Les Modes vers la liberté

par Betty Page

Un arrosoir en plastique jaune repose négligemment par terre, se remettant d’un cognage le soir précédent au nom des “effets de percussion”. Des coussins imprimés léopard usés sont éparpillés sur un canapé tout aussi usé, mais confortable. Tout ce qu’on a besoin, c’est que la fausse plante le rende aussi confortable que le salon de maman.

Le fait que c’est aussi le légendaire studio d’enregistrement Blackwing n’a pas d’importance, car c’est le foyer de Depeche Mode, qui se sont bien installés dans ces murs depuis Noël avec le mentor Dan Miller et le souriant ingénieur du son Eric, achevant leur premier single depuis quatre mois, un nouveau chef d’œuvre de M Gore.

Martin, jusqu’ici connu comme celui qui s’asseoit dans le coin durant les interviews sans rien dire tandis que Dave et Andy débitent des sottises, a été ordonné par ces derniers à diriger les étapes initiales de l’interview seul de manière à éviter les inévitables contradictions internes au groupe. Reconnaissants de la chance de cuisiner ce compositeur très privé, nous nous installons et démarrons sur les chapeaux de roue avec une grande nouvelle.

Martin : “Les choses sont un peu différentes aujourd’hui parce qu’Alan est désormais un membre à part entière du groupe et en fait, il joue sur le nouveau single et la face B est co-écrite par lui et moi”.

Est-ce une décision récente ?

“Pas vraiment, mais elle n’est entrée en vigueur que récemment. On avait l’intention de le prendre à plein temps après l’album, mais on voulait finir seuls sinon les gens auraient dit qu’on ne pouvait pas continuer seuls”.

Alan Wilder est désormais à la Mode, il apportera son propre style et sa propre influence dans encore un autre changement subtil aux délices mélodiques de Dep. cela pourra les aider à affronter une nouvelle année sous surveillance avec une force accrue après une période après nouveauté d’intenses critiques désobligeantes. Mais ils s’y sont toujours attendus, dit Mart.

“Les choses se sont plutôt mal passées pour nous dans la presse récemment – ça devait arriver. Ce n’est pas une surprise, juste un peu ennuyant, surtout quand il y a beaucoup de personnes qui vous aimaient et pour je ne sais quelle raison, tout à coup, ils ne vous aiment plus. Avant, on ne pouvait rien faire de mal, maintenant on n’arrive plus à faire quelque chose de bien. On penserait qu’il y aurait quelques idées qu’ils pourraient aimer !”

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Maître Gore aimerait voir l’équilibre critique rétabli avec leur single à venir, le bien nommé Get The Balance Right. Martin : “Je pense qu’il est bien plus dur, plus puissant et plus direct. Il est assez maussade, aussi. Ce que j’aimerais faire, c’est de la diversité de manière à avoir beaucoup de domaines différents où on n’est pas simplement restraints à un type de musique. C’est bien d’être capable de le travailler, cependant le temps nous manque. Je pense que notre nouveau matériel peut se connecter au lieu d’avoir des paroles plus personnelles”.

La qualité réfléchie et interrogatoire des paroles de Martin ont toujours été le sujet d’analyses très tentées, et il pense qu’il doit expliquer son refus d’en discuter en détails.

“C’est aux gens d’en faire ce qu’ils veulent. Beaucoup essayent et me font expliquer ce que chaque ligne veut dire, mais ça retire toute sorte de mystique. Ça pourrait aussi bien être un livre ou un essai”.

Est-il optimiste sur les chances de survie de Depeche Mode durant l’année pop acharnée à venir ?

“Je suis optimiste sur notre matériel et la manière dont il va progresser et s’affirmer, mais si oui ou non il va aussi bien se vendre, c’est dur à dire. Je ne pense pas qu’on ait déjà été optimiste là-dessus, on s’inquiète toujours. Je pense qu’on a toujours tendance à nous sous-estimer”.

C’est sûrement mieux qu’être des vantards ?

“D’une certaine manière, mais… aux yeux du public, on donne l’impression d’être négatifs et pessimistes et je pense que ça déteind sur les gens. Quand on lit une interview de Duran Duran, ils sont pleins d’optimisme, mais pour moi, ils donnent l’impression d’avoir la grosse tête et je n’aime pas ça”.

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Depeche s’inquiète vraiment de la manière dont les gens les voient (voir les commentaires de Dave plus loin…) et il n’est pas difficile de voir comment leurs manières accomodantes et modestes peuvent être mal interprétées. Comment est-ce que Martin pensent qu’ils sont vus ?

“Principalement juste… simplets. On est rarement pris très au sérieux, surtout par la presse et c’est tout ce qu’on entend à part les fans. On sait qu’on ne croit pas ce que dit la presse, mais il est difficile de se confronter à quelqu’un dans la rue et de dire Que pensez-vous de nous ? Peut-être qu’on devrait faire un sondage ou quelque chose comme ça !”

Avec des visions de sondages d’opinion style Daily Star et de unes « les vrais hommes n’aiment pas Dep Mod » qui passaient en vitesse dans la tête, Mart s’est retiré dans la salle des contrôles pour appeler ceux qui parlent couramment sa langue en marmonnant comment il « se sent comme Martin Fry ». S’ayant assuré que le Calme avait dit son dernier mot, Dave, Alan et Andy parlent.

Andy discute stratégie : “On veut enregistrer un nouvel album, le sortir dès que possible, alors on pourra être dans une position où on pourra sortir des singles extraits de cet album au lieu du contraire. À cause de ça, le dernier album s’est mal vendu et a été sous-estimé. Mais aussi on a trouvé des gens qui ne nous aimaient pas avant et qui nous aiment maintenant. Je pense qu’il a attiré d’autres gens”.

Dave s’y colle, défensivement : “On pense que nos disques se sont améliorés et ont beaucoup progressé, cependant. Pense aux différences entre le nouveau morceau et Dreaming Of Me, qui était si simple. On est arrivés si loin dans la production, on a vraiment appris beaucoup. La même chose va pour Broken Frame et le premier album – c’était un challenge de le sortir, ça a aussi fait beaucoup plus écouter les journalistes et penser qu’il y a plus en nous qu’un simple groupe pop”.

Le quatuor, qui se manage encore lui-même, est extrêmement conscient des pressions de tout faire à la perfection et combien le succès (dette actuelle) est fondé sur celui de son dernier single. Ils comptent aujourd’hui sur une chanson avec de la “réelle substance” et un fond renforcé (!). Mais cela ne les dérangerait pas d’avoir un profil visuel un cran ou deux plus haut.

Les Deps, cependant, sont résignés au fait qu’on ne peut pas paraître cool quand on a un grand sourire aux lèvres, alors ils continueront à rire de chacun.

Andy : “Certains groupes sont formés pour faire des faibles sourires et tout ça…”

Dave : “Mais les nôtres viennent naturellement !”

Les garçons ne peuvent s’en empêcher…

Traduction – selon le scan et la transcription de SacredDM.net – 11 août 2007