Depeche Guevara

Corrigez votre prononciation avec Betty Page

Il y a cinq mois, la perspective de faire une interview enfermés dans un studio stérile et privé d’air aurait fait fuire les Depeche Mode à Basildon, leur ville natale. Mais cinq mois, comme l’aurait dit Wowington Woy, c’est long dans le monde farfelu du wock and woll. Un seul regard à Vince Clarke assis avec assurance derrière la table de mixage et au sourire accueillant de Martin Gore qui exhibe un short et je savais que tout allait marcher comme sur des roulettes.

Dan Miller, dit “The Man”, a rapidement ordonné à Martin de revenir derrière le micro pour contribuer sa partie des désormais caractéristiques harmonies à quatre voix des Modes sur un nouveau morceau qui pourrait être le nouveau single, ou peut-être le début de (souffle coupé) l’album.

“I just can’t get enough, I just can’t get enough” (“Je ne peux pas m’en lasser”), chante Martin.

Mais si, et il s’arrête pour boire une tasse de thé et causer.

Les Moders, comme il m’a été laissé entendre, sont désormais 100% plus confiants, bavards, pleins d’esprit et lavent plus blancs que n’importe quelle autre marque de lessive. (Je me trompe peut-être ?) Vince programme aléatoirement son synthé pour briser l’atmosphère poisseuse et nous commençons. Comme c’est opportun ! Pour mettre les choses au clair : les membres de Depeche Mode ne sont pas du tout des choses timides, peu bavardes et fragiles, voici la façon officielle de prononcer : Depech-ay, s’il vous plaît. “C’est probablement faux sur le plan grammatique, dit Vince. Mais on aime comme ça”.

D’accord. Depecheeee Mode met en boîte beaucoup de nouveaux morceaux, après s’être arrêté pour de nombreux concerts autour de Londres qui ont suivi le succès surprise de Dreaming Of Me et la plus grosse surprise de New Life. Jusqu’ici, Andy et Martin avaient des emplois quotidiens alors le principe de la tournée n’est qu’une chance de succès. Des offres du calibre de Classix et Toyah sont arrivées en masse, mais Vince a estimé que ce n’était pas la meilleure chose à faire à l’époque. Martin considérait que la tournée Classix aurait pu les lier irrévocablement à l’étiquette futuromantisme qu’ils essayent résolument (mais sans succès) d’éviter.

Mais des groupes qui ont obtenu des contrats à la suite du LP Some Bizzare, c’est pour Depeche Mode que les choses se passent le mieux : il est terriblement difficile de détester leurs mélodies pop synthétiques peu compliquées, après tout.

“On a eu une journée triste mardi, cependant, dit David Gahan, soudainement déconfit, on s’attendait à ce que New Life grimpe un peu plus haut. Je pense qu’on pensait tous qu’il n’allait pas allé bien haut au début, mais à l’intérieur… On ne peut rien dire”.

C’est drôle, parce que New Life est définitivement plus instantané que le premier… Vince : “C’est vraiment enlevé, hein ?”

David : “On a beaucoup appris de Dreaming, on est revenu et on a fait du meilleur boulot sur le suivant”.

Et ce petit riff fascinant de synthé est toujours coincé dans ma tête, et il me rappele je-ne-sais-quoi. Juste un vieux riff R&B, a dit Vince. Non, c’est un bon boulot d’avoir des accroches insistantes – David estime que les gens ont beaucoup de mal à se rappeler du nom :

“Je pense qu’ils entrant dans la boutique et oublient le nom. Ils s’avançent, fredonnent l’air et disent Oh, je ne me rappelle plus du nom, je vais prendre ce Duran Duran à la place !”

* * *

Andy Fletcher a suggéré Dep Mod comme abbréviation dans la meilleure tradition de Orch Man. Une ampoule imaginaire au-dessus de la tête de Vince lui donne tout à coup une excellente idée.

“Quand ton photographe arrivera, demande-t-il avec un sourire satisfaisant, il pourra nous prendre en photo à l’arrière de la Renault de Dan ? Comme Spandau Ballet ? Seulement on sera cinq et on sera écrasés comme ça…” (David imite des sardines mortes.)

D’accord, oubliez cette ironie, les garçons. La Mutemobile, hein ? Il est vrai qu’ils ont bien réussi dans les charts disco américains et attirent beaucoup de gens en Europe aussi… Ils sont sur le point de signer des contrats avec plusieurs majors pour pouvoir sortir des disques en France, en Allemagne et autres. Beaucoup ont douté de la capacité de Mute et de Miller à faire percer les Modes, mais pour les indés, ils ont passé toutes les barrières requises.

