Ultra était un album que Depeche Mode a enregistré alors que tout était contre eux. Tout le monde était très exténué par Songs Of Faith And Deovtion. Je sais qu’il y avait une sensation générale que c’était la fin du groupe, avec tous leurs problèmes et l’overdose quasi-fatale de Dave. Mais je n’ai jamais pensé que c’était vrai.

Ultra était un pas très hésitant. Nous avons tous décidé que Depeche Mode n’allait pas en studio faire un album, ce n’était pas l’intérêt. Le projet était juste de faire quelques chansons et de voir comment cela se passait. Je ne pense pas que quelqu’un voulait la pression de l’enregistrement d’un album et de la tournée qui l’accompagnerait. Dave était fragile, mais tout le monde était mort. La pression était devenue une massive force négative pour le groupe. Alors le but était d’enregistrer des chanson et de voir ce qui se passait.

Aussi, Alan Wilder est parti après Songs Of Faith And Devotion. Naturellement, il avait grandement contribué aux albums précédents, il avait beaucoup travaillé en studio, et il n’était pas là pour Ultra. Il s’est beaucoup investi dans ces disques et pensait peut-être qu’il n’avait pas été apprécié par les autres membres du groupe autant qu’il méritait. Je ne penase pas que quelqu’un ait été surpris quand il est parti. Mais quand c’est arrivé, Depeche Mode est devenu très différent à nouveau. De la même manière dont Vince Clarke avait mis sa signature sur le groupe avec Speak And Spell, Alan avait fait la même chose sur ses albums. Brusquement, nous devions retirer cela de l’équation.

Nous essayions de penser à un nouveau producteur, parce que nous avions besoin d’un nouveau départ. Avec Depeche Mode, c’est toujours difficile parce qu’on avait besoin de quelqu’un qui comprenne les chansons, mais il devait également avoir de la sympathie envers la musique électronique et son histoire. Cela a toujours été problématique, mais Tim Simenon était un pote du groupe et j’ai travaillé avec lui auparavant.

Tim était également un énorme fan de Depeche Mode, ce qui n’est pas nécessairement une bonne chose. Mais il avait produit de gros singles pop, alors il avait une bonne compréhension du tableau et ce que le groupe représentait sur le point de vue musical. Et il avait une équipe de personnes qui étaient vraiment très bonnes, alors nous avons tenté le coup avec lui. Jaki Liebezeit de Can est venu faire un peu de batterie, et Keith LeBlanc. Anton Corbijn et Tim ont aussi joué avec eux sur Top Of The Pops parce qu’Alan avait joué de la batterie jusqu’alors, quand ils avaient besoin d’un batteur. En gros, ils ont juste fait venir des gens pour voir ce qu’il se passait.

Les relations au sein du groupe étaient toujours aussi tendues. Martin s’était installé dans la campagne anglaise, mais Dave vivait encore à Los Angeles. La communication entre Dave et les autres était nulle. En tant que groupe, ils n’ont jamais été très bons pour rester en contact les uns avec les autres, mais la toxicomanie de Dave a agravé les choses. Dave était toujours très malade au début de Ultra. Ses premières sessions vocales ne se sont pas bien passées, et puis alors est arrivée sa grande overdose en mai 1996. C’était comme la colle qui rassemblait les deux moitiés de l’album. Dave allait de pire en pire pour aller de mieux en mieux durant cette période. Il a finalement arrêté la drogue, a quitté Los Angeles et s’est installé à New York. Le système légal américain disait en gros qu’il serait expulsé du pays à moins qu’il aille en désintox et se faisait tester pendant deux ans. À la fin, son désir de ne pas être viré des États-Unis, et sa compréhension de ce qu’il se faisait, a forcé l’issue.

Ultra a un son plus frugal, dans ses arrangements, que les albums précédents de Depeche Mode. Alan a toujours eu la main lourde sur les cordes et les chorales, mais Tim venait d’un milieu plus hip-hop et dance, alors il avait manifestement une prise différente dessus. Il a fait un bon boulot, comme il était encore très jeune à l’époque et a dû s’occuper de toutes ces crises. Je pense qu’il a fait un boulot solide en essayant de tout contenir, dans des circonstances aussi extrêmes.

Nous nous sommes battus avec les singles, honnêtement, mais il y a de très bons morceaux sur Ultra. Avec le recul, Home est l’un de leurs meilleurs morceaux de tous les temps. C’est la seule chanson ici qu’on pourrait mettre dans un Top 10 de morceaux de Depeche Mode, sans question. Les paroles sont fantastiques, ils ont construit la chanson autour des paroles, et les arrangements fonctionnent vraiment bien. Ils la jouent toujours sur scène et il est étonnant de voir comment le public répond.

Depeche Mode n’a pas tourné Ultra non plus, ce qui était une très bonne idée parce qu’ils n’auraient probablement pas survécu. Ils ont fait quelques showcases où ils ont joué quatre ou cinq chansons, et ils ont été géniaux. C’était très courageux de la part de Dave de faire cela, il sortait tout juste de désintox.

C’est pourquoi Ultra était probablement l’un de leurs disques les plus importants, à cause de la traversée de tout cela. Je pense qu’ils pensaient : si nous pouvons passer cela, nous pouvons tout passer. C’était « ça passe ou ça casse » pour Depeche Mode. Cela importait presque pas comment était l’album, il devait juste y en avoir un. On savait qu’il allait être bon, juste pas nécessairement leur meilleur. Mais on peut avance que c’est leur disque le plus important. Il les a écartés du bord de l’abysse.

Daniel Miller

Traduction – 5 avril 2008