Depeche Mode s’établissait lentement et progressivement à la fois en termes musicaux et commerciaux au moment où le groupe s’est mis à enregistrer Music For The Masses en 1987. Cet album semblait réellement être un bond en avant. C’était le début d’un nouveau chapitre.

C’était la première fois que je n’étais pas impliqué en tant que co-producteur. Enregistrer Black Celebration, l’album précédent, avait été un processus assez long et douloureux. Je pense que le produit final était génial mais nous nous sentions épuisés par chacun à ce moment. Nous nous sommes tous accordés sur le fait qu’ils avaient besoin de travailler avec quelqu’un d’autre sur le prochain album, pour avoir une nouvelle impulsion et de nouvelles idées. De plus, je passais de plus en plus de temps sur le label, qui avait grandi au point où il est devenu tout simplement peu pratique pour moi d’être en studio pendant six mois de l’année. Nous commencions à travailler de manière différente et cela me plaisait bien.

Dave Bascombe a co-produit l’album avec le groupe. Nous l’avions choisi parce que nous avions vraiment aimé le son qu’il avait donné à des gens comme Tears For Fears. Alan a injecté beaucoup de travail dans cet album, il s’impliquait de plus en plus activement dans le son du groupe et dans les arrangements globaux des chansons. Les trois autres n’aimaient pas vraiment être en studio et je ne leur en veux pas, cela peut être très assommant.

L’album a été enregistré au Studio Guillaume Tell, en proche banlieue de Paris, ancien cinéma avec une gigantesque pièce à l’acoustique fabuleuse. Puis le mixage a eu lieu au Pok Studio dans le Nord du Danemark. Je suis allé à Paris le premier jour d’enregistrement, pour dire bonjour et pour m’assurer que tout le monde allait bien. Je me souviens d’être sorti du studio en sentant cet énorme fardeau se retirer de mes épaules lorsque je me suis rendu compte que je ne serais pas enfermé pendant les six mois à venir. Ce n’est nullement dire quoi que ce soit contre le groupe, nous avons juste entamé une nouvelle relation en studio. J’avais plus un rôle de directeur artistique que de producteur, et c’est comme cela quand c’est depuis lors.

Musicalement, je pense que cet album a vraiment été un grand pas en avant. Les chansons, ainsi que les arrangements et le son, progressaient et se développaient. Les singles qui en ont été extraits étaient Strangelove, Never Let Me Down Again et Behind The Wheel. Tim Simenon de Bomb The Bass a fait un remix de Strangelove et il travaillera avec le groupe bien des années plus tard en tant que producteur d’Ultra. Probablement plus que les autres albums de Depeche Mode, je pense que celui ci se divise nettement entre le côté le plus sombre du groupe et celui le plus accessible. Il trouve le très juste milieu.

Aucun des singles n’a été un tube en Grande Bretagne, même si Never Let Me Down Again est désormais devenu le leitmotiv live du groupe. La tournée qui a suivi l’album était certainement sa plus grosse en date. C’était vraiment devenu un énorme groupe à ce moment, jouant derrière le Rideau de Fer et remplissant de gigantesques salles aux États-Unis. Il est difficile de dire si Music For The Masses a fait percer le groupe aux États-Unis, c’était plus un enchaînement d’événements. Il avait déjà eu un gros tube là-bas, People Are People, et il avait commencé à jouer dans des salles de 10 à 15 000 places. Mais c’était la tournée sur laquelle ils ont joué au stade du Rosebowl à Pasadena devant près de 80 000 personnes – dernière date de la tournée en juin 1988. Le film 101 tournait autour de ce concert. C’était un tournant majeur.

Martin disait que le titre de l’album était une blague, sur combien Depeche Mode était voué à jamais à être un groupe culte qui ne percerait jamais dans le mainstream. Le titre Music For The Masses (“Musique pour les masses”) peut avoir été une blague au début, mais il est devenu une prédiction qui se réalise.

Daniel Miller

Traduction – 20 avril 2006