Exciter a été le premier disque de Depeche Mode après Ultra, et le premier après les gros problèmes de drogues de Dave. C’était l’album sur lequel les lumières sont revenues, dans une certaine mesure. Mais avec chaque album, on pense toujours qu’on ne va jamais faire un autre disque, même au meilleur moment.

Dave, Martin et Fletch ont commencé avec une confrontation assez sérieuse en ce qui concerne des problèmes internes qui avaient besoin d’être tirés au clair. C’était difficile au tout début. Il y a eu un ou deux jours de lourde discussion. Je pense que Dave avait besoin de faire sortir cela avant de pouvoir continuer. Mais nous l’avons réglé. Cela allait toujours être réglé.

Aussi, Martin souffrait du syndrome de la page blanche. Je me souviens de Martin, Fletch et moi mangeant un repas chinois quelque part à Londres. C’était un Repas de la Mort préventif. C’était un rituel de prendre un Repas de la Mort avant chaque album, mais nous ne le faisons plus. Nos Repas de la Mort me manquent. De toute manière, Martin avait un problème pour écrire des chansons alors Fletch et moi, nous avons décidé d’essayer de trouver quelqu’un pour travailler avec lui, juste pour que les idées rebondissent.

Nous avons proposé cela et il a accepté. Alors nous avons impliqué Gareth Jones, qui n’avait pas travaillé avec le groupe depuis longtemps. La dernière fois, c’était sur Black Celebration 15 ans auparavant, après quoi nous avions tous décidé de prendre une toute nouvelle équipe. Tout le monde pensait que nous avions tous pété un plomb sur Black Celebration. Mais Gareth est toujours resté un ami du groupe, alors c’est comme cela qu’a commencé l’album. Nous n’avions même pas décidé de qui serait le producteur à cette époque, mais nous avions déjà des assez bons morceaux à moitié finis avec un son distinct.

Martin écoutait beaucoup de techno minimale allemande, dont j’étais également beaucoup fan, alors cela a filtré dans le son d’Exciter. Nous luttions pour trouver un producteur, à cause de la nature de ce que doit être un producteur de Depeche Mode. Il a besoin d’être quelqu’un qui comprend vraiment l’électro, mais aussi les chansons, qui peut également enregistrer d’autres instruments mais qui n’est pas producteur de rock. Exactement le même qui nous avons eu avant avec Tim Simenon et Flood, mais il y a très peu de personnes qui ont cet équilibre.

Je connaissais Mark Bell assez bien de sa période LFO et il a depuis travaillé avec Björk en tant que producteur, alors nous avons eu une discussion avec lui. Il est venu à l’appartement de Martin, nous lui avons fait écouter des démos et puis nous sommes allés prendre une bière. Tout cela a été fait d’une manière classique de Depeche Mode. Nous n’avons jamais eu de réunion à ce propos, ils n’en ont jamais parlé entre eux. Moins d’une demi-heure après l’avoir rencontré, il était présumé qu’il avait le poste.

Nous avons commencé à enregistrer à Santa Barbara, parce que Martin venait de s’y installer. Mais nous avons enregistré dans divers endroits. La majeure partie du mixage a été fait à New York, où Dave vivait désormais. Dave a aussi fait un bout à Londres, un bout à Santa Barbara. Mais inévitablement, ils étaient en retard, ils sont toujours en retard, alors nous avons fini l’album à Londres. Nous avons fini trois ou quatre morceaux là-bas. Mon implication personnelle était principalement de passer de temps en temps, comme j’avais fait depuis Music For The Masses. Je traînais quelques jours, j’écoutais ce qu’ils faisaient, voyais s’ils avaient des problèmes et j’essayais d’aider. Mais vraiment, je m’implique qu’au début et à la fin aujourd’hui.

Sur le plan sonore, Mark Bell a énormément apporté à l’album. C’est vraiment un artiste de l’enregistrement, pas un producteur. Il l’a emmené sur un différent niveau, mais c’était bon parce que c’était toujours le son du groupe, il venait toujours d’où Depeche Mode voulait qu’il vienne. Mark a mis beaucoup de travail en structure et en arrangements, puis Gareth a travaillé très proche de lui sur les problèmes techniques et la voix.

Exciter est un disque au son très électronique, assez clairsemé. Il y a eu une grosses discussion à propos de ce qui devrait être le premier single et je pensais assez fortement que ce devait être Dream On, parce que c’était un mélange vraiment intéressant de guitare acoustique et d’électro. Ce son est désormais devenu assez normal, avec Radiohead et tous ces groupes de folktronica. Même Madonna l’a utilisé plus tard, mais à l’époque, c’était assez nouveau. Je pensais que Dream On était un morceau important, pas nécessairement radiophonique mais important en terme de faire une déclaration de Depeche Mode : qu’ils étaient toujours tranchants, qu’ils rassemblaient toujours différents paysages sonores.

Exciter est sorti à un étrange moment pour Depeche Mode en termes de médias. Ils n’allaient définitivement pas musicalement avec ce qu’il se passait au Royaume Uni, à la radio et dans la presse. Danny Tenaglia a remixé I Feel Loved, morceau dance poppy, qui a été massif partout. Il a été énorme en clubs, un disque dance nurméro un, et pourtant la radio mainstream n’y touchait pas.

Exciter a vendu en gros autant qu’Ultra, juste en dessous de deux millions d’exemplaires de part le monde – ce qui est bien mais pas génial. Le prochain album, Playing The Angel, s’est déjà plus vendu que les deux pour la simple raison que Precious a été un gros tube radio. Mais Exciter était un album important à faire pour Depeche Mode, mais s’il s’est avéré être un bon album, je ne pense tout simplement pas que ce soit leur meilleur. Il y a d’excellentes chansons dessus, comprenez-moi bien. Je pense que c’est un album vraiment fort. Pas dans leur top trois, peut-être, mais probablement dans leur top cinq.

Daniel Miller

Traduction – 18 mai 2008