Depeche Mode par Dave Thomas

Peu d’instruments peuvent clâmer haut et fort qu’ils ont eu un plus grand impact sur la musique populaire que le synthétiseur. La guitare électrique, bien sûr, a un grade supérieur au synthé en termes historiques et, beaucoup de monde pense que le rock’n’roll n’aurait jamais existé sans l’esprit inventif et infatigable de Leo Fender et Les Paul. Puis il y a eu beaucoup de développement divers dans les techniques d’enregistrement, dont l’absence d’un aurait changé le cours entier de la musique populaire. Mais c’était le synthé qui a réellement révolutionné le rock et, plus que n’importe quel instrument, a propulsé la bête à toute allure dans les années 1980.

Le synthétiseur, dans sa forme la plus simple, est un appareil électronique qui peut créer et former des motifs sonores. Il a d’abord été developpé à la fin des années 1920, mais ce n’est qu’à partir du milieu des années 1960 que ses possibilités en tant qu’instrument de musique ont été réellement explorées – par le Dr Robert Moog, ingénieur en électronique américain qui a donné son nom au plus populaire des synthétiseurs au monde. Il a attaché un clavier à un synthétiseur pour la première fois, et en 1971, le Mini Moog, instrument portable qui a rapidement gagné l’approbation des principaux groupes rock de l’époque, était en vente. Moins de quinze ans auparavant, Columbia Studios avait été forcé à vider une pièce entière pour installer un appareil similaire.

Roxy Music, Pink Floyd, Tangerine Dream, The Who et Hawkwind étaient parmi les pionniers de l’instrument. en 1974, Kraftwerk a eu un énorme tube des deux côtés de l’atlantique avec Autobahn, disque qui était pratiquement exclusivement électronique, et trois ans plus tard, David Bowie et Brian Eno allaient employer l’instrument à un effet assez irrésistible sur les albums Low et Heroes de Bowie. Simultanément, Ultravox, Japan et Rikki & The Last Days Of Earth ont introduit les synthétiseurs dans le punk/new wave et à la fin de la décennie, ces deux points s’étaient rassemblés dans la fleur d’une toute nouvelle génération de jeunes musiciens.

Tandis que les années 1970 avançaient, les prix des synthés chutaient. Après avoir ouvert la décennie à un coût de jouet de riche, un synthé décent pouvait désormais être acheté pour un peu plus que le coût d’une bonne guitare. Il était également plus facile à jouer, autre attraction pour le musicien en herbe qui était peu disposé à dépenser des fortunes en temps et en sparadraps en essayant de maîtriser l’instrument à frettes. Et finalement, avec un synthé, les sons les plus extraordinaires étaient disponibles au bout d’un bouton.

C’était ce qui avait d’abord attiré Daniel Miller vers l’instrument. En tant que guitariste d’un groupe scolaire, il outrageait constamment ses camarades en jouant de la guitare non pas avec les doigts et des accords, mais en la frappant avec des bouts de métal, expérimentant avec des sons. Aux beaux arts de Guildford, son talent pouvait résider dans la réalisation de film – une comédie de 20 minutes intitulée Don’t Sit Too Close avait gagné une récompense lors d’un festival national du film – mais son esprit était sur le mélange de l’électornique avec la musique populaire. Et en tant que DJ en Suisse en 1976, il pouvait en apparence aimer passer Abba et Boney M aux touristes, mais à l’intérieur, il bouillonnait, regardant avec impatience le développement du punk en Angleterre et complottant le jour où le synthé, avec son rayon illimité pour le musicien amateur, serait accepté comme l’instrument punk logique. “Un synthé voulait dire qu’on n’avait même pas besoin de savoir tenir une guitare pour s’exprimer”, dit-il.

En 1979, Daniel Miller avait prouvé ce qu’il avançait. TVOD, première sortie sur son label Mute, s’était vendu à plus de 40 000 exemplaires – pas assez pour faire de Daniel, qui, sous le nom de The Normal, était responsable du disque, un homme riche, mais plus qu’assez pour l’encourager dans son rêve de fournir un exutoire régulier pour d’autres non musiciens qui, comme lui, utilisaient l’électronique pure pour générer du son. Des artistes comme Fad Gadget et Boyd Rice occupaient le calendrier des sorties et en moins de 18 mois après sa création, Mute Records s’était fermement établi comme prodigue de la scène musicale indépendante britannique.

Obstinément autarcique, et propulsé uniquement par la croyance de Daniel, le label avait une réputation sans tache, prenant une partie des meilleurs praticiens électronique pour leur donner une chance d’être entendus quand d’autres labels n’auraient considéré sortir un tel genre de musique. Et fidèle à ce féroce anticommercialisme, seuls les Silicon Teens (autre pseudo de Daniel) a vu Mute, bassé dans le Nord de Londres, approcher les couloirs bénis de la gloire des charts. Mute, tel Mahomet, ne souhaitait pas aller à la montagne. Mais la montagne, pour une fois, voulait bien aller à Mute.

