Mute parle

Vivien Goldman rencontre Daniel Miller, l’homme qui vous a apporté (était ?) les Silicons Teens, The Normal et Depeche Mode. Même si un seul de ces groupes existe – mais lequel ?

“Quand on me présent aux gens, ils me regardent tous horrifiés et s’exclament : c’est lui Daniel Miller ?!?

“Ce qui me convient parfaitement. C’est ce que j’aime. Ils s’attendent tous à une sorte de personnage à la Steve Strange. Cela, continue Daniel, triturant joyeusement les algues de son assiette à coups de baguette, me rend très heureux. Le fait que je suis toujours Normal. Ce qui n’est pas si correct que cela.

“Je ne me suis jamais intégré, je suppose”.

Son sourire fonctionne mieux que le chauffage au sol.

Daniel Miller, alias The Normal. Alias The Silicon Teens. L’homme qui se cache derrière les œuvres de Fad Gadget, DAF, et aujourd’hui Depeche Mode, qui vient d’entrer dans les charts. Fondateur et pilote de Mute Records. Grace Jones a repris Warm Leatherette, face B de son single qui fait date, TVOD, positivement le premier single de pop bizarre réalisé avec du synthétiseur, sorti en 1977.

L’étrangeté de ce son est difficile à concevoir aujourd’hui, étant donné que les synthétiseurs sont presque aussi communs que les machines à écrire (instruments à claviers tout cela). La régularité de présentation de Daniel, son accent aristocratique après des mois de parlé loubard, qui rédige à toute vitesse un code morse brusque d’images, tout aussi inquiètant que l’écume sur des cosses d’haricot qui éclatent (vraiment, ce sont des clones humains…)

Le rythme a été entièrement réalisé par des machines ! Si les choses continuaient de cette manière, les musiciens humains réguliers seraient redondants !

Ils allaient devenir à leur tour des clichés, mais des moments comme l’entrée croissante de radios diverses, couplée au charme adolescent de phrases comme “I don’t need no TV screen, I just stick the aerial into my vein” étaient une toute nouvelle devise brillante à l’époque, suggérait une origine marginalement moins bourgeoise que la chambre de Daniel à Golders Green.

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Mais c’est précisément la gloire de Mute. L’incongruité d’un marginal professionnel originaire d’un milieu immigré de classe moyenne consciente des médias, un homme qui ressemble plus à un maître de conférences ébourriffé qu’à une pop star, fixant les commandes d’une couche de synthétiseurs sveltes.

À l’époque où Daniel a fait TVOD, il n’était pas en contact avec d’autres musiciens. En gros, il a travaillé en isolement complet, avec seulement les premières œuvres de Neu, Kraftwerk, Can et Klaus Schulze qui pointaient vaguement dans des directions similaires. Et ils ne faisaient pas de singles pop indépendents non plus.

Il venait juste de rentrer de Suisse où il avait été disc jockey – c’était avant l’explosion de la disco synthétique, alors c’était du Abba et du Schlager, du heavy metal.

Daniel avait déjà composé une partie des références musicales de The Normal : “J’ai joué dans des groupes quand j’étais à l’école. Je suppose que c’est ce qui m’a décidé à travailler seul.

“J’étais vraiment frustré. Je ne savais pas jouer de la guitare” – j’entends à nouveau Daniel et Fad Gadget condamner un disque avec leur insulte ultime : “Beurk ! C’est un groupe à guitare !” – “Je ne pouvais pas m’exprimer musicalement.

“Quand j’avais 14 ans, je faisais du bruit seul dans ma chambre, utilisant des objets en métal pour jouer de la guitare avec. Je parlais tout le temps de musique avec mes amis, les personnes du groupe. J’avais des idées très fortes. Tout le monde a toujours pensé que j’étais givré. Notre groupe était terrible. nous jouions lors des fêtes. C’était le meilleur – nous étions les pires musiciens de tous les groupes de l’école (King Alfred’s à Hampstead) alors il n’y avait pas de pression pour être bon musicalement…”

Ce qui explique pourquoi, quand Daniel est revenu de son excursion DJ suisse, il a hurlé “Mais qu’est-ce que c’est que ce binz ?” avec grande joie en entendant les Ramones. Il aimait le bruit. Il adorait le manque de solos de guitare.

