager de Blur, Chris Morrison, l’homme qui a autrefois dirigé Thin Lizzy, lui dit de la fermer. Ils se lançent des bières dans la tête de l’autre. La sécurité fait des arrangements à la hâte pour qu’il aille voyager la tête la première dans un tas de sacs poubelle dans la rue. Après, au Bowery Bar à l’étage, Albarn descend un bière et accepte les félicitations des Strokes. Julian Casablancas me dit que les nouvelles sont “intéressantes” mais une critique plus profonde est compromise par une femme qui attend de remettre sa langue dans sa gorge à lui. Albarn à l’air ravagé au bar mais il a toujours le cerveau qui marche pour articuler un thème, quelque chose dont il ne va pas cesser de parler dans la semaine à venir.

“Bien sûr on voulait que Alex soit là mais je pense qu’on a tous appris que ça importe peu qui joue les chansons. C’est ce que Gorillaz m’a appris. Je veux me détacher des personnalités. Le truc, c’est qu’on est un foyer brisé maintenant de toute façon. Graham est parti. On n’est pas vraiment Blur. Y’a aucun intérêt de le prétendre, non ?”

Pour le moment, il est assez assez. Même si on est dimanche soir, plusieurs membres de Blur projettent de chercher un bar. Dave Rowntree, très digne avec un jus de fruits, est bientôt la seule référence verticale dans une pièce de gens qui tanguent. Albarn met avec peine une bouteille de vodka Stolichnaya à 80% vide dans mes bras. “Je vais me pieuter”, dit-il, dans une long et lent grognement.

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Cela a pris treize ans à Albarn pour épuise le rêve de rock star. Lorsqu’il a rencontré Graham Coxon derrière le bâtiment de musique à la Stanway School à Colchester, leurs premières expériences musicales singaient U2 et Simple Minds. Après avoir quitté l’école, Albarn a abandonné ses études d’art dramatique et a occupé un boulot dans le hall de la Euston Station où il vendait des croissants tout en dépannant dans un studio proche. Coxon était allé au Goldsmith’s College où il a rencontré Alex James. Rowntree travaillait pour le service municipal. Ils ont formé Seymour via Goldmsith’s. Une fois signés sur le label de Dave Balfe, ancien clavier de Teardrop Explodes, Food, ils sont devenus Blur. À court terme, leur statégie était opportuniste : suivre le mouvent de “l’indie dance” en marche. Cela leur a donné une première reconnaissance mais la ruine et le désastre était proches au moment de la conception de leur second album Modern Life Is Rubbish. Puis, même s’il y avait Parklife et les intentions d’Albarn à l’époque semblent extraordinaire avec le recul : enflammer à nouveau une fierté conscieusement nationale dans une ligné de rock anglais remontant aux Kinks. Bien sûr, cela a marché. Ce qui a suivi a fait de la grande pantomime de tabloïde et fait partie aujourd’hui de l’histoire de la pop mainstream : Blur vs Oasis et tout ce qui est ensuit. En conséquence, Blur au moins a essayé de faire les choses différemment. Il y a eu The Great Escape qui les a encore trouvé bizarrement préoccupés par une Angleterre d’après-guerre qu’aucun d’entre eux connaissait, mais de meilleures choses ont suivies avec l’album suivant Blur et les singles Beetlebum et Song 2. Au moment où ils ont fait 13, ils semblaient revigorés par de nouvelles textures de guitare et, sur Tender, les trésors du blues et du gospel. Mais très rapidement, Albarn a déclaré en avoir marre du rock et il est arrivé au dixième anniversaire de Blur au seuil de deux explorations de la musique noire, Gorillaz et Mali Music. La première est une collaboration en cours avec l’artiste graphique Jamie Hewlett qui a inventé l’héroine de bande dessinée Tank Girl. Alors que Albarn woulait un exutoire pour des idées hip hop non Blur, Hewlett inventait un groupe de personnages animés pour aller avec. Avec le producteur américain hip hop Dan Nakamura et l’ancien bassiste de Bob Marley, Dan Junior, aux commandes, Gorillaz a vendu plus de quatre millions et demi d’albums de part le monde et a attiré un nouveau public plus jeune vers les beats et la mythologie animée du groupe. En mai 2001, Dave Rowntree a décidé de savoir si Blur avait un avenir et s’est embarqué dans ce qu’il appelle un été de “navettes diplomatiques”. On imagine qu’il a été bon. Il est de cinq ans l’ainé de Albarn et de James et, même si en surface il est charmant et amusant, il a la sévérité du technicien de laboratoire qui étudie de près des données. “Il est comme ça”, dit Albarn. “Un peu plus âgé que nous, un sage. Il regarde les contrats et les autres trucs légaux de près et se rend compte qu’on va se faire entuber. Je pense qu’il a pensé Je vais leur régler leurs comptes à ces batards”. Albarn, James, Rowntree et Graham Coxon se sont mis d’accord sur le fait qu’ils allaient essayer de faire un autre album, mais il y aurait des règles strictes. Si quelqu’un ne venait pas, les autres continuerait sans lui. Si les sessions n’étaient pas productives, ils quitteraient Blur. Ils ont convenu un rendez-vous dans leur studio de l’Est londonien en novembre. Albarn dit qu’à la base il était simplement venu par devoir et loyauté. “Je l’ai fait par amitié mais j’étais pas trop dedans. Je savais que je leur devais ça parce que sans Blur, je n’aurais jamais eu la chance de faire Gorillaz ou Mali Music. La foi n’y était pas mais… est venue. Dès qu’on a enregistré Don’t Bomb When You’re The Bomb, je savais qu’on pouvait faire quelque chose de complètement différent”.

