Depeche Mode.

Et il y avait Depeche Mode, des garçons de Basildon aux visages pâles nés dans les années 1960, amoureux de la pop, meurtis par l’effronté Bowie, connectés en rêves, par envie et par des câbles à Ultravox, Kraftwerk, Eno et Moroder, qui se sont formés parfaitement, au bon moment, encore bleus, les yeux maquillés et de la mode dans les cheveux, en 1980.

C’était quand 1980 ressemblait à l’avenir et quand les guitares ressemblaient au passé.

Le glam, le disco et le punk des années 1970 corrompantes et enivrantes avaient besoin d’une direction, et de bien meilleures machines pour enregistrer, simuler et manipuler le son ont été inventées, parfait pour ces auditeurs et fanatiques qui voyaient la pop comme quelque chose de délicieusement étrange et inquiètant et qui devait constamment avancer et changer d’avis. Ces garçons de Basildon gauches et idéalistes, qui entre eux et avec d’autres avaient formé à la fin des années 1970 des groupes qui étaient en quelque sorte post-punk, presque art-pop, plus ou moins des déclarations bancales d’intention styliste, mi-Essex, mi-martien, et ont été tirés prêts à hériter, et à s’éteindre, ont inventé des notes, du son et des rythmes qui liaient leurs héros androgynes sans expression déguisés avec bien des lendemains possibles. Leurs premiers groupes portaient des noms comme No Romance In China, The Plan, The French Look et Composition Of Sound – des noms qui faisaient allusion à la fascination que ces rêveurs de ville nouvelle chics avaient pour l’image, l’étrangeté, les systèmes, le rythme, le désir, le mystère, la musique, l’art et la fuite. Les noms n’allaient pas vraiment, n’étaient pas complètement formés, pas pour ceux qui, dans le calme malin, avaient l’ambition que le nom du groupe dans lequel ils étaient sonnerait bien à côté de Sparks, Roxy Music, Devo, Cabaret Voltaire et Joy Division.

En 1980, qui n’était pas encore aussi glaçée, traitée et rapide que deviendront la décennie qui a suivi, à peu près au même moment où The Face se formait et juste avant que MTV prenne vie, les quatre play boys du coin qui se sont retrouvés dans le même club, le même lance-missiles, la même illusion, le même article de journal, se sont nommés Depeche Mode. Même si en 1980, on voyait les quatre petits garçons faire des petits clubs ou ouvrir pour Fad Gadget alignés derrière leurs machines primitives à jouer de la technopop mécanique mignonne comme un Kraftwerk à la maternelle, il y avait quelque chose dans ce nom qui vous faisait penser qu’ils préparaient quelque chose, et ce n’était pas complètement innocent. Ils guinchaient comme des Monkees à pile dans un dessin animé de l’an 2000, mais on sentait que dans leur discothèque entre Tangerine Dream et T.Rex, il y avait Throbbing Gristle. Entre l’amusement et les jeux, entre les filles et jouer des mécaniques, il y avait Faust.

Leur nom, apparemment, était français, avait à voir avec la vitesse, et la mode, ou l’accélération, et le style, ou l’image, et la folie, ou l’aliénation, et le code. C’était un bon nom, et ne l’a jamais cessé d’être, pour un groupe qui n’a jamais cessé d’être à moitié pragmatique, à moitié énigmatique, à moitié commercial, à moitié insondable, à moitié en pleine vue, à moitié caché, à moitié abstrait, à moitié lucide, à moitié simple, à moitié sophistiqué, à moitié composé, à moitié cinglé. Même quand ils ont été positivement transportés par une ambition toute nouvelle et une jeunesse qui les faisait avancer, il y avait un côté autre trompeur chez eux, quelque part entre le côté louche et le côté charmant, qui suggérait qu’il y avait quelque chose de puissant chez ce groupe pop. Ils voulaient faire de l’auditeur un croyant – au groupe, à ce que le groupe croyait – avec une sorte de force sombre qui pourrait faire d’une pop song catchy qui n’a l’air de rien une chanson d’une intensité quasi religieuse.