“Les guitares ? Eh bien… elles ont leur place. J’aime Keith Levene et Marco quand il était avec Rema-Rema. Ils n’utilisent pas la guitare de manière traditionnelle. Elle est utilisée comme fond musical et fournit un rythme pour la voix, puis joue une mélodie au milieu, mais sa fonction devenait circulaire. Elle se répétait tout simplement, ne menait nulle part musicalement.

“Les bons guitaristes aujourd’hui sont ceux qui écoutent les synthétiseurs. Les guitaristes pensaient qu’ils s’amélioraient parce qu’ils jouaient plus de notes à la minute, jouaient de plus longs solos, des riffs jazz-rock, influences classiques sensées. En fait, c’était la même chose avec les claviers et les batteries, aussi – la quantité, c’est la qualité.

“Sans mentionner le rôle sexuel de la guitare… Je ne suis pas clair sur mes idées là-dessus, mais c’est – la guitare en tant que matraque. Pourquoi les femmes dans les groupes jouent de la guitare ? Je trouve cela vraiment étrange. À bien des égards, c’est un instrument masculain très offensif…”

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Tout cela contraste avec le synthétiseur, que Daniel considère comme un de ses instruments que l’on joue le mieux quand on ne sait pas jouer du tout.

Ainsi, inspiré par la nouvelle philosophie punk “do-it-yourself”, Daniel a décidé de revenir travailler dans le domaine “d’un ennui écrasant” du montage de publicités, à son compte, afin de financer un synthétiseur Korg 700S d’une valeur de 200£ au début de l’année 1977. Puis il a acheté un quatre pistes TEAC, 7 pouces et demi par seconde, avec de petites bobines, et a commencé à tripoter pour le fun à la maison – encore une fois, sans se rendre compte que Cabaret Voltaire, Human League et Throbbing Gristle avaient pensé à la même chose. Puis il a décidé de faire un disque, après avoir entendu l’auto-produit de the Desperate Bicycles.

“Je n’ai jamais pensé à approcher une major. Je ne les aimais pas parce qu’elles avaient ruiné quelques uns de mes groupes préférés – comme Can, Faust et Klaus Schultze avec Virgin. Peut-être que ces sociétés pensaient que c’était cool de signer ces groupes, et n’avaient pas la moindre idée de ce qui était bon.

“L’idée d’être indépendant m’a attiré parce que si je travaille avec quelqu’un d’autre, j’ai tout simplement tendance à transférer la charge sur cette personne, c’est plus personnel qu’idéologique” (plus de pouvoir alors à la vaillante Hildy Swengard de Mute qui porte sa charge comme une plume – même à pousser le bourreau de travail Daniel dans des vacances surprises pour éviter l’effondrement total) “Alors j’ai loué une boîte d’écho pendant trois jours…”

Daniel a pressé 500 exemplaires de TVOD/Warm Leatherette. “C’était juste le même processus que la vidéo – on coupe, développe, approuve… Je pensais que personne ne serait intéressé. La seule chose qui y ressemblait vaguement, c’était Kraftwerk. Le punk était gros à l’époque, et devenait très rasoir. J’en ai vendu 30 000 exemplaires désormais – et c’est juste les ventes en Angleterre. Il a aussi été sorti aux États-Unis, en France et en Australie.

“Quand j’ai amené le pressage test chez Rough trade, ils l’ont aimé et ont dit qu’ils m’aideraient à en presser 2000 exemplaires. J’étais vachement content. Même si je ne connaissais aucune personne dans le milieu musical, j’avais entendu parlé de Rough trade, et je savais qu’ils étaient censés être… assez cools”.