Coxon, cependant, n’est pas venu du tout. Le producteur Ben Hillier et le groupe ont décidé de continuer de toute façon, tout en pensant que Coxon referait surface après. “Je pense que Graham trouvait que Blur était une corvée, quelque chose qu’il devait faire, explique Hillier. Évidemment, ce n’est pas sain. Quand on lui a demandé Es-tu intéressé ? il a répondu Non”. La musique de Blur, semble-t-il, avait désillusionné Coxon et il mettait toutes ces meilleures idées dans son propre travail solo. À la fin il est venu à quelques sessions mais il n’a pas aimé la direction dans laquelle Albarn menait le groupe. L’alccol semble avoit joué un rôle pour rendre la situation irrémédiable. Même ainsi, après le split, Coxon a déclaré que le manager de Blur lui avait demandé de partir.

“C’est ennuyant que Graham réécrit l’histoire, ajoute Albarn. Il a dit beaucoup de conneries sur ça. Tout ce que j’ai à dire, c’est que je l’aime, peu importe ce qu’il dit. Je ne peux croire qu’on n’enregistra plus avec lui. Je peux pas. Il fait partie de ma famille depuis l’âge de 12 ans, bordel. J’ai peut-être tort, mais je vois ça comme une période sabbatique”.

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Tout en écrivant de la musique pour Gorillaz, Albarn avait produit Ambulance, une chanson lunatique et sentimentale. Ça n’avait pas pour Gorillaz et elle s’est révélée être le morceau de musique qu’il pensait ête justifiée pour garder Blur vivant. Mais il y avait d’autres idées qui mijotaient. Après avoir fini Mali Music, Albarn a été à un festival de musique à Essaouira, magnifique port dans le Sud du Maroc et inspiration de Purple Haze de Jimi Hendrix. Albarn a persuadé James et Rowntree d’enregistrer leur album qui fera leur salut ou leur perte en Afrique du Nord. “Écoutez, je ne me transforme pas en Cat Stevens, dit Albarn, mais j’ai été élevé avec beaucoup d’idées arabes par mon père qui a écrit des livres sur la culture et l’art arabes. Après le 11 septembre, tout ça était attaqué. Je pensais d’un manière infime qu’on pouvait faire une déclaration en allant au Maroc”.

Avec leur guide local Achmed, ils ont localisé une riyadh (villa) à vingt minutes en voiture de Marrakesh et ils ont décidé d’installer un studio dans une vieille grange. Ils ont emporté neuf tonnes et demi de matériel et une sous-station électrique. Albarn a amené sa famille : la peintre Suzy Winstanley et leur fille Missy. Il y a eu des problèmes presque immédiatemment : Rowntree était terrassé par la nourriture locale, Achmed a découvert un nid de guêpes et le matériel du groupe n’est jamais arrivé. Après que Albarn et Ben Hillier aient essayé des pots-de-vin, Rowntree a usé de ses talents d’ambassadeur pour le faire sortir des douanes de Tanger.