Neuf ans plus tard, en 1989, le groupe était loin de chez lui, de Southend On Sea, de l’électroppop saccadée, ayant fait passer sa bizarreté par de nombreux changements d’avis et d’apparence, ayant vu le monde, et d’autres mondes. Son 23ème single était une chanson qui était plus ou moins un appel religieux à propos de plus ou moins Elvis qui plus ou moins sonnait comme si le groupe qui l’avait produit venait du fin fond d’une Amérique mythique abandonnée plutôt à toute allure sur une sinistre route gothique en inventant un genre ou un autre qu’on pourrait appaeler synth’n’blues, pop béatique ou country et techno. C’était une chanson qui parlait en gros d’une sorte d’Elvis divin et damné, ou du fantôme de Dieu, ou de la fin de la ligne, ou de l’amour suprême, qu’on voudrait en fait que ce soit Elvis qui la chante, qui la livre. Johny Cash était assez près, étant donné les circonstances phénoménales. Peut-être que la chanson parlait d’un rêve qu’a eu une fois William Burroughs où il buvait de l’absinthe aux pays des morts avec Jean-Baptiste et Edgar Allan Poe. Dave Gahan, le chanteur tendre adolescent que Depeche Mode avait choisi parce qu’ils l’avaient entendu chanter le Heroes de Bowie dans un pub local comme s’il savait de quoi parlait la chanson, chantait Jésus comme s’il était perdu dans le désert de sa propre conscience. Sa bouche était sèche mais son esprit était en feu. Le désespoir calme le possèdait. Son heure était passée et c’était juste un chanteur, une sorte de superviseur d’émotion qui travaillait durement et vivait à la dure, mais il était bien plus dur qu’il n’avait été aux débuts des années 1980. Il était bien plus vivant et bien plus proche de la mort. À quoi marchait-il alors ? Il était sur un voyage qui font passer les popstars pour Jésus.

Martin Gore avait écrit des paroles pénétrantes à la Bob Dylan dans le style désinvolte et insouciant de Marc Bolan, chanson gospel de clochard satinée de chaleur industrielle, rêve musical sur la foi et la miséricorde. Tout groupe qui peut commencer son best of par une telle chanson, chanson qui grouille d’histoire musicale, personnelle et mythique, doit être l’un de ces grands groupes.

Pouvait-on deviner en écoutant leur troisième single, en 1981, Just Can’t Get Enough, quand c’était des jeunes garçons électro rebondissants aux côtés de Human League, OMD et Soft Cell, qu’ils seraient un jour responsables d’une chanson qui présentait une guitare tellement réelle, même si c’était une reproduction sournoise et vague d’une vraie guitare, et qui apparaîtra si joliment sur la longue et brave marche vers la mort de Johnny Cash ? Une chanson qui semblait être faite de bois, de terreur et d’âme autant que de métal, de code et de glam ? Just Can’t Get Enough rebondissait de joie puérile excitée pleine d’espoir, c’était une belle chanson d’amour brillante, mais il y avait dedans quelque chose de terrifiant qui s’agitait, et finalement Depeche Mode a révélé la mélancolie cachée en plein rêve sombre profond. Certains ne peuvent sortir Just Can’t Get Enough de leur tête quand ils considèrent la réputation de Depeche, comme si c’était leur chanson clé, leur moment, leur unique son. En fait, c’est le son branché de leur début, un premier moment, un calcul initial, une éjaculation puérile, le début d’une aventure dans le plaisir et la douleur, l’image et le rythme, et une fois qu’ils ont eu contribué à inventer l’électropop qui rejetait la guitare et qui aimait l’avenir, mélangeant un rythme disco strict avec une précision électrique hyperalerte et l’esprit acidulé brillant, ils n’ont pas arrêté d’avancer. Ils n’ont pas arrêté de battre l’air. Ils n’ont pas arrêté d’explorer. S’ils avaient simplement répété énergiquement l’idée, le rythme et le sujet de leur troisième single, aussi contagieux et charmant qu’il l’était, ils ne seraient pas l’un des grands groupes de tous les temps. Ils seraient juste une phase poppy qui passe, un bel exemple à jeter d’un genre qui s’était éteint au milieu des années 1980. Item confortable de nostalgie. Temporairement d’actualité. C’était, cependant, un groupe pop qui développait ses idées, l’étendue de son répertoire, tel un groupe rock sérieux, tel un collectif expérimental. C’était un groupe à singles qui s’intéressait à la forme et au contenu, l’ambition, de ses albums, et cet esprit chercheur sont passés dans ses singles.

