À nouveau à la mode

Depeche Mode. Playing The Angel

Ce n’est pas souvent qu’un groupe vive assez longtemps pour voir son son du début revenir à la mode. Mais après 20 ans, les membres de Depeche Mode sont les survivants aux veines de cuir de la Pop Synthétique des Années 1980. Le trio (auparavant quatuor) a facilement conquis les États-Unis dans les années 1980 et 1990 avec des chansons qui mariaient des images religieuses à de la musique électronique torturante.

En cours de route, ils ont gagné tous les tubes, tatouages, mauvaises accoutumances à la drogue et tensions inter-groupe qui viennent avec ce genre de supercélébrité. Ils ont influencé à peu près tous ceux qui ont fait de la musique électronique après eux, plus distinctement les Pet Shop Boys.

Aujourd’hui, avec la pop synthétique des années 1980 à nouveau un crédo dans le rock, les membres de Depeche Mode se sont réunis de nouveau. Peu s’attendaient à cela après que Exciter, leur album pas fameux de 2001, ait rapidement engendré un album solo irritable de la part du chanteur Dave Gahan et du compositeur Martin Gore.

Le groupe semblait finalement s’être complètement perdu, ayant perdu leur claviériste, Alan Wilder, en 1995. L’année suivante, ils ont failli perdre Gahan avec un cocktail d’héroïne et de cocaïne qui l’a laissé cliniquement mort pendant un moment.

Au lieu de cela, Playing The Angel trouve Gahan, Gore et Andy Fletcher frais et prêts à faire du bruit.

L’une des questions les plus épineuses de la politique interne du groupe tout au long des années stades était la détermination du chanteur Gahan à rejoindre Gore sur le siège du compositeur, de la même manière dont Gore avait toujours chanté un morceau ou deux sur chaque album de Depeche Mode. Avec un album solo sorti de son système, le chanteur est finalement arrivé à ses fins, puisque Gahan a écrit trois des douze morceaux de l’album.

L’un d’entre eux est en fait le meilleur de l’album, Nothing’s Impossible. C’est une simple chanson d’espoir austère, bombardée d’effets dissonants, mais toujours enracinée dans une mélodie rôdante tout à fait Modéenne. Les paroles amères suggèrent une chanson d’amour, mais des lignes comme “How did we get this far apart?” (“Comment nous sommes-nous autant éloignés ?”) pourraient tout autant s’appliquer aux disputes au sein du groupe. Si le thérapeute Phil Taule aurait voulu un autre travail rock’n’roll après s’être attaqué à Metallica (le sujet du récent documentaire Some Kind Of Monster), il pourrait faire pire que de s’occuper de l’impassibilité agressive de Depeche Mode.

Le reste de l’album balance, impressionnant, puis déprimant. La muse préférée de Martin Gore – la culpabilité – est vivement ressentie ici, puisqu’il vient de traverser un récent divorce douloureux. Il n’y a pas de défauts dans le design sonore exubérant de ce disque, non plus, auquel le producteur Ben Hiller a donné du punch. Il a contribué une grande portion de synthés analogiques grognants qui étoffent les sons électroniques pulsants et les sons digitaux qui démangent de Depeche Mode.

L’album s’ouvre sur un hurlement musical d’une alarme ; mais ce mur de son hurlant malheureusement noye par moments le flair de Depeche Mode pour la mélodie, l’as synth-pop durable dans un coffret rock électronique.

Plutôt, il y a peut-être un peu trop de musique sur certains morceaux. Des chansons comme The Sinner In Me traînent trop longtemps, éjectées de leurs rails par trop de contre-mélodies, ponts, pré-refrains et passages pompeux. Les chansons les plus satisfaisantes de Depeche Mode ont toujours été habituellement leur plus directes. Ces rangs sont gonflés par l’épais swing gothique de John The Revelator. Ce n’est pas une reprise directe du standard country-blues, mais elle ne laisse pas moins courir pour autant.

L’existence d’un plus grand nombre de chansons aussi simples que Precious aurait fait pencher la balance en faveur du retour de Depeche Mode dans l’affirmation comme véritables héros pop. Les choses étant ce qu’elles sont, ils se contentent de poser pour leur gallerie, multitude exceptionnellement loyale qui accueillera béatement même les gymnastiques les plus prétentieuses de Depeche Mode (comme Macro).

Ils ont parcouru beaucoup de chemin depuis la pop à claviers d’il y a 20 ans, mais on ne peut s’empêcher de penser que si quelqu’un scotchait neuf des doigts de Martin Gore, lui laissant un seul pour jouer, ils pourraient toujours avoir fait un album réellement excellent.

Kitty Empire

Traduction – 8 octobre 2006