Depeche Mode était, en face des choses, le groupe pop parfait. Ils jouaient de courtes leçons vives avec des accroches contagieuses, leurs paroles étaient des montages de mots qui sonnaient bien mais ne signifiaient rien. Ils étaient beaux, s’habillaient bien et étaient tous assez jeunes pour que tout attaché de presse qui se respecte n’ait aucune difficulté à les promouvoir comme de vraies idôles adolescentes. Pourtant, dès le début, Depeche Mode ne montrait aucun intérêt à jouer à de tels jeux. Ils étaient jeunes et naïfs, ils l’ont admit. Mais ils savaient également ce qu’ils voulaient, et alors qu’ils voulaient bien être poussés de force dans de grands bureaux pour parler de plus grosses sommes d’argent, ils étaient suffisamment conscients des pièges impliqués. Quand Stevo, patron du label Some Bizzare et guide de la scène futuriste qui émergeait alors, a aperçu le groupe un soir au Crocs, club de Rayleigh où ils étaient installés, seules ses recommandations les plus féroces pouvaient persuader Depeche Mode à contribuer un morceau sur la compilation de nouveaux talents non signés qu’il montait alors. Et même à l’époque, c’était un geste qu’ils allaient regretter pendant un moment.

“Je n’aime pas du tout cette scène futuriste”, a dit Dave Gahan – le charismatique chanteur des Modes – quand la compilation est arrivée dans les bacs. “Tous les groupes impliqués dedans sont mis dans le même sac et ne peuvent en sortir. Soft Cell est le seul avec une bonne chance de passer de l’autre côté…”

Ses observations se sont avérés correctes. Des dizaines de groupes qui sont apparus sur le Some Bizzare Album quand il est sorti en février 1981, seuls Soft Cell et Depeche Mode ont eu de longues carrières. D’autres espoirs, comme Illustration, B-Movies et The Fast Set, ont disparu sans laisser de trace. The The ont survécu pour devenir culte mais ont fermement refusé de quitter les repères commerciaux du succès critique, et tandis que le seul autre groupe remarquable, Blancmange, a réussi à obtenir les attentions d’un grand public, 18 mois ont dû se passer entre le Some Bizzare Album et Living On the Ceiling, leur premier tube.

Depeche Mode s’est formé durant l’été 1980 dans la ville nouvelle de l’Essex, Basildon, foyer des trois membres fondateurs du groupe ; Andy Fletcher – né le 8 juillet 1960 ; Martin Gore – né le 23 juillet 1961 ; et Vince Clarke – né le 3 juillet 1960.

Vince, à cette époque, faisait partie d’un duo gospel ; il a également joué sans enthousiasme dans un autre groupe nommé No Romance In China. Il a rencontré Andy Fletcher à la Boys Brigade et a été ainsi présenté à Martin Gore, guitariste d’un groupe type côte ouest neutre. Le trio a commencé à jouer ensemble à leurs heures perdues – Vince possédait une boîte à rythmes et une guitare, Fletch possédait une basse. Martin, aussi, jouait de la guitare mais très rapidement, il est passé au synthétiseur. Vince chantait.

Bien que le groupe n’a jamais utilisé de nom régulier, c’est sous Composition Of Sound qu’on se rappelle le mieux d’eux. C’était sous ce nom qu’ils ont fait leur premier concert, en première partie de Film Noir à Scamps, à Southend. Peu après, ils ont joué lors d’une fête organisée par une amie “et, dit Andy, aucun n’a été même un petit succès. Le public ne réagissait pas, alors Vince s’est énervé. Les prises ont été débranchées”. Et Martin se souvient : “Il y avait tous ces mômes de 14 ans qui n’avaient jamais vu de synthétiseur avant, alors ils bidouillaient tous les boutons en disant Il fait quoi celui-là ?”.

L’absence d’un vrai leader était la cause de beaucoup d’agitation au sein du groupe, surtout après que Vince ait suivi Martin et ait acheté un synthé. Mais bien que le groupe ait caressé l’idée de rechercher un nouveau chanteur via une petite annonce, ils ne l’ont jamais fait. “On ne peut possiblement pas s’entendre aussi bien avec un nouveau qui a été trouvé par une annonce qu’avec quelqu’un qu’on connait déjà, a dit Martin. Alors bien qu’on voulait désespérément un chanteur, on était prêts à prendre notre temps et à être patients, et on a attendu jusqu’à ce que la bonne personne se présente”.

La “bonne personne” s’est révélée être David Gahan. Né dans la ville voisine de Epping le 9 mai 1962, Dave vivait à Basildon depuis sa petite enfance, suivant une bande et se retrouvant trois fois devant le juge pour enfants. Il a plus tard admis : “J’étais un vrai filou aigri, je me suis fait chopé pour avoir volé des voitures et des motos, pour y avoir mis le feu, pour avoir taggué des murs, vandalisme. Un vrai loubard !” Il est passé par 20 petits jobs durant les six mois qui ont suivi la fin de ses études – au moment où il a rejoint le groupe, il étudiait l’étalagisme à Southend Tech.

Selon Fletch : “On a pris Dave après l’avoir entendu chanter Heroes, la chanson de Bowie, lors d’un bœuf avec un autre groupe. On n’était même pas sûrs si c’était lui qu’on voulait, il y avait tellement d’autes gars qui chantaient. En fait, on n’est toujours pas sûrs !”

