Le nouvel album de Depeche Mode reflète l’humeur troublée des ados

Imaginez-vous au volant d’une vieille Lincoln décapotable quatre portes déglinguée, une qui ressemble avec suspiçion à celle dans laquelle JFK a été assassiné, mais pour éviter la critique, vous mentez et dites qu’elle a été fabriquée plusieurs années après sa mort. L’air est froid sur votre visage et vous vous demandez pourquoi même vous conduisez une décapotable par une nuit aussi froide. La voiture est un orchestre de bruits : il y a un bruit métallique rythmique qui vient de derrière le tableau de bord, un clic répétitif dans le panneau lattéral côté passager et une épaisse moumoutte sort des haut-parleurs.

Vous conduisez le long d’une longue route nationale et vous voyez un chemin nan goudronné à la droite qui mène vers une vieille raffinerie, allumée comme une micro-ville. Vous êtes contraint par des milliers de lumière qui clignotent et l’odeur d’huile, alors vous quittez la route et la Lincoln avance vers l’usine en cahotant. Puis il a commencé à pleuvoir. Désormais, vous êtes à l’intérieur de l’usine et une alarme très bruyante sonne tout autour de vous.

Tout au long de tout cela, votre petit frère est, pour une raison ou une autre, assis sur la banquette arrière à jouer à l’original de Mario Bros sur Nintendo à battre Bauser.

Cela résume bien le son du nouvel album de Depeche Mode, et d’ailleurs, le son de Depeche Mode en général.

Oui, les rois de la pop synthétisée et industrielle sont de retour avec Playing The Angel, leur onzième album studio. Le groupe est devenu culte depuis les deux dernières décennies et a livré de la musique dans son genre unique depuis. Et même si le groupe mêle différents aspects de plusieurs genres divers, tout auditeur peut dire quand il ou elle écoute du Depeche Mode.

La base du son du groupe est une version de l’industriel ou de la pop synthétique, et il n’y a pas d’endroit où le son industriel n’est mieux exprimé que sur le dernier effort du groupe. A Pain that I’m Used To, la première chanson de l’album, démarre par une bruyante alarme métallique discordante qui vrombit. C’est une indication assez solide de là où vous vous trouvez ainsi que là où vous vous dirigez pour le reste de l’album. L’album foisonne de rythmes métalliques d’usine et de paroles qui sont alarmantes dans leur contradiction les unes envers les autres.

Certaines de ces combinaisons sont particulièrement positives et prometteuses, comme Macro, où le bariton régulier du chanteur David Gahan décrit une prise unique sur le paradis et l’unité universelle : “Voir le microcosme / En macrovision / Nos corps qui bougent / Avec une pure précision / Une célébration universelle / Une évolution / Une création”. Mais même sur Macro, la musique semble suggérer quelque chose de différent alors que la chanson brûle d’une certaine appréhension et se soucie pour cet avenir idéal avec ses accords en clé mineure et ses bips sinistrement répétitifs.

D’autres chansons semblent se disputer avec une autre, comme la manière dont Precious, le premier single de l’album vibre d’excuse : “Les anges aux ailes d’argent / Ne devraient pas connaître la douleur / J’aimerais souffrir pour vous”, tandis que Lillian tremble de regret et de colère : “Oh Lillian / Regarde ce que tu as fait / Tu as mis mon cœur à nu / Tu l’as déchiré / Tout cela pour t’amuser”.

C’est un voyage intéressant, par moments prometteur, à d’autres déprimant, souvent personnel et souvent distant. La morale se trouve dans la lutte entre ces humeurs, et c’est exactement là où Depeche Mode aime être.

Le côté terrifiant de l’album peut rebuter quelques auditeurs, et parfois les paroles ont ce charme de “garçon ordinaire”, comme du Coldplay sans le bonheur. Mais le plus souvent, les images s’effondrent sous le poids de leur soi-disant drame et l’écriture des Modes (principalement du cerveau Martin Gore mais avec trois morceaux écrits par Gahan) peut paraître juvénile et facile. J’aime les concepts, mais parfois on dirait que les paroles ont été écrites par des adolescents déprimés consignés pour avoir ouvert le bar de leurs vieux.

L’album souffre aussi d’être simplement un album de Depeche Mode. Le son des Modes est aussi abhorré qu’adoré, et ils n’ont pas vraiment revitalisé leur son sur cet album. Comme Nitsuh Abebe de Pitchwork Media l’a dit : “Si vous êtes vraiment le genre de personne qui a attendu en retenant son souffle un nouveau disque de Depeche Mode, alors ne vous inquiètez pas : vous allez l’adorer. Pour tous les autres : il est assez bon”.

Entendu.

Jacob Barron

Traduction – 6 mai 2007