Depeche Mode – A Broken Frame – 4/10

Juste alors qu’ils commençaient, Depeche Mode se sont retrouvés avec un vrai dilemme ; leur principal compositeur avait décidé qu’il était las d’être une pop star. Mais au lieu de tout arrêter, les garçons de Basildon ont décidé d’engager un musicien de session pour les engagements scéniques (Alan Wilder, non invité sur les enregistrements malgré le fait qu’il soit le musicien le plus accompli d’entre eux), et en studio se sont tournés vers leur compositeur secondaire, Martin Gore. Ils étaient si sûrs qu’ils pouvaient y arriver qu’ils ont refusé une offre de paix de Vince Clarke, une chanson intitulée Only You, continuant avec leurs propres chansons. Avec Yazoo, Vince Clarke et Alison Moyet ont emmené Only You à la deuxième place des charts. Pour Depeche Mode, l’avenir semblait beaucoup plus sombre.

Tout d’abord, la pochette de l’album. Speak and Spell, leur premier, avait une pochette extrêmement mauvaise, photo d’un cygne empaillé fourré dans un sac plastique. Ce qu’elle essayait de dire est incompréhensible. Sur les re-sorties, la pochette a été réduite, enlevant une grande partie du cygne, le cadrant contre un fond noir. Tout ce que cela fait, c’est qu’il ressemble plus à un canard qui suffoque. Cependant, A Broken Frame a une photo étonnante sur sa pochette, une ouvrière dans un champ de maïs, contre un ciel lugubre, une faucille à la main. Elle montre la labeur, l’angoisse et la détermination – des choses que cet album au son paresseux aurait pu faire.

Une bonne partie de ces chansons ont été composées par Martin Gore quand il était plus jeune – en effet, le single d’ouverture, See You, a été écrit par lui adolescent. C’est une chanson pauvre, avec des synthés lourds, des paroles banales et un chant « années 1980 » horrible qui ne donne pas de faveurs. Comme toutes les premières chansons de Depeche Mode, elle a également un clip ridicule, avec des gens qui jouent du clavier sur une caisse enregistreuse, faible tentative de montrer l’arrivée d’un âge technologique. La chanson est enterrée au milieu de l’album, morceau cruche d’absurdits qu’il faut mieux oublier.

L’album s’ouvre à la place avec Leave In Silence, avec l’intro longue désormais habituelle, qui prend une éternité à se mettre en place. Cette chanson lugubre ne va nulle part, avançant péniblement, pas de véritable refrain, et un pauvre choix de single. Le deuxième morceau, My Secret Garden, est bien plus intéressant, même s’il revient pour une instrumentale inutile plus tard dans l’album. Malgré une intro de comptine énervante, cette chanson est remplie d’idées et de paroles charmantes. Cependant, peu importe comment on les regarde, les paroles de cet album sont tristement immatures, de la poésie scolaire au mieux.

Monument est également une chanson intéressante. Elle possède un rythme enthousiaste sympa, avec d’excellents chœurs de Gore. Ce qui mène à une autre instrumentale exagérée, autre tentative d’écrire le générique d’une série télé des années 1980. See You suit, et puis Satelite, autre chanson intéressante dans une veine similaire à Monument. Le rythme distinctement enjoué est un bon point de cette chanson, mais malheureusement, comme sur le reste de l’album, Gahan n’est jamais autorisé à utiliser sa voix à son potentiel maximum.

Après cela, The Meaning Of Love, mauvaise en elle-même, est Bohemian Rhapsody compoarée à A Photograph Of You, qui est une merde absolue, chanson réellement intuile ; à mettre en couple avec What’s Your Name de Speak and Spell. Qu’a-t-il pu passer par la tête d’Alan Wilder quand il l’a entendue la première fois, sachant qu’ils allait devoir jouer cette ineptie sur scène ?

Mais alors l’album se referme sur deux bons morceaux. D’abord, Shouldn’t Have Done That, qui est tout simplement bizarre, des chants scandés, un tambour sorti de Pippin Fort, des pas militaires – tout cela compose ce morceau énormément inhabituel mais très agréable, qui se fond bien avec la fin de l’album, The Sun & The Rainfall. Elle comprend une excellente performance de Gahan sur le refrain, son chant guttural enfin autorisé à exploser. Après tous les déchats qui la précèdent, c’est une bonne manière de finir cet album.

A Broken Frame vous rend heureux que Depeche Mode étaient sur un label indépendant qui avait confiance en leur talent. Sans cela, il n’est pas certain que Depeche Mode soient arrivés à un troisième album. Les paroles sont principalement horribles, une partie des chansons juste pitoyables, mais en même temps, il y a la promesse ici d’un meilleur groupe qui se bat pour sortir.

Simon Rueben

Traduction – 7 mars 2009