Depuis le succès sans précédent de son single sous le nom de The Normal, Daniel n’a rien sorti en solo. Officiellement, du moins. Pourquoi ?

“J’étais interloqué par les bonnes critiques. Cela m’a rendu un peu nerveux. Est-ce que cela a du sens ? Je pensais que je faisais un disque que personne ne voulait écouter ou acheter. Je ne voulais pas qu’il soit aimé autant que cela. Puis j’ai pensé : Quel est l’intérêt de faire un autre disque ?

“Mais j’étais fou de musique électronique. Je pensais que c’était ce que les gens devaient faire, ou écouter. Il y avait tant qu’on pouvait faire avec…”

Flash-back sur la première grande tournée de Stiff Little Fingers, quand Inflammable Material venait de sortir. Daniel et Robert Rental jouaient sur la même affiche.

Tous les freluquets pogoteurs habillés de cuir qui fixaient, stupéfiés, ces deux personnes invraisemblables, non glamour à tous les égards possibles de personnes qui montent sur scène devant un jeune public. Assez bonne réponse, si on considère que tant de personnes semblaient détester cela…

Et l’idée établie du musicien en tant que poseur, créateur de style extraverti ? Où vous tenez-vous par rapport à elle ?

“J’ai l’impression d’être dans un monde différent, musicalement et idéologiquement. Je ne pense pas avoir quelque chose à voir avec la musique ou les idées rock – pas à l’époque, en tout cas. Ajourd’hui, je suis plus réaliste. Par exemple – la soirée Mute que John Curd monte au Lyceum. La vie est pleine de contradictions.

“C’est tellement difficile pour un groupe le fait que s’il veut un énorme succès dans les charts, il doit toujours suivre les vieilles routines, comme tourner. Quelques groupes, comme PiL, y échappent – supergroupe. Il devrait être sur Mute, alors il en verrait du pays !

“Oui, j’ai lutté contre l’idée d’une soirée Mute pendant des années. Il y avait toutes ces tournées Rough trade et les soirées Factory – je déteste toute cette idée de collectif. Mais Fad Gadget et Depeche Mode le voulait, Curd m’a téléphoné et dans un moment de faiblesse, j’ai dit oui. Il n’y a même pas assez de groupes Mute pour remplir toute l’affiche”.

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C’est la variété de ces groupes qui rend Mute si intriguant. Ils incluent les exploitations de Fad Gadget du club et du rythme morne, avec ces mots biscornus, les douces nonextravagances de bruit de Boyd Rice – vous vous souvenez de ces 45 tours avec deux trous qui pouvaient être joués plantés dans n’importe lequel à n’importe quelle vitesse ? C’est une certaine forme de libération, hein ?

Les yeux de l’homme à la voix douce du Nouveau Mexique s’illumine tandis qu’il électrise les idées de pur BRUIIIIIIIIIT ! “Certaines mélodies sont trop rationneles, elles structurent vos pensées. Cela donne aux gens une impression maladive du monde”.

Puis comparez cela avec le rock teutonique bang-bang de DAF, les premiers que Daniel a vu qui combinaient avec succès le synthé avec la redoutée guitare (même si aujourd’hui, ils ont filé chez Virgin, la major préférée de Daniel), et la pop synthétique ado-glamour à jabot et fanfreluches de Depeche Mode.

Les DM sont moins excentriques que la plupart des artistes de Mute, ou peut-être les plus manifestement opportuns. Daniel a été attiré par eux parce qu’il aime leurs chansons. Les quatre jeunes se tiennent en ligne les yeux fixés sur leurs synthétiseurs sur scène, ressemblant plutôt à des écoliers Elizabethains penchés studieusement sur leurs livres. Deux d’entre eux ont toujours des boulots qu’ils n’aiment pas, deux sont au chômage et fauchés, pourtant ils ont réellement rejeté diverses grosses avances de major. Est-ce que l’une des nouvelles propriétés très recherchées est idiote ou quoi ?