Au moment de leur huitième single, Everything Counts, en 1983, les quatre étaient légèrement différents des quatre qui avaient commencé, parce que le membre fondateur Vince Clarke avait déménagé à l’autre bout de la ville, et Alan Wilder les avait rejoint. Ils étaient encore un quatuor classique de pop, mais tandis que Vince était théâtralement, traditionnellement pop, Martin, aidé et encouragé par Alan, était bizarrement, presque violemment pop. Everything Counts était une chanson sinistre sur la cupidité, la guerre, la rivalité, la peur, il n’y avait pas beaucoup de romance dans l’air, et d’autant que Depeche Mode testait déjà combien on pouvait pousser sur le plan sonore une chanson spop tout en restant dans les charts, ils testaient également jusqu’à où conceptuellement on pouvait aller avant de disparaître dans l’obscurité. Combien pouvait-on s’assombrir ? Être original ? Tordu ? Étant un groupe Mute – n’oublions pas qu’ils étaient un groupe pop sur un label indépendant radical qui croyait qu’il y avait un but social, artistique et politique défini dans la musique – leur attitude était de faire du divertissement qui pourrait s’entremêler dans notre esprit et atteindre en profondeur votre âme. Ils l’ont fait en plaçant des mots à côté d’autres mots et des sons au sein d’autres sons d’une manière dont personne n’avait pensé. Ils sont restés dans les charts.

Au moment de leur 24ème single, en 1990, Enjoy The Silence, qui grouillait de courtoisie curieuse, Depeche Mode avait inventé des genres, influencé des innovateurs, conquis l’Amérique, glissé derrière l’écran pervers cool et enjoué d’Anton Corbijn, et sauvagement et chirurgicalement remixé sa musique dans toutes les grandes villes du monde. Ils écrivaient des chansons incroyablement évocatives qui pouvaient communiquer, électroniquement et naturellement, des sentiments complexes sur la vie et la solitude avec un grâce et une précision extraordinaires. Aucune ligne n’est plus longue que quatre mots. Le rythme coule dans la mélodie qui coule dans l’atmosphère qui coule dans la forme qui coule dans le silence qui coule dans le rythme. La violence coule dans le silence qui coule dans la violence. Ils rendent tout tout simple. Silence était le sixième morceau de leur septième album, Violator, qui incluait aussi Personal Jesus et est sans surprise un principal candidat pour le meilleur album de Depeche Mode. Dans le clip réalisé par Anton Corbijn, Dave, au loin, calme et malin en robe de cérémonie et couronne, en roi auto-proclamé de tout ce qu’il passait en revue, traversait le monde à pieds, d’un bout à l’autre des années 1980, vers l’avenir, vers l’imagination, vers la chanson elle-même et dans l’histoire de Depeche Mode, qui était loin d’être finie. Désormais, la tâche était de ne pas plonger dans l’autoparodie, de maintenir la vitesse, de résister aux grandes tentations qui étaient en fait de la taille de Presley même s’ils étaient autrefois petits et vivaient à côté de nulle part, éviter d’être poussés dans le passé par de nouvelles tendances et de nouveaux sons, de résister à bouder qu’ils étaient pris tellement au sérieux.

Au moment de leur 13ème single, en 1985, Shake The Disease, chanson qui exprimait bien l’incapacité à s’exprimer, ils étaient quelque part entre les brillants pionniers électropop qui trouvaient plaisir à durcir le rythme de leur musique avant-garde, et le groupe qui était en bonne voie de s’établir comme le maillon manquant entre le groupe non pop magnifiquement décédé Throbbing Gristle et (les singles pop de) la ouvertement tremblante Britney Spears. Ils étaient aussi, étant donné que Martin Gore était au fond un chanteur-compositeur réfléchi et observateur, le maillon manquant entre le blues anglais spirituel et John Martyn et l’hédonisme américain bouleversé de Nine Inch Nails. Leur 13ème single commençait par le narrateur qui annonçait clairement qu’il n’allait pas s’agenouiller. Les genoux, s’y mettre ou pas, est une image aimée de Gore, une que Dave Gahan a toujours été très heureux, d’une noble manière triste, de chanter, de livrer. Il y avait également dans cette chanson la supplication, la torture, l’éternité et un sentiment, qui venait de leur adolescence, pour rentrer dans l’âge adulte, que la chose la plus importante dans la vie est d’être compris, même si vous êtes vraiment un salaud délibérément mystérieux. La musique de Depeche Mode a toujours été la bande son parfaite du sentiment que personne ne vous comprenait, et ainsi en 1985, c’était le groupe/la marque principal(e) dans le monde des jeunes confus et profondément pensifs qui voulaient que sa musique leur donne un coup de main pour la tenir et possiblement, embrasser.