David : “On préfère largement avoir des points que des grosses avances, et on a eu ça avec Daniel – il a prouvé qu’il pouvait nous obtenir ce qu’on veut, il n’y a rien qu’il ne peut nous donner – qu’on n’a rien trouvé pour l’instant !”

Andy : “Les indés à leur apogée, ils n’ont jamais été dans les charts avant”.

David : “Et les radios sont plus enclines à passer des indés”.

Vince : “Ils doivent moins payer de royalties !”

David : “Les gars de Radio One ont été très gentils avec nous – trois diffusions par jour pour ce single. Ils ont dit qu’ils s’y tiendront, qu’ils le diffuseraient beaucoup”.

À partir du début incertain et nerveux, les choses se sont en fait bien passées comme ils espéraient ?

Vince : “C’est effectivement le cas. On apprend rapidement. Avec Mute, on savait tout ce qui se passait, on est en contact avec les distributeurs, les publicistes et les gars de la promotion tous les jours”.

Andy : “Ce qu’on ne connait pas, c’est ce qu’est une major. On est assez heureux de notre organisation, mais on ne sait pas si la distribution serait meilleure”.

Aah, mais Rough Trade vous permet d’entrer dans ces petites boutiques que les hordes d’acheteurs indépendants fréquentent, espèces de chanceux.

Andy part alors dans une digression (ce n’est pas inhabituel), en réfléchissant sur la manière dont les publics du groupe ont changé, ont beaucoup rajeuni. Personne n’est d’accord.

David : “On a un public varié, tu ne peux pas du tout dire ça !”

Vince : “Dans les clubs et tout ça, le public est déjà là, il n’est pas venu nous voir”.

David : “Ne sois pas idiot ! Tu ne peux pas dire qu’on a un public fixe partout !”

Andy : “Tu deviens pire que Martin maintenant… Martin n’a pas dit un seul mot jusqu’à maintenant !”

Martin s’est réveillé. “Je me réserve, tout va sortir dans une minute, j’attends juste la bonne question”.

* * *

Nous nous lançons dans une discussion sur les clubs, les gens qui ne s’habillent pas autant qu’avant et le fait de voir Midge Ure qui envoie de jeunes filles habillées de dentelle dans l’eau et qui les rend frénétiques au Crystal Pal la semaine dernière.

Cela a beaucoup fait rire.

Andy : “C’est ce que fait Martin !”

Martin : “Tu me cherches là, Fletch…”

Afin d’éviter une guerre de grande envergure, j’ai mentionné que j’aimais bien le mix “Rio” de Shout!, la face B de leur tout premier 12”. Ils aiment le rythme, mais la chanson ? David l’aime beaucoup, Vince la déteste, Martin couci-couça. Mouais. C’est la première chose orientée dance floor qu’ils aient fait, hein ?

Andy : “À part les choses qu’on a faites quand on était Light Of The World…” Silence… rires !

Ils s’arrêtent tous pour regarder Daniel froncer les sourcils dans la salle des contrôles, sans doute à la recherche de cette fausse note perdue. Un complot mijote. “C’est quoi qu’on voulait mettre dans Jaws à propos de Daniel ? chuchotent-ils. Nooooon – ne le mets pas, il saura que c’est nous… si tu le dis, Andy, tu seras le seul responsable – on a tous essayé de t’arrêter !”

Andy se tourne vers moi avec une question pénétrante. “Qui t’a parlé du groupe folk et de l’église ?” (Cela se réfère à des potins sur leur passé acoustique.) “On répétait dans une église, c’est tout”.

Et ils enregistrent dans une église désaffectée maintenant !

David : “Ouais, on aime tout simplement les églises”.

Martin : “Attends d’entendre notre prochain single – c’est une chanson gospel”.

David : “Ça s’appelle Have You Got The Sunshine Smile”.

Andy a chanté les paroles, gesticulant son doigt devant ses lèvres souriantes tel un professeur.

David : “Sur la pochette, il y a le visage d’Andy, et quand tu appuyes sur son nez, un doigt sort et il y a Martin à l’intérieur qui montre ce qu’il faut faire. Martin qui fait la Mode !”

Et ils ont chanté en chœur : “Have you got the sunshine HA-HA-HA HEE HEE”. Je pense que c’est ce qu’on appelle dans le métier une blague…

Quand je suis entrée dans Studiospace, j’ai remarqué Darryl, président du fan club et Silicon Teen original, qui griffonnait des réponses aux lettres de fans de D Mode. Vous en recevez beaucoup ?

David : “Pas vraiment. On essayait simplement de t’impressionner ! On était censés avoir ce facteur qui arrive juste après toit avec un énorme sac !”