Blur ont été réinventés au Maroc. Sans Coxon, il y avait, dans les termes de Rowntree, “un énorme vide sonore à remplir”. Rowntree et James ont joué un peu de guitare sur l’album. James a joué du clavier. Non seulement cela, le méticuleux Coxon aimait répéter et tout arranger avant d’enregistrer, les méthodes de Blur au Maroc lui auraient donné une crise cardiaque. Par exemple, l’année dernière, Hillier et Rowntree se sont retrouvés seuls à Studio 13 en train d’enregistrer des cymbales que l’on plongeait dans un aquarium. La cassette a été oubliée jusqu’au Maroc où Norman Cook, appelé pour travailler sur quelques morceaux, ait décidé qu’il aimait cela. Avec l’addition d’un enregistrement d’Albarn qui saute à pieds joints sur le capot d’un vieux camion bazardé près de leur cachette maroccaine, c’est devenu le début et l’étayage rythmique de Gene By Gene d’inspiration Clash.

Albarn voulait secouer les choses encore plus. Il avait adoré appeler plusieurs producteurs pour plusieurs morceaux sur Gorillaz. Alors que Ben Hillier a été impliqué tout le long de Think Tank, Norman Cook et William Orbit ont été invités à choisir quelques morceaux pour travailler dessus. Une chanson avait été commencée des années auparavant avec le producteur Bill Laswell qui présentait des vocaux samplés qui annonçaient “Forget the rock !” (“Oublie le rock !”). Au Maroc, Cook a trouvé la cassette, n’a pas aimé les paroles et trouvait qu’elle était trop lente. Albarn a donné son accord pour changer le refrain en “Crazy Beat !” qui est devenu le titre de la chanson et le premier single américain extrait du nouvel album. Mais c’était l’absence de matériel d’enregistrement et de la plupart de leurs instruments saisis par les douanes à Tanger qui a été l’inspiration d’une de leurs meilleures nouvelles chansons, Moroccan Peoples Revolutionary Bowls Club. Ils n’ont rien fait pendant six jours en attendant leur matériel. Puis un matin ils ont commencé à improviser. Commençant avec Rowntree jouant avec des clackers qu’il a achetés à Marrakesh et puis faisant de la batterie sur une valise, Albarn a ajouté de la guitare acoustique alors que Hillier enregistrait sur son ordinateur portable. Cela a fini comme la démo d’une chanson qui est à mi-Clash, mi-grande vie africaine.

“On était dans le désert et il y avait une voie de chemin de fer pas loin. C’était très Combat Rock, dit Albarn en riant. J’ai enregistré la plupart des vocaux assis au soleil à regarder des gens récolter les olives. J’en ai fait d’autres la nuit allongé à regarder les étoiles. On voulait juste se détacher de ce que les autres groupes font dans des studios commerciaux et réanimer la musique”.

Après six semaines, ils ont exporté le studio vers le Royaume-Uni a nouveau, cette fois dans une grange de la Caisse Nationale des Monuments et des Sites Historiques dans le Devon louée par Albarn. C’était en novembre, le temps était sombre et humide. Hillier pense que c’était une sage action. “Il y avait trop de soleil dans la musique qu’ona faite au Maroc. On enregistrait des trucs dehors, c’était libérateur. Quand on est revenu au sombre temps anglais, certaines chansons ont pris une tournure plus sombre”.

En tout, 24 morceaux ont été enregistrés, alors des hits radio infaillibles à l’expérimentation qui rend perplexe. Quand on entend un air 13 sur Think Tank, on entend un groupe choisi parmi le terrain d’entente. Les choses vraiment étranges ont été omises. Ainsi aussi, au grand désarroi de EMI, les hits infaillibles, dont un intitulé Saturday. “Traiter avec une maison de disques, je pense que c’est conciliant à 80% du temps mais piquer une colère, ça devrait être comme ça que ça devrait se passer, dit Albarn. J’ai à la base posé mon véto sur quelques chansons dont on savait seraient des gros hits radio. Ils ont pas aimé ça. Mais ces chansons n’allaient pas avec le reste de l’album”.

Il y a en effet une bataille en cours concernant l’avenir des session qui reste de Think Tank. Albarn veut les mettre sur internet et les donner aux gens qui achètent l’album. La maison de disques maintient catégoriquement que ça n’arrivera pas. “On a encore un album à faire dans notre contrat de 12 ans, explique Albarn. On pourrait tout simplement se débarrasser des autres morceaux et dire Voilà, on a fini notre contrat mais quel en serait l’intérêt ? Je veux le prochain défi. J’aurais aimé être plus intéressé par l’argent. Mais je suis dans une situation confortable, non ? Donc je vois pas l’intérêt de tout ça ? On le donnera. C’est ce qu’on fait ces derniers temps, hein ?”

