Trois Modes dans un bateau

Paul Morley se baigne à poil avec les coqueluches électropop de Basildon

Je suis donc entouré de trois des gentils garçons de Depeche, impressionné par la variété de leurs coupes de cheveux, surpris par leur simplicité et je fais ce que n’importe quel journaliste responsable ferait. Je vais faire une partie de canot avec eux.

Basildon se situe près de Southend en Essex, à une demi-heure dans un vieux tortillon d’une gare londonienne peu connue. Depeche Mode est entre une tournée britannique qui s’est terminée à Édimbourg samedi dernier et l’enregistrement de son premier LP et ses membres attendent le NME à la gare de Basildon. Le NME a vingt minutes de retard ! “Désolé, c’est de sa faute”, je lâche avec désinvolture en montrant du doigt le photographe dégingandé. Les Modes semblent agacés, ne disent pas grand chose et tournent en rond devant l’entrée de la gare en attendant que leurs photos d’identité soient développées.

Nous marchons dans la ville nouvelle : à la différence d’une grande ville renfermée, sale et difficile, Basildon est plate, ouverte sur un ciel gris clair et remplie de briques rouges fraiches. Le ciel semble près. Je parie que l’eau du robinet est relativement potable. Nous passons devant le centre commercial rétro, probablement la star locale des cartes postales, traversons une route à quatre voies, un panneau bizarre de vitesse, vers la piscine couverte.

“Beaucoup de gens, Andrew Fletcher – rouquin aux cheveux coupés dangereusement ras – me dit, pensent que Basildon est un petit village de campagne”. Toits de chaume et pubs sans jukebox. “En fait, il y a 180 000 habitants”, Martin Gore – boucles d’or à l’abandon, tendre duvet de quelques jours sur le menton – se moque affectueusement de lui. “Oh, Andy sait tout, même le nombre d’habitants”.

“Crois moi, continue Andrew avec sérieux, elle possède une liste électorale de 107 000 personnes et ça n’inclue pas les gosses. C’est la plus grande du pays, et la prochaine fois, elle devra être séparée entre Basildon Est et Ouest”.

Cela fait longtemps que tu habites à Basildon ? Je demande au chanteur Dave Gahan – cheveux noirs bizarrement coiffés avec une frange raccourcie qui pointe vers le centre de son front. “Depuis que j’ai quatre ans”, dit-il. Depeche Mode, c’est le son de la jeunesse de Basildon formaliste qui tinte, le son géométrique alerte de la ville nouvelle, le fond musical de tout optimisme cosmétique, une représentation évocative du manque de naturel fonctionnel d’un environnement. Le soleil va bien avec Basildon, toutes les interviews de Depeche Mode devraient avoir lieu en plein air.

La piscine est située dans un petit parc soigné : à côté de la piscine se trouve un étang sur lequel on peut fair du bateau, à côté encore un green. Des ados en vacances scolaires brûlent leurs jambes au soleil et semblent heureux et hébétés dans le silence et la lenteur. Depeche et le NME s’assoient sur de l’herbe très bien tondue sous un arbre miniature. Il manque le compositeur Vince Clarke qui, selon de précédentes interviews, semble être le plus près à tenter de rationaliser la pop Mode anti-romantique et anti-intellectuelle.

“Il y avait un gars qui nous interviewait pour le Daily Star, Ricky Sky, et il cherchait désespérément un gros titre, un angle, et il nous disait : N’avez-vous rien fait de vraiment excitant ? Qu’est-ce qui s’est passé ? On a répondu : Eh bien, rien, vraiment, même si quand on a joué une fois chez Ronnie Scott, toutes les lumières se sont éteintes ! Il était excité par ça, puis il a commencé à parler de beauté et il a dit : Pensez-vous que c’est un avantage d’être beau et d’être dans un groupe ? Vince a rétorqué : Ouais, évidemment, c’est un avantage dans la vie d’être beau. Rick Sky a rédigé ce qu’avait dit Vince ainsi : LES GROUPES MOCHES NE RÉUSSISSENT JAMAIS, SI TU ES BEAU, ALORS TU ES NUMÉRO UN. Depuis lors, Vince ne s’est jamais aventuré en dehors de son appart ! Il est si vexé. Ça l’a vraiment frappé dur. Il n’est pas sorti depuis six semaines et est dans une dépression très sérieuse”.