L’arrivée de Dave était le signal pour le groupe de faire d’autres ajustements avant d’affronter le monde. Le premier a été de changer de nom. Personne n’aimait particulièrement Composition Of Sound – pendant longtemps après, ils refusaient même de dire à quiconque qu’ils s’étaient appelés ainsi. Depeche Mode était un nom qu’ils avaient trouvé dans un magazine de mode français – selon Fletch : “On se savait pas ce que ça voulait dire à l’époque. On aimait juste le son des mots…”

Le deuxième changement était l’instrumentation du groupe. Martin et Vince possèdaient déjà des synthétiseurs ; désormais il était temps qu’Andy en possède un. “On aimait les groupes qui utilisaient les synthétiseurs, a dit Vince. OMD, Human League, Gary Numan… c’était la sorte de trucs qu’on écoutait. On n’a certainement pas changé pour rendre notre son plus commercial, ou parce qu’on pensait que c’était à la mode de faire ça ; c’est la sorte de trucs qu’on faisait quand on a percé, on les faisait depuis qu’on a commencé, avec les guitares et tout”.

Les synthétiseurs étaient plus pratiques aussi. Le groupe pouvait mettre tout son matériel dans deux valises et les mettre dans le coffre de la voiture – on est bien loin des jours où on se battait pour faire rentrer les amplis, les câbles et les guitares dans sa petite Fiat. “C’était toujours assez inconfortable, on finissait toujours avec des pieds de micro emballés autour de nos têtes, mais c’était bien plus facile que si on avait chargé tout le reste”, a dit Martin.

Une boîte à rythmes remplaçait le besoin d’avoir un batteur, et Depeche Mode a fait son premier concert à quatre à l’ancienne école d’Andy et de Martin, St. Nicholas. Pour Dave, dont la seule précédente expérience sur scène avait été de chanter des chansons de Noël dans une chorale de l’Armée du Salut à huit ans, c’était une expérience angoissante. “Tout ce que je me souviens, c’est me répéter sans cesse : Je ne veux pas le faire, je ne veux pas le faire”. Cela a demandé dix cannettes de bière et les exhortations du reste du groupe pour le persuader de monter sur scène.

À partir de là, le groupe est allé au Top Alex, bastion R&B de Southend – étrange salle pour un groupe pop électrosynthétique, mais le public les a aimé. “On a vraiment bien été accueillis. Ils pogotaient tous sur notre musique !”

Depeche Mode avait trois mois d’existence quand les quatre membres se sont aventurés pour la première fois dans un studio d’enregistrement. Ils ont enregistré trois chansons, toutes écrites par Vince : Photographic, une autre chanson qui a été enregistrée par Vince pour l’émission télé Other Side Of The Tracks et un troisième titre, oublié depuis longtemps. “J’écrivais tous les trucs, à part Big Muff de Martin, et quelques reprises – Then I Kissed Her, Price Of Love et le rappel, Mouldy Old Dough”, dit Vince.

“Toutes les chansons sur cette première démo ont le même son, a confessé Martin. J’avais mon synthé depuis un mois avant de me rendre compte qu’on pouvait changer le son. Tu connais ce son qui WAAAAAUUUUUGH ? J’étais coincé sur celui-là pendant des siècles”.

Néanmoins, la force des chansons étaient indéniable. La cassette a été envoyée à tous les clubs et tous les promoteurs auxquels le groupe a pensé et presque immédiatement, ils ont été récompensés par des concerts au Bridgehouse à Canning Town, et au Crocs, nouvelle salle de Rayleigh, nommée ainsi parce q’un crocodile en chair et en os y vivait dans une mare ! “Le DJ nous aimait vraiment. Il nous a demandé de jouer lors du Glamour Club, soirée électronique régulière le samedi”, a dit Dave.

Tout de même, les choses n’allaient pas dans le courant de Depeche Mode. Diverses personnes étaient intéressées par eux, dont un Rasta qui voulait que Depeche joue du reggae électronique et l’accompagne au Niger habillés de costumes de Dr Who, et Anton Johnson, important homme d’affaires qui apparaîtra plus tard devant la cour pour des accusations liées à son rôle de président du club de football de Southend United. Mais rien n’est sorti de ces aventures, ni les tentatives du groupe de soliciter l’intérêt d’une maison de disques. Vince et Dave ont une fois vu douze maisons de disques en un jour – onze les ont rejetés d’emblée, la douzième était Rough Trade. “Ils ont vraiment aimé la cassette, se souvient Dave. Mais ils ne pensaient pas qu’on était vraiment un groupe Rough Trade. Mais ils pensaient qu’ils connaissaient quelqu’un qui pourrait nous aimer, alors ils ont joué la cassette à Daniel Miller, qui était dans le bureau à ce moment-là. Et il nous a regardé et a dit BEEEURK ! et est sorti. On a tout simplement pensé Connard !”

Peu après cela, enflammés par la dépression engendrée par tant de rejets, Depeche a accepté d’apparaître sur le Some Bizzare Album. Et même s’ils allaient résister aux autres ouvertures qu’allait eur faire Stevo (“On n’est pas un groupe bizarre”, a succinctement remarqué Vince), il était évident que s’il y avait une étiquette qui convenait à Depeche Mode, c’était le mouvement futuriste/nouveaux romantiques, même si le groupe luttait désespérément à contre courant. “Le barda snob pourrait régler cela pour les Modes”, a annoncé le Basildon Echo, en continuant par déclarer que tout ce qui se tenait entre le groupe et la célébrité était le manque d’un tailleur décent. Le groupe a toujours envie de rentrer sous terre quand ils se souviennent de ce qu’ils portaient dans ces temps-là. “On avait des lumières qui étaient juste un néon solitaire collé dans une boîte en bois, je portais des culottes de golf, des chaussettes de foot et des pantouffles, Martin peignait la moitié de son visage en blanc, et Vince ressemblait à un réfugié vietnamien. Il se mettait de l’autobronzant sur le visage, se teignait les cheveux en noir et mettait un bandeau, a dit Andy plus tard. On n’a jamais été un groupe futuriste. Juste parce qu’on utilise des synthétiseurs, on est classés comme un et on est jetés dans le même sac. Mais notre musique n’est pas futuriste. On ne rentre pas dans cette case”.

