Le Mode(le) de cette année

Depeche Mode fuit l’esclavage de Basildon pour lancer la Pop Électronique. Par Betty Page

Dissipez de vos esprits la notion insoutenable que les Futuristes sont soit des garçons à Maman ennuyés qui bricolent des gadgets onéreux ou des marchants avant-gardistes désespérèment sincères qui essayent de prêcher l’évangile selon Kafka : la réapparition actuelle, ou (en fait) l’émergence de groupes à fondement électronique se trouve à un niveau de base – de plus en plus de jeunes hommes (et femmes) aux visages d’enfant se mettent aux synthétiseurs et aux boîtes à rythmes pour s’amuser au lieu de guitares pour créer des chansons instantanées au rabais.

Comme le grand Gal Numan lui-même a dit : “On peut utiliser qu’un seul doigt et pourtant produire les sons les plus étonnants !” Quel sage. Après tout, les dépenses capitales d’un ou peut-être deux synthés plus une boîte à rythmes a plutôt bonne comparaison avec le prix de quatre ou cinq musiciens louches quand on peut s’en sortir pour moins cher avec du matériel fiable. On sait que cela a son importance pour bien commencer dans la vie musicale !

Certains garçons futuristes préférent les murs de bruit, d’autres préfèrent l’expérimentation. Certains aiment la pop électronique et d’autres l’électro-disco.

Les très jeunes, tendres et frais tel un ruisseau montagnard de Depeche Mode préfèrent notre troisième catégorie.

Natifs de Basildon, Vince Clarke (synthé), Martin Gore (autre synthé), Andy Fletcher (encore un autre synthé, basse) et David Gahan (chant et percussion électronique) jouaient de la guitare avant mais s’en sont progressivement débarrassés en faveur de jouets plus modernes.

Il y a six mois, ils se sont aventurés au Glamour Club du Croc’s à Rayleigh pour se retrouver résidents de l’Electronic Saturday Night, suivi par de brèves prestations dans le plus puissant des bastions Oi, le Bridgehouse.

C’était dans ce décor sombre et peu romantique que leur montée à la conte de fées a commencé, que le Svengali des synthés Daniel (The Normal) Miller a remarqué les Modes, a instantanément profondément aimé leur style d’électropop mélodique et a décidé de les emmener illico faire un single sur Mute Record, dont le résultat est Dreaming Of Me / Ice Machine, qui sortira le 20 février.

Juste le bon moment, je pense, pour attaquer nos sensibles oreilles avec leur style de douce et simple pop synthétique poids plume aux rythmes précis, qui, avec une veine de pendu, lancera une campagne de front sur les légions suffisantes des mômes Orchestral Manoeuvres qui savent reconnaître une bonne accroche quand ils en entendent une.

Mais avant cet effort en solo vient leur contribution à la compilation inspirée par Stevo et attendue de longue date de groupes “futuristes”, le Some Bizzare Album, qui sort à la fin du mois, plus des apparitions sur la tournée accompagnante de Bizzare Evenings. Ils sont occupés et vrombissants ces garçons.

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Les membres de Depeche Mode sont si fragiles et nouveaux que c’était leur première mise sous pression, qui s’est résultée en sorte d’impasse. Ces paroles qui ont été communiquées étaient quelques observations toutes innocentes sur leur état encore embryonnaire. Sans vouloir paraître condescendante – la vérité sort de la bouche des enfants. Mais c’est génial : quatre jeunes hommes qui font de la simple musique commerciale, sur laquelle ils n’ont absolument aucune prétention. rafraîchissant comme un verre d’Andrews.

Perchés nerveusement autour d’une table d’une crêperie, ils ont poliment répondu le rouge aux joues à mes questions entreprenantes. J’ai osé, bêtement, dire qu’une juste description de leur musique impliquerait les comparer à Orch Man, mais avec bien plus de mélodie.

David, le Mode le plus branché et le mieux coiffé, a nié toute liaison : “On a un son mélodique et électronique. On n’aimerait pas être rangés dans la même catégorie qu’eux ou tout simplement être associés à eux”.