À la gare, je pensais que les Modes allaient être maussades et silencieux : des techniciens pop simplifiant leur art calculé de manière à ce qu’il s’accorde à “l’interview”. En fait, ils aiment parler : ce qu’ils aiment parler le plus, c’est rien en particulier. Il y a un résidu de valeurs haineuses d’écolier, un penchant innocemment mutin. Ils ne sont pas pressés : ils ont une vague idée de là où ils ont été, et ne se préoccupent pas trop de là où ils vont. Pas encore ! Demain est un autre jour : hier, c’était de la rigolade. Aujourd’hui : presser le bouton, parler au journaliste, tripoter de l’herbe. Depeche Pop : pour tous les moments du monde et aucun en particulier.

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Dave : “C’est juste le son pop des années 1980, c’est comme ça que je décrirais Depeche Mode”.

Andrew : “Ouais, je ne pense pas que les tournées jouent un rôle majeur dans ce que nous faisons. Je pense que la plupart des gens qui ont acheté notre disque n’ont jamais été à un concert de leur vie et n’iront jamais en voir un. Ils préfèrent voir une photo dans un magazine… Beaucoup de femmes au foyer ont acheté le disque, je pense, des vieilles comme des jeunes”.

Dave : “Ma mère me dit toujours si une chanson qu’on a faite est mauvaise, si elle est trop clapotée, elle ne l’aime pas. Elle doit avoir un bon rythme et une bonne mélodie”.

Andrew : “Beaucoup de gens ne se rendent toujours pas compte que tout notre set, c’est de la pop. Pratiquement toutes nos chansons sont des pop songs. Je pense que les gens pensent que ce n’est pas le cas”.

Que pensent les gens d’après vous ?

Martin : “Ils pensent qu’on est une farce !”

Andrew : “Naah… beaucoup croient encore ça – synthétiseur, il doit être mal luné. Beaucoup de Numanoïdes viennent à nos concerts”.

Dave : “Il y avait ce gars qui est venu nous voir l’autre jour et il m’a dit après le concert : Je pense que c’est vraiment mauvais la manière que vous avez d’inviter tous vos amis du public à vous parler et après on est là et vous ne réagissez pas. J’ai répondu : Alors, qu’est-ce que tu veux dire ? Il a rétorqué : Je pense que c’est mauvais d’avoir, genre, tous vos amis dans la loge. J’ai dit : Bah alors, qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Dire Allez tout le public dans la loge ! Il a dit Alors t’as beaucoup d’amis ? J’ai répondu Eh bien, j’en ai quelques uns. Il a rétorqué Je n’en ai pas moi. Dommage mec ! N’était-ce pas un ami, le gars avec lui. Il a dit Ouais, c’est un ami, mais pas un ami.

“C’était vraiment bizarre ! Je n’avais pas envie de lui parler. Il pensait qu’on devrait être comme Gary Numan et avoir une attitude et une image hautaine et solitaire. Comme on joue sur des synthétiseurs et tout ça, on est sensés regarder bizarrement les gens et ne pas sourire. Le gars n’aimait pas que je sourisse aux gens !”

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La pop électerrible de Depeche Mode est un labyritnthe de réflections pailletées de vie rapide et de nouvelle vie, le sens subjectif de culture populiste, le son des flashs, caricature activante et minimaliste du repentir et de la raison, une splendeur sonore qui s’accroche. Apaisante et excitante, l’équivalent pop de la publicité télévisée. Leurs chansons sont une transformation successive d’images, parodies précises du sens de l’intéraction entre la technologie et l’homme. Ce sont des simplifications, des coupes sèches, des sculptures pop ironiques, des chaises vivantes, une boisson non-alcoolisée corsée.

Quand on leur parle – surtout sans Vince Clarke, la breloque manquante – on ne peut directement apprécier le mérite subtil de la pop Depeche, où l’intention semble exister pour rejeter la réalité comme sale et rassis, pour condamner la vie quotidienne comme indifférente et sans pitié aux besoins de la vie imaginative. Depeche Mode est une pop figurative qui est le résultat d’une collision entre la SENSIBILITÉ et l’INSENSIBILITÉ, le RESPECT et l’INDIFFÉRENCE.