“Évidemment, il peut arriver que les gens qui achètent les disques de Duran Duran et de Spandau Ballet achètent les nôtres aussi, a dit Dave plus tard. Mais je pense qu’on est sur un marché différent de tous ces groupes. Juste parce qu’on est arrivés au même moment, on est mis dans le même sac qu’eux. C’est une question de sortir en nous battant, et je pense qu’on y est arrivés. avec le temps, il y a eu de moins en moins de chemises à fanfreluches dans notre public aux concerts, mais aussi on a dû avoir fait 30 interviews sur le continent où ils demandaient si on était des Bleetz Keeds. Tout ce qu’on pouvait faire, c’était nier ça, puis voir ça imprimé à côté de ces affreuses photos de nous avec des chemises à fanfreluches et de l’eyeliner. C’était la première session qu’on n’ait jamais faite et c’était si mauvais !”

En décembre 1980, Depeche Mode a ouvert pour Fad Gadget au Bridgehouse. Dans le public se trouvait Daniel Miller, l’homme qui les avait déjà rejetés auparavant. Cette fois, cependant, il a aimé ce qu’il a vu et est parti réfléchir au potentiel qu’il a vu dans le groupe. Et pendant qu’il faisait cela, d’autres poissons ont commencé à mordre à l’hameçon. CBS, Island et Phonogram ont tous commencé à montrer de l’intérêt pour le groupe. “Ils sont tous venus en offrant d’énormes sommes d’argent, mais c’était tout ce qu’ils offraient – de l’argent. Ils se semblaient pas intéressés par les disques ou quoi que ce soir, ils voulaient juste ajouter notre nom à leur tableau de chasse. Et puis Daniel est revenu et a dit qu’il n’avait pas d’argent, mais il pouvait sortir un disque sur Mute et si après on ne voulait pas rester, on n’avait pas à le faire. C’était la chose la plus honnête qu’on avait entendu”, a dit Dave.

“Je savais que Depeche Mode avait beaucoup de potentiel, mais la grande question était si oui ou non une société comme Mute pourrait les faire rentrer dans le Top 75, a dit Daniel plus tard. Je ne voulais pas les engager à moi si je ne pouvais pas réaliser leur potentiel dès le début”.

Depeche a accepté d’aller avec Daniel, gardant ouvert l’option de rendre visite aux majors encore une fois après leur premier single. “Mais encore, on en a vu tellement qu’on s’est découragés. Il aurait été si facile de simplement prendre une énorme avance et puis de s’asseoir, mais on ne voulait pas faire ça, a dit Dave. Mute ne nous a pas offert du tout d’avance ; ce qu’ils ont offert était une répartition 50/50 ce qui voulait dire qu’on devait payer la moitié de nos factures, mais qu’on récupérait la moitié des profits. Alors on est allées avec Mute”.

Dreaming Of Me, le premier single de Depeche Mode, est sorti en février 1981, produit par Daniel et décrit par le Record Mirror comme “de la musique à la mèche qui pend, aussi prévisible et aussi bien créée qu’une chanson de Ultravox”. Depeche Mode préférait le décrire comme “une chanson pop”.

“Je pense que le mot Pop est vraiment bon, a dit Vince. C’est léger et heureux. C’est un mot sympa”.

Et c’était une chanson sympa. Il a fallu presque deux mois pour que Dreaming Of Me rentre dans les charts et quand cela est arrivé, Daniel a rapidement honoré des animateurs radio comme Peter Powell de Radio 1, qui l’avait soutenu dès le début. Et bien que le single n’a réussi qu’à atteindre la 57ème place, il s’est révélé à la fois à Depeche Mode et à Daniel que leur relation pouvait être gagnante. Comme Daniel l’a dit : “Si on peut emmener un disque aussi loin, on est capables de l’emmener partout – du moment que la chanson est assez bonne, bien sûr”.

Durant le printemps, Depeche a régulièrement fait des concerts – et de manière prestigieuse. Deux concerts au Lyceum de Londres, à six semaines d’écart, les a vu passer de la troisième à la deuxième place sur des affiches de quatre et cinq groupes. Ils ont ouvert pour Ultravox au People’s Palace, fait la tête d’affiche de la première soirée au nouveau club de Rusty Egan, le Flick’s, à Dartford, et on leur a offert des premières parties sur des tournées nationales de Toyah et Classix Nouveau. Ils ony dû refuser les deux offres parce que Andy et Martin avaient toujours des emplois quotidiens, des carrières qui les ont occupés jusqu’à ce que New Life devienne le second tube du groupe en juin.

Cette fois, il n’y avait pas de tension à se ronger les ongles pendant que tout le monde attendait de voir si le single rentrerait dans les charts. Les commandes à l’avance seules suffisaient à le pousser dans le Top 75 – une apparition à Top Of The Pops a suivi et en moins de quinze jours, le groupe avait percé dans le Top 30. Trois semaines plus tard, New Life était à la 11ème place.

