Parler d’accroches

DEPECHE MODE : Speak And Spell (Mute STUMM 5)

Aussi manifestement splendide, aussi clairement étincelant de nouvelle vie, le fait qu’ils ne brûlent pas d’ombres dansantes permanentes dans les murs est extraordinaire.

La joie de Depeche Mode, c’est qu’il n’y a rien sur le passage – pas de pensée dissimulée ni de but secret, juste une voie libre jusqu’au cœur. Comme le titre le dit, ils parlent (“speak”) avec un caractère immédiat gagnant et entendre les paroles, c’est succomber au charme (“spell”).

Et ce sont les pieds qui capitulent en premier. C’est un album qui est censé être dansé plutôt qu’écouté. S’il y a une tactique secrète dans la guerre Depeche Mode, c’est que chaque expression, chaque contribution, peut être extraite et survivre seule. Aucune ligne n’est qu’une simple collection de notes, elle porte aussi son propre rythme. Chaque chanson est sa propre batterie. Rassemblez les bouts et le résultat est une gigantesque motivation gigotante qui persuade chaque muscle à sauter en rythme avec la musique.

Ils auraient pu se tromper. Dieu seul sait que cela n’a pas été facile. Les acclamations soudaines, peu d’expérience et puis poussés inconscients en studio pour un premier album – ils auraient dû en toute justice faire toutes les erreurs possibles. Un miracle : ils en sont sortis indemnes, plus forts que jamais. Pas de fantaisistes technologies, juste le set, le concert tel qu’il est joué, les favorites l’un après l’autre.

Les fioritures qu’ils ont ajoutées sont purement des apartés réfléchis et Speak And Spell est heureusement libre de reflux de synthétiseur et d’océans de bruit. Tout ce qui se retrouve dans les arrangements y est pour une raison.

Et cela dure. Quand on met toutes ses forces dans ce premier coup de poing, il y a un risque que ce qu’il y a en dessous soit épuisé, qu’en dessous le glaçage de fun se trouve un creux au lieu du gâteau. Il se pourrait que Depeche Mode soit un one-hit wonder ou un héros de cinq écoutes dont l’attraction diminue au moment de la sixième et qu’on se rend compte qu’il n’y a plus rien à écouter.

Cet album dit Non, le groupe restera, ne serait-ce parce que New Life, sorti cet été, et Just Can’t Get Enough, qui marche déjà bien dans les charts, sonnent aussi frais et infatigables que toute nouvelle chanson.

Il y a la surface joyeusement tranquille de What’s Your Name ou le dur rythme disco de Boys Say Go. Le chuchotement maussade de Puppets et l’instrumentale cognante Big Muff. Photographic va encore plus loin en arrière, esquissée de manière tendue autour de lignes de basse qui sautent sur des octaves et un chant sombre.

Mais deux points importants. Speak And Spell n’est pas stagnant, et n’est pas non plus parfait. Au premier abord, il serait faux de supposer que Depeche Mode a sans réfléchir gravé un concert sur vinyle. Ils ont écouté et ont été influencés. Cela n’a pas secoué la manière de la musique mais le comment, apparaissant comme des sons de synthétiseur moins archétypes (par moments des nuances de Yellow Magic Orchestra) ou des harmonies plus audacieuses – que des signes de développement tout cela.

En même temps, Speak And Spell aurait mieux fait d’avoir un moment de répit. Il y a des morceaux, plus particulièrement No Disco, qui répètent des pensées et des sentiments déjà énoncés sans ajouter de points de vue frais. Une course plus lente vers la sortie aurait attrapé ses défauts et remplacer certaines chansons par d’autres.

Même ainsi, c’est un grand album, celui qu’ils ont dû faire pour conquérir un noubeau public et pour faire plaisir aux fans qui ne peuvent pas s’en passer.

Paul Colbert

Traduction – selon le scan et la transcription de SacredDM.net – 14 mai 2006