Au moment de leur 4ème single, See You, en 1982, le premier écrit par Martin Gore, leurs chansons d’amour parlaient déjà de l’amour comme quelque chose qui ne menait qu’à l’échec, qu’au regret, qu’à une sorte de mort, sinon la mort elle-même, sentiment que Gahan était heureux, d’une manière solenelle et contemplative de chanter. Au moment de leur 32ème single, en 1997, It’s No Good, Depeche Mode était un groupe qui avait sorti 31 singles et qui était sur le point de sortir leur neuvième album, celui-là sans Alan Wilder, qui avait déménagé de l’autre côté de la vallée, et pour certains à un certain degré, tout semblait fini pour le groupe. Plus d’inspiration. Le premier espoir, aussi ouvert de manière sensationnelle par leur troisième single, s’était sûrement asséché. Martin Gore, cependant, souvent à son plus Gore quand les choses semblent désespérées et que la résignation semble la seule voie, regardait toujours les étoiles et négociait avec les Dieux et l’humain parfois difficile. Il ne tentait pas le sort et sa patience était infinie. Dave avait failli mourir de bien des manières, failli mourir dans la peau tatouée d’un vieil outsider zélé, est pratiquement devenu le bébé popstar qui s’était fait sauter parce qu’il avait grandi sous les feux de la rampe, voire juste à côté, est rempli d’horreur. Il a chanté la chanson comme si elle parlait de se trouver dans un tunnel et qu’au bout on peut voir une lumière blanche, comme si la chanson ne parlait pas d’une fille pour laquelle on a tout le temps du monde, mais de la vie elle-même, qu’on doit croire ou laisser tomber. Il a chanté la chanson comme s’il pouvait encore entendre le terrifiant rire clquant des anges. Il est encore entré dans les charts. Andy Fletcher a noté cela dans son carnet de notes sur le progrès du groupe, qui était désormais une sorte de Bible.

Au moment de leur 18ème single, Strangelove, en 1987, Depeche Mode avait découvert comment écrire une voluptueuse chanson sur la douleur qui était dédiée au plaisir. Dave a toujours été heureux, d’une manière déchirée et rouée de coups, de livrer les messages de Martin sur être puni, parla vie, lui-même et les autres. Gore préfère la douleur et les problèmes à l’indifférence. Dave est tout simplement heureux, d’une vive manière dénigrée, de chanter encore. Au moment de leur 43ème single, Suffer Well, en 2006, le premier à être écrit par Dave Gahan, Depeche Mode était quelque part entre être les Rolling Stones certainement tabassés de sa génération, légendes de son propre monde commercial, et les immortels divertisseurs futuristes qui n’ont jamais compromis leur pure dévotion de chanter une pop introspective assagie construite pour entrer avec fracas dans votre psyché.

Au moment de leur 36ème single, Dream On, en 2001, Gore avait écrit encore une autre grande pop song retentissante sur le cauchemar de la sensation donnée par un univers froid et impitoyable dont le deuxième prénom était douleur. Ou peut-être que Martin transmettait une requête à Dave, où à lui-même, de faire attention à l’auto-médication, aux soirées tardives, au long voyage exténuant vers le dégoût de soi. Andy, stable porteur de drapeau, était toujours tout près, à aider, à essuyer le sang, si besoin était. Au moment de leur 10ème single, People Are People, en 1984, Depeche Mode était automatiquement classé sous pop synthétique, comme si cela signifiait quelque chose, comme s’ils étaient faits de plastique ou autre chose, mais écrivait des chansons qui éclataient de panache statique qui remettaient avec colère en question la haine que les gens ressentent pour chacun. Au moment de leur 45ème single, Martyr, en 2006, Depeche Mode avait maintenu sa part du marché si immanquablement pendant si loin qu’un morceau qu’ils avaient écrit après plus d’un quart de siècle de vie, et de combat, soit assez bon pour paraître sur leur Best Of.