“C’est vraiment bizarre, a réfléchi Dave. Au début, tu penses Mon Dieu ! Imagine toi à Top Of The Pops ! Puis tu penses Imagine toi dans le Top 10. Mais tout change quand ça commence à arriver. Quand on est rentrés en bas des charts, on pensait que c’était bon pendant un moment, mais après on s’est demandé si ça ne valait pas le coup avant de rentrer dans le Top 40. On y esr arrivés et on a pensé : Bien, ce n’est pas bien à moins d’être dans le Top 20. Et ainsi de suite. Mais il n’y a pas de glamour soudain. On conduit toujours la Renault de Daniel, on prend toujours le train, rien n’a vraiment changé. Il se pourrait qu’on ait quelques pennies de plus dans les poches – et quand je dis pennies, je veux le dire – mais on a les mêmes amis, les mêmes endroits où aller. On pense toujours combien se serait génial d’avoir un tube, mais quand tu l’as rien ne change vraiment”.

“Je me souviens d’avoir pensé consciemment combien je devais faire attention quand je traversais la rue parce que je ne voulais pas être renversé avant de sortir le prochain disque”, dit Vince de ces premiers succès. Mais lui, du moins, regardait plus loin que le prochain disque. Tandis que le nom du groupe se faisait connaître, leur masse de travail a tout aussi augmenté. Top Of The Pops a été suivi par une apparition sur 20th Century Box, émission du dimanche midi diffusée par la London Weekend Television. Vince dit : “On avait toutes ces théories (sur) pourquoi Spandau avait du succès et on avait décidé que c’était parce qu’ils avaient été sur 20th Century Box. Puis on nous a demandé de le faire, au moment où on avait déjà du succès…”

Le travail scénique est devenu plus régulier – durant l’été, Depeche a joué en Grande Bretagne et en Europe – et ainsi le temps d’enregistrement. Avec Daniel Miller à la production, ils ont commencé à travailler sur leur premier LP, Speak & Spell. Sa réalisation a été suivie par deux concerts londoniens majeurs, à Victoria Venue – dont toutes les recettes ont été reversées à Amnesty International – et en octobre, avec leur troisième single Just Can’t Get Enough qui grimpait en haut des charts, le groupe s’est embarqué dans sa première vraie tournée britannique ; quatorze nuits qui ont culminé au London Lyceum. Le 3 décembre, le groupe a été filmé en concert pour l’émission Off The Record de TVS. Et le 12 décembre, la bombe a été lâchée. Vince Clarke quittait le groupe.

Il avait parlé au groupe de ses intentions peu avant la sortie de Speak And Spell, et avait accepté de retarder son départ jusqu’à la fin de la tournée.

“Annoncer la nouvelle a été terrible, se souvient-il. Ils s’y attendaient d’une certaine manière. Je venais de passer une phase triste, mais j’ai dû me rendre chez eux pour leur dire. Je savais qu’ils savaient, mais c’était quand même horrible. Ce n’était pas à l’amiable parce qu’ils y avait beaucoup de ressentiment de chaque côté et il a fallu attendre un an avant que ça ne casse. Jusqu’alors, c’était assez infect, on essayait tous de se retrouver sur nos pieds et il y avait une certaine rivalité entre Depeche et Yazoo (le groupe qu’a formé Vince, avec Alison Moyet, après son départ de Depeche). Mais à la fin, ce n’était pas important. Je ne m’aurais jamais attendu à ce que Depeche devienne aussi populaire que ça. Et quand ça a été le cas, je ne me sentais plus ni heureux ni satisfait. Toutes les choses qui viennent avec le succès étaient brusquemment devenues plus populaires que la musique. Quand on a commencé, on avait des lettres de fans qui disaient J’aime votre musique. Puis on a eu des lettres qui disaient J’aime vos pantalons. Où va-t-on là ?”

La nouvelle s’est répandue comme une avalanche chez les fans et les admirateurs – et pour les critiques, c’était un signal que les arrangements funéraires devaient être sérieusement préparés. En tant que cœur compositeur du groupe, Vince était considéré comme vital. Ce n’était que naturel que, sans son style pour les guider, le reste du groupe devait arrêter. Mais les gerbes étaient très prématurées.

“Je savais que Depeche ne se séparerait pas, a insisté Daniel Miller. Martin avait déjà écrit des chansons très bonnes (deux, Tora Tora Tora et Big Muff, sont apparues sur Speak And Spell), ce n’était uniquement parce que Vince était si prolifique que Martin n’en a pas fait plus. Ce n’est pas la sorte de gars qui se pousse, alors d’une certaine manière, le départ de Vince a été très bénéfique pour lui”.

Dave acquièsce. “Ça nous a rendu d’autant plus déterminés à continuer. C’était un nouveau challenge. Quand Vince était avec nous, on était heureux de le laisser faire toute la compo, parce que trop de compositeurs dans un groupe peut être une très mauvaise chose. Mais Martin écrivait tout le temps. Il avait 20 ou 30 chansons qui remontaient à quand il avait 16 ou 17 ans. See You, par exemple, était l’une des premières choses qu’il n’ait jamais écrites !”

