Depeche Mode se reflète dans la tristesse

par Renee Graham

Au dos du nouveau CD de Depeche Mode, Playing The Angel, se trouvent les mots “Douleur et souffrance en divers tempos”. Oui, il existe une raison pour laquelle certains détracteurs, et même des fans, préfèrent nommer le groupe britannique qui existe depuis longtemps “Depressed Mode” (“Mode Déprimée”).

Pourtant, au meilleur de sa forme, Depeche Mode a toujours trouvé, pour emprunter une ligne de Kurt Cobain, “le réconfort dans la tristesse”, la beauté bornée et rayonnante dans la désolation. Et Playing The Angel, c’est Depeche Mode au meilleur de sa forme, l’album le plus complet du groupe depuis Violator paru en 1990, qui a produit des tubes tels que Personal Jesus, Enjoy The Silence et Policy Of Truth.

Depuis ce zénith commercial, il semblait que le groupe luttait pour atteindre à nouveau ce pic. Songs Of Faith And Devotion, sorti en 1993, avait des bases solides, mais il montrait également le groupe qui réagissait à l’ascension de Nirvana et de Pearl Jam ainsi que la lente et triste descente du chanteur Dave Gahan dans les drogues et la folie.

Gahan est clean depuis plusieurs années, et ici il semble fort et confiant. La réticence et l’inégalité qui ont ébranlé les deux derniers albums du groupe, Ultra de 1997 et Exciter de 2001, sont parties – et c’est apparent dès l’ouverture passionnée, A Pain That I’m Used To. Démarrant par des couches de distorsion et de retour, le chant de Gahan offre un contrepoint plus calme mais pas moins tendu, installant une ambiance qui ne diminue jamais.

Encore mieux, c’est John The Revelator, pleine de suspense, inspirée de l’ancienne chanson blues traditionnelle du même nom. Même si elle conserve quelques références bibliques, c’est une chanson différente. Et il n’est pas difficile de présumer à qui Martin Gore se réfère avec des paroles aussi accusatoires comme :

“C’est un petit filou / Il est temps qu’on le remette à sa place / Prenez le par la main / Et mettez le sur la tribune / Écoutons ses alibis”.

Certainement, ce n’est pas un album concerné uniquement pas la souffrance et la récrimination. Sous Nothing’s Impossible, il y a une pointe d’optimisme alors que Gahan chante : “Si tu crois au coup de foudre, rien n’est impossible”, sur une vague de textures électroniques.

Dans la même chanson, Gahan dit également : “Je sais au fond de mon cœur que je vais devoir changer” et ce pourrait même être interprété comme une référence à sa dépendance à l’héroïne qui a interrompu et presque mis fin à sa vie au milieu des années 1990.

Même après 25 années tumultueuses, Depeche Mode sonne frais et renouvelé – et cela sans imiter My Chemical Romance, Fall Out Boy, ou n’importe quel groupe du moment. Au travers de douze chansons stimulantes, Playing The Angel réussit et satisfait parce qu’il prouve que Depeche Mode est à nouveau à l’aise de sonner comme Depeche Mode.

Traduction – 8 octobre 2006