Ce pourrait avoir quelque chose à voir avec le fait que OMD a démarré comme un groupe de Liverpool branché à vous rendre malade avec des lumières tels que les Bunnymen et n’a atteint son potentiel “tubesque” que plus tard.

DP estiment être assez conscients de leur viabilité commerciale instantanée et seraient extrêmement heureux de se voir dans les charts et sur TOTP demain. “Oui, merci !” couinent-ils en chœur.

À cause de cette préconisation effrontée de tubes, ils ont également refuté toute association avec la scène futuriste engendrée par Sounds.

David : “Je n’aime pas du tout cette scène. Tous les groupes impliqués dedans sont groupés en un gang et ils ne s’en échapperont jamais. Soft Cell sont à peu près les seuls avec une bonne chance. Je n’aime pas râler, mais Naked Lunch tournent depuis des années… On écrit de la pop, de la pop électronique, alors on ne pourrait pas être étiquettés en apparaissant sur cet album. Une fois que les gens entendront le single, ils changeront d’avis !”

Et cela, public, c’est ce qu’on espère ce que vous penserez aussi. C’est le bon endroit, le bon moment pour du sang neuf dans les charts, perspective qui semblait invraisemblable il y a quelques mois, mais des pionniers comme les Sparks ont facilité le travail pour les groupes montants. La musique électronique populaire jusqu’ici n’a pas utilisé les synthétiseurs de manière trop intelligente (grâce à Numan) ou joyeuse ; DP ne déprime pas, ils élèvent l’âme – quelque chose que vous au Nord de Watford serez capable de goûter au début du mois prochain.

Guettez leurs quatre concerts dans les clubs les plus stylisés de Leeds, Preston, Liverpool et Manchester. Mais ne pensez pas qu’uniquement parce que vous n’arborez pas une belle mèche ni de fringues saisissantes en technicolour que vous vous sentirez tel un chat parmi des pigeons à un concert de DP ; ils attirent des personnages de type Blitz mais ne souhaitent pas écarter des gens et accueillent tous les amateurs de concerts pacifiques.

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Les Modes généralement s’entendent sur le fait qu’ils ont une aussi bonne opportunité d’atteindre leurs buts sur Mute Records que sur un gros label de conglomérat que vous pourriez mentionner.

Vince : “On a une meilleure chance sur Mute. Daniel a été bon envers nous et on aime la manière dont il fonctionne. On a écouté d’autres boîtes, en regardant ce qu’elles avaient à offrir mais on a décidé de rester avec lui. Il a eu un grand succès avec les Silicon Teens, et on a ce même genre de sentiment léger envers nous. Daniel a un bon flair pour des trucs comme ça. C’est un homme sous-estimé”.

“Filming and screening / I picture the scene / Filming and dreaming / Dreaming of me” (“Je filme et je projete / Je me représente la scène / Je filme et je rêve / Je rêve de moi” – Dreaming Of Me). Flirt avec le romantisme, de se voir sur le grand écran. Ce pourrait arriver pour DP plus tôt qu’ils ne le pensent, le temps de la diversification est mûr après le plateau de Numan et avec des groupes comme Visage et Ultravox qui entrent à flots dans le Top 30. C’est les premiers pas de Depeche aujourd’hui, mais ils pourraient rencontrer des critiques en utilisant des boîtes à rythmes au lieu d’un vrai batteur.

David n’est pas d’accord : “Je ne pense pas que ça arrivera aujourd’hui. Les bandes qu’on a aujourd’hui sonnent comme une vraie batterie de toute façon. Je sais qu’Orchestral Manoeuvres on été rabaissés pour avoir utiliser une boîte à rythmes mais le pire qu’ils aient fait, c’était de prendre un batteur. C’était vraiment mauvais après ça. On n’en a pas besoin de toute façon – c’est juste une autre personne à payer !”

Cela semble être un sens éminent des affaires pour moi. La version live de Depeche Mode devrait s’avérer intéressante, à cause du revers total des pratiques scéniques normales : un chanteur plus trois autres qui jouent tous des synthétiseurs.

