Musique pour les charts pop

DEPECHE MODE Music For The Masses ****

Depeche Mode : vous ne devriez pas être paranoïaques. Les gens vous détestent vraiment.

Depeche Mode : la menace de l’art prolo originale, les garçons de Basildon qui habillaient leurs rêves électriques de cuir noir furtif et qui priaient que personne ne voit la séparation. Depeche Mode, les garçons qui ont manqué le post-moderniste de si peu, se consolant avec une sous-culture éphémère pour dissimuler les problèmes – la jupe, le rouge à lèvres, l’efficacité SM qui ont attiré votre petite sœur. Et ils ne voulaient qu’être aimés. Rayez cela. Ils veulent qu’être pris au sérieux…

Et les voici, levant le mégaphone rouge colelctif sur leur sixième – oui, sixième – album, clin d’œil de rigueur au totalitarisme de grand magasin avec lequel ils espèrent assener un coup magistral au marché européen et vraisemblablement asservir un public qui leur était jusqu’ici inaccessible.

Un château en Espagne, bien sûr. Il manque à Depeche Mode la volonté ou l’esprit pour passer le genre d’intensité dramatique que même Freddie Mercury peut donner vite fait. Depeche Mode sont pris dans les limbes, trop occupés à exploiter leur produit comme combine culturelle pour se rendre compte de ce qui est en jeu ici. Parce que c’est simplement trop facile de prendre la route qu’ils ont choisi, trop bon marché pour colpporter ses marchandises avec un tel désaveu cynique. On ne peut brûler une chandelle par les deux bouts…

Ce qui est là où Depeche Mode échouent. Ils l’ont toujours fait, vendre leur sensibilité pop immaculée tout en soulevant un écran protecteur d’intégrité artistique comme un peu de saleté de dessous leurs ongles, devrions nous dire.

Music For The MAsses est une missive du marasme conçu, qui trahit néanmoins les indices les plus larges donnés jusqu’ici de la situation difficile de Depeche Mode, la schizophrénie qui voit les prétensions du grand art user les considérations commerciales. Ce qui voit les sons liés aux charts de Strangelove et de Never Let Me Down Again cotoyer la valse primitive et germatique de Little 15 et le John Barryesque Behind The Wheel.

Mais il y a un cœur qui bat ici : “Ils connaissent mes faiblesses / Je n’ai jamais essayé de les cacher”, chante Dave Gahan sur l’étonnant Things You Said, très loin de la blague laconique du gémissement sans expression de Neil Tennant, la voix qui nous avait apporté l’ultime déclaration post-punk : “Je t’aime, tu payes mon loyer0.

Depeche Mode : la disco en discorde, la rime qui pait.

Depeche Mode : grande pop, mauvais art. Équilibrer la balance.

Damon Wise

Traduction – selon le scan et la transcription de SacredDM.net – 8 juin 2008