Vince : “Mute est l’une des sociétés les plus honnêtes du moment. On aime la manière de travailler en face à face. On a parlé à pratiquement toutes les majors et on a trouvé qu’elles n’étaient pas aussi plaisantes que le laisait penser la première impression, on était un peu douteux vis à vis d’elles. Je suppose qu’on a tout simplement eu de la chance de rencontrer la bonne personne au bon moment…”

Je ne pouvais pas en réalité voir Daniel tordre le bras de Vince derrière son dos tandis qu’il parlait, mais alors, toutes les majors ont dit qu’il était impossible pour depeche Mode d’atteindre le maximum de son potentiel pop avec Mute, et maintenant qu’il est joyeusement rangé dans les charts avec tout le luxe du contrôle total, il semble qu’il a le meilleur des deux mondes – pendant un moment du moins.

Quant à Fad Gadget (Frank), Daniel l’a rencontré quand il habitait avec Edwin Pouncey de Sounds, qui était à l’époque le dessinateur de la bande dessinée Savage Pencil. Edwin a parlé à Daniel de ce gars qui s’enfermait dans un placard avec une boîte à rythmes, et Daniel a tout de suite été intrigué.

C’était encore une question d’être au bon endroit au bon moment. Daniel était “très mal au niveau mental”, et essayait de décider s’il devait revenir au montage de film ou autre chose. Enregistrant des kilomètres de bande chez lui, détestant tout, toujours stupéfait par le succès de TVOD que c’était au bord de l’intimidation.

Rough Trade l’a aidé à traverser cette crise en lui donnant une place au département de la promotion. “C’était pas vraiment mon truc”. La rencontre avec Frank a décidé Daniel à travailler avec la musique d’autres personnes, c’était tout aussi intéressant pour lui que faire ses propres trucs.

La peur de voler ou du réalisme ? Daniel est au moins aussi conscient de ses défauts que de ses attributs positifs. Il dit que Depeche Mode écrit de meilleures chansons qu’il ne le ferait et que Boyd et frank sont meilleurs sur scène qu’il ne pourrait espérer l’être.

Et comme il est assez attiré par eux pour travailler avec eux sur Mute, oui, il suppose qu’ils reflètent différentes parties de lui, des externalisations adéquates de talents que Daniel reconnait être présentes, mais pas assez présentes.

C’est en studio que Daniel est réellement dans son élément, pas besoin d’image publique ou de masque. Mixer lors de concerts, ses doigts volent au-dessus de la table. Normal est aux manettes.

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Pour ceux qui aiment les blagues et un peu de mystère, la plus grande combine de Daniel est probablement toute l’escapade Silicon Teens. Vous vous rappelez des silicon Teens, le tout premier groupe pop écolier à synthétiseurs, deux garçons et deux filles ? Darryl, Jack, Paul et Diana, coqueluches manifestes dignes d’un poster de Photo Love.

“Oui, dit Daniel, j’ai pensé que si j’étais le directeur de EMI, c’est ce pour quoi je payerais un million de Livres maintenant, un groupe de pop électronique constitué de deux garçons et de deux filles. Alors j’en ai inventé un.

“Ce n’était qu’une blague, vraiment, mais tout le monde s’est un peu trop emballé pour ça”.

Les versions de Memphis Tennessee et de Let’s Dance des Silicon Teens sont de la pop pétillante, elles chatouillent et vous font rire. Daniel les a enregistrées dans sa chambre avant TVOD, à l’aide de son Chuck Berry Songbook.

“J’aime toujours Chuck Berry. J’écoute du blues. C’est là où la guitare a sa place, à la fin des années 1950, début des années 1960”.

Sue Dunne, connaisseuse de rock and roll chez Rough Trade, discutait reprises un jour avec daniel et il lui a fait écouter les vieilles bandes pour rire. Ce n’est seuelement quand les gens de Rough Trade l’ont encouragé que cela lui est venu à l’esprit de sortir les chansons qui allaient devenir la plus grande sécurité financière de Mute et acheter le luxe de pouvoir s’offir la possibilité de travailler avec DAF – qui est cher parce que c’est un groupe, non pas un artiste solo louche.