Il se passe plus de choses qu’il n’en paraît : plus se passera dans le futur. La pop cultivée et d’une brillance signifiante des Modes possède une superficialité qui est contredite par une consistence intérieure qui fait allusion à l’émotion, la tragédie, l’esprit, ou peut-être une anticipation d’impatience avec le format présent. Depeche Mode se déplace entre la simplification super candide et sans valeurs de Numan et la confrontation convaincante des nouvelles possibilités de Cabaret Voltaire. Écouter la pop concentrée de Depeche Mode – “qui sonne comme un conte de fées rempli de machines silencieuses, de robots, d’impératifs de consommation et d’enfants muets amoureux du ciel” – peut mettre l’auditeur dans la meilleure humeur possible pour apprécier la journée. Aujourd’hui…

Sans Clarke, les Modes parlent comme des ados : pas de problème : Les Modes admettent sans prétentions qu’ils sont arrivés là aujourd’hui grâce à une série de coups de veine. À la différence de cousins lointains comme Cabaret Voltaire ou même The Human League, il y a peu de précieuse résolution. Ils trouvent cela difficile de construire leur nouvelle célébrité. Les ingrédients, les couleurs, les idées, les références et les styles ont généreusement été éparpillés au hasard : le motif accidentel ainsi formé est excellent, attirant et la base vive d’un design spécial. Depeche est un exemple suprême de l’animation électronique du format pop de base, et c’est le début.

Les Modes ne sont pas encore appréciés. Ils sont toujours en ajustement, ils font l’école buissonnière. Le fait qu’ils font clairement partie de l’évolution de Kraftwerk, Yellow Magic Orchestra, Cabaret Voltaire, The Human League et DAF – sur le plan musical et conceptuel – dont l’observation et l’explication de l’ENVIRONNEMENT est désorganisé et bizarrement associé indique que DeMode a le potentiel d’être un tantinet plus provocateur que ses contemporains maquillés. Demain…

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Il n’y a pas de déclaration imprudente sur l’utilisation de l’électronique par les Modes, même s’ils savourent les opportunités. Pour eux, c’était une route naturelle qui en vaut la peine pour construire des pop songs intelligentes. Il n’y a pas de climat aristique rigoureux ou possessif. Ils ont tous moins de 20 ans. Vince Clarke peut avoir des antécédents folk – essayez de chanter New Life avec un doigt dans l’oreille, acapella comme Steeleye Span qui chante Gaudete. Andrew était un snob en matière de rock – branché par les Who et Deep Purple avant le punk, désintéressé par cela quand le punk a bouillonné et puis amoureux des Pistols et de Parker. Martin, dont le groupe précédent jouait le thème de Skippy, aime les Sparks, le Velvet Underground et Cabaret Voltaire. Les antécédents de Dave associent le groupe avec les courants rapides des clubs de l’Egan et l’a placé près de l’air que les groupes cultes respirent.

“Ouais, j’étais un soulboy, j’ai tout fait, j’ai tout été. avant, j’aimais la soul et le jazz-funk comme The Crusaders. J’allais à des weekends souls, je traînais avec la troupe du Global Village et j’allais au Lyceum le vendredi soir”. Il s’est intéressé au punk et quand il s’est éteint, il est retourné aux clubs pour la nouvelle électronique exotique, la fantaisie flottante du Blitz et du Studio 21.

Depeche Mode était à l’origine constitué de Vince, de Martin et d’Andrew, basse, guitare et boîte à rythmes. Dave les a rejoint, Depeche Mode est devenu deux synthétiseurs, une boîte à rythmes et un chanteur vivace. Hier…

“On était juste un groupe et on jouait devant des amis et tout ça… on n’a pas démarré comme groupe pop, c’est juste comme ça que c’est arrivé, c’est juste la musique qu’on aimait faire. On n’a jamais dit Formons un groupe, entrons dans les charts, soyons énormes. On n’avait pas l’intention d’en faire une carrière, on était encore au travail jusqu’à hier. On n’a rien projeté. On aurait signé n’importe quel contrat, on voulait juste sortir un disque”.

Ils n’ont pas anticipé les mouvements récents de GRANDEUR DÉMESURÉE vers la mobilité, la couleur, le tapage : le dernier désir pop de plus participer au bombardement des sens ? La pop en discothèque : la pop comme partie de la bande sonore fonçante et percutante de la journée. “Je pense qu’on a de la chance de s’intégrer dans tout ça. On a eu beaucoup de coups de veine”.