Les premiers rapports du split déclaraient que Vince continuerait à écrire et à enregistrer avec Depeche – un mensonge manifeste, destiné à apaiser les peurs concernant la survie du groupe. En réalité, il leur a offert une seule chanson, Only You. Le groupe l’a refusée – ils savaient que s’ils devaient continuer, plus tôt ils échapperaient au fantôme de l’implication de Vince, meilleur ce serait. Ils devaient prouver qu’ils pouvaient tenir sur leurs six pieds, et tandis que le génie errant a emmencé Only You jusqu’à la deuxième place avec Yazoo, Depeche se préparait à établir Martin en tant que compositeur. Et ils ont réussi à leur premier essai. See You, toujours l’une des plus mignonnes mélodies qu’ils aient enregistrées, a bondi à la sixième place – même aujourd’hui, c’est toujours l’un de leurs plus gros tubes.

Le succès a prouvé que Depeche pouvait toujours tenir bon en studio, mais ils n’étaient que trop conscients qu’un quatrième membre était requis s’ils devaient remplir leurs engagements sur scène. Et avec une tournée américaine déjà à l’horizon, ils n’ont pas eu d’autre choix que de mettre une annonce.

“Groupe renommé, synthétiseur, doit avoir moins de 21 ans”, disait l’annonce dans le Melody Maker. Elle a été repérée par Alan Wilder, 22 ans (il est né le 1er juin 1959) mais voulait bien raconter un bobard ou deux si cela voulait dire décrocher un nouveau job. C’était, à l’époque, un membres de The Hitmen, mais son intérêt diminuait. Comme Vince Clarke, il avait besoin d’un nouveau challenge. Depeche Mode lui offrait juste cela. Il a fait ses débuts avec le groupe au Crocs en janvier 1982. Cela a été suivi par une apparition au concert BBC In Concert, puis à la fin du mois, c’était le grand départ pour les États-Unis.

Depeche n’était pas totalement inconnus aux États-Unis. Les news du mouvement Nouveau Romantique/Futuriste avaient filtré sur les côtes Est et Ouest, et tandis que quelques personnes semblaient capables de différencier les groupes qui faisaient ou pas partie du mouvement, la réputation de Depeche en tant que l’un des premiers groupes synthétiques d’Angleterre les avait précédés et ils ont été accueillis par un public enthousiaste, même si un peu perplexe. Encore plus encourageante était la nouvelle que Speak And Spell, prévu pour une sortie américaine en mars, était déjà entré dans le Top 200 seulement grâce aux ventes d’import et de passages radio. Et tandis que Duran Duran jouaient devant 300 New Yorkais curieux au Peppermint Lounge, Depeche refusaient 300 jeunes fans impatients de leurs concerts au Ritz.

Depeche Mode était de retour en Grande Bretagne pour une autre tournée en février, 15 dates qui incluaient deux soirs au Hammersmith Odeon et une troisième date londonienne sous le forme d’un concert secret au Bridgehouse. La salle était en danger d’être forçée à fermer après que les inspecteurs de sécurité de la mairie de Londres avaient découvert que le pub avait des précautions de sécurité insuffisantes. Depeche, se souvenant combien d’effet ce modeste pub minable avait eu sur leur propre carrière ont décidé de repayer la foi du promoteur Terry Murphy en eux et une froide nuit de samedi à la fin du mois, ils sont retournés sur leur ancien territoire pour faire un set triomphant devant une foule compacte. Et à la fin de la soirée, ils ont donné leur cachet entier, plus de 1000£, au fond de rénovation du pub.

Alan Wilder n’enregistrait toujours pas avec le groupe, même s’il avait été complètement accepté dans leurs rangs par les fans. Le second album de Depeche, A Broken Frame, a été encore une fois enregistré en trio, et avec les deux singles extraits, Depeche a montré presque joyeusement les deux côtés de leur musique. The Meaning Of Love, sorti en avril, était délibérément insipide ; le suivant, quatre mois plus tard, était Leave In Silence, chanson qui a déconcerté tout le monde avec son départ absolu du son établi de Depeche Mode. C’était complètement différent de tout ce qu’on avait entendu du groupe et, comme Dave Gahan a remarqué à l’époque : “Ça résumait en quelque sorte tout le deuxième album. Plutôt que continuer à faire ces chansons poppy poids plume, on a décidé d’expérimenter. Martin peut écrire des pop songs, mais on voulait essayer quelque chose de totalement différent, juste pour voir si on pouvait”.

De Leave In Silence, il a dit : “Il y a des choses qu’on aurait pu sortir qui auraient pu rentrer directement dans les charts et avoir beaucoup de succès (Leave In Silence n’est entré qu’à la 18ème place), mais ça ne semblait pas correct. Leave In Silence était un risque parce qu’il n’était pas entraînant. On doit l’entendre quatre ou cinq fois avant de commencer vraiment à l’écouter”.

Encore une fois, le risque a été en quelque sorte désamorcé simplement à cause de la réputation de Depeche. Avec cinq tubes derrière eux, ils savaient que tout disque aurait la garantie de passer à la radio et quelques ventes grâce à leur réputation seule. Et si la beauté sous-estimée de Leave In Silence n’a pas exactement mis le feu au monde, cela n’a pas non plus présagé une diminution du soutien du groupe. A Broken Frame a reçu le statut de disque d’or quasiment à sa sortie, tandis qu’une deuxième tournée nord américaine et une troisième tournée britannique, toutes en automne, ont vu le groupe jouer devant des publics plus grands. Et quand le groupe est apparu sur Whatever You Want de Channel 4, filmé live au Brixton Arc juste avant Noël, cette édition de cette émission a explosé l’audimat.