Par ailleurs, Albarn semble avoir de la musique qui envahi ses oreilles à présent. L’autre jour, il a joué un air sur sa guitare pendant que sa fille Missy était dans le bain. Il était déchiré : devait-il aller chercher le dictaphone pour enregistrer l’idée ou laisser Missy l’apprécier ? “Celle là était uniquement pour elle… Laisse moi te montrer quelque chose”, dit-il durant les répétitions sur scène à la Bowery Ballroom en prenant sa guitare. Avec un doigt il joue un simple coda avec la première et la dernière corde, basse et aigu pinçant. Cela sonne, eh bien, africain. “C’est un truc tellement simple. Un doigt mais c’est magique. Je sens simplement les idées qui coulent en ce moment”.

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Si les sessions marocaines semblaient être un développement plausible de l’intérêt d’Albarn pour la world music, symptomatique de sa frustration de la pop-rock occidentale, l’idée de Alex James confronté à l’Islam est quelque chose de complètement différent. De retour à Londres, James rentre dans le Covent Garden Hotel, il a l’air de quelqu’un qui couche dehors et regarde de l’autre côté de la pièce curieusement. Il est 14 heures passées et il sort d’une “grasse matinée”. Il aborde une barbe de plusieurs jours et une veste tâchée. Mais le célèbre boulevardier du rock, l’homme qui buvait au moins deux bouteilles de champagne par jour pendant 18 mois, l’inspiration et troisième membres du groupe fantaisiste de Keith Allen et Damien Hirst, Fat Les, clame n’avoir pas bu depuis deux semaines. Quoique avec les problèmes de visa il a été tenté mais au lieu de cela il a été occupé par réfléchir à pourquoi les États-Unis se méfiaient tant de lui. Une idée lui vient : la dernière fois qu’il était au Mercer Hotel de New York, il n’a pas trouvé de papier toilette alors “je me suis torché sur un serviette. C’est tout. Le seul crime que je n’ai jamais fait”.

Eh bien, c’est peut-être le seul crime dont il puisse se rappeler. Toby Young, dans son livre How To Lose Friends & Alienate People, revient sur quand il a compilé l’édition spéciale “Cool Britannia” du magazine Vanity Fair. Il décrit comment il a essayé de photographier Hirst et l’insistence de ce dernier que ses potes de beuveries Keith Allen et Alex James devaient être dessus. Avec tout arrangé au Grouch Club à Londres, le trio a d’abord envoyé Young chercher une bouteille de vodka avant de demander quatre grammes de coke. Young est assez franc dans se description de leur arrogance et, effectivement, leur pauvre critère d’hygiène personnelle.

“Si je les aurais vus marcher dans les rues de Manhattan, j’aurais assumé qu’ils étaient SDF”, a-t-il écrit. Mais James, aujourd’hui 34 ans, dit qu’il a grandi. Le mariage avec la productrice de clip, Claire Neate, se dessine. Il écarte ses problèmes de visa et déclare que le Maroc a été une expérience révélatoire. “La bouffe était dégueu mais sinon, j’ai adoré. Tu peux passer ton temps à rien faire à Londres. Y’a tellement de choses à faire sur ta liste quand tu n’as rien à faire. J’étais prêt à bosser. Et je sais que je donne l’impression d’un branleur mais je ne me suis rendu du génie de Damon que lorsqu’on était dans la savanne marocaine à faire cet album”.

Également de retour à Londres, où il a fait une apparition pour Ibrahim pour une émission de télévision française, c’est Damon Albarn. Il semble avoir dix ans de moins. Il est rasé. Il est sobre. Au lieu des yeux ternes et pulpeux, les lanternes bleues ont été allumées. Et il n’est plus cockney non plus. On peut imaginer un anti-Pygmalion moderne dans lequel le Porfesseur Higgins regarde le progrès de Albarn de fils d’un universitaire bohème de la middle class en “diamond geezer” (un mec sur qui on peut compter) avant se prendre sa retraite dans ses livres et de brûler son cerveau. Bourré dans un bar de New York, il a décrit Gorillaz comme “kekchose que j’ai fait avec mes potes”. Plus tard quand le jukebox où il avait choisi Steely Dan et Ella Fitzgerald ne marchait pas, il a protesté un “P’tain, y s’foutent de moi”. Mais aujourd’hui il est ravigoté avec des vitamines, du sommeil et tout l’éventail des consonnes, (même si un de ses amis qui est passé a été salué par un “Ava bro”!)