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Rencontrer Daniel Miller a été le genre de coup de veine qui peut être transformé en légende. Miller est Normal, Miller est Mute, Miller est un fantôme, Miller est un catalyseur. “Si on n’aurait pas signé sur le label Mute de Dan, on aurait signé sur une major et on se serait immersés dans tous ces frais stupides, les grands semi-remorques et les 20 roadies…”

Les DeModes apprécient certainement leur heureuse indépendance : la flexibilité. “On n’y pensait pas avant, mais maintenant on dirige notre propre truc, qu’on projète ce qu’on veut faire, la manière et quand on veut le faire. Ça aurait pu facilement être le contraire. On est apparus juste au moment où tous les gros labels cherchaient leur groupe futuriste”. Depeche Mode est apparu sur la compilation Some Bizzare de Stevo et a donc été momentanément étiqueté comme “futuriste”. “On a failli signer sur une major. Mais on peut faire n’importe quoi avec Daniel. On pourrait si on le voulait faire un disque qui contient juste un bruit continu pendant trois minutes et il le sortirait en single”.

Sans Miller, Depeche Mode serait perdu. Ils auraient tourné en rond. Miller les a propulsés en avant et les aide à bien voir les choses. Sa vision commercialement pratique mais non conventionnelle a donné à DeMode un contexte proprement encourageant pour exploiter et perfectionner leur Pop Art d’une simplesse béligérante. L’histoire veut qu’au départ, il ne voulait pas les aider : quand il les a entendu pour la première fois, ils avaient des lacunes et il était de mauvaise humeur. Le sort avait besoin de transformer cela en conte de fées. “On a eu vraiment de la chance de rencontrer quelqu’un comme lui. On est entourés de gens à qui on fait totalement confiance. Les gens qu’il a sur son label, comme Boyd Rice, sont vraiment décalés. Il sort un single même s’il sait qu’il ne se vendra qu’à 1000 exemplaires. Il le fait juste parce q’uil l’aime bien… Je ne comprends toujours pas Daniel Miller. Je ne comprends pas comment il s’est fait de l’argent avant nous. Il va se faire un paquet de fric avec ce single ! Mais tu sais, on ne s’est jamais rien mis dans la tête. On voulait juste sortir un single. Puis on a fait Dreaming Of Me comme sortie unique pour Mute, il est entré en bas des charts et on a été surpris. Puis, en l’espace de quelques mois, c’était parti”.

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Je vous ai vus juste avant la sortie de Dreaming Of Me au Cabaret Futura et vous ne bougiez pas – vous étiez gelés !

Andrew : “C’était vraiment terrible… un concert vraiment marrant. On n’avait pas appris à bouger. C’est vraiment difficile de bouger quand tu joues des synthétiseurs”.

La fois suivante où je vous ai vus, à Top Of The Pops, interprétant New Life, vous vous déhanchiez comme des marionnettes aux fils cassés.

Andy Fletcher : “C’était la principale critique envers nous, le fait qu’on ne bougeait pas assez sur scène. Mais c’est vraiment difficile, on s’est détendus un peu maintenant, et on danse, mais on était timides et on était vraiment jeunes”.

Martin Gore : “On était vraiment jeunes ?! C’était il y a seulement six mois ! On avait cette idée d’avoir des rails sur scène et on serait sur des plateformes de façon à être déplacés en avant ou en arrière sur scène sans à avoir à effectivement bouger ! On voulait vraiment améliorer notre concert mais on n’a pas eu la chance de se poser pour penser…”

J’ai vu des gens essayer en vain d’imiter la danse idiote de Dave mais ils n’y arrivent jamais.

Dave : “T’as vu Razmatazz hier ? On y était et toutes ces petites filles dans le fond essayaient de m’imiter – elles me copiaient, hein ? Je ne savais pas quand on jouait, mais elles faisaient exactement la même dance – comme si tu répètes plusieurs fois avant de faire la véritable performance, et les filles ont dû l’avoir perfectionner vers la fin”.

Aimez-vous passer à la télévision ?

Andrew : “Je me sentais comme un repoussoir, à appuyer sur un clavier et chanter dans un micro avec un fil qui n’allait nulle part – en plein milieu de tout ça, tu penses : Mon Dieu, qu’est-ce que je suis en train de faire, là comme une andouille devant des millions de personnes ? On est habitués maintenant”.

Seconde nature.

Andrew : “Ouais, c’est juste marrant maintenant”.

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L’interview au soleil s’affaiblit au bout de 40 minutes environ. Les Modes sont manifestement ennuyés, et c’est normal. Nous allons faire du canot. Les Modes sont reconnus par à peu près tous ceux qui prennent un bain de soleil autour de l’étang. Maintenant qu’ils sont des CÉLÉBRITÉS, sont-ils intéressés par le glamour ? Haussement d’épaule, regard vers le haut, rire.

