Black Celebration est un album favori sans précédent au sein des fans de Depeche Mode et un album très important en termes de leur charme culte. Mais, c’était également un des plus difficiles à réaliser. Shake The Disease et It’s Called A Heart ont été enregistrées auparavant et bien que la dernière était une chanson simple, nous n’arrivions pas à la fixer et cela nous a tous un peu découragés. Elle était faite au milieu d’une tournée alors le gorupe avait dû la laisser avant qu’elle ne soit prête et je l’ai finie avec Gareth Jones. C’était une difficile expérience de bien la faire et même si elle est plutôt bien sorti à la fin, elle a donné le ton à l’enregistrement de Black Celebration.

À la fin de l’année 1985, nous avions réservé une très longue session d’enregistrement à Londres et à Berlin, qui est devenue de plus en plus tendue et claustrophobe. C’était le troisième album sur laquel nous avions travaillé ensemble en tant qu’équipe – Garethn moi-même et le groupe – et cela commençait à se faire sentir comme aller au travail le matin. Il n’y avait pas beaucoup d’excitation à faire le disque. Il était évident depuis le début que nous allions nous battre pour avoir des singles pop. Martin voulait juste écrire des chansons plus lourdes, plus sombres et plus lugubres et même si je ne pense pas que cela gêne quelqu’un, il y avait encore des pressions naturelles au sein du groupe. D’un côté, ils disaient « Fait chier ! On va faire les disques qu’on veut faire » et de l’autre, ils voulaient des tubes aussi. Ils tiraient sur les deux bouts de la corde en même temps – non pas des membres individuels comme un autre mais en eux-mêmes.

Nous avons en fait commencé aux Westside Studios de Londres, juste à côté de Ladbroke Grove. J’ai essayé de suggérer de faire quelque chose de différent comme installer tous les instruments dans le studio, au lieu de dans la salle des contrôles mais quand ils m’ont regardé de manière déconcertée, nous avons simplement continué comme toujours. Mais nous avons essayé des choses intéressantes à Westside. Pour Stripped, nous avons samplé beaucoup de sons sympas du monde réel comme le vrombissement de la Porsche de Dave qu’on étend au début. Toute la chanson était basée autour d’un sample ralenti d’un moteur de moto qui venait de la démo et il avait tellement d’atmosphère que nous l’avons utilisé tout au long de l’enregistrement. Quand nous voulions un ronronnement, nous samplions la voiture de Dave au démarrage et au ralenti. Nous avons changé son ton sur le sampler et cela a produit ce son génial.

Aussi, c’était la nuit de Guy Fawkes quand nous avons fait Stripped et si vous écoutez le remix du maxi 45 tours, on peut entendre des feux d’artifice que nous avons enregistrés sur le grand parking de Westside. En fait, il y avait plusieurs remixes de Stripped, ce qui était une assez nouvelle idée à l’époque. Nous avons accéléré le morceau et nous l’avons retravaillé sur une face B, Breathing In Fumes. J’étais ravi que Depeche Mode expérimentait encore comme cela.

Mais il y avait aussi de la tension dans le studio, surtout une fois que nous avons quitté Londres et sommes allés à Hansa à Berlin. C’était le cinquième album de Depeche Mode et la pression était de les pousser en avant sur le plan sonore. Parfois, je pense que c’était autre chose que le groupe. Ce n’était pas que la suffisance s’était installée, je ressentais juste qu’ils se lassaient légèrement de tout. Ils avaient fait trois albums en une courte durée, beaucoup tourné et on avait besoin de les pousser un peu. À ce moment, Alan Wilder était bien plus impliqué en studio et avait la confiance de pousser ses idées mais peut-être d’une manière qui l’a plus renfermé par rapport aux autres. Une fois encore, nous étions incroyablement en retard et cela a pris deux fois plus de temps que cela aurait dû. Comme d’habitude, le groupe avait réservé ses vacances après la date à laquelle nous étions censés avoir fini et un par un, ils désertaient, sauf Alan qui est resté jusqu’à la fin.

Black Celebration est rapidement passé dans les charts britanniques, même s’il est allé jusqu’à la troisième place, leur plus haute position à l’époque. C’est un album sombre et expérimental, pas un album pop – il n’avait pas de single pop. Questions Of Time, Stripped (qui est un véritable hymne) et Question Of Lust étaient toutes des chansons géniales – mais pas des singles évidents de Depeche Mode. Mais pour ceux qui étaient branchés par Depeche Mode, c’était ct album, plus qu’un autre, qui a solidifié leur statut culte. Les fans pensaient qu’ils avaient fait un album sans se soucier du commercialisme, ce qui est en partie vrai. Ils avaient fait quelque chose qu’ils voulaient faire et les gens pouvaient se voir dedans. C’était un disque « d’outsiders ».

En classe, ou avec vos amis, c’était les gens bizarres qui aimaient Depeche Mode à l’époque. Les gens du mainstream aimaient Duran Duran ou quelqu’un d’autre, mais c’était un disque pour les étranges au fond de la classe qui portaient du maquillage noir et qui projetaient d’assassiner leur prof. Malgré tous les problèmes que nous avons eu à le faire, Black Celebration est devenu un disque clé de ce point de vue.

Daniel Miller

Traduction – 3 février 2008