Le monde n’arrive pas à se passer de Depeche Mode

Sur The Darkest Star, morceau du dernier album de Depeche Mode, Playing The Angel, sorti mardi dernier, le chanteur Dave Gahan s’adresse à “une tierce personne éternelle”. Star parle d’une bien-aimée spécifique, mais les paroles s’adressent à la majorité des fans du groupe. Ces auditeurs dévoués ont suivi Depeche Mode et partagé sa perspective lugubre de la vie, mais sur synthétiseurs, depuis près de 25 ans.

Récemment, Depeche Mode semblait être sorti des rails avec Exciter en 2001, effort peu orchestré et ultimativement peu impressionnant. Le monde a considérablement changé durant le hiatus de quatre ans du groupe, et la nouvelle musique reflète cela. Le résultat est une œuvre sombre et maussade, le meilleur album de Depeche Mode depuis au moins dix ans.

Le groupe a à l’origine explosé en 1981 avec le morceau levé Just Can’t Get Enough, mais dans des albums plus récents a exploré un son plus sombre aux thèmes gothiques qui demeurent aujourd’hui. Les tubes plus récents, dont Never Let Me Down Again et Personal Jesus, étaient des odés déprimés sur des accroches explosives.

L’ouverture de Angel, A Pain That I’m Used To, est une autre entrée exemplaire dans cette catégorie. Elle commence par un hurlement assoudissant qui rappelle Nine Inch Nails et garde le ton industriel tout le long du morceau. Il est ancré, cependant, par un rythme dance synchro et maintient l’équilibre approprié entre la distorsion et le côté entraînant.

La chanson est immédiatement coupée par John The Revelator, tour nouveau donné à un vieil air blues. Depeche met à jour le morceau avec des synthés cinglants de la part du claviériste Andy Fletcher, mais le retient au sol avec un refrain gospel et l’énorme martèlement delta. Chacun de ces éléments est introduit petit à petit, menant la chanson dans un crescendo qui détruit les tympans.

L’une des quelques erreurs commises avec Angel était de ne pas sortir John en premier single, en choississant à la place le terne Precious. Mais le contenu lyrique de John en aurait rebuté quelques-uns. Gahan appelle le faux prophète nominal qui “en déclarant Dieu comme son seul roc / Il vole un dieu aux Musulmans, aussi / Il n’y a qu’un dieu, point final”. Malgré un premier single de l’album de 1984, Some Great Reward, à propos d’un Seigneur vengeur, Blasphemous Rumours, battre ses problèmes de toxicomanie a mené le groupe à remettre sa nouvelle spiritualité sous les feux de la rampe. Le résultat sur Angel, c’est The Sinner In Me, regard pénitent sur les méfaits de son narrateur.

Depeche Mode a ses pêchés aussi. Le principal compositeur et guitariste Martin L. Gore a eu un penchant pour des paroles qui parlent de thèmes de soumission (parfois sadomasochiste), d’une manière plus flagrante sur Master and Servant de Reward. Angel est émailé de ces idées. Pain inclut la complainte “Je ne vois pas qui j’essaye d’être au lieu de moi / Mais la clé est une question de contrôle… À courir partout, cela me déprime / Cela me donne une douleur à laquelle je suis habitué”.

Ces abus sont aussi évidents sur le direct Lillian : “Regarde ce que tu as fait / Tu as mis mon cœur à nu / L’a déchiré / Pour le plaisir”. La brillance de Depeche Mode est que ces morceaux feraient tomber les auditeurs dans une spirale de dépression incurable si le fond musical n’était pas aussi réjouissant.

Même si Depeche Mode sonnait avancé durant son âge d’or, la nouvelle technologie a été grandement bénéfique pour le groupe. Des albums comme Black Celebration de 1986 sonnent grêles et plats comparés au profond et chaleureux Angel. Les moments les plus durs possèdent le type de lignes de basse qui résonnent dans les écouteurs des iPod. Une grande partie des honneurs devraient aller au producteur de Angel, Ben Hillier, qui a appporté ce son moins creux à Depeche Mode – amélioration de la faible instrumentation de Mark Bell sur Exciter.

Cependant, Angel a comparativement des ratés, durant ses moments les plus doux. Le susmentionné Precious a la base solide d’un single irrésistible, mais avance d’un pas lent et n’aboutit nulle part. Macro, l’un des deux morceaux chantés par Gore, est le maillon faible, à la fois parce que la voix de Gore n’a pas le ton guttural de Gahan et parce que la faible musique derrière ne reflète que cela.

L’exception est la fermeture de Angel, The Darkest Star, qui juxtapose efficacement une simple ligne de piano avec la pulsation sonore occasionnelle ou un grésillement électronique, complèté par un chant émotionnel du crooner Gahan, pour créer un final obsédant.

La majorité de l’album, cependant, est fidèle au format rock à succès. Par conséquent, Depeche Mode réussit un tour que beaucoup de groupes ne peuvent réaliser : s’adapter aux époques du point de vue du style sans abandonner les parties originales qui ont rendu les groupe spécial. Ce talent aidera Depeche Mode à produire plus de grands albums comme Playing The Angel qui restent à la mode mais aussi fidèles à leurs racines.

Bryan O’Toole

Traduction – 31 novembre 2006