Songs Of Faith And Devotion était le successeur de Violator, disque qui s’est vendu à sept millions d’exemplaires qui avait emmené Depeche Mode à un niveau complètement différent. Ils avaient eu du succès depuis le début mais Violator avait apporté le genre de succès majeur qui peut également bousiller vraiment un groupe. Il a été accompagné par leur plus grosse tournée en date alors l’album suivant a apporté avec lui beaucoup de pression.

Martin avait déjà écrit de fortes chansons mais le groupe cherchait encore un nouveau son et ils pensaient vraiment qu’il était important de s’éloigner de Violator. Ce n’est pas un secret que Dave était déjà lourdement dans les drogues à cette époque et il se séparait vraiment du reste du groupe. À la vieille époque, il imitait vraiment bien la rock star décharnée mais à ce moment il était devenu le personnage dont il avait l’habitude de se moquer. Dave est l’une des personnes les plus marrantes que je connaisse mais il avait complètement perdu son sens de l’humour et sa capacité de rire de lui-même.

Dave s’était installé à LA avec sa nouvelle femme et il s’immergeait dans la scène rock américaine – c’était l’apogée du grunge et il vivait en plein dedans. Le reste du groupe n’était pas du tout branché par cela. Musicalement, il y avait une faille au milieu de l’Atlantique et même dans le studio, Dave était très séparé des autres.

Le groupe voulait travailler dans un pays différent comme ils avaient enregistré les albums précédents en Allemagne, en Italie, en France et au Danemark, alors la première sessions d’enregistrement a eu lieu à Madrid. Malheureusement, il n’y avait pas vraiment de studio convenable à l’époque alors nous avons loué une grande maison et construit un studio dedans. La maison était une propriété au portail bizarre avec sa propre force de police privée – l’endroit rêvé où on s’attendrait à ce que les Beckham y vivent aujourd’hui.

L’album était produit par Flood qui avait travaillé avec eux sur Violator et je les ai laissés seuls les quinze premiers jours pour qu’ils s’installent dans la session. Quand je suis allé voir comment cela allait, ils n’avaient quasiment rien fait en deux semaines. Dave était enfermé dans sa chambre, Martin et Fletch lisaient le Sun, l’ingénieur du son était endormi les pieds sur la table, Flood était allongé par terre à bricoler du matériel et Alan était dans une autre pièce seul à s’entraîner à la batterie. C’était une ambiance très mauvaise et c’était le début de l’album – cela aurait dû être un moment très excitant.

Au début, ils n’arrivaient pas à trouver de son pour l’album, contrairement à Violator où il était là dès les démos. C’était ma responsabilité de les aider à traverser cela alors j’essayais de voir le positif. Je dois donner à Flood beaucoup d’honneur en tant que producteur parce qu’à la fin, il a eu un dur moment avec eux. Les sessions de Madrid ne se sont pas bien passées mais une fois qu’ils sont allés à Hambourg, les choses ont commencé à s’améliorer et l’album a petit à petit pris forme.

Martin et Alan étaient branchés par l’idée d’un son blues électronique qui avait commencé avec Personal Jesus sur Violator et était une manière pour Dave d’apporter son côté rock. Condemnation est toujours l’une de ses meilleures prestations vocales.

Le mixage était difficile parce que, comme d’habitude, la session était extrêmement en retard. Le groupe était exténué et faisait face à la perspective d’aller en tournée immédiatement après avoir fini l’album sans pause. Mark ‘Spike’ Stent, qui l’a mixé, était un vieux pote et est désormais devenu l’un des meilleurs mixeurs du monde – travaillant avec Oasis, U2 et Madonna. Cependant, même à la fin, les membres du groupe se battaient sur la manière dont le mix sonnait. C’était une album génial mais à la fin, je crois que certaines chansons n’ont jamais atteint leur potentiel complet.

Songs Of Faith And Devotion a bien marché même si j’ai toujours pensé que nos chances commerciales de suivre Violator étaient assez minces parce que Depeche Mode n’écrivait pas de singles pop évidents à ce moment. Il s’est très bien vendu, a été au sommet des charts britanniques et est devenu leur deuxième album en matière de ventes à l’époque mais il n’a pas atteint les hauteurs de Violator.

La tournée mondiale Devotional qui a suivi en 1993 était la plus grande du groupe en date et les concerts étaient fantastiques mais je trouvais que tout ce qui les entourait était déprimant et inquiètant. Tout le monde était auto-destructeur et ils ont même eu besoin d’un psychiatre de tournée. Dave l’a plus tard décrit comme emmener un asile de fous sur la route et Alan Wilder a quitté le groupe peu après la tournée.

Faire Songs Of Faith And Devotion a été une expérience traumatisante pour tout le monde et je peux toujours l’entendre sur l’album – mais je ne sais pas si quelqu’un d’autre le peut. Chaque son sur ces chansons était un débat – certains amicaux, d’autres argumentatifs – et je suppose que cela vaut pour chaque disque de Depeche Mode. Mais c’était particulièrement difficile et je ne pense pas qu’aucun de nous veule repasser par là.

Daniel Miller

Traduction – 16 mars 2008