Au moment de leur 28ème single, Walking In My Shoes, en 1993, on pouvait compter sur un Depeche Mode agité et combattant pour écrire une chanson perspicace et matérialiste sur l’ennui qui deviendra la chanson rock américaine numéro un. Au moment de leur 27ème single, I Feel You, en 1993, Martin était amoureux. Dave a chanté les paroles comme s’il était aussi amoureux, ou du moins avait entendu d’étonnantes rumeurs sur cet état. La chanson se souvenait fidèlement d’un grand été sensuel et d’une ironie pompée juste au cas où quelqu’un aurait oublié le rôle de Depeche Mode depuis des années à installer et réinstaller les tendances.

Au moment de leur 41ème single, Precious, en 2005, Martin confessait quelque chose de spécifique et privé sur ne plus aimer, et bien que parfois il n’est jamais très clair à qui ses paroles sont destinées – pour que Dave les chante, pour qu’Andy les vérifie, pour que lui-même résolve sa propre énigme, pour un public, des étrangers, un proche, Dieu, personne en particulier – cette chanson était pour ses enfants. Désormais, pour les trois qui avaient survécu aux vingt-cinq ans durant lesquels ils ont été ensemble tandis que la mode, la vie, la musique, la technologie et le temps bouillonnaient autour d’eux, Depeche Mode n’était pas quelque chose qu’ils faisaient dans la vie. Le groupe était ler vie. C’était là où ils vivaient. C’était la ville qu’ils emportaient avec eux quand ils voulaient.

Au moment de leur 11ème single, le passionnant et tatonnant Master And Servant, en 1984, Depeche Mode annonçait que la plupart de leurs chansons – même celles sur le déplacement, les sentiments de terreur, de couloirs sans fin, de nager dans l’air, d’hostilité, d’amour hystérique, de rejet terrible, de se regarder dans le miroir, de fruit interdit, de vanité diabolique, de fleurs spectrales, de la furieuse beauté du monde, de la compréhension capricieux, du traitement de l’information, de la victimisation, de l’éternelle vigilance, de la culpabilité, du pêché et de l’envie, du monde qui s’écrasait dans vos oreilles – parlaient vraiment de sexe et d’initation sexuelle. Au moment de leur deuxième single, New Life, Depeche Mode croyait à l’avenir, et à leur avenir, et à l’étrange manière magique par laquelle une pop song pouvait vous aider, interprète ou auditeur, à surpasser la timidité, à attaquer l’ennui et à trouver l’avenir, même pour un instant.

Au moment de leur 19ème single, Never Let Me Down Again, en 1987, Depeche Mode rapportait de l’intérieur le fantasme palpitant d’être un groupe pop à succès. Ils avaient écrit le morceau qui vingt ans plus tard serait le morceau final de leur Best Of, album qui démontrait qu’ils avaient été dans des endroits, vu des choses et trouvé l’avenir. Il y aurait toujours des endroits où aller et des choses à voir. Il y avait toujours l’avenir. Il était temps pour un petit espoir, un petit optimisme, une suggestion indirecte de loyauté. Les quatre amis expliquaient, du mieux qu’ils pouvaient, avec seulement une pointe de doute désolé et de soupçon, combien c’était génial d’être où ils étaient, fous, perdus dans la musique, à l’intérieur de cette histoire qui était la leur, ce qui leur venait tout le temps à l’esprit, ce qui menait le temps encore et encore au chaos et à la gloire. Ils étaient ensemble dans leur propre espace temporal spécial.

Dave, pendant ce temps, au nom royal et métaphorique du groupe, qui trouvait à s’occuper et invisible alors que Anton braquait son œil étonnant sur les choses, continuait à marcher. Il a travesé les montagnes, a évité les cités perdues, par-dessus les champs du temps, marchant sur un rythme qui le portait vers l’océan. Comme la plage était déserte ! Il avançait dans l’océan et continuait à marcher.

Paul Morley, chez lui, 12.08.06

Traduction – 7 avril 2007