“Il n’y a pas de glamour [chez Depeche Mode]. On se balade dans la Renault de Dan… ce qu’on ne fait plus aujourd’hui puisqu’elle est cassée, alors on prend le train. Rien n’a vraiment changé. Il se peut qu’on ait un peu plus de pennies dans nos poches, et quand je dis pennies, je veux bien dire pennies, mais mêmes amis, mêmes endroits où aller. Tu penses toujours : Ça serait génial d’avoir un tube, mais quand ça arrive réellement, rien ne change réellement”.

Ils semblent remarquablement indifférents à et peu impressionnés par leur succès : agréablement irrévérencieux. “D’accord, c’est super marrant…” Content de l’entendre. Les trois hercules qui louent les canots reconnaissent les coqueluches du coin. L’un d’entre eux discute avec les garçons tandis qu’il les aide à monter à bord. “Vous êtes combien cette semaine alors ?” “15ème”. “C’est bien – faut que tu achètes leur disque !” Il montre le groupe à quelqu’un qui semble être son père. “Eh, c’est Depeche Mode, ils viennent du coin”.

“Jamais entendu parler d’eux”.

“C’est vraiment bizarre, au début on pense Imagine passer à TOTP, imagine être dans le Top 10, mais tout change quand ça commence à arriver. Quand on est entrés dans le bas des charts, on a trouvé ça bien pendant un moment, mais après on a pensé que ce n’était pas bon à moins d’entrer dans le Top 40. Puis on a pensé que ce n’était pas bon à moins d’entrer dans le Top 20…”

Les Modes finissent leur balade en canot. “Vers la première place !” crie un loueur. Les Modes sont déconcertés par ce qu’il veulent, pourquoi et dans quell but, et commençent tout juste à comprendre les lignes directrices. Ils se rendent intuitivement compte qu’il y a AUTRE CHOSE que la reconnaissance de Radio One: les charts et les magazines formeront inhabituellement la base d’une difficile croissance artistique. Les Modes sont désinvoltes mais pas idiots. Est-ce que cela les gênerait s’ils avaient la mythique mésaventure de finir comme one hit wonders ? “Je ne pense pas que cela nous gênerait – même si certains journalistes aimeraient. On a déjà fait beaucoup, appris beaucoup, mais j’espère qu’on n’est pas des one hit wonders !”

Je me balade autour de l’étang pendant que Anton mitraille. Deux petites filles me demandent si je suis dans Depeche Mode. C’est sympathique, mais je leur montre le trio. Deux jeunes ados viennent me voir pour me demander dans quel journal paraîtra l’article. Est-ce que les membres de Depeche Mode sont des héros du coin : “Oh ouais, vraiment bien connus !” Les deux gars discuttent si Stiff Little Fingers sont ou non les autres pop stars de Basildon.

Dave raccompagne le NME à la gare : tout s’est terminé en moins de 90 minutes, comme prévu. Sont-ils beaucoup reconnus à Basildon ?

“Pas mal… c’est marrant. Les gens d’ici [Basildon] pensent en quelque sorte que si tu as un single dans les charts, tu vas te balader en Rolls-Royce, mais on prend toujours le bus. Ils te voient dans la friterie ou le fast-food du coin et ils pensent que c’est vraiment bizarre…”

Est-ce que sa mère est excitée ? “Oh oui. Maman dit à mes tantes : Ne le ratez pas sur Razmatazz ! Elle ne m’a pas fait chier avec ça – elle m’a laissé faire. Elle aurait pu être plus sévère”.

Elle avait une carrière de banquier à l’esprit ? “Non, non… J’ai fait des études d’étalagiste, mais j’ai abandonné. La fac ne m’a pas emmerdé. Elle m’a envoyé un mot l’autre jour pour me féliciter du succès”.

Dave l’indifférent dit calmement au revoir au NME, et semble immédiatement avoir tout oublié. Qu’ai-je fais aujourd’hui ? Il se pourrait qu’il se pose la question ce soir. Demain est juste un autre jour… mais le surlendemain ? Depeche Mode peut faire du pop art intime et stimulant à partir de la routine et de l’insécurité ! Depeche Mode grandira encore et encore. Demain… tout le reste du temps.

Traduction – selon le scan et la transcription de SacredDM.net – 6 mars 2006