Andy : “Ouais, des poubelles remplies de stylos bille vides, de la corne sur nos doigts là où on écrivait tant !”

Eh bien, j’ai vu au moins dix lettres.

David : “Une grande partie d’entre elles sont vraiment jeunes. Ce garçon de 13 ans nous a écrit une histoire en utilisant des mots des paroles des singles et nous a envoyé des designs de badges”.

Vince : “On est pop ! Ultra pop !”

Andy : “Les gens du Nord nous écrivent mais ils ne nous ont pas vu. On veut sortir de Londres, mais d’abord on doit répéter de nouvelles choses, on fait le même set depuis quatre mois. Les concerts devraient être mieux, plus dansables”.

* * *

Daniel semble encore une fois perplexe. Les garçons lui disent d’arrêter d’écouter.

Andy : “C’est un grand homme. Regarde – l’image ultime de Daniel Miller, le père de la musique électronique…”

Vince : “Plus grand-père”.

Daniel, le père qui tire les oreilles, rétorque : “Je vous entends”.

Un homme de ITV est arrivé pour discuter de l’apparition de Dep Mod dans une émission de 20th Century Box sur la scène musicale de l’Essex, passée et présente. On doit filmer Depeche sur la scène du Croc’s à Rayleigh, et au naturel à Basildon, tout doit être diffusé en août.

“Vous pouvez filmer ma routine habituelle du samedi matin, a blagué David. Un sauna, une visite dans un bordel, puis un commando… Nah, ce sera Andy qui se réveille à 5 heures du mat’, qui prend son petit-dej’ et qui va chercher ses journaux, des voisins ordinaires !” Il a conclu, judicieusement : “On s’en fout si on est au petit coin – une minute à la télé, c’est mieux qu’un milliers de passages radio”.

Andy se sent tout pensif à nouveau, et se demande pourquoi une si grande partie de leurs interviews passe plus d temps à parler de Daniel que du groupe.

“Il n’y a rien vraiment que les gens peuvent dire sur nous là ? Tous les autres groupes s’étendent à ne plus en finir sur des choses politiques, on ne parle pas de nos points de vue”.

Dave : “On n’a pas de points de vue politiques, je ne pense pas”.

Andy : “Dans un groupe, il y a toujours un membre extraverti avec de forts points de vue”.

Vince : “On ne représente rien d’uni, hein ?”

Andy : “Il n’y a pas de personne qui domine”.

David : “C’est bon !”

Andy : “D’un autre côté, c’est la raison pour laquelle nos interviews sont très vides, parce que habituellement, la grande gueule d’une groupe s’étend à ne plus finir sur ce que le parti travailliste fait ou n’importe quoi”.

Martin : “Le sexisme revient toujours, surtout avec les groupes HM”.

David : “Ils parlent toujours de sexe”.

Vince : “C’est toute cette chose macho”.

Macho. Les Dep Mod ne sont certainement pas macho. Maintenant qu’ils sont dans une humeur plus réfléchie, j’ai demandé quels étaient leurs espoirs immédiats pour l’avenir.

Tous en chœur : “Le succès ultime !”

David : “On est heureux comme ça, on aimerait juste un peu d’argent”.

Vince : “On veut changer notre son, réunir de nouvelles choses, faire de bons concerts”.

Vince : “On ne veut pas devenir Kraftwerk, on ne veut plus utiliser de bandes. On a une boîte à rythmes avec un écran qui passe aussi du Space Invaders !”

Andy : “On veut donner un peu plus d’aura aux concerts”.

David : “Au Bridgehouse ?!”

En voilà une idée… autre chose ?

David : “Ouais, Andy aimerait qu’on soit cultes, underground. On a des concerts ici quand Vince se met au mixer et Andy chante ! Les choses nous dépassent en studio – on doit faire quelque chose pour sortir tout ça, alors on va ici et on crie”.

Les garçons me font écouter une cassette de punk électro brut impromptu avec un chant style Crass de Andy, avec une reprise de Simple Simon Says, You’re Gonna Lose That Girl et une interprétation sensible d’un hymne d’école populaire. Revoilà cette influence religieuse… Mais ils ont besoin de cette soupape pour sortir de cet ordre précis requis pour produire leur style de pop songs soigneuses – qui génère une nouvelle vie pour nos mômes pop.

Beaucoup de gens connaissent le nom de Depeche Mode aujourd’hui. Maintenant vous savez qui ils sont, ce qu’ils sont. Comme leur patron, ils sont tout cœur — des voisins ordinaires qui se transforment en Ultra Popsters rien qu’en appuyant sur un bouton. Mode : strictement pas avant-garde.

Traduction – selon le scan et la transcription de SacredDM – 29 janvier 2006