La première chanson que nous ayions enregistrée pour Some Great Reward a été People Are People. Elle a été faite comme un morceau unique des mois avant les sessions principales pour l’album parce que nous voulions sortir un single d’intérim entre les albums – à cette époque, les groupes sortaient beaucoup plus de singles parce qu’ils signifiaient beaucoup plus. Alan et moi avions commencé à travailler sur le son et la sensation de cette chanson à Londres et nous essayions de l’empêcher de sonner trop poppy parce que la mélodie était très entraînante et nous étions toujours conscients de tourner les choses sur le plan sonore.

Lorsque nous sommes arrivés aux studios Hansa à Berlin, je me souviens qu’il y avait une très bonne atmosphère au sein du groupe. Nous sommes allés au studio la veille du début de l’enregistrement et avons commencé à tout installer, faisant finalement un mix très brut avec tout le monde qui chantait dessus – Martin, Dave, Fletch, Alan et même le coproducteur Gareth Jones. Les prochains jours se sont très rapidement rassemblés, en partie parce que la chanson était déjà si forte et également parce que tout le monde s’entendant vraiment bien. Il y avait juste un sentiment très positif durant la session.

People Are People est devenu le plus grand tube en date de Depeche Mode et a atteint la 4ème place en Grande Bretagne et la 13ème place dans les charts Billboard américains. C’était leur premier gros single américain et il leur a donné un profil bien plus grand, passant de la radio alternative à la pop. Tout cela était très excitant.

Les chansons de Some Great Reward restaient accessibles mais le son de l’album devenait plus complexe et nous ressentions le besoin de progresser – quelque chose qui a toujours fait partie de Depeche Mode. La technologie progressait aussi alors nous avons exploité cela aussi. C’est mieux d’avoir d’abord les idées et d’utiliser la technologie pour améliorer ces idées, mais parfois, la technologie inspire les idées. Cela marche dans les deux sens. Les gens n’utilisaient pas beaucoup le sampling à cette époque, alors quand on allumait une machine, c’était comme une feuille de papier vierge parce qu’il n’y avait pas encore beaucoup de références. Tout ce qu’on faisait était nouveau, ce qui est sain parce que cela veut dire que cela vient de sa propre imagination.

Nous avons commencé Some Great Reward à un endroit nommé Music Works à Highbury, dans le Nord de Londres au début de l’année 1984 – Martin est un fan d’Arsenal alors il se sentait chez lui. Les techniques d’enregistrement changeaient rapidement et en gros, nous avions besoin d’un endroit avec une salle de contrôle pour nous accueillir tous avec notre matériel. Le plan était d’enregistrer l’album à Londres et de mixer à Berlin mais comme toujours, nous étions en retard et nous avons fini par faire une grosse partie de l’enregistrement à Hansa.

Master And Servant était une chanson difficile à enregistrer parce que nous savions tous ce que c’était un morceau vraiment important et serait probablement le successeur de People Are People. Il a été fait sur un 24 pistes et était le morceau le plus compliqué que nous n’ayions jamais enregistré en termes de nombre de sons – en fait, nous avons recommencé au moins deux ou trois fois mais alors un jour tout s’est assemblé. Chacune de ces pistes avait environ dix parties différentes parce que Depeche a toujours beaucoup de parties jouant de manière littéraire plutôt qu’en parallèle.

Killing Joke enregistraient dans un autre studio d’Hansa pendant que nous étions là-bas et ils passaient de temps en temps pour voir comment nous nous débrouillons. Un jour, nous mixions Blasphemous Rumours et parce qu’elle a un couplet très sombre et un refrain très entraînant, ils se sont beaucoup disputés quant à savoir si c’était la bonne approche à prendre avec ce morceau. Il semblait avoir un grand effet sur eux.

Quand finalement nous avons réussi à mixer l’album, nous avons loué un second studio à Hansa qui avait une énorme pièce. Nous envoyions les sons de la salle de mixage dans le gros système de sono, qui était au volume maximum, et puis nous renvoyions ces sons dans le mix. Nous avons également envoyé des sons dans différentes parties du bâtiment, comme les cages d’escalier et les ascenseurs. Martin aurait enregistré Somebody nu dans la cave ! Nous utilisions le bâtiment lui-même alors si on rentrait dans Hansa à l’époque, on entendait des sons qui venaient de partout. C’était une période très productive.

Master And Servant devait être le prochain single extrait de l’album et il est reparti à Londres pour être masterisé pendant que nous étions encore à Berlin. Quand il est revenu, nous sommes allés dans notre club habituel et nous avons demandé au DJ de la passer pour voir comment il sonnait sur le gros système. Nous nous sommes alors rendus compte que nous avions oublié la caisse claire du dernier refrain jusqu’au bout de la chanson ! Nous avons pensé le changer mais même si c’était une grosse erreur, il sonnait bien en fait pour nous.

Some Great Reward a été un album numéro 5 pour Depeche Mode en Grande Bretagne, leur plus haute position dans les charts en date. Master And Servant n’a pas été un aussi gros tube que People Are People mais il a eu plus d’impact en termes de définition d’où le groupe allait et ce que signifait Depeche Mode. People Are People marquait la fin d’une période sur le plan des chansons et Master And Servant était le début de la prochaine.

Daniel Miller

Traduction – 30 décembre 2007