Daniel aurait dû sortir le single sous le nom de The Normal, mais a décidé que c’était un peu ennuyant. quand le disque est devenu un tube, que Radio One l’a joué et tout, Daniel a décidé de former un groupe à des fins promotionnelles.

“Quand Radio One nous a demandé de faire une interview, je ne voulais pas la rater. Fad est assez utilise parce qu’il peut paraître très jeune s’il le veut…”

Daniel a réuni Frank et une femme du nom de Priscilla dans le rôle de Jackie, et es a préparés la veille de l’interview. L’idée, c’était que les deux autres ne pouvaient quitter l’école.

“C’était génial, comme une performance”, jubile Daniel. Avec le comique Keith Allen dans le rôle du manager “Chas Barton”, et Daniel dans son propre rôle, ils ont filé pour être interviewés par Richard Skinner dans l’émission Round Table. “Je pense que Richard Skinner a à moitié capté la blague, mais il a fait comme si rien n’était”.

Le New Musical Express, comme on aurait pu s’y attendre, a été moins courtois : “La rédaction m’a appelé et a dit d’un ton agressif : Tu vas admettre que tu es les Silicon Teens, ou sinon on ne fait pas paraître l’article ! J’ai refusé. Il y a des gens qui n’ont vraiment pas d’humour !”

L’album des Silicon Teens représente Daniel qui suit humblement les traditions rock (tube, album, tournée… groupe…) et a tendance à perdre son charme, à part les flashs instantanés des fêtes. Il a rempli sa fonction d’assurer la survie de Mute via un contrat de distribution avec Phonogram.

“Enfin on me détestait ! J’ai fait des compromis sur cet album, j’ai fait quelques compositions originales, ce qui était une erreur. Sounds a dit que c’était une insulte à mon héritage rock and roll ! Des critiques parfaites. J’ai aimé faire cela et j’ai aimé toutes les réactions”.

De plus, DAF attendait au coin de la rue tel Mr. Right…

“Ils ne jouaient pas du rock, ni du funk, ils ne comptaient pas du tout sur des traditions rock passées – ce que je suppose est le critère de ce qui est sur Mute. Comme Non – aucun compromis. J’ai toujours aimé cela. Et la manière de ne pas être sérieux, même si on est sérieux sur la musique d’une façon”.

Daniel pense qu’il est important qu’il n’ait jamais aimé Eno (“trop de musique d’ambiance relax”), Roxy Music, David Bowie ou n’importe laquelle des personnes il était censé aimer.

Aujourd’hui, lui et les autres explorateurs intrépides du synthétiseur de la deuxième moitié des années 1970 ont engendré une nouvelle génération. Plus que cinq ans vers la nouvelle frontière pour se transformer en lotissement de préfabriqués avec des jardins grands comme un mouchoir de poche.

Que pense Daniel de tous ces jolis garçons stylés qui caressent des idées à la noix ? Il secoue la tête.

“C’est mauvais. Très décevant. On dirait que rien ne s’est passé depuis TVOD, les Cabs et Throbbing Gristle. C’est que de la pop, comme Landscape –du jazz rock joué sur des synthétiseurs. Horrible. Le synthétiseur n’est pas l’instrument d’un musicien”.

Daniel hausse les épaules, ressemblant tout à fait à un suppléant tourmenté. Puis il s’anime, aussi rassurant qu’un présentateur TV.

“Ah, les vieux clichés. Ils ont la vie dure…”

Normalement.