Get The Balance Right, le premier single de Depeche de 1983 – et le premier à comprendre alan Wilder, à la fois comme musicien et, sur la face B, auteur – a atteint la 13ème place en février. C’était, Martin a dit : “Une chanson bien plus puissante qu’on en le fait normalement. On a fait beaucoup de chemin depuis Dreaming Of Me et les gens commençent finalement à se rendre compte qu’il y a bien plus chez Depeche Mode qu’un groupe pop”.

Et voilà. Des tournées aux États-Unis, au Canada et en Extrême Orient – pleines d’émeutes, dans le dernier cas ! – ont occupé le temps du groupe durant le printemps. Cela fini, ils se sont mis au travail sur leur troisième album. Et encore une fois, l’intention était de déconcerter ces détracteurs qui considéraient encore Depeche comme un simple groupe pop. La première expression de ces intentions est arrivée avec le single Everything Counts, l’une de leurs chansons les plus complexes mais, en même temps, les plus accessibles. C’était également la chanson qui a présenté le groupe à Berlin. Durant le dernier mix du troisième album, l’ingénieur du son, Gareth Jones, a suggéré qu’ils essayent de travailler dans les studios Hansa, le seul endroit au monde à se vanter de posséder une table de mixage à 56 pistes. Ce qui était, selon Dave, exactement ce dont avait besoin le groupe. “On avait utilisé tant de canaux sur l’enregistrement qu’on aurait possiblement pas pu mixer le disque dans le studio où on l’a enregistré – il n’avait qu’un table à 24 pistes. De plus, on voulait sampler une atmosphère différente. Si on travaille à un seul endroit, ça peut être assez ennuyant”.

Berlin a certainement fourni cela. Elle a également offert au groupe du choix en matière de lieux de tournage pour le clip qui a accompagné le single.

“Everything Counts était le premier de nos clips dont on était vraiment heureux, a dit Dave plus tard. Les premiers (il y en a eu un pour chaque single depuis New Life) n’étaient pas du tout représentatifs de nous. Quand l’un de ces premiers clips passent à la télé, comme c’est occasionnellement le cas, on est un peu embarrassés”.

Everything Counts a atteint la 6ème place des charts, exploit émulé par Construction Time Again, le troisième album du groupe, qui a suivi en août. Et à la différence de l’année précédente, la réaction critique au LP n’a pas souillé la fête. Après avoir été accroché au poteau sur lequel tout le monde frappait en 1982, Depeche Mode étaient à nouveau aimés de tous tandis que les chroniqueurs partout applaudissaient le talent avec lequel ils avaient finalement divorcés du son et de l’image qui avaient à l’origine attiré l’attention sur eux. “On voulait plus rentrer sur le marché orienté sur les albums, a dit Martin. C’est toujours important pour nous d’avoir des tubes, (mais) des groupes comme les Bunnymen et Simple Minds réussissent dans les deux charts. On veut juste produire un très bon album qui nous établira, on l’espère, comme un groupe majeur”.

En février 1984, Depeche Mode a fait une apparition live exclusive à l’Odeon de Birmingham pour la série de la BBC, Oxford Road Show. Ce concert est venu comme une pause dans les sessions d’enregistrement qui avaient occupé le groupe depuis Noël ; les premiers fruits de leur séjour dans les studios Hansa sont apparus le mois suivant.

People Are People (“… et les araignées sont poilues”, a déclaré la chronique de Bury Free Press) est devenu le plus grand tube du groupe en date. En Grande Bretagne, il a atteint la 4ème place, en Allemagne, il a été numéro un pendant trois semaines. Et même s’il ne pouvait se vanter de posséder les plus fortes paroles du groupe en date, les sentiments de la chanson étaient aussi louables que tout ce qu’ils avaient sorti depuis leur élévation au poste de “Commentateurs Sociaux” pour une nouvelle génération. Et telle était aussi la performance. Construction Time Again, comme le convient son titre, a vu le groupe expérimenter de nouvelles méthodes de création de son – enclumes, eau qui coule et portes qui craquent. Pour People Are People, ils ont donné libre cours à leur propre imagination et au potentiel d’un instrument nommé le Synclavier – sur lequel différents sons pouvaient être samplés par la machine, puis édités ensemble pour créer de tout nouveaux. Ainsi, People Are People comprenait tout d’une grosse caisse acoustique à une hôtesse de l’air en pleines manœuvres pré-décollage.

Le single a été suivi dans les charts par Master And Servant, une autre chanson qui a présenté un tout nouvel éventail de son à ses auditeurs (dont celui d’Andy qui donne une fessée à Martin !). “C’est une chanson sur la domination et l’exploitation et on utlise l’angle sexuel pour faire passer la chanson”, a expliqué Martin, en essayant en même temps de défendre la chanson contre les accusations d’indécence et d’obscénité qui menaçaient d’admettre Depeche Mode dans les rangs sélectionnés de ces artistes dont la musique était considérée ainsi et ainsi privés de toute opportunité d’exercer une influence corrompante sur les auditeurs de Radio 1. “Il y avait un gars à la BBC qui trouvait les paroles obscènes, mais il était en vacances quand la décision finale a été faite, a dit un Martin soulagé. La fille qui a pris la décision était d’accord avec nous sur le fait que ce n’était pas une chanson indécente”.