Il est réfléchi et s’exprime bien à propos de sa transformation de star de la Britpop en un discret musicien à haute production. Une partie de ce processus a impliqué se débarrasser des fioritures de la célébrité. Un de mes amis était assis derrière Albarn dans l’avion qui revenait de New york. Il était en classe économique. C’est un point central de sa nouvelle attitude. “Je suis juste un musicien maintenant. Quand on faisait 13 et que Suzy attendait Missy, je me suis battu pour arrêter d’être une célébrité égoïste dans un groupe rock. Faire Gorillaz, où l’identité n’est pas importante et avoir joué dans des pays où les musiciens sont intégrés à la société, ça m’a changé aussi. Je ne veux pas laisser mes amis et mes collègues et voler en classer business. C’est fini. Je me réintègre dans la socièté maintenant. Je vole en classe économique. Je vais chercher ma môme à l’école. Je ne tournerais pas à moins que la famille soit avec moi. Il y a trop d’imagination dans ma tête déjà sans avoir mes pieds fermément posés par terre”.

Pour Albarn, revenir de son adventure disparate à Blur a été difficile, surtout qu’aucun de ses autres projets ne lui demande de jouer la rock star. Dans certaines cultures africaines, dit-il, on tolère le fait que les musiciens prennent des stimulants pour parvenir à un niveau mental plus élevé dans lequel créer et jouer. Ce n’est pas un point de vue qui va avoir beaucoup de sympathie de la part du showbiz du Sun.

“Aujourd’hui, on s’attend à ce que les musiciens mènent une vie plus pure que pure. Ça tuera la musique. Même dans la tradition Sufi il est toléré que tu boives et fumes. On comprend que tu dois être dans un état dérangé pour atteindre le côté spirituel de la vie. On tolère pas ça ici. Ça tuera la musique. Ça va tué tout de la beauté de ce monde. Avec la mentalité tabloïde de ce pays, si je vais dans le West End et me fait démolir, ça sera dans les journaux mais traité différemment”.

À la maison aussi Albarn admet que sa compagne ne tolerate pas beaucoup le caractère rebel du rock. On peut la remercier pour cela. Un des meilleurs moments de Think Tank, On The Way To The Club, a été écrit en tant d’expication à Suzy de ce que fait Albarn la nuit. “J’en ai ras le bol de dire je suis sorti et tout s’est enchaîné et je me suis bourré la gueule et elle en a marre d’entendre ça. Je voulais juste écrire pour elle l’expérience”. Généralement, la famille d’Albarn resort de Think Tank enveloppé d’amour. Sur Ambulance, Albarn touche un contrat relationnel : “Si tu me laisse vivre ma vie/Je resterais avec toi jusqu’au bout”. Mais les paroles les plus émouvantes et la ballade la plus déchirante, c’est Battery In Your Leg, la seule chanson où figure Graham Coxon et le salut de Albarn à son ami perturbé. “C’est une ballade pour les bons moments/Et toute la dignité qu’on avait”, chante-t-il. “On va se réconcilier pour la quarantaine, je le sais”, dit-il en riant, le sourire semble un peu forcé. Graham a reçu un CD du nouvel album. Pourtant, même s’il a été en contact régulier avec Alex James, il n’en a pas parlé.

* * *

Sans Graham Coxon, Blur n’est plus le dernier gang neo-mod du coin, plus un centre cosmopolite qui passe pour tout ceux qui en ont marre du rock. Ils ont prouvé qu’ils pouvaient changer – ou même renoncer à – les membres clés. Mais est-ce que c’est que la musique maintenant ? Si cette campagne anti-guerre cause jamais des problèmes avec l’immigration américaine, est-ce que les autres pourraient embauché un remplaçant de Albarn ?

“Ummm. Je ne sais pas si je laisserais ma place à quelqu’un d’autre. Je ne sais pas si ça marchera, ce sont mes chansons. C’est difficile parce que si tu veux chercher la petite bête, ce sont toutes mes chansons. Mais ce sont devenu des chansons de Blur à cause d’Alex, de Graham, de Ben, de Jason et de James au studio. Mais les accords et les paroles sont de moi. On est tous crédités parce que je ne le pouvait pas le faire seul. Ça sent la mégalomanie si tu dis qu’elles sont toutes mes chansons… mais c’est la vérité. Je pex prétendre qu’elles ne sont pas de moi de façon à ce que je ne semble pas mégalo mais je suis un mégalo honnête”.

Et le programme du mégalo est exigeant. Quarante-huit heures après avoir joué avec Ibrahim Ferrer, il fait la promo de Think Tank. Alors que nous parlons, Jamie Hewlett passe pour parler quelques minutes avec lui alors que le prochain projet de Gorillaz se dessine. Mais le Albarn post-célébrité a d’autres idées. Il doit aller chercher sa fille à l’école.

Traduction – 03 août 2003