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Le genou est connecté à la cuisse

Fad Gadget
Depeche Mode
Palais Schaumberg
Furious Pig

Lyceum

Cette vieille bâtisse, le Lyceum de Londres, devient un palace doré des synthés ce soir étant donné qu’il accueille le label de Daniel Miller, Mute Records, qui a contribué au développement de la musique électronique depuis son premier single, la double face A TVOD/Warm Leatherette de The Normal. Mais Mute, c’est bien plus que cela, comme l’assortiment varié d’attraction de ce soir sert à montrer. En commençant par…

Furious Pig ! aujourd’hui, ce n’est pas chose facile de parler de personnes nommées Furious Pig – tant de sous-entendus pénibles de 1970 ici – et cette difficulté est aggravée par leur musique. Peut-être plus connus comme ceux qui ont contribué la plus horrible minute et 28 secondes de la C81 du NME, les Furious sont quatre par leur nombre et étranges de nature. Le set a commencé à temps, avec le résultat prévisible que j’en ai manqué la majeure partie, mais ce que j’ai vu était assez surprennant.

Les Pigs est une sorte de groupe minable de quatre hommes qui crient, tapent sur des choses et qui se promènent en ligne et c’est tout. La seule chanson entière que j’ai entendue (leur meilleure, d’après un Chris Bohn qui passait) était une succession de grognement effroyables amplifiés, ponctués de façon agressive par des cognements – à la fois joli et féroce. Il faut que j’en entende plus.

Les pauses entre les groupes – et ces marathons au Lyceum peuvent être décourageants – sont comblés par des films humoritiques sur des mutants : la sorte de chose qui devrait être la règle au lieu de l’exception lors de concerts de rock, sûrement.

Palais Schaumberg, le groupe allemand qui a suivi, a joué de la musique quelque peu en dehors de mes goûts, mais le fougueux bon humoour de leur approche était très sympathique. Ce n’est pas tous les groupes qui démarrent avec une chanson qui s’intitule The Meaning Of Life et s’en sortent à bon compte. Ce groupe est électronique et, je suppose, expérimental, mais joue avec un sens avancé du plaisir. Il n’est pas pour moi mais pourrait l’être pour beaucoup d’autres.

Ceux qui se sont approprié la soirée, c’était probablement depeche Mode, le groupe de Basildon. D Mode, c’est trois synthés et un chanteur, visuellement dans le moule Spandau Ballet mais musicalement une proposition très intéressante. Accompagnés par quelques démonstrations sérieuses de danse, ils pondent en masse un set de pop rythmique attirante, dont le meilleur moment était le tube qui aurait dû l’être, le joli et gracieux Dreaming Of Me – son titre à lui seul pourrait en fair el’hymne des Nouveaux Romantiques. Boys, qui a suivi, était plus dur mais pratiquement aussi bon. En rappel, ils nous ont fait une belle interprétation d’une nouvelle version de Price Of Love, l’émouvant hommage de Bryan Ferry à l’homme qui fait ses pantalons.

Fad Gadget – lui ou eux, comme vous voulez – est le dernier artiste à monter sur scène. Cinq jeunes gars sveltes, habillés en Arlequins folkloriques, ce ne sont pas des Dr. Feelgood. Le spectacle plutôt mou qu’ils présentent, cependant, n’est pas corroboré par leur musique, qui est souvent brute, surtout le chant de Mr. gadget. En fait, Fad lui-même, une fois qu’il se laisse aller, rappelle étrangement Tenpole Tudor : une cage thoraxique dégingandée, paniquée, déshabillée, brillante de sueur sous une chemise ouverte.

Le groupe s’organise autour de deux batteurs, dont l’un est synthétisé, plus une guitare et des claviers : musicalement, ils représentent l’élément hooligan de la musique électronique. C’est un set énergique et divertissant, bien approvisionné en matériel décent comme les singles Fireside Favourites et Ricky’s Hand. En cours de route, pourtant, le charme du spectacle souffle d’une légère baisse de régime, et c’est comme si le groupe joue plus vite, avec de plus en plus de désespoir, avec de moins en moins d’effet – un symptôme, peut-être, de manque d’idées. Ou peut-être se faisait-il tard : la soirée Mute, c’était bien le temps que cela a duré, mais elle a duré affreusement longtemps.

Paul Du Noyer

Traduction – selon le scan et la transcription de SacredDM.net – 11 décembre 2005