Quand même, la vision – et le son – de Depeche apparaissant sur Top Of The Pops chantant la chanson a toujours causé des ondes de choc chez ces gens qui considéraient encore le groupe comme des  “mauviettes sur des synthés”. Selon Dave : “Beaucoup de personnes pensaient encore qu’on étaient des mauviettes pour ados”, tandis que Martin regardait les premiers jours du groupe et admettait : “On s’est beaucoup fait éreinter parce qu’on avait une telle image terrible, très écœurante. Même si je pensais qu’on était des mauviettes”.

Le single a atteint la neuvième place dans les charts. Quatre places plus haut se trouvait Some Great Reward, le LP dont Master And Servant et People Are People étaient extraits, et qui composait facilement l’incroyable progression musicale que Depeche avait entrepris pour s’éloigner du son de Dreaming Of Me. Comme le groupe a fait savoir avant sa sortie, l’album virait bien loin des messages ouvertement politiques de son prédécesseur, retournant au niveau plus personnel des premières compositions de Martin. Les années qui se sont écoulées entretemps avaient, cependant, vu la naïveté de ces chansons fermement rejetée. À la place, le cynisme de Love In Itself – deuxième single extrait de Construction Time Again et un tube de la 21ème place l’automne précédent – a été revisité – plus notamment sur Somebody. Cette chanson, couplée au très long Blasphemous Rumours, a été extraite du LP pour le prochain single de Depeche – une double face A qui, comme son prédecesseur, était certaine de s’attirer des problèmes.

“Si nous pouvons dire que Dieu aimait tant le monde qu’Il y a envoyé son fils unique, s’Il a fait cela, Il ne peut avoir un sens maladif de l’humour”, a dit un prêtre de Basildon à un journal local de Southend quand ils l’ont approché pour commenter les paroles de Blasphemous Rumours. Et d’autres aussi, brûlaient d’envie de se battre. Le Melody Maker a décrit la chanson comme le candidat parfait à une sorte de censure officielle – même Mute doit avoir reconnu la possibilité, d’où la double face A. Le fait que Depeche Mode s’en soit sorti pourrait être inputé à la nouvelle approche plus douce adoptée par la BBC à la suite du scandale Relax de Frankie, quand une interdiction a généré bien plus de publicité pour le disque que si la BBC avait simplement continué à la passer. Mais cela n’expliquait pas le manque de condamnation d’autres parties – l’IBA, le Sun, Mary Whitehouse, l’Église elle-même. Peut-être, a-t-on réfléchi, que le message de la chanson touchait réellement une corde responsable dans le cœur de nombreuses personnes ; son message était certainement arrangé par la nouvelle qui éclatait alors de l’effroyable famine en Éthiopie. Ou peut-être Depeche, malgré les efforts d’eux -mêmes et de leurs admirateurs, étaient toujours considérés comme les petits garçons de la Pop, faisant une déclaration de qui ne pouvait la prendre la cœur tout simplement parce qu’ils ne pouvaient pas prendre le groupe au sérieux. De telles théories abondaient, et ainsi, Blasphemous Rumours a gravi les charts jusqu’à la 16ème place.

La carrière de Depeche Mode s’était, désormais, installée confortablement dans la routine de single/album/tournée/single – essayée et adoptée par tous les groupes depuis le début du rock’n’roll. Ce n’était pas une routine qu’ils savouraient, bien qu’ils admettaient qu’il y avait un côté échappatoire à bien des égards. Ils ont certainement tourné pour promouvoir Some Great Reward, terminant une magnifique tournée britannique par quatre soirs au Hammersmith Odeon ; à la nouvelle année, ils ont recommencé le cycle de tourner dans le monde. People Are People leur a donné leur premier tube américain tant attendu, et la majeure partie du printemps a été occupée à tourner aux États-Unis, jouant à la fois dans de petites et de grandes salles. En Europe, leur côte était aussi haute, si non plus, que chez eux ; en Allemagne, par exemple, Depeche est l’un des groupes qui gagnent le plus.

Quand même, la stricte adhérence à la routine était, à bien des égards, ennuyante, et ainsi 1985 a vu Depeche ne sortir aucun nouvel album. À la place, on a calmé les fans d’abord avec une vidéo live – un concert entier, sorti sous le titre The World We Live In And Live In Hamburg – et une compilation Greatest Hits de treize morceaux qui mettait à jour leur histoire en incluant leur deux singles les plus récents, Shake The Disease, sorti au printemps 1985, et It’s Called A Heart, un tube du top 20 de septembre. Comme on pouvait s’y attendre, la vidéo et le LP ont tous deux fait de rapides incursions dans les best-sellers et Depeche a terminé l’année en remplissant sans efforts la massive Wembley Arena dans le cadre de leur traditionnelle tournée d’hier. De leurs projets futurs, Depeche n’a rien à dire – pour l’instant. Mais c’est comme cela dont ils ont toujours travaillé, restant silentieux jusqu’au dernier moment et puis surprennant encore une fois. C’est une politique qui a porté ses fruits dans le passé ; qu’elle continue longtemps comme cela.

Traduction – 27 avril 2008 – selon le scan et la transcription de SacredDM.net