Le groupe peut rester statique, mais ils croient au divertissement et à l’encouragement de la danse. Le tournoiement s’arrête à la pop, cependant, comme DP ne pensent certainement pas à passer au funk (le prochain phénomène !). Vince déclare qu’ils ne le comprennent tout simplement pas !

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À part la grande tournée Stevo, Depeche Mode fonce dans des domaines où la mode a sa place quand ils prennent possession de la scène du Rainbow le 14 février pour le People’s Palace St Valentine’s Ball de Steve Strange et Rusty Egan (oh!), avec leur nouvelle troupe de danse burlesque préférée, Shock, et les jusqu’ici peu branchés Metro.

Pour un futur qui est certain d’être excitant, stylé, amusant et en constant changement, Depeche Mode a sa place dans l’ordre des choses ; les charts pourraient bien s’avérer être leur cocon. N’est-ce pas une honte pour un groupe qui n’est pas étranger aux charmes du dictaphone, de se la fermer quand il est face à un scénario différent. Peut-être qu’une fois qu’ils verront le monde en dehors de Basildon, ils donneront leurs secrets de fabrication.

Jusqu’alors, Depeche Mode se contente de demeurer une sorte d’énigme…

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Q : ne sommes-nous pas des hommes ? R : Nous sommes Stevo

DIVERS ARTISTES
Some Bizzare Album
(Some Bizzare Records SBLP1)
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Le futurisme : c’est votre vie. La preuve sur vinyle : est-ce que le futurisme a un avenir ? Est-ce que les masses vont se mettre aux rythmes électroniques ? Est-ce que Stevo a tiré le bon numéro ? Ahh, Stevo, quel nom prestigieux…

Dans les premiers mois sombres et distants de 1980, un personnage solitaire est entré dans le scénario de Sounds. Le soi-disant électro-entrepreneur Stevo, avec sa moitié de frange pendante, a offert aux charts quelque chose qu’on n’avait encore jamais vue. Pleins de groupes qui n’entraient pas dans le moule alternatif, qui n’étaient pas assez classes pour être sur Rough Trade, et qui préféraient en majorité l’utilisation de musique synthétisée.

Après bien des fronts ridés dans le bureau de la rédaction, une voix est sortie de nulle part, en proclamant : “Nommons des charts futuristes !” Et ainsi, un nouveau culte était né. Au début, la scène électro embryonaire n’était pas prise au pied de la lettre, mais, semaine après semaine, elle a gagné en crédibilité et d’autres journaux soi-disant musicaux se sont mis à en discuter comme si c’était eux qui l’avait créée. Le jeune Stevo a décidé que la chose à faire était de rassembler ces groupes sur un album, tâche qui lui a pris six mois à réaliser, avec l’aide de Dead Good Records et finalement un contrat de distribution avec Phonogram, qui considère évidemment que c’est futurisme pour de bon.

Facétieusement surnommé “Modernisme pour les Mômans” par l’équipe, c’est en fait mieux étudié que le légendaire “Métal” et plus important que les “péquenauds de la cambrousse” parce qu’il résume le dernier cri. C’est également la première fois qu’un groupe de nouveaux groupes similaires se retrouvent sur un même disque.

Ce que nous trouvons ici, c’est de la dance électronique / de la musique expérimentale électronique opposée aux Visage et autres Ultravox sophistiqués plus orientés discothèques. Tout d’abord : un aperçu des vraies marchandises en or 20 carat…

Illustration, originaires de Manchester, offre une bonne ouverture avec Tidal Flow, rythme triste et impitoyable, qui se concentre sur des lignes de basse languissantes qui résonnent et des synthés distants et langoureux recouverts d’une voix plaintive. Magazine avec une pointe de U2. C’est obsédant/intimidant.

Depeche Mode partent exacterment dans la direction opposée avec Photographic et sont le seul groupe présent ici qui font rimer leurs synthés avec beauté, énergie dynamique et harmonie. Malgré leurs protestations (voir le fantastique article ci-dessus), c’est définitivement comme OMITD avec son refrain “Bright light / Dark room” à la “Red frame / White light”. Une bonne chanson à reprendre en chœur, cependant, comme l’est Moles de B-Movie, qui est bien plus rock’n’roll que le reste – rythme vivant qui déménage avec la performance frénétique aux claviers de Ricky Holliday. Aimez l’accroche “Moles in holes / Underground / They can’t be found” ironique.

Soft Cell devient assez charmant. The Girl With The Patent Leather Face a été enregistré il y a un moment sur un petit deux pistes et ainsi est à la base assez perçant mais le style Phil Oakey des prouesses vocales de crooner de Marc Almond (également crédité pour l’énergétique !) monte très haut avec des paroles fétichistes extraordinairement visuelles qui seraient géniales en vidéo :  “La fille au visage de cuir verni / Est une psychopathe / Une cible pour les farfelus et les sadiques / Une rejetée de la race humaine / La fille au visage de cuir verni / Traîne dans les bars mutants / Elle trafique la machinerie / De façon à ce que d’autres beautés aient un accident de voiture”. Pervers !

Des morceaux pas-si-surprennants-que-cela, Neu Electrikk tourne au funky avec Lust Of Berlin lourd sur la section rythmique et une guitare jazzy sommaire mais qui perd un peu avec la voix inspirée un peu trop clairement par Ziggy de Dee Sebastian. Naked Lunch n’a pas besoin de se confondre en excuses pour La Femme, même si c’est très Being Boiled par endroits. Chanson rythmée et amusante, un peu longue avec un certain charme.

Blancmange prend Eno et/ou Vinni Reilly à leur propre jeu sur Sad Day et finit avec une instrumentale qui ferait un excellent thème télévisé ou interlude cinématographique. Une petite guitare mélancolique passe en coup de vent sur un fond synthé/batterie simple mais efficace. Hank Marvin après un deuil.

Jell comprend le légendaire Eric Random qui joue de la basse et de la batterie comme un forcené sur I Dare Say It Will Hurt A Little et Lynn Seed qui chante avec une voix virginale et distante. Un peu de guitares acides et décousues et de la clarinette / mélodica cependant. The Fast Set apparaît brièvement avec la vieille chanson de T-Rex King Of The Rumbling Spires pour les années 1980 et The Loved One sont d’un mélodrame quasi-amusant sur Observations, la voix apparemment pinçée de Dryden Hawkins crédité avec prétention pour “Unites d’induction sonore/Acoustique/Indication de mesure”. On doit s’amuser à danser dessus avec des appareils orthopédiques.

Passons maintenant au département “confection fantaisiste”. The The peuvent paraître maussades et lugubres à la première écoute de la ligne de basse rampante mais les jeux de mots en sont les clous : “All this and more / All this and the Moors Murders… I scream in the sun / Ice scream in the Sunday Papers”. Je donne à Blah Blah Blah l’honneur de fermer la marche. Leur philosophie de base du blablatisme (écrit ou parlé hyperbolique et vide) peut être observé en action durant l’absurde et étrange Central Park influencé par les Residents, récit relatant le conte d’un homme qui se promène dans le dit parc et qui voit un homme à cheval avec une aura. Personne d’autre ne le voit. Une basse bizarre et un synthé joueur continuent jusqu’à ce que Blah Ian décide : “Peut-être que j’ai eu une migraine ou quelque chose dans le genre”. De la pure stupidité.

La clé de toute cela, peut-être, c’est que personne ne se prend trop au sérieux. Comme Tony de Naked Lunch le dit : “Il y a des moments où je pense les gens ont oublié comment on sourit, rit et s’amuse sans violence”. Je doute que ces groupes veulent autre chose que divertir, même si certains indiquent des prétentions vers du “plaisir” subliminal. Personne ne va loin sans sens de l’humour.

Très bientôt, vous pourriez suivre l’exemple des Some Bizzarers : le synthétiseur à 40£ va bientôt arriver ! En attendant, contentez-vous de cet album, qui semble avoir l’équilibre entre l’amusement, la danse et le sérieux. Un petit pas pour Stevo, un grand pas pour le futurisme (!).

Betty Page

Traduction – 29 octobre 2006 – selon le scan et